Maîtres de l’espace – Françatome (Johan Heliot)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous avez passé un excellent long week-end…

Je reviens aujourd’hui avec un auteur que j’ai déjà traité il y a bien longtemps: Johan Heliot, auteur de la Trilogie de la Lune, une référence du Steampunk français, qui m’avait accompagnée dans mon aventure anglaise il y a cinq ans.

Si j’ai d’abord été interpelée par le dessin gentiment rétro de la couverture de Françatome, je me suis surtout laissé tenter par le résumé. Car il est question d’un sujet cher à mon cœur: la Course à l’Espace… qui dans cet ouvrage, a été gagnée haut la main par la France! Mais à quel prix!

Fils de savant

Nous sommes dans les années 80, mais telles que nous ne les connaissons pas. Plus précisément en 1986: à la mort de De Gaulle, dont les pleins pouvoirs ont été votés en 1958, en 1970, l’Empire colonial de la France a éclaté et l’État-Major pris le pouvoir pour instaurer une dictature militaire. C’est dans ce contexte que la France, sous la houlette de l’ancien scientifique nazi Werner von Braun devenu Magnus Maximilian, est devenu maîtresse de la propulsion nucléaire et de l’espace, avec la construction d’une station spatiale appelée la Roue ou l’Orbe. Or, Magnus Maximilan a fait sécession d’avec le gouvernement français et déclaré l’indépendance de la station, qui malheureusement quitte son orbite et s’apprête à s’écraser sur terre avec son réacteur et sa cascade de déchets radioactifs…

C’est dans ce contexte troublé que Vincent Clain, photo-reporter dépressif et souffrant d’étranges absences, reçoit un coup de fil de sa sœur Alice lui annonçant la mort de leur père. Malgré l’hostilité ouverte qu’il vouait à son père, le savant et second de Magnus Maximilian, Pierre-Rémi Clain, Vincent quitte les États-Unis où il a fui après la mort de sa mère, pour rejoindre sa sœur à Paris. Or, il la découvre jeune gradée de l’Armée, et apprend que son père n’est pas mort mais parti à bord de l’Orbe. Le scientifique détient le secret qui pourrait éviter que la station ne s’écrase sur Terre, mais à condition que son fils le rejoigne dans l’espace… C’est ainsi que supervisé par sa sœur Alice, et par son ancien ami Boissier devenu général, Vincent doit se préparer à ce voyage.

Saura-t-il dépasser cette animosité envers son géniteur et les souvenirs de jeunesse qui le hantent depuis sa fuite hors de la base algérienne d’Hammaguir ? Et pourquoi ces souvenirs, de plus en plus obsédants, semblent vouloir lui dire quelque chose à l’approche de son voyage?

Une course à l’espace DieselPunk

Cela fait peu de temps que j’ai découvert Hélios, la collection poche des éditions Mnémos, que j’aime beaucoup – en tant que romancière aspirante je rêverais, que dis-je, je fantasmerais d’être publiée par eux. Je vous la conseille fortement, d’ailleurs car elle comprend beaucoup de titres intéressants qui figurent dans ma wishlist. C’est toujours dans cette collection que j’ai découvert Françatome, au hasard d’une balade à l’Espace Culturel du coin. Le livre n’est pas très long, et j’avoue qu’après un démarrage un peu difficile, je l’ai terminé assez vite à partir du moment où Vincent, le narrateur, arrive à Vernon pour son entrainement.

Il s’agit d’une uchronie, genre dans lequel s’est déjà illustré Johan Heliot. Si le premier tome de la Trilogie de la Lune signée Johan Heliot, La Lune seule le sait, s’inscrit pleinement dans la veine Steampunk, Françatome explore, de par les thèmes abordés, une autre sorte de rétro-futurisme: le Dieselpunk. Le Steampunk, de steam – « vapeur » en anglais – s’intéresse au XIXe-début XXe, avec une prédilection particulière pour le métal et les mécanismes apparents, les engins à vapeur et les dirigeables, bref, un système technologique poussé à son plein potentiel.

Quant à Françatome, je le verrais plutôt dans le Dieselpunk. Le Dieselpunk, c’est quoi-t-est-ce? Si vous avez déjà lu Johan Heliot, vous en avez peut-être eu un aperçu dans La Lune vous salue bien, dernier tome de la fameuse trilogie susmentionnée. Ce courant concerne plutôt le monde post-Seconde Guerre mondiale. Niveau esthétique, vous pouvez ressortir les meubles en Formica et les jupes amples des années 50-60, tandis qu’au niveau du contexte, on trouve des histoires de Nazis qui auraient gagné la Guerre, ou encore une Guerre Froide qui aurait dégénéré en Troisième Guerre mondiale. Ainsi sont abordés des thèmes comme la « menace communiste », la course aux armement ou encore le spatial.

Commençons par un petit rappel historique de la période dépeinte par le roman.

