Terreur en Transylvanie – Le Château des Carpathes (Jules Verne)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je dois vous avouer mon embarras du moment: ma panne de lecture a un peu duré, et je commence tout juste un nouveau livre… qui ne sera donc pas chroniqué de suite. En effet, depuis Le Don du Loup et Belle, j’ai eu du mal à me décider pour un ouvrage de ma PAL, soit parce que j’ai peur d’être déçue, soit parce que je me dis que je devrais lire un ouvrage en rapport avec les recherches pour mes écrits pour avancer, soit parce que je lorgne des livres denses mais que je ne me sens pas assez en forme pour me lancer dedans…

Mais, bonne nouvelle: je vais quand même vous parler de littérature aujourd’hui. Comme je l’avais évoqué l’été dernier, je débarque à nouveau avec Jules Verne… et un roman plutôt « atmosphérique ». J’ai nommé Le Château des Carpathes, qui emmène les lecteurs dans un village est-européen qui est sujet à d’étranges phénomènes… Quant à moi, je vous invite, le temps d’une courte chronique à revenir sur l’un des romans les plus atmosphériques du grand Verne.

Château hanté

Nous sommes au XIXe siècle, à Werst, un petit village de Transylvanie, près duquel se dresse un inquiétant château appartenant aux seigneurs locaux. Celui-ci a été abandonné des années auparavant par Rodolphe de Gortz, mais de la fumée est bientôt aperçue s’échappant des cheminées de l’ancienne demeure. Les habitant du village, craignant qu’elle ne soit hantée, sont gagnés par la panique. Ce sont Nick Deck, un jeune forestier du coin, et le docteur Patak qui décident d’aller y voir de plus près… mais ceux-ci sont victimes de phénomènes inexplicables, dont une paralysie momentanée qui a cloué leurs jambes au sol à l’approche du château.

Peu après arrive à Werst un jeune aristocrate, le comte Franz de Télek. Celui-ci, ravagé par la douleur après la mort de sa fiancée, une cantatrice du nom de Stilla, voyage pour oublier ses tourments. Lorsqu’il apprend le nom du propriétaire du château, il décide de s’y rendre… Car Rodolphe de Gortz n’est  autre que l’homme qu’il tient pour responsable de la mort de Stilla.

Entre gothique et rivalité amoureuse

Vous connaissez mon intérêt pour Jules Verne, qui est ressorti à plusieurs occasions sur le blog, notamment en juillet dernier avec un dossier de presse   et un article dédié à quelques romans méconnus de l’auteur. Aussi je m’étais gardé la chronique du Château des Carpathes pour un moment où je n’aurais pas pu lire comme je le souhaitais, car j’ai lu cet ouvrage il y a déjà un certain temps. Sorti en 1892, il est souvent désigné comme un roman « gothique » ou fantastique.

Il est vrai que l’atmosphère y est pour beaucoup, car l’on y retrouve de nombreux clichés qui ont par la suite fait les délices des amateurs d’horreur ou de châteaux hantés. Un peu avant le Dracula de Bram Stocker, Jules Verne entrainait déjà son lecteur en Transylvanie, dans un village isolé peuplé d’habitants assez superstitieux s’agissant du château local, censé être abandonné. On y retrouve les personnages de notables, comme le maire Maître Koltz, avec sa fille Miriota, fiancée au jeune Nick Deck et atout charme de l’histoire, ou encore l’aubergiste juif, Jonas (je ne sais pas pourquoi, j’ai l’impression que dans ce genre d’histoire, l’aubergiste est souvent juif…). Le tout a de quoi rappeler les films d’horreur classiques du XXe siècle, comme Dracula de Todd Browning, Frankenstein de James Whale et sa parodie-hommage Frankenstein junior signé Mel Brooks, ou le non-moins célèbre Bal des vampires de Roman Polanski (un film que j’adore et que je devrais chroniquer un de ces jours!). Le tout est assez sombre, mystérieux, et le château sujet aux rumeurs les plus folles en est l’enjeu central. Ajouté à cela, le côté « exotique » induit par la contrée ancre encore le roman dans la veine vernienne.

