Histoire des géants du ciel – Zeppelin (Gérard A. Jaeger)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens ce week-end avec une autre chronique livre (deux dans la semaine, c’est qu’on deviendrait presque un vrai blog littéraire par ici! 😉 ) un peu particulière, puisqu’il s’agit d’une petite parenthèse historique. En effet, je l’avais évoqué il y a quelques temps déjà, mais je voudrais mettre en ligne des chroniques sur des sujets historiques, des essais littéraires ou autres, consacrés à des thèmes en rapport avec la ligne éditoriale du blog.

À la lumière de quelques publications du blog, comme des romans Steampunk, ou encore un article thématique consacré au zeppelin il y a un peu plus d’un an maintenant, j’ai pensé qu’il serait sympathique de vous parler d’un vrai ouvrage dédié à cette baleine des airs: Zeppelin – Ou l’incroyable histoire des dirigeables géants de Gérard A. Jaeger. Offert par mes grand-parents il y a quelques jours, je l’ai pris pour la traduction d’un ouvrage de cet auteur, lu il y a six ans pour mon mémoire… Mais en fait, je me suis trompée: c’est un livre récent mais comme il recoupe les divers écrits de Jaeger que j’ai lus en allemand à cette époque, cela m’a « confusionnée ». 🙂

Je vous invite donc, le temps d’une courte chronique, à décoller avec moi au bord de ces fabuleux dirigeables!

Le zeppelin, des origines à la chute

Je vais tenter de vous résumer ici les grandes lignes du livre….

Après un prologue dithyrambique sur la vision du comte Ferdinand von Zeppelin, l’ouvrage offre une véritable chronologie des progrès qui on mené à la création des dirigeables, depuis les travaux des frères Montgolfier en France au XVIIIe siècle. Il faut savoir que si c’est l’Allemagne qui a plus tard tiré son épingle du jeu dans le transport des civils en dirigeable, la France a elle aussi fait partie des pionniers en la matière, à la fin du XIXe siècle. Les ballon a air chaud ont laissé place au remplissage au gaz plus léger que l’air, à savoir l’hydrogène. Si sa portance permet aux ballons de quitter le sol sans difficulté, ce gaz hautement inflammable provoquera également des accidents mortels.

Dans ce contexte optimiste de foi dans le progrès, le comte Ferdinand von Zeppelin (1838-1917), originaire de la région allemande du Württemberg, ingénieur et militaire de carrière, a su faire la synthèse des progrès ayant eu lieu à son époque, en mettant au point ce qui reste à ce jour l’une des machines volantes les plus impressionnantes à avoir existé: il s’agit d’un grand dirigeable rigide, dont la forme ne sera pas maintenue par le gaz de remplissage, mais par une véritable structure entoilée en aluminium, un métal souple et surtout léger. Au fur et à mesure des essais, des modifications lui sont régulièrement apporté:  dispositif mécanique d’équilibrage, liaison par téléphone entre les deux nacelles, radio… La mise au point du zeppelin est d’abord financée par les deniers personnels du comte, et par des donations privées, les autorités publiques et militaires ne s’y intéressant d’abord pas. Ainsi, si le premier essai a lieu au-dessus du Lac de Constance en 1900, ce n’est qu’en 1908 que la machine connaît ses premiers succès, et en 1909 que Zeppelin pourra créer une véritable société de transport civil, à peu près en même temps qu’un contrat avec l’Armée allemande lui rapportera des revenus réguliers sur sa machine volante.

La Première Guerre mondiale voit l’utilisation des dirigeables comme engin de surveillance, mais surtout comme bombardiers. Affectés à l’aéronavale, ils sont utilisés pour harceler et bombarder les villes côtières d’Angleterre, et Londres bien sûr. Chaque mission relève alors de l’aventure: outre le risque de se faire repérer, prendre en chasse et « descendre » par la défense anti-aérienne, les zeppelins restent des appareils très fragiles, de par leur structure souple et aisément déformable, et l’hydrogène de remplissage qui peut s’enflammer à la moindre étincelle. Si quelques ballons s’illustrent sur le champ de bataille, beaucoup sont détruits dans de simples accidents, et sont supplantés par l’avion. Les zeppelins sont donc plus utilisés à des fins de propagande et de guerre psychologique, le pouvoir allemand cachant les pertes de ses précieux ballons. Leur utilisation est interdite à la fin de la Guerre, et quelques dirigeables restants sont emportés par la France, les États-Unis et même l’Angleterre.

