Chasseurs aux bras cassés – Le Bal des Vampires (Roman Polanski, 1967)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, je souhaite la bienvenue aux nouveaux abonnés du blog, qui ont été quelques uns à nous rejoindre ces derniers jours malgré mon absence sur la blogosphère. Je les en remercie et leur souhaite de bons moments sur ce blog. 🙂 Par ailleurs, je m’excuse de mon absence de cette semaine sur le blog – pas mal de choses au boulot, des problèmes de train, mon dernier projet en tant qu’auto-entrepreneuse, quelques soucis perso – et je souhaite vraiment me rattraper avec des chroniques de folie. 🙂

Je commence dès ce dimanche avec un film que je m’étonne de ne jamais avoir traité, à savoir la comédie fantastique culte Le Bal des vampires, réalisé par Roman Polanski et sorti en 1967. Je vous emmène au fin fond de la Transylvanie, ou une équipe de « choc » se lance dans la traque au vampire…

Deux maladroits sur les traces d’un vampire

Nous sommes au XIXe siècle, dans un village enneigé au cœur de la Transylvanie. Durant une froide soirée arrive à l’auberge du coin tenu par Yoine Shagal (Alfie Bass), arrivent deux hommes: le vieux professeur Ambrosisus (Jack McGowran) de l’université de Königsberg, chétif et transi de froid, et son jeune assistant, timide et introverti, Alfred (Roman Polanski). Ils déclarent être arrivés ici, alors qu’ils se sont lancés sur la trace de vampires dans la région. Les deux arrivants se retrouvent ainsi confrontés à une population effrayée qui s’adonne à d’étranges rituels pour conjurer le mauvais sort, en suspendant de l’ail aux poutres de l’auberge, par exemple. Durant leur séjour, le professeur va remarquer l’affreux Koukol (Terry Downes) qui apparait et disparait à intervalle régulierAlfred va avoir le béguin pour la ravissante fille de Shagal, Sarah (Sharon Tate). Mais un soir, le jeune universitaire assiste à l’enlèvement de la jeune femme par un vampire qui vient de la mordre, le Comte von Krolock (Ferdy Mayne).

Alfred et le professeur Ambrosius – Source: Imdb.com

Shagal, désespéré, se lance à la poursuite du ravisseur, mais est retrouvé gelé et exsangue, mordu par le vampire. Vampirisé, il se réveille d’entre les morts et entraine avec lui Magda (Fiona Lewis), la jolie servante de son auberge sur qui il avait jeté son dévolu il y a longtemps, abandonnant son auberge et son épouse. C’est en le suivant qu’Ambrosius et Alfred arrivent au château du Comte von Krolock…

Une comédie fantastique culte

Que dire? Si je ne suis pas fan du personnage Roman Polanski et que je n’ai pas énormément d’estime pour le bonhomme, je dois dire qu’à part quelques loupés cinématographiques comme La Neuvième Porte, j’apprécie assez sa filmo dans l’ensemble. Le Bal des Vampires fait partie de ces films qui ont bercé mon enfance: je n’ai jamais oublié le générique du début, avec cette musique lancinante et menaçante, composée par Krzysztof Komeda, également auteur de celle de Rosemary’s Baby, avec cette petite goutte de sang qui coule entre les lettres…

La rencontre de Sarah et d’Alfred sur le pallier de la salle de bain de l’auberge – Source: AlloCiné

Tourné en Autriche et en Italie, Le Bal des Vampires est une sorte de comédie fantastique, tour à tour cartoonesque et plein d’humour noir. Le scénario reprend une trame assez classique que l’on retrouve déjà dans des romans du XIXe siècle (par exemple dans Le Château des Carpathes de Jules Verne): des aventuriers ou des savants d’Europe de l’Ouest qui débarquent dans un recoin paumé de Transylvanie où si les habitants semblent tout d’abord superstitieux, il apparaît qu’ils sont sous la coupe d’une présence menaçante qui les terrorise: ainsi, les habitants du village et les Shagal, qui tiennent l’auberge du coin, sont terrifiés par la présence du comte vampire von Krolock, dont le terrifiant serviteur Koukol, qui n’a rien à envier aux assistants de savants fous avec sa bosse ses dents de traviole qui l’empêchent de fermer la bouche (détail qui me fait toujours rire, surtout qu’on voit bien qu’il s’agit d’un râtelier). Cependant, si la menace est sous-jascente, on reste dans l’humour et le comique de situation. Et ce pour diverses raisons.

