Chevauchée dans les steppes – Michel Strogoff (Jules Verne)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que tout va bien pour vous et que vous passez un excellent (long) week-end, entre détente, sorties, lectures, films, câlinades et toutes ces choses agréables qui vous détendent… De mon côté, pas de pont pour les braves, car au moment où vous lirez cette chronique je serai au travail… Mais comme je réponds à chaque fois qu’on me demande si l’absence de vacances et de ponts n’est pas un peu lourde: « J’aime mieux ça que le chômage… » Donc voilà, la chose est dite, mais le boulot ne va pas m’empêcher de vous livrer une petite chronique!

Il y a quelques temps, le mois dernier, je vous gratifiais de quelques chroniques cinéma, d’un petit dossier de presse et d’une compilation de romans un peu moins connus de Jules Verne. Je reviens aujourd’hui avec cet auteur que nous connaissons tous, au moins de nom et pour ses titres les plus emblématiques… Aussi vais-je aujourd’hui participer à votre dépaysement en vous proposant une petite chronique dédiée à un récit d’aventures: Michel Strogoff, qui vous emmène à travers la steppe russe au temps des Tsars…

En mission pour le Tsar

Nous sommes au XIXe siècle en Russie. Michel Strogoff, capitaine et courrier du Tsar, est envoyé à Irkoutsk, capitale de la Sibérie. En effet, il doit prévenir le frère du Tsar de l’invasion imminente d’une armée tatare dirigée par l’infâme traitre Ivan Nogareff, celui-ci ayant fait couper le câble du télégraphe. Il traverse la Russie afin de s’acquitter de sa mission, mais allant d’obstacle en obstacle, il vit de nombreuses aventures et fait la connaissance de la belle Nadia Fédor dont il tombe amoureux et qui le suit dans ses pérégrinations, et des journalistes Harry Blount du Daily Telegraph et Alcide Jolivet qui refuse de donner le nom de son agence de presse.

Strogoff arrivera-t-il à temps pour sauver la Sibérie de l’invasion tatare?

Un ouvrage dépaysant

Me revoici donc avec un récit d’aventure vernien dans son style le plus pur! Titre emblématique de Jules Verne plusieurs fois adapté au cinéma, Michel Strogoff est publié en 1876. L’auteur tenant à donner un aspect crédible et une véritable couleur locale à son récit, il se document abondamment et par le biais de son éditeur Hetzel, reçoit les conseils de l’écrivain russe Ivan Tourguéniev. Pour ma part, j’avais trouvé ce livre un été, dans la « réserve » de mes grand-parents, parmi les ouvrages ayant appartenu à ma mère et à mes tantes dans leur jeunesse.

Je l’ai lu très vite tant le voyage de Michel Strogoff m’a captivée. C’était en plus ma « période russe » (ce pays m’intéresse encore beaucoup!) On sent que Jules Verne s’est donné beaucoup de mal pour dépayser ses lecteurs: qu’il s’agisse des unités de mesure, des paysages, des patronymes des différents personnages… Tout y est, la Russie dans son gigantisme exotique et la diversité des peuples qui y vivaient alors. Ce qu’il y a d’amusant, c’est qu’on est à la fois dans la plus pure tradition de Jules Verne et dans quelque chose de très différent des récits dont je vous ai précédemment parlé.

En effet, on retrouve ces personnages sous forme d’archétype, comme Michel Strogoff, qui est un homme raisonnable doté d’un grand sens du devoir, « droit dans ses bottes » si j’ose dire. C’est un homme de principe, pourtant sensible à la beauté lorsqu’il rencontre la belle Nadia, et aux malheurs d’autrui car il ne peut rester indifférent aux cris de sa pauvre mère torturée par les Tatares.

Nadia est une héroïne vernienne typique, calme et prenant les choses comme elles viennent, courageuse et d’une résolution à toute épreuve, même lorsqu’elle est capturée et sévèrement maltraitée par les Tatars. Elle semble posséder les qualités de la parfaite épouse telle qu’on l’imagine au XIXe siècle, et c’est un véritable rayon de lumière dans la gravité qui fait la vie de Strogoff… On peut donc se poser la question de la place des femmes dans l’œuvre de Jules Verne. Comme je le lisais récemment, Verne n’était pas fondamentalement misogyne, et même loin de là. Seulement, d’un tempérament romantique, la véritable union d’amour lui semblait préférable au mariage de convenance ou de norme comme c’était souvent le cas à son époque, peu épanouissant pour l’homme ou la jeune fille, souvent mariée à celui que ses parents lui désignaient. Il reprend d’ailleurs souvent des figures de fiancés ridicules ou de types libidineux qui forcent la jeune femme dont il n’ont pas le cœur. Ce qui est le cas de Nadia, violée par un Tatar selon le témoignage de Nicolas Pissagoff, paysan amical qui aide nos tourtereaux à fuir. Mais il n’y a aucun jugement moral de la part de l’auteur quant à la jeune femme au sujet du « déshonneur » qu’elle subit, cela ne l’empêche pas d’être toujours considérée comme respectable et digne de l’amour de notre héros. Ce qui est quand même un grand pas pour l’époque de Jules Verne, originaire d’un milieu bourgeois où les jeunes filles avaient beaucoup de comptes à rendre et ne s’appartenaient pas sur ce plan. Nadia est donc la jeune fille qui suit son cœur avec résolution, une sorte de pendant féminin à Strogoff puisqu’elle aussi poursuit un objectif, celui de rejoindre son père exilé à Irkoutsk, respectable et forte, à la mesure du héros.