Alors que Ferdinand von Zeppelin meurt en 1917, c’est son second Hugo Eckener qui prend sa suite. C’est sous sa houlette que la société Zeppelin va vivre un véritable âge d’or: celui du transport aérien civil. En effet, des contrats sont bien vite signés avec les États-Unis, qui, forts des engins récupérés, ont flairé la bonne affaire, notamment en ce qui concerne le transport transatlantique. Dans les années 1920, plusieurs dirigeables, encore plus grands que les précédents, avec un design plus aérodynamique et un revêtement métallique qui leur donne un aspect brillant: c’est le cas du Graf Zeppelin, nommé en hommage à l’inventeur, sorti des usines en 1928, véritable paquebot de l’air pour les passagers privilégiés, qui cumule les records (vols transatlantiques, tours du monde, liaison avec l’Amérique du Sud…), sponsorisés par des magnats américains. Par ailleurs, la fiabilité de ce transport fait oublier quelques temps la dangerosité de l’hydrogène qui le remplit, d’autant plus qu’Hugo Eckener entreprend des pourparlers avec les usines américaines pour pourvoir les ballons en hélium, plus coûteux mais non-inflammable.

Quelques années après, ces pourparlers sont suspendus, pour cause d’embargo après l’avènement des Nazis. Cette période voit Hugo Eckener, antinazi, peu à peu écarté de la direction de la société Zeppelin. Celui-ci ne doit la vie qu’à la popularité des zeppelins qui doivent à présent arborer la croix gammée. Le Hindenbourg, engin titanesque et à la pointe de la modernité et du design intérieur, avec son équipement intérieur en aluminium, sort en 1936. Les Nazis s’en gargarisent, mais le vaisseau volant connaît en 1937 une fin tragique qui voit la fin du transport civil en dirigeable…

Une épopée flamboyante
Construction du Graf Zeppelin à Friedrichshafen, près du Lac de Constance – Source: Bundesarchiv/Wikipedia

Et oui, vous l’avez vu, c’est l’histoire d’un engin devenu mythique qui se déroule sous nos yeux, avec une partie résumé un peu plus longue, puisqu’il ne s’agit pas d’un roman dont je pourrais gâcher le suspense! 😉 Pour ma part, comme je m’intéresse beaucoup au début de l’aviation et la fin XIXe-début XXe, le zeppelin est un de mes grands chouchous. D’une part de par son histoire et le contexte dans lequel il nait, et d’autre part pour son « esthétique ». Leur gigantisme est impressionnant, et ils restent dans la mémoire collective comme l’un des fleurons des technologie d’antan.

Car parlons franchement: les zeppelins, surtout ceux sortis dans les années 30 et 20, ont carrément de la gueule. Tellement de gueule que dans les histoires et illustrations Steampunk, censées se jouer fin XIXe-début XXe, les zepplins ont l’allure de ceux sortis plus tard. Ils ont également un petit côté romantique, voire tragique, car déjà à l’époque de leur gloire, on sentait leur fin proche, au profit des transports plus lourds que l’air, comme l’avion. Le Hindenbourg a d’ailleurs de petits airs de Titanic, quand on y pense, et certains ont même voulu voir dans l’accident de ce géant frappé de la croix gammée une sorte de prémonition quant à la fin du nazisme. Ce sont bien évidemment des choses que l’on a dites a posteriori.

Concernant le livre en lui-même, il n’est pas très long et se lit facilement, tant l’enthousiasme de l’auteur pour son sujet est communicatif, et le lecteur pourra jeter un œil au cahier photographique en milieu de livre pour mieux se faire une idée de ce à quoi ressemblaient les appareils. Pour ma part, les premiers chapitres dédiés aux débuts du zeppelin jusqu’à la Guerre ne m’ont pas appris grand-chose, car du zeppelin, j’en ai consommé en long, en large et en travers. J’ai même un petit bémol tant je trouve que les chapitres dédiés aux premières années du zeppelin et à la personnalité de son créateurs sont  très simplifiés, et ne rendent pas forcément compte du bouillonnement, de l’effervescence autour de celle-ci. À partir du chapitre dédié à la guerre, le récit historique est émaillé de citations, issues des mémoires d’aéronautes ayant participé au conflit, ce qui rend l’ensemble plus vivant.

La seconde partie du livre est beaucoup plus exaltante et se lit vraiment comme un roman. Elle se lit avec délice, autant pour les faits bruts relatés que pour la reconstitution des ambiances. Les années 20-30 sont également des années de records aéronautique côté avion, avec des figures légendaires comme Charles Lindbergh ou encore Amelia Earhart, dont les portraits ont rempli les médias d’alors. Les exploits des zeppelins sont également relayés par une presse pleine d’emphase, et des commentateurs radios enthousiastes: à cet époque, lire le journal et écouter la radio tiennent autant de l’information que du divertissement.

