Dystopie des gonades – La Servante écarlate (Margaret Atwood)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens aujourd’hui avec une nouvelle chronique livre… et fort étrangement avec un livre « à la mode » que je lis pour une fois en même temps que tout le monde.

En effet, à moins de vivre sur une autre planète ou de ne pas avoir Instagram, vous avez dû voir défiler moult photos et avis concernant La Servante écarlate, un roman dystopique signé Margaret Atwood et paru il y a une trentaine d’année.

Le roman est notamment revenu à la mode récemment, à la faveur de rééditions suite à la sortie de son adaptation télévisuelle, A Handmaid’s tale, série créée par Bruce Miller, avec Elizabeth Moss et Joseph Fiennes. Mon frère m’en avait parlé il y a quelques mois, et j’avais visionné trois ou quatre épisodes de la série… sans aller plus loin car j’ai décidé de profiter de sa réédition pour le lire. Je vous emmène donc dans la terrifiante République de Gilead…

La vie d’une Servante

Alors que l’Amérique du Nord accuse une terrible baisse de la fécondité, des fondamentalistes chrétiens qui voient ceci comme un châtiment divin. Ils fondent la République de Gilead, une entité totalitaire fondée sur des préceptes bibliques, où le progrès, auquel est attribué la pollution et des virus responsables de la chute de la fécondité, est bannie. Les bébés viables sont rares, et les femmes capables de procréer également. Dans cette société strictement divisée en castes, des sortes de parias voient le jour: les Servantes.

Qui sont ces femmes? Ce sont celles, fécondes, de l’ancienne Amérique. Beaucoup avaient un travail, quelqu’un dans leur vie, parfois même des enfants… qualité qui les a vues raflées, ré-éduquées au sein de centres spécialisés, sous l’autorité de sévères matrones appelées les Tantes. Vêtues de rouge et le visage à moitié couvert de coiffes blanches, elles ont une mission: la procréation, pour les officiers de la République. Affectées régulièrement à une famille différente, elles font partie des domestiques, avec une tâche bien particulière: celle de copuler, une fois par mois, avec le maître de maison sous le regard de son épouse, en espérant leur donner très vite un enfant.

Defred, la narratrice, fait partie de ces servantes. La nuit, dans la chambre qu’on lui a donnée chez le Commandant et son épouse, Serena Joy, la Servante se rappelle l’époque bénie où elle pouvait travailler, où elle avait un homme dans sa vie et une petite fille… jusqu’à ce que son quotidien soit bousculé par les étranges caprices de son Commandant, et les révélations d’une consœur, Deglen, quant à l’existence d’un réseau de résistance…

Quelques nuances…
quant à ce qui a été dit sur l’œuvre

Avant de poursuivre cette chronique, je tiens à apporter quelques nuances quant à ce qui a été dit sur ce livre ces dernières semaines, sur la blogo comme sur Insta. Pas seulement pour me distinguer, mais parce que certaines choses me dérangent… mais c’est plus sur ce qui s’est passé autour du livre que sur l’ouvrage lui-même, qui m’a beaucoup, beaucoup plu.

En effet, il ne m’a pas échappé que cette dernière ré-édition de La Servante écarlate était traitée avec énormément de sensationnalisme, donnant l’impression que les lecteurs allaient avoir en leur possession quelque chose d’éminemment subversif: « Le livre qui fait trembler l’Amérique de Trump. » Je souhaiterais que l’on m’explique pourquoi un livre à la base sorti il y a trente ans, dont le succès ne s’est pas démenti depuis lors, se mettrait, comme ça, d’un coup, à faire trembler l’Amérique et son président dont la bêtise navrante est reconnue depuis des lustres… Quelles sources? Quel article? D’où tient-on que ce livre fait trembler l’Amérique de Trump? N’a-t-on pas de citation, de référence pour appuyer ces dires?… Ou s’agit-il d’une simple stratégie marketing, basée sur la peur du futur, l’inquiétude provoquée par la montée des populismes à la Trump ou autre, la peur du fondamentalisme de tout poil, et quelque part l’envie de se sentir héroïque face à cela même quand on ne fait rien pour l’empêcher?… Non parce que je vois mal Trump et ses potes se faire dans leur froc pour une dystopie écrite il y a trente ans. En fait, je pense plutôt que ce regain d’affection pour La Servante écarlate surfe surtout sur de succès de l’adaptation – une série qui au passage me paraît très bonne – et de la littérature dystopique ces dernières années. Je ne nie pas les sentiments louables des personnes qui ont souhaité lire ce livre, mais quelque part, je suis mal à l’aise avec cette idée de voir dans ce livre des éléments qui n’y sont pas forcément.