En effet, la France s’est, dès après guerre, impliquée dans la recherche balistique et spatiale. Le Laboratoire de Recherches Balistiques et Aérodynamiques (LRBA), là où Vincent s’entraîne pour sa mission, est fondé en 1946 sur les hauteurs qui bordent Vernon, dans l’Eure. Aujourd’hui, cette « tradition » a plus ou moins perduré puisque s’y trouvent l’Unité Propulsion Électrique du groupe Safran et Airbus Safran Launchers. Dans la même optique est fondée, en 1948 la base de Hammaguir, en Algérie, où se trouve le Centre Interarmées d’Essai d’Engins Spéciaux (CIEES), où a travaillé le père de Vincent et où celui-ci a passé son enfance, au beau milieu du désert où il aimait à s’enfoncer avec son ami le lieutenant Boissier. Hammaguir, avec la construction de plusieurs pas de tir – Bacchus, Blandine, Béatrice et Brigitte – voit à partir de 1961 et le lancement du programme spatial français sous De Gaulle, le décollage de plusieurs lanceurs français, dont les fusées Diamant dont il est question dans Françatome. En effet, après l’indépendance de l’Algérie en 1962, des clauses annexes des accords d’Évian autorisent une présence française prolongée sur la base, où sont tirées quelques 271 fusées. Elle est évacuée en 1967, conformément aux accords d’Évian.

Comme vous pouvez donc vous en douter, l’auteur est plutôt bien documenté sur la période. Hormis pour la quarantaine de kilomètres qui sépare Paris de Vernon. Je ne sais absolument pas comment il en est arrivé à cette conclusion, hormis si le Paris de Françatome est devenu si étendu qu’il déborde jusque sur la Grande Couronne… et ce n’est pas ce qu’il me semble à la lecture du roman. Je suis, de mon côté, bien placée pour savoir qu’il y a 75 km entre Paris et Vernon! 🙂

Dans l’histoire narrée par Johan Héliot, De Gaulle est devenu un véritable dictateur qui n’a pas accepté l’indépendance de l’Algérie et qui a maté les mouvements indépendantistes en larguant une bombe atomique en Kabylie. Et qui a au passage, récupéré Werner von Braun (normalement parti aux États-Unis), savant nazi rebaptisé Magnus Maximilian afin de dissimuler son passé trouble, pour faire « décoller » si j’ose dire, le programme spatial français, qui a su flatter l’ambition du vieux général en lui brossant le tableau de la maitrise du spatial avant les autres, grâce à la propulsion nucléaire. Las! La base de Hammaguir s’aggrandit de quatre pas de tirs, et de tunnels souterrains pour la recherche nucléaire, sous la houlette de Magnus Maximilian et de son second, Pierre-Rémi Clain, chercheur en physique nucléaire et père de notre narrateur, qui œuvre à la « deuxième révolution nucléaire » avec la fusion des atomes. Ambitions qui ne seront pas sans conséquence pour la santé des habitants de la base… Pour la suite des événements, avec la mort de De Gaulle en 1970 et la prise de pouvoir par l’État-Major, situation qui perdure jusqu’aux aventures de Vincent en 86, les pays d’Afrique du Nord, décolonisés, ont mis en place une union pacifique de différents pays, du Maroc à l’Égypte, l’Union des Nations Nord-Africaines. Cette entité s’est dotée de sa propre Société d’Astronautique Nord-Africaine (SANA) dirigée par Ben Barka qui continue de tenir la base d’Hammaguir à disposition des Français pour le décollage de leurs fusées. Posture intéressée car il espère, en cas de succès de la mission de Vincent, récupérer les recherches de son père sur la fusion nucléaire.

De révélations en révélations

Pour ma part, j’ai eu quelques difficultés à démarrer cette histoire à cause des explications du contexte historique, que je trouvais assez vaseuses – je suis assez bon publique, et j’aime bien que ça parte complètement en live dans les uchronies, mais pour une fois, l’historienne en mois s’est révolté, car De Gaulle, qui était certes vieux-jeu et avait ses tendances autocratiques, était loin d’être aussi idiot qu’il en a l’air dans le livre. Par ailleurs, j’ai été quelque peu perturbée par le fait que le contexte, tel qu’il était décrit, rappelle plus, dans les décors et le style vestimentaire, les années 50 ou 60 que les années 80. Merde quoi, même dans le bloc de l’Est, certaines choses avaient évolué en quelques décennies, ne serait-ce que dans les fringues et la musique!