Le professeur et Alfred constatent qu’on a souvent peur chez les Shagal… – Source: AlloCiné.fr

Dans l’ambiance générale, tout d’abord. J’ai rapidement évoqué quelques éléments scénaristiques classiques qui pourraient rendre hommage aux anciens films fantastiques (ceci dit, mes petites recherches quant au film ne m’a pas permis de déterminer les influences ou les buts de Polanski en réalisant Le Bal des Vampires) mais la mise en scène est assez singulière. Si l’on reste dans le poncif des vampires maléfiques sans reflet dans le miroir, point de nuit d’orage ou de rires démoniaques résonnant dans les ténèbres, c’est une petite musique primesautière à la flûte qui accompagne nos deux aventuriers sur le chemin de leur quête, lorsqu’Alfred construit des bonhommes de neige dehors, que Sarah peut voir depuis sa fenêtre où son père l’enferme. Le tout donne à l’ensemble un visuel quelque peu surréaliste et quasi-onirique, ne versant pas du tout dans le réalisme: c’est comme une sorte de livre d’images filmé, qu’il s’agisse des paysages enneigés, de l’auberge des Shagal, ou encore du bal vampirique dans la dernière partie du film, où la somptuosité de la robe rouge neuve et des cheveux roux de Sarah (couleurs de sang, de tentation pour un vampire) contraste avec les costumes anciens et poussiéreux complètement anachroniques des vieux vampires sortis de la tombe. Quelques scènes vraiment légères valent vraiment le détour, mais je vais développer là-dessus en parlant des personnages.

Autre ingrédient du comique de situation: les personnages! ?os deux aventuriers-savants Ambrosius et Alfred sont plutôt gauches! Et ce n’est rien de le dire car non-contents de ne pas être physiquement taillés pour leurs quête – le vieux gèle dès qu’il sort, et Alfred est toujours engoncé dans des vêtements amples qui le gênent comme un gamin déguisé – ce sont de fichus bras cassés… assez archétypaux dans leurs défauts. Car loin de héros verniens ou d’hommes forts et courageux, nos deux larrons sont parfois franchement foireux. Ambrosius en premier lieu: soit dans la lune, soit pas franchement courageux, il n’est là que pour étayer ses théories moquées par ses confrères savants, et pousse jusqu’au château du comte, non pour sauver la demoiselle en détresse, mais pour ses propres intérêts, quitte à les mettre, lui est Alfred, en danger. Le « timide » Alfred est un brin libidineux – on imagine un universitaire plongé le nez dans ses bouquins qui n’a pas franchement de rapports avec la gent féminine, et n’hésite pas à reluquer le décolleté de Fiona et même à toucher quitte à se prendre une baffe bien méritée, et part sauver Sarah dont il s’est amouraché comme d’une jolie poupée. Quitte à se conduire comme un amoureux transi pleurnichard en toutes circonstances, sans compter qu’il est assez poltron.

Alfred, plein de conviction pour tuer le comte – Source: Imdb.com

Ces deux nigauds sont accompagnés par toute une galerie de personnages secondaires tout aussi typiquement foireux. Shagal, l’aubergiste, poursuit de ses assiduités Fiona, la jolie bonne, qui doit s’enfermer à clé dans sa chambre pour ne pas le subir la nuit et qui va profiter de son nouveau pouvoir sur elle en tant que vampire. Koukol, le servant un brin débile du vampire, ridicule avec sa démarche trainante, ses dents de travers et sa coupe au bol. Dans ce marasme, seul les vampires s’en sortent à peu près: le comte, froid, calculateur mais aussi cultivé, qui souhaite s’entourer de beauté et qui voit dans le professeur un potentiel compagnon de conversation, et son fils Herbert, jeune dandy affreusement solitaire dans ce château, qui a le béguin pour Alfred et n’hésite pas à le draguer – entre nous, je le trouve beaucoup moins risible qu’Alfred avec Sarah, quand bien même une scène le tourne en ridicule.