Le quatrième de couverture quant à lui, ne se démarque pas de ce sensationnalisme, et nous présente Defred comme une vraie combattante de la liberté… Elle côtoie des personnages combattifs: sa mère, militante féministe qui l’a eue toute seule, et son amie Moïra, doublement lésée par le changement de la société car homosexuelle et sans mari pour l’appuyer, elle aussi devenue Servante mais évadée pour rejoindre le réseau clandestin de la Route des femmes, ou encore Deglen et le réseau MayDay. Mais Defred est tout sauf une combattante de la liberté, et ne fait partie d’aucun réseau, contrairement à ce que « promet » le résumé. Avant toute chose, elle pense à sa survie, à sa fille qu’elle aimerait revoir, à son époux disparu et probablement mort. Elle est une femme désespérée, d’autant plus désespérée qu’elle menait une vie heureuse:  elle avait une amie aussi brusque que fiable en Moïra qu’elle connaissait depuis ses études, elle avait un travail à la bibliothèque, un époux aimant qui avait quitté sa précédente femme pour elle, une petite fille et un chat… Si Defred se montre audacieuse lorsqu’elle se plie aux caprices de ses patrons, le Commandant comme son épouse prête à tout pour un enfant, c’est parce qu’elle veut obtenir quelque chose d’eux, même des miettes. Elle ne deviendra réellement courageuse que lorsqu’elle n’aura plus le choix, et cet instant sera teinté d’un certain fatalisme.

Enfin, j’ai été vraiment troublée par – à l’exception d’une copine qui a elle aussi lu  La Servante écarlate – le consensus des blogueuses à son sujet, et cette espèce de volonté à vouloir en faire une sorte de nouvelle référence du féminisme – au même titre que Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, c’est dire! Bon. L’intention est louable, mais le raccourci est un peu facile, les deux lectures n’étant pas comparables, je trouve. Surtout que je n’ai pas du tout eu ce ressenti en lisant La Servante écarlate, même si certaines femmes évoquées comme la mère de Defred (dont on ignore le vrai nom) et Moïra sont vraiment féministes. Surtout que la narratrice n’avait pas trop l’air à la base de se poser des questions à ce sujet, le fait de travailler, de lire ou écrire allant de soi avant l’instauration de la République de Gilead. Je me suis donc demandé si quelque chose n’allait pas chez moi, si j’étais une quelconque traitresse à mon sexe en ne voyant pas dans ce roman dystopique un chef d’œuvre du « combat de la femme ». Car si la place de la femme est effectivement un enjeu de taille dans le roman, elle est en fait moins fouillée, et moins présente que les mécanismes qui font glisser une société tout entière vers le totalitarisme.

J’ai été rassurée, en lisant la postface de l’auteure elle-même, de voir que si effectivement elle n’adhérait pas à une société patriarcale, c’était surtout l’idée du totalitarisme qu’elle explorait dans son roman. Pfiou pour moi, je suis soulagée de ne pas être une nana insensible aux malheurs des autres femmes… 😉 En effet, Margaret Atwood y écrit que si son roman a servi de référence et de base pour d’autres dystopies où l’on opprimait les femmes en particulier, La Servante écarlate ne pouvait être « strictement » qualifiée de « dystopie féministe ». En effet, Gilead est une dictature comme il y en a tant eu, qui sélectionne « sa » victime – ici il s’agit des femmes fécondes (entre autres), comme il aurait pu s’agir d’un autre groupe. Je cite Margaret Atwood:

