Enquête en pays toon – Qui veut la peau de Roger Rabbit? (Robert Zemeckis, 1988)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens à nouveau, pour clore ce mois d’août avec une chronique film. En effet je commence tout juste à avancer sur ma lecture en cours qui, paradoxalement (c’est une histoire de loup-garou), ne me passionne pas plus que ça. J’espère que l’histoire va devenir un peu plus intéressante, mais me voici sans chronique livre cette semaine (sauf si je devais achever cet opus plus vite que prévu!)…

J’ai donc choisi, alors que les vacances touchent à leur fin pour certains d’entre vous, de parler comédie avec un film culte. J’ai nommé… Qui veut la peau de Roger Rabbit? une comédie sortie en 1988 et signée Robert Zemeckis, qui avait auparavant conquis le monde avec Retour vers le Futur. Je connais ce film depuis ma plus tendre enfance et le revois volontiers, tant son ambiance me séduit, et tant les situations absurdes m’amusent. Aussi, je vous emmène dans le Hollywood post-Seconde Guerre mondiale, où les toons sont de véritables stars…

Un détective pour toons

Nous sommes en 1947, à Hollywood, où les toons, personnages vivants, interagissent avec les « réels ». Le détective pour affaires toons Eddie Valliant (Bob Hoskins) n’est plus que l’ombre de lui-même depuis la mort de son frère, qui était aussi son collaborateur. Il est pourtant convoqué par R.K. Maroon (Alan Tilvern), chef des studios d’animation Maroon Cartoon. Celui-ci se plaint des pauvres performances de sa star, Roger Rabbit (voix de Charles Fleischer), trop obnubilé par sa femme, dont il est amoureux. Ainsi Maroon souhaiterait voir Eddie enquêter sur Jessica (voix de Kathleen Turner), l’épouse du lapin, qu’il pense compromise avec d’autres hommes, pour l’en éloigner et s’assurer des bonnes performances de sa star.

Roger apprenant de Maroon et Valliant que sa femme Jessica a fait « picoti » avec un autre… – Source: Imdb.com

D’abord réticent – Eddie s’est éloigné de l’univers des toons depuis que l’un d’entre eux a assassiné son frère – le détective accepte la mission: se rendant dans le club où travaille Jessica Rabbit, il découvre non-pas une lapine, mais une véritable pin-up toon, une rousse incendiaire d’une grande sensualité dont tous les hommes sont fous. Il parvient à la photographier à son insu, alors qu’elle est dans sa loge avec Marvin Acme (Stubby Kaye), propriétaire de l’Acme Corporation (grand fournisseur d’explosifs et d’accessoires pour cartoons). De retour au studio, Eddie Valliant et R.K. Maroon montrent les photos à Roger, désespéré, qui ne veut pas y croire. Il se saoule et s’enfuit du studio.

Le lendemain matin, Marvin Acme est retrouvé mort dans un entrepôt de sa compagnie. Rendu sur les lieux du crime, Eddie Valliant fait la connaissance du Juge DeMort (Christopher Lloyd), qui avec sa brigade toon, a trouvé sur la corde ayant servi à étrangler Acme, des traces de peinture jaune correspondant à celle des gants de Roger Rabbit. Le lapin star de Maroon est donc accusé du meurtre, mais demeure introuvable. Eddie le découvre chez lui, où il s’est réfugié pour lui demander de l’innocenter. D’abord réticent, Eddie accepte de le cacher de DeMort le temps de l’enquête, dans le bar où travaille sa petite amie Dolores (Joanna Cassidy)…

DÉveloppement d’un grand classique

Eh oui, qui ne connait pas ce film culte, Qui veut la peau de Roger Rabbit, avec les excellents Bob Hoskins et Christopher Lloyd? Librement inspiré d’un roman de Gary K. Wolf dont je ne connaissais pas l’existence avant mes recherches sur le film. Les studios Disney achètent ses droits en 1981, peu après sa parution, pour en faire un blockbuster.

Si Robert Zemeckis s’y intéresse dès le début, il n’est pas tout de suite pressenti pour la réalisation. Le développement du film traine quelques années, bien que la direction de Disney souhaite grâce à cette production au visuel hybride pour donner un souffle nouveau au département d’animation. Le budget étant trop élevé, majoritairement à cause des effets spéciaux qui doivent permettre aux personnages réels d’interagir avec des cartoons, Disney est soutenu par Amblin Studios. La participation de Steven Spielberg à la production, permet d’utiliser des toons – Mickey Mouse et Donald Duck, entre autres apparitions de personnages de Fantasia, mais aussi des vedettes animées de studios rivaux comme Betty Boop, Bugs Bunny, Duffy Duck, Dumbo, Popeye. Il a par ailleurs fallu arranger quelque peu le scénario par rapport au livre d’origine, beaucoup plus sombre, qui voit Roger Rabbit mourir et son fantôme s’adresser au détective. Le tout donnera un cocktail explosif et un film… inimitable.