Illustration du roman par Léon Benett – Source: Wikipedia

Cependant, nous avons en face de nous, avec le jeune comte de Télek et son antagoniste Rodolphe de Gortz, des personnages qui changent de ceux que l’on a l’habitude de croiser dans les romans de Jules Verne. En effet, ces deux gus sont loin d’être raisonnables, à l’image d’un professeur Aronnax ou hommes de principe comme un Michel Strogoff, mais gouvernés par leur passion et leur douleur. Les deux hommes sont liés par un événement tragique qui les a beaucoup marqués l’un et l’autre: la mort de la Stilla, dont ils étaient tous les deux amoureux. La jeune femme, fiancée à de Télek, était poursuivie par les assiduités de Gortz qui la harcelait à l’opéra, assistant à chacune de ses représentations et la fixant intensément depuis sa loge. C’est ainsi que la Stilla, épuisée par cette présence qui la terrifie, meurt sur scène, le jour de son mariage, son cœur lâchant sous l’effet de la peur. Depuis lors Franz de Télek et Rodolphe de Gortz, rejettent la faute sur l’autre. L’un s’est embarqué dans de longs voyages pour apaiser sa souffrance, l’autre est retourné vivre dans son château, en faisant le théâtre de phénomènes étranges.

Peut-on cependant parler d’un roman fantastique?… Pas vraiment à mon sens. Jules Verne lui-même décrit ce récit comme « romanesque » et non comme fantastique.

Cette histoire n’est pas fantastique, elle n’est que romanesque. Faut-il en conclure qu’elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance? Ce serait une erreur. Nous sommes d’un temps où tout arrive – on a presque le droit de dire: où tout est arrivé -. Si notre récit n’est point vraisemblable aujourd’hui, il peut l’être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l’avenir, et personne ne s’aviserait de le mettre au rang des légendes.

Car si l’on retrouve le contexte d’une intrigue fantastique classique, si le jeune Franz von Télek assiste à d’inquiétantes apparitions de la Stilla, pourtant morte, dans les salons et sur les tours du château, nous retrouvons la passion de l’auteur pour les progrès technologiques de son époque. Car les phénomènes observés, notamment les apparitions de la cantatrice en train de chanter, trouvent une explication logique en cours de roman, grâce à un dispositif de projection d’image et d’enregistrement du son, qui donnent à Gortz l’illusion de vivre avec sa bien-aimée perdue. Entre autres installations qui permettent au seigneur maudit d’espionner depuis son château les habitants du village. Car si le château n’est pas vraiment hanté, l’esprit des deux protagonistes principaux l’est, par un passé douloureux qui les amène à commettre toutes les folies, et qui n’en fait pas des candidats assez raisonnables pour utiliser les progrès techniques à bon escient.

Ainsi, Le Château des Carpathes devient une sorte d’anticipation sur fond de gothique, un récit qui explore les possibilités de la technologie, utilisée par un esprit dérangé qui se conforte dans son délire. Bref, rien de très optimiste en comparaison d’autres romans plus connus du Père de la SF française…

Conclusion – Une petite pépite au charme suranné

Voili-voilà! Que dire sur ce court roman? En moins de 250 pages, Le Château des Carpathes nous entraîne dans une contrée mystérieuse, et peut entraîner le lecteur sur la fausse piste du fantastique… mais les dispositifs installés par Rodolphe de Gortz ne tiennent-ils pas du rêve eux aussi à l’époque de leur Jules Verne? 🙂 L’histoire, très simple, se lit rapidement (je crois qu’en un après-midi je l’avais terminé), et si le propos paraît daté, il m’a été difficile de ne pas me laisser happer par l’atmosphère de ces lieux, principal atout de l’histoire. Fait amusant, la relation de la Stilla avec de Gortz n’est pas sans me rappeler celle de Christine et d’Erik dans Le Fantôme de l’Opéra, publié dix-huit ans plus tard…

Je vous invite donc à découvrir, autant que cette histoire de rivalité amoureuse, l’ambiance si particulière de ce petit roman au charme ancien, si différent de la majorité des romans verniens. Je vous souhaite donc un excellent après-midi et une excellente semaine, en espérant que le bouquin que je viens de commencer va me transporter! 🙂 Je vous dis donc à très vite sur la blogosphère!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour accompagner cette lecture: Pour les flashbacks mettant en scène la Stilla, je vous recommande un délicat thé vert au jasmin.

Titre: Le Château des Carpathes
Auteur: Jules Verne
Éditions: Le Livre de Poche
Collection: Classiques
240 p.
Parution: Avril 1976
Prix: 4,60 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

3 réflexions au sujet de “Terreur en Transylvanie – Le Château des Carpathes (Jules Verne)”

  1. Alors un grand merci pour cette découverte livresque je n’avais jamais entendu parler de ce roman! En plus il y a tous les ingrédients que j’aime, je vais très vite l’ajouter à ma PAL et le placer tout en haut histoire de le lire rapidement 🙂

    Aimé par 1 personne

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