On a souvent qualifié La Servante écarlate de « dystopie féministe » mais ce terme n’est pas strictement approprié. Dans une dystopie féministe pure et simple, tous les hommes auraient des droits bien plus importants que ceux des femmes. Elle comporterait une structure à deux couches: la supérieure pour les hommes, l’inférieure pour les femmes. Mais Gilead est une dictature de type classique: construite sur le modèle d’une pyramide, avec les plus puissants des deux sexes au sommet à niveau égal – les hommes ayant généralement l’ascendant sur les femmes -, puis des strates de pouvoir et de prestige décroissants, mêlant toujours hommes et femmes, jusqu’au bas de l’échelle où les hommes célibataires doivent servir dans les rangs de l’armée avant de se voir attribuer une Écofemme.

Et comme chaque dictature, Gilead a ses victimes. Ce pourrait être n’importe quel groupe, mais il s’agit ici d’une sorte de femmes en particulier, qui est exploitée à des fins reproductives pour des élites, les fondateurs et officiers de la République, alors que les autres hommes n’y ont pas droit. Ils ne se verront attribuer une Écofemme (plus basse socialement que l’Épouse, issue de l’aristocratie de Gilead), et avoir avec elle un enfant s’il y a coup de bol, hormis s’ils arrivent à s’élever dans la société et devenir officiers.

Les Servantes elles-mêmes forment une caste de parias au sein de la pyramide: considérées comme précieuses pour ce qu’elles sont capables de fournir – leur fertilité – mais intouchables autrement. Cependant, en posséder une est une marque de statut élevé, de même que posséder de nombreux esclaves ou domestiques l’a toujours été. Comme le régime fonctionne sous l’apparence d’un strict puritanisme, ces femmes ne sont pas considérées comme un harem destiné à prodiguer du plaisir en même temps que des enfants. Elles sont fonctionnelles plutôt que décoratives.

Donc, une fois ces bases posées, je vous emmène dans ce livre passionnant, au-delà de ce que des accroches bien marketing ou des résumés sensationnalistes vous promettent! Vous allez maintenant voir ce que j’ai pensé de cet ouvrage très riche, que j’ai littéralement dévoré…

L’Éventail des émotions humaines

Le roman est raconté à la première personne par l’une des servantes, qui a perdu son nom d’origine et qui a été baptisée Defred (Offred en version originale). Comme je l’expliquais, il s’agit d’une femme cultivée et diplômée, qui avait reçu de sa mère célibataire une éducation assez anticonformiste, à déménager sans arrêt, au gré des causes de sa maman. Defred travaillait. Elle n’était pas une enfant de chœur, puisqu’elle avait fondé sa propre famille, avec Luke, un homme encore marié avec qui elle entretenait une liaison, avant que celui-ci ne quitte son épouse pour elle. Moïra lui reprochait d’avoir marché sur les platebandes d’une autre femme, et sa mère d’avoir reproduit un mode de vie trop traditionnel avec Luke.

Defred est affectée à un couple, le Commandant et son Épouse, en qui Defred reconnaît une ancienne starlette de télévision chantant des chants religieux et prônant un retour aux valeurs traditionnelles qui ont conduit à la création de Gilead – comme quoi, des femmes aussi ont cautionné ce système répressif. Le roman oscille entre les événements présents – le quotidien de Defred dans la maisonnée, les commissions avec sa consœur, les événement socio-religieux entre femmes… – ses souvenirs de la rééducation au Centre Rachel et Léah, les petites manies et cachotteries d’écolières avec les autres femmes, et les souvenirs de sa vie passée, de la façon dont les choses ont dégénéré, de la disparition de ses droits jusqu’à la disparition de son mari et de sa fille.