En effet, je suis très fan de ce film qui a bercé une partie de mon enfance, et qui continue de me faire rire à l’âge adulte. À tel point que je me demande comment j’ai pu l’oublier dans mon top de l’an dernier dédié aux comédies à visionner pendant l’été l’an dernier. J’aime ce film, et ce pour diverses raisons que je vais vous exposer ici…

Une comédie absurde aux faux airs de films noirs
Un plateau de tournage des aventures de Roger Rabbit – Source: Imdb.com

La première chose que j’adore, outre l’aspect technique visant à faire interagir des personnages animés avec des acteurs filmés, et l’ambiance du Los Angeles des années 1940. Il y a dans les premières scènes du film une sorte de charme, de lumière…  Une aura pastel qui nimbe la ville et les quartiers des studios, les rues parcourues par des gosses en culotte courte, des hommes en chemise à fleur comme c’était la mode après la guerre, ou en costumes larges, et des femmes aux ravissantes robes cintrées et aux brushings dévastateurs, à l’image de Dolores, la petite amie d’Eddie Valliant. Le tout a un côté mignon, propret et « artificiel », mais d’un artificiel assumé – quoi de mieux pour la ville du cinéma, me direz-vous?

Par ailleurs, il est assez amusant de retrouver ces couleurs pastels sur les plateaux de tournage… et il est d’ailleurs très amusant de trouver des plateaux de tournages où les toons officient comme de vrais acteurs et font leurs caprices de star, comme Baby Hermann (un des personnages, à mon sens, les plus drôles du dessin animé malgré son côté macho – il reconnait avoir « l’engin d’un gamin de deux ans avec le vice d’un homme »), dont la voix grave d’homme mûr biberonné au cigare crée un contraste détonnant avec sa couche-culotte et le ruban rose entourant sa petite mèche blonde. La scène d’introduction de Qui veut la peau de Roger Rabbit? se passe d’ailleurs sur un tournage, où une prise doit être refaite car Roger ne parvient pas à produire des étoiles lorsqu’un frigo lui tombe sur la tête. Cette première donnée plante le « décor », si j’ose dire, du moins le contexte fantastique du film où humains et toons sont amenés à se côtoyer. C’est une scène absolument surprenante pour qui n’a jamais vu le film, et qui vaut déjà le détour, et qui fait entrer le spectateur dans l’univers insolite de cette histoire.

Une de mes apparitions favorites du film! Betty Boop, star déchue depuis les dessins animés en couleur, travaille comme serveuse dans le club où chante Jessica Rabbit – Source: Imdb.com

On y retrouve tout une galerie de personnages assez hauts en couleur, des toons qui n’ont pas les mêmes réactions ou les mêmes capacités que les humains, ce qui donne lieu à des interactions étranges et des situations pour le moins absurdes. Je pense à Roger Rabbit lui-même, lapin bondissant et glapissant lorsqu’il boit une goutte d’alcool, fou de sa pin-up de femme sollicité par tous les êtres mâles, dessinés ou réels (et qui a l’air de dire que son lapin de mari « assure »). Je revois Roger, se balader une partie du film menotté à Eddie Valliant, alors qu’il pouvait, grâce à son corps souple et dessiné, se libérer à tout moment. Je revois aussi la brigade des Fouines, les acolytes du Juge DeMort, des fouines animées sapées comme des maquereaux, ou encore la voiture animée Benny le Taxy, qui s’évade du fourgon des Fouines avec Eddie et Roger au volant, et qui fait des gestes de main avec ses garde-boue!

Et alors le must du must, pour moi l’un des points d’orgue du film: la scène du club où chante Jessica Rabbit! Outre le fait qu’il s’agit d’un moment fatidique, c’est un pur délice que d’y croiser l’adorable Betty Boop en serveur, Duffy Duck et Donald en duel de piano qui vire au pugilat… et bien sûr la performance de Jessica Rabbit qui rend fous les messieurs! À ce titre, je trouve vraiment excellent qu’on ait mis Monsieur Acme dans les personnages, qu’un visage ait été mis sur le plus grand fournisseurs d’explosifs et autres gadgets des cartoons: combien de fois, enfants, avons-nous vu Coyotte ou autres personnages des Looney Toons ouvrir les fameuses caisses de matériel d’Acme Corporation? Je ne sais pas si ce personnage existe dans le roman originel, mais sa rencontre avec Eddie Valliant est très cocasse!… Je ne résiste pas à partager avec vous la scène du numéro de Jessica… rien que pour le look qui tue de Marvin Acme! 🙂

Tout comme les fameuses accusations envers Jessica d’en avoir fait son amant, quand on sait qu’ils n’ont fait que jouer à l’équivalent des « Trois petits chats », donc une peccadille pour nous autres humains! Ce qui est cependant très grave pour un toon! 🙂 Ce jeu sur les valeurs, sur les actions et réactions exacerbées  les points de vue sont tout à fait amusant, absurde… Tout comme les anecdote, quand Dolores explique à un client de son bar, à propos d’Eddie: « Un toon a tué son frère. Il lui a fait tomber un piano sur la tête. » C’est certes tragique, mais on ne peut s’empêcher de sourire à cette fin, voire de carrément rire, tant elle est… cartoonesque. Car qui a un peu de culture cartoon, sait qu’un toon est increvable et se relèvera même après avoir été brisé en morceaux ou écrasé par une enclume. Donc, le poncif du piano, ça ne paraît pas bien méchant!