Quant aux femmes dans le film, elles sont plus des « présences » que de véritables personnages: la mère Shagal est un cliché de grosse matrone tout sauf glamour, et les deux seules jolies filles, eh bien… Fiona la petite servante est assez vénale. Sarah, pourtant incarnée par la lumineuse Sharon Tate, elle, revient d’une grande ville où elle était à l’école, et si elle semble gentiment attendrie par Alfred, paraît plus intéressée par le bal et les belles toilettes qui la changent de la médiocrité de l’auberge de son père qui préfère trousser les servantes en cachette.

Alfred, le professeur et le comte – Source: Imdb.com

J’ai retenu quelques scènes qui m’ont vraiment, vraiment marquée et faite rire, quand bien même elles sont somme toute très simples. Tout d’abord, lors de sa première nuit à l’auberge, le professeur explore la demeure pour se faire une idée des forces à l’œuvre en ces lieux… La grosse Madame Shagal ayant entendu du bruit, elle se lance à la poursuite de l’éventuel intrus et l’assomme alors qu’il sort la tête … avec un énorme saucisson (oui!), le faisant dégringoler sur Alfred qui l’attend sous la trappe. Autre scène, celle de l’enlèvement de Sarah, auquel Alfred assiste à travers le trou de la serrure de la salle de bain… Et là, rien que d’avoir l’image en tête me fait vraiment beaucoup, beaucoup rire: imaginez Roman Polanski jeune, tout sauf sexy, pousser un grand hurlement avec la langue dehors (sa laideur est pour le coup un ressort comique), et courir vers le professeur, incapable de lui parler et mimant les vampire en plaçant deux doigts devant sa bouche. Énorme. Et enfin, enfin: Alfred se faisant draguer par Herbert, qui sort les crocs pour le mordre et lui plaçant un livre entre les dents avant de s’enfuir, poursuivi par le jeune vampire en chemise de nuit de dentelle… Cela vaut vraiment son pesant de cacahuètes! 🙂

Conclusion – À redécouvrir absolument!

Que vous décidiez de vous lancer dans l’œuvre de Polanski ou dans une soirée à thème, Le Bal des Vampires, avec son style assez marqué, est une petite perle à redécouvrir absolument! Entre mise en scène légèrement perchée et personnages foireux hauts en couleurs très, très cartoon, pas très beaux dehors et pas très beaux dedans, qui donnent à ce film cet ambiance si particulière. Il a certes vieilli, mais il concerne un charme absolument indéniable. Et je suis fan. Je vous laisse avec sa bande-annonce, en espérant vous avoir donné envie d’y jeter un œil… rien que pour la scène d’Alfred qui enfonce le livre entre les crocs du vampire avant de s’enfuir comme un gamin dans la galerie du château, entre autres. 🙂

Par ailleurs, j’ai le plaisir de vous dire que vous aurez très bientôt une chronique lecture sur le blog, du moins dans la semaine qui vient! En effet, je viens de terminer Metro 2034 de Dmitri Glukhovski, et je n’ai que deux hâtes: vous en parler, et m’offrir la suite car cet univers tellement riche me fait vraiment tourner la tête! Je vous souhaite donc une bonne soirée, une excellente fin de week-end et je vous dis à très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Le Bal des Vampires
Année de sortie: 1967
Réalisation: Roman Polanski
Origine: Etats-Unis, Royaume-Uni
Durée: 1h48
Distribution: Roman Polanski, Jack MacGowran, Sharon Tate, Alfie Bass, Ferdy Mayne, Terry Downes, Iain Quarrier, Fiona Lewis…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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