Ce détail passé, eh bien… je suis à la fois mitigée et enthousiaste quant à ce livre, qui m’a quelque peu frustrée, car il a commencé à devenir franchement intéressant dans le dernier tiers. D’autant plus que le lecteur commence à entrevoir des enjeux plus grands qui auraient mérité un plus long moment à bord de l’Orbe, ou même une suite pour faire bonne mesure!…

Bref, passons au récit. Les différents chapitres alternent entre le temps de la narration – Vincent ralliant Paris, puis Vernon, puis l’Algérie – et les « fuites » hors de la réalité de notre narrateur, qui le ramènent à Hammaguir, dans son enfance et son adolescence. Alors que son père ne vivait que pour son travail, que sa mère, bien plus jeune que son époux, mettait au monde sa jeune sœur Alice et se mourrait d’un cancer suite à un incident d’accélérateur de particule sur la base. Bien que passionné par la conquête spatial, le jeune Vincent nourrit une réelle animosité envers son géniteur, qu’il accuse de négliger les siens au profit de son travail sous prétexte du « droit commun ». Les seules distractions du garçon sont ses sorties dans le désert avec le lieutenant Boissier, avec qui il marche de longues heures dans la rocaille, et avec qui il fait la connaissance d’habitants du désert, les Zayanes.

À dire vrai, concrètement, il ne se passe pas grand-chose. Mais au fur et à mesure de ses fuites hors de la réalité, Vincent comprend certains éléments, arrive à faire les liens entre les progrès des recherches sur la base, d’étranges motifs sur les tapis et dans les récits des Zayanes, et l’apparitions d’énigmatiques visiteurs dans le désert que Vincent appelle les « Hommes bleus », qu’il prend d’abord pour des Touaregs… Le retour dans le désert algérien, pour sa mission, précipite ces réminiscences, et donne en quelque sorte l’impression à notre héros qu’il revient chez lui. Dans le désert. Pour avoir été dans le désert plus jeune, plus précisément dans le Sahara, cette ambiance est un de mes éléments favoris du livre. Car comme Ben Barka le dit dans le livre, celui ou celle qui a connu le désert devra y retourner, et je rêve d’y retourner. Par forcément dans le Sahara, mais dans le désert, juste pour l’immensité et le ciel à perte de vue… C’est totalement enivrant.

Mais je ne peux vous en dire plus quant aux découvertes de Vincent Clain, sans spoiler le récit, aussi je vous laisse le plaisir de la découverte! 🙂

Conclusion – Une petite uchronie pour passer le temps

Pour ma part, si le début m’a un peu laissée sceptique, j’ai finalement bien accroché à la seconde moitié, puis au dernier tiers du roman, qui se passe en Algérie, et qui revient sur les souvenirs les plus importants du narrateur Vincent Clain. J’étais captivée et pour le coup, je reste un peu sur ma faim. 🙂 C’est dommage, et j’aurais vraiment souhaité en savoir plus sur les révélations, les aventures possibles dans l’espace, sur la vie d’Alice et de Boissier, qui d’une certaine façon, ont ma sympathie… Car ce roman aurait fait un début très sympa pour une petite trilogie uchronique!

Du coup, j’ai du mal à trouver à Françatome autant de panache qu’à la Trilogie de la Lune. C’est bien dommage, car il y avait quelque chose de grandiose à faire sur la conquête spatiale! 🙂 Ceci dit, il m’a fait agréablement passer le temps, c’est assez peu prise de tête pour l’été. Aussi, si vous êtes curieux de l’œuvre de Johan Heliot, je vous conseille de lire celui-ci avant la fameuse Trilogie dont je vous rabat les oreilles, afin que l’ouvrage ne souffre pas trop de la comparaison. 🙂 Ainsi, je vous invite à découvrir ce petit livre rapide à lire! J’espère que cette chronique aux couleurs de désert et d’espace vous aura néanmoins intrigués, et que vous aurez envie d’y jeter un œil!

En attendant, je vous dis à bientôt pour de nouvelles chroniques, peut-être pour parler de film car après ma boulimie livresque, je pense à faire une petite pause jusqu’à la fin de la semaine pour me rabattre sur quelques revues. 🙂

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour accompagner cette lecture: Retrouvez l’ambiance du désert avec la série des trois thés mythiques partagés sous la tente: chez les Touaregs, dur comme la vie, doux comme l’amour et suave comme la mort.

Titre: Françatome: Aujourd’hui l’atome, demain l’espace
Auteur: Johan Heliot
Éditions: Mnémos
Collection: Hélios
260 p.
Parution: Juin 2013
Prix: dès 9,90 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

2 réflexions au sujet de “Maîtres de l’espace – Françatome (Johan Heliot)”

    1. Après, je pense que ça fait partie de ces choses que l’on « connaît sans connaître »… Ce genre d’environnement nous parle, mais on ne met pas de mot dessus! Ça change un peu du Steampunk (et pourtant j’adore ce genre!), ça permet d’explorer d’autres « passés possibles »! 🙂
      Sinon, je crois que Jean Heliot a également écrit une autre uchronie, « Grand Siècle », qui se passe sous Louis XIV. Ce n’est pas une période que j’affectionne, mais ça reste une affaire à suivre! 🙂

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