À dire vrai, il ne se passe, concrètement qu’assez peu de choses. En effet, Defred, étant considérée comme une domestique dans la maisonnée, en suit la routine avec les Martha – une caste de femmes dédiée aux tâches ménagères dans les familles favorisées (cuisine, ménage, potins), lorsqu’elle va faire les commissions avec les tickets de rationnement, toujours accompagnée d’une consœur affectée à une famille du voisinage… Outre la dimension pesante du quotidien dans un pays dictatorial, le lecteur évolue comme Defred dans une atmosphère très feutrée, entre brutalité et délicatesse. Je ne sais pas pourquoi, j’imagine l’univers de Defred hors du temps et irréel, silencieux, vaguement brumeux, comme dans un rêve, comme un kaléidoscope de couleurs pâles où dansent parfois les tâches rouges des robes de Servantes. Je n’entends ni rire, ni musique. Je ne vois que discipline, tâches quotidiennes abrutissantes pour ne pas craquer, quand les souvenirs de la narratrice semblent plus vivant. En fait, cela me fait un peu penser à The Crow: le présent est gris, et le passé plein de couleurs vives et chaudes. 😉

Ceci dit, une grande partie de la vie de Defred se passe seule dans sa chambre, à attendre de passer à la casserole chaque mois. Ce qui est propice à de longs moments d’introspection de notre narratrice, qui se demande comment ces choses ont pu arriver. Ils sont intéressants car ils arrivent à nous faire une idée de la personnalité, des regrets, des attentes de cette femme. Defred n’est pas heureuse dans sa condition de Servante, cela va de soi, mais s’en arrange comme elle le peut, comme le font ses autres consœurs. C’est tout le panel des émotions humaines qui se dévoile au gré Au fond, ce qui lui manque le plus semble être l’amour, sous toutes ses formes. L’amour romantique, l’amour physique, l’amour et le partage avec l’autre en général.

Lorsqu’elle accomplit chaque mois sa mission, Defred le fait avec un mélange de détachement et ne nostalgie: elle songe au temps où elle le faisait avec amour, où on l’embrassait, où on la désirait. J’ai trouvé ce point aussi troublant qu’intéressant et, pour avoir déjà été amoureuse, assez émouvant. Il est d’ailleurs parfois amusant de voir avec quelle espièglerie, crudité et ironie Defred relate ces événements – lorsqu’elle regarde le commandant faire son affaire, encore en uniforme et juste la ceinture défaite, ou assiste aux mariages arrangés collectifs entre jeunes femmes issues de l’ « aristocratie » gileadienne et jeunes officiers, imaginant les tristes et maladroites nuits de noces que cela doit être. À dire vrai, j’ai été très étonnée que Defred pense si souvent au sexe, et ne cherche pas à le fuir, comme c’est le cas de certaines femmes violées ne supportant plus le contact avec un homme, même celui qu’elles aiment. Ainsi, notre Servante l’évoque souvent de manière positive, comme un acte d’amour et de désir, quand son Commandant la « besogne » dans un esprit purement fonctionnel. J’avoue d’ailleurs que certaines des descriptions de Defred m’ont faite sourire, et ce malgré l’horreur évidente de sa situation.

Je parlais de l’amour sous toutes ses formes plus haut, et je le vois car lorsque l’occasion d’une connexion avec un humain s’offre, Defred la saisit. À la fois par intérêt, car elle espère obtenir quelque chose en échange quand elle se plie aux fantaisies de sa maisonnée – les parties de Scrabble et la lecture dans le bureau du Commandant qui selon la loi n’a pas le droit de la voir seule en échange de lotion pour les mains, la demande de l’Épouse de coucher avec Nick,  le chauffeur de son mari, après plusieurs tentatives infructueuses de tomber enceinte en échange d’hypothétiques nouvelles de sa fille. Et également parce qu’il est bon de parler, d’échanger, ne serait-ce qu’un encouragement, une petite cigarette ou avoir une conversation sans entrave avec quelqu’un. Il en est de même lorsque Defred commence à écouter les confidences de Deglen, Servante et membre d’un réseau clandestin. Parce qu’au final, c’est peut-être ce qui est le plus pesant dans la vie de cette femme, et sans doute dans la vie de toute personne vivant dans un État totalitaire: la solitude, car il est impossible de parler librement avec quelqu’un d’autre, sous peine d’être entendu, dénoncé, de se fourvoyer quant aux intentions de l’interlocuteur.