Quant à Ivan Nogareff et aux Tatars, ce sont les purs méchants, sans honneur, sans aucun principe de loyauté envers le Tsar ou un quelconque être humain, puisqu’ils n’hésitent pas à s’en prendre à une vieille dame comme Marfa Strogoff ou à une toute jeune femme pour abuser d’elle. De bien méchants garçons, donc, dont les défaut mettent encore en lumière les grandes qualités de nos héros. Petite mention à part pour l’amitié improbable teintée de rivalité de nos deux correspondants de guerre Blount et Jolivet, qui, américain et français, représentent la fraternité des peuples malgré leur volonté d’envoyer le premier le scoop à son journal. Ils sont un vrai bol d’air pur dans ce récit, de par leur flegme.

Je disais également que Michel Strogoff différait des autres récits verniens que j’ai présentés. Niveau personnages raisonnables et parés de grande qualité, on y est. Souci d’exactitude, on y est encore. Seulement, l’enjeu technologique reste très, très en filigrane, puisque si Strogoff doit se lancer sur les pistes de la steppe, c’est à cause d’un fil de télégraphe coupé. Cependant, contrairement à L’Île mystérieuse ou 20,000 lieues sous les mers, il n’y a pas vraiment de réflexion sous-jascente quant à l’utilisation de la technologie à des fins douteuses ou humanistes. On reste dans la pure aventure, le divertissement pour un lecteur avide de voyage et de paysage typé…

Conclusion – Un formidable récit d’aventure

Bref, si vous êtes en vacances et que vous ne partez pas, si vous recherchez du dépaysement, je vous recommande chaudement de suivre les pas de Michel Strogoff, à travers la Russie d’antan. Outre les paysages grandiose des steppes et des rencontres avec les gens du cru, vous serez embarqués dans une aventure pleine de rebondissements qui, s’ils paraissent aujourd’hui carrément capillotractés, ont ravi des générations de lecteurs. Pour ma part, je me suis régalée du charme « à l’ancienne » de ce récit, un divertissement pur et dur comme on n’en fait plus. Aussi je vous invite à le découvrir!

Je vous souhaite donc à tous une excellente fin de journée, et je vous dis à très bientôt pour de nouvelles chroniques sur la blogosphère! Après tous ces livres, j’aimerais beaucoup vous parler de cinéma, et j’espère trouver une ou deux idées d’ici peu!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour accompagner cette lecture: Un chaï noir bien tassé et épicé, pour vous brûler la langue. C’est encore mieux si vous l’avez chopé en brique de Russie ou de Mongolie, encore estampillé de la faucille et du marteau (mon frère nous en a ramené de Mongolie mais… comment vous dire?… Le mode d’emploi étant en Russe, pas moyen de savoir comment le préparer!).

Titre: Michel Strogoff
Auteur: Jules Verne
Éditions: Livre de Poche
Collection: Classique
499 p.
Parution: Octobre 1974 (maintes fois réédité)
Prix: 6,10 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

7 réflexions au sujet de « Chevauchée dans les steppes – Michel Strogoff (Jules Verne) »

      1. J’espère que tout va bien! 🙂 J’ai vu de loin passer quelques articles de ton blog, mais j’avoue à ma grande honte que je n’ai pas vraiment été sur les blogs d’autres ces derniers temps.
        Je me prévois une cession rattrapage le week-end qui vient! 😉

        Aimé par 1 personne

      2. Pas de soucis, j’ai fait aussi une chronique sur La servante écarlate mais entre le fait que je l’ai beaucoup aimé et l’abondance d’articles sur le sujet, c’est dur de développer. Oui je vais pouvoir partir en vacances à la fin du mois et je revis rien qu’à cette idée.

        Aimé par 1 personne

      3. Ah, je n’ai pas vu ta chronique, il va me falloir remédier à ça! 🙂

        C’est génial pour tes vacances! 🙂
        De mon côté, ça ne fait que deux mois que j’ai commencé mon nouveau boulot, ma période d’essai a été prolongée, et je ne sais pas quand je pourrai prendre des vacances. Mais bon, au vu de la situation qui était la mienne, je préfère au travail, quitte à attendre un peu pour les vacances et les projets d’installation, que de me tourmenter tout l’été parce que je n’aurais pas eu de boulot! 🙂

        Sur ce, je viens de terminer un livre et j’ai une chronique à finir, avant de me mettre à la suite du « Sang des Wolf » et de « Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage »! 🙂 Bises et bonne fin d’après-midi!

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