Eddie Valliant face à l’inquiétant DeMort… – Source: Imdb.com

Cependant cette légèreté teintée d’absurde est contrebalancée par une arme terrible censée détruire les toons: la Trempette, un mélange d’acétone et autres… Bref, un dissolvant pour effacer l’encre et littéralement dissoudre les malheureux personnages dessinés qui y plongent. C’est le sort dont le maléfice Juge DeMort menace le pauvre Roger pour son supposé crime… Car si Valliant est réticent à l’idée d’aider des toons, dont les excès ont coûté la vie de son frère, il va bientôt découvrir une terrible machination qui menace jusqu’à l’existence des toons dans leur ensemble, ceux-ci étant vulnérables face à l’égoïsme et à la vénalité humaines. Cela reste sur le registre de la comédie, bien entendu, mais si c’est une peinture certes réjouissante de la machine à rêve qu’est Hollywood, surtout dans le secteur de l’animation, c’est aussi un milieu sans pitié et pourri, où les toons sont exploités au même titre que les acteurs du temps des grands producteurs des années 20-30. En effet, Dumbo « travaille pour des cacahuètes »…

Enfin, un dernier élément qui me plait bien, c’est l’utilisation d’un autre code que celui du cartoon… à savoir le film noir. J’aime beaucoup ces vieux policiers tout en nombre et en contraste, avec les détectives en imper et chapeau mou qui au cours d’une mission de routine, découvrent une machination plus vaste que ce qu’ils cherchent à la base. Ici, il s’agissait d’une supposée petite histoire d’adultère qui n’en était pas une. Nous retrouvons ce schéma narratif classique, avec Eddie, notre détective désabusé et porté sur la bouteille – excellent Bob Hoskins! – et le spectateur n’en sait jamais plus que lui quant aux tenants et aux aboutissants de l’affaire. Outre sa panoplie, le redoutable combo imper et chapeau malgré le soleil de Los Angeles pour parfaire son look d’anti-héros, on trouve Eddie Valliant dans son bureau miteux avec lit escamotable, le tout au son d’une B.O. gentiment jazzy et mélancolique. On est pratiquement dans le cliché, jusque dans les femmes côtoyées par Eddie: la « fille bien » comme sa petite amie Dolorès, qui a un caractère fort, un job, une véritable indépendance et qui s’avère être la compagne parfaite du héros, et la « femme fatale », sexy et mystérieuse, et donc dangereuse, incarnée par Jessica Rabbit. Or ce dernier code est cassé par ce que l’on apprend peu à peu de la jeune femme pulpeuse et sensuelle, qui « n’est pas mauvaise, mais qui a été dessinée comme ça, c’est tout »: elle participe à l’enquête, prête à tout pour innocenter son époux, et se révèle même assez bad-ass quand on y pense!

Conclusion – Un classique à redécouvrir

Voili-voilà, vous connaissez l’un de mes inavouables plaisirs cinématographiques: Qui veut la peau de Roger Rabbit? est l’un de mes films cultes, d’autant plus que plus jeune j’aurais rêvé de travailler dans le cinéma d’animation, et que cette œuvre a remporté plusieurs récompense pour sa technique.

Je l’adore, et j’aime à le revoir de temps en temps, d’autant plus qu’en grandissant et en connaissant un peu mieux les codes du cinéma, j’apprécie la façon dont le scénario joue avec eux, et pioche dans différents styles de films pour parvenir à une histoire assez simple et classique, mais efficace, énergique, et techniquement très réussie lorsque l’on voit les interactions des personnages réels et animés. C’est vraiment fascinant pour qui aime le cinéma, sans compter que le duel Bob Hoskins/Christopher Lloyd fait vraiment mouche!

Aussi, je vous laisse avec cette vieille bande-annonce reprenant l’inimitable scène d’introduction du film, en espérant vous avoir donné envie de le re-découvrir, tant cet univers est foisonnant et énergique me met de bonne humeur!… Je vous souhaite à tous un excellent après-midi et vous dis à bientôt pour de nouvelles chroniques, hautes en couleurs je l’espère! 🙂

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Qui veut la peau de Roger Rabbit?
Année de sortie: 1988
Réalisation: Robert Zemeckis
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h04
Distribution: Bob Hoskins, Christopher Lloyd, Alan Tilvern, Charles Fleischer, Kathleen Turner, Joanna Cassidy, Stubby Kaye…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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