Autre point qui me paraît aussi surprenant qu’intéressant: l’empathie de Defred quant à certains hommes qu’elle côtoie. C’est là un élément qui m’a surprise, du fait qu’il s’agit d’une société clairement patriarcale et que bien des hommes – le Commandant, et même les médecins – semblent profiter de la situation et de leur ascendant sur ces dames. Et pourtant, il est difficile de ne pas, si ce n’est adhérer à ce qu’en dit Defred, comprendre son cheminement. Et quand on y réfléchit, ce n’est pas faux. Elle pense que ce système est également difficile pour les hommes: pour les officiers qui une fois par mois doivent (excusez-moi l’expression) « bander sur commande » pour une femme qu’ils n’aiment ni ne désirent, sous les yeux de leur Épouse (qui ne le vivent pas bien du tout, en particulier la femmes du Commandant). Par ailleurs, les hommes célibataires, en bas de l’échelle sociale, n’ont pas réellement de statut et doivent faire leurs preuves pour gagner le droit de se marier, et éventuellement de fonder une famille – ce qu’hommes et femmes peuvent désirer, surtout s’ils se rappellent encore la vie d’avant Gilead. De plus, des rumeurs courent parmi les Servantes et les Martha, selon certains de leurs Commandants seraient stériles, et selon lesquelles les épouses, désespérées de ne pas avoir d’enfants et de voir une inconnue coucher avec leurs époux tous les mois, font appel aux chauffeurs ou jardiniers pour engrosser leurs Servantes et les voir dégager en vitesse. Ainsi, les domestiques masculins sont eux aussi traités comme des objets et Defred suppose que l’on a demandé la même chose à Nick avec celle qui l’avait précédée, et pense qu’au même titre que les Servantes, les domestiques masculins ne doivent pas apprécier cet état de fait.

Mais ce qui frappe également, c’est que contrairement à d’autres personnes de son entourage (Moïra, sa mère) Defred, dont on ignore le vrai nom, n’a pas vu ou n’a pas voulu croire au glissement de son pays vers un totalitarisme « biblique » qui bafoue les droits de ses habitants…

Gilead, dictature biblique

Après quelques recherches sur le nom de « Gilead » – ou Galaad, j’ai appris que le nom de cette République venait fort probablement du nom d’un massif montagneux dans la vallée du Jourdain, ou de différents personnages bibliques portant ce nom. C’est également le nom de diverses localités des États-Unis. Et pour cause, la République de Gilead repose sur des principes bibliques – enfin, des phrases, des versets de l’Ancien Testament sortis de leur contexte, pour la plupart concernant les soucis d’enfantement de Rachel, épouse de Jacob, qui demandera à son époux de coucher avec une servante pour avoir des enfants – avant d’enfanter tardivement deux fils. Vous voyez donc sur quoi repose le principe des Servantes?… Penchons-nous un peu sur l’entité inquiétante qu’est la République de Gilead.

Avant son instauration, le Nord de l’Amérique où vivait Defred, son époux, leur fille et leurs différentes connaissances, n’empêchait personne de travailler, de lire, de s’éduquer, de divorcer pour se remarier, comme cela a été le cas de Luke, de s’exprimer, et ne condamnait pas des croyances différentes et l’homosexualité.  Or cette partie du monde voit un regain de « valeurs » traditionnelles, inspirées du puritanisme de certains pionniers du Nouveau-Monde, axées sur une interprétation à la lettre des récits bibliques. Ainsi, la stérilité des femmes est vue comme un châtiment envers les êtres humains qui à force de progrès techniques ne respectent plus la Terre et Dieu, et envers les femmes qui préfèrent faire carrière que des enfants. Peu à peu, alors qu’elle ne porte pas encore ce nom, Defred, voit ses droits rognés: d’abord plus de travail, puis plus le droit de retirer son argent ou d’avoir un compte à elle qui doit dépendre de son époux. La situation est plus problématique pour son amie Moïra qui, homosexuelle, n’envisage certainement pas de se marier avec un homme (à l’époque de la rédaction du roman, il y a trente ans, on n’avait pas voté le mariage gay, et les Gileadiens ne l’auraient pas accepté). Celle-ci rentre tout de suite dans la clandestinité, avant que sa fécondité s’avère et qu’elle soit raflée pour rejoindre le Centre Rachel et Léah avec Defred.