Aussi, il faut offrir aux lecteurs et aux auditeurs de belles images. Je parlais de différentes citations pour les premiers chapitres, ici ce les journalistes, envoyés par les sponsors et embarqués sur les vols de records du Graf Zeppelin, qui ont la parole. Ils sont probablement biaisés, mais je doute qu’hormis des zones de perturbation, les vols à bord de ces paquebots du ciel aient été particulièrement désagréables. D’autant plus qu’il était possible d’ouvrir les vitres du grand salon en basse altitude pour savourer un peu d’air marin lors des vols transatlantiques, ce qui est inimaginable en avion! 🙂 Les descriptions des zeppelins, notamment du Hindenburg (qui a quand même failli s’appeler l’Adolf Hitler, avouez que c’était beaucoup moins vendeur) et de sa décoration intérieure sont à la pointe du design de l’époque (pour ceux que cela intéresse, il y a une reconstitution du salon de l’appareil au Zeppelinsmuseum de Friedrichshafen), avec des lignes épurées typiques des années 30.

La fin du Hinderburg à Lakehurst – Source: Wikipedia

Cependant, l’ouvrage n’oublie pas non-plus les détracteurs des dirigeables, ce que j’ai apprécié. Ils certes moins présents que ses soutiens, mais ils sont là quand même: ce sont les partisans de l’avion qui jugent trop dangereux de voyager avec des tonnes d’hydrogène inflammable au-dessus de la tête, ce sont également les comités anti-Nazi qui manifestent au décollage ou à l’arrivée du zeppelin sur la base de Lakehurst dans le New Jersey, qui n’apprécient pas de voir le Hindenburg ornés de la svastika, et utilisés dans la propagande du IIIe Reich. Certains avaient même peur que, malgré le peu d’efficacité dont les zeppelins avaient fait preuve durant la Première Guerre mondiale, les Nazis ne souhaitent s’en resservir comme d’une arme La fin du Hindenburg, qui s’enflamme à Lakehurst en mai 1937, ne fera que donner raison à ceux qui ne voyaient pas dans cet appareil un transport d’avenir.

Conclusion – Une sympathique introduction à l’univers du zeppelin

Voili-voilà, vous savez à présent de quoi il est question dans Zeppelin – Ou l’incroyable histoire des dirigeables géants. Et ce fut une histoire incroyable à bien des égards, car les dirigeables ont dès le début eu leurs détracteurs qui n’y voyaient pas d’avenir… D’où l’opinion de Gérard A. Jaeger, qui décrit cette période comme une « parenthèse chimérique » de l’histoire aéronautique, qui a vu le rêve d’un homme, le comte von Zeppelin prendre forme et se terminer de façon saisissante. Les photos du Hindenburg en flammes près de son mât d’amarrage à Lakehurst a fait le tour du monde et la scène a été particulièrement horrible pour ceux qui y ont assisté. Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, certains pensent remettre les dirigeables au goût du jour, mais cette fois-ci, remplis d’hélium…

Aussi, je vous recommande de tout cœur ce petit livre qui retrace une période absolument fascinante qui porte encore aujourd’hui, il faut le reconnaître, sa part de rêve au temps où les hommes ne maîtrisaient pas entièrement le transport aérien. J’espère que cet chronique vous aura plu, et qu’elle vous aura un peu changés de ce que je fais d’habitude, et surtout, qu’elle ne passe pas pour un manque d’inspiration à mon égard! 🙂 Je vous dis donc à bientôt avec une prochaine chronique – livre ou film – et je vous invite à découvrir ma lecture en cours.

Sur ce, je vous souhaite un excellent (long, pour ceux qui ne bossent pas lundi) week-end à tous, et je vous dis à bientôt sur la blogosphère!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour accompagner cette lecture: Je pense à un Earl Grey simple, version English breakfast pour faire comme les passagers du paquebot volant, lorsqu’ils prenaient leur petit déjeuner en regardant le paysage en dessous d’eux…

Titre: Zeppelin – Ou l’incroyable histoire des dirigeables géants
Auteur: Gérard A. Jaeger
Éditions: L’Archipel
Collection: Histoire
271 p.
Parution: Septembre 2016
Prix: 20,00 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

2 réflexions au sujet de “Histoire des géants du ciel – Zeppelin (Gérard A. Jaeger)”

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