Gilead est un État totalitaire. Je ne ferai pas ici un essai politique – il y aurait trop de choses à dire, et je me laisserais emporter par mon mépris pour certains systèmes que je trouve dégueulasses ou profrondément hypocrites. Voici ce que dit le Larrousse du totalitarisme:

Système politique dans lequel l’État, au nom d’une idéologie, exerce une mainmise sur la totalité des activités individuelles.

Les bases son posées. On a une idéologie, le « projet utopique » en quelque sorte, où l’on embarque toute une population, volontairement ou non. Je dis « projet utopique » car les gouvernements en question présentent toujours la chose de manière positive: un « espace vital » pour les Allemands de pure race chez les Nazis, plus de classes et tout le monde égal chez les Communistes d’URSS… Bref, que des lendemains qui chantent. Vous comprenez pourquoi j’ai du mal avec les projets utopiques, et pourquoi, comme je l’ai déjà évoqué, L’Utopie de Thomas More est pour moi l’un des livres les plus flippants que j’aie lus: car pour moi, le totalitarisme de la société dépeinte par More, même guidée par de bonnes intentions, porte déjà les germes de la dystopie, ne serait-ce que pour s’assurer que tous adhèrent au système dépeint comme parfait.

À Gilead, on promet un monde physiquement et moralement nettoyé, qu’il s’agisse de la pollution de l’air ou des âmes. Ainsi, après cette période d’adaptation à laquelle font face les protagonistes de La Servante écarlate, les générations suivantes qui ne connaitraient pas autre chose verraient les manquements à leurs droits plus fondamentaux comme normaux, les Servantes ne vivraient plus leurs missions comme un calvaire mais un honneur… et peut-être un jour ne seraient-elles plus utiles, une fois la fécondité revenue à la normale. Mais bon, il est plus difficile qu’il n’y paraît d’emmener les citoyens où l’on veut. Pour cela, il faut s’assurer qu’ils adhèrent tous, au plus vite, dès le plus jeune âge. C’est là que le totalitarisme devient pratique, lorsqu’il faut obliger les sujets à être heureux.

Tous, absolument tous les aspects de la vie des citoyens, de chaque caste, de chaque classe d’âge, sont contrôlés par l’État – jusqu’à la vie sexuelle dans la République de Gilead. Personne ne s’appartient. Encore moins les servantes. L’une des principales préoccupations de Gilead est d’ordre démographique, puisqu’il faut « croître et multiplier »: pour cela, il faut éviter pollutions, ondes et rayonnements dommageables à l’appareil reproducteur, ainsi que les substances mauvaises pour la santé des Servantes (pas de café, de cigarette, d’alcool…), et cultiver cette matière première qu’est la femme fertile, à travers les Servantes. Nourries de propagande dans les Centres, sous le joug des Tantes, matrones à la solde du régime, qui maitrisent leurs pensionnaires à coups d’aiguillon électrique, comme pour se venger de quelque chose. L’éducation des Servantes, outre la soupe de propagande, leur sert également leur bouillon d’auto-critique, d’insulte envers celles qui étaient « légères », ou qui ont commis la faute de se faire violer. Le tout basé sur un dévoiement du propos biblique. C’est extrêmement dur et dégradant, et si l’on peut s’attendre à de l’entr’aide entre ces femmes, il n’en est pratiquement rien: il n’y a qu’avec Moïra avant son évasion, et avec sa collègue Deglen que Defred sympathise. Car les jalousies existent entre celles qui arrivent à concevoir et se retrouvent ainsi dans des situations plus confortables, divisions maintenues par les Tantes qui manipulent certains éléments pour les pousser à dénoncer celles qui paraissent suspectes. Le châtiment corporel est de rigueur et aucune Servante ne sort sans être accompagnée d’une autre, qui la surveille.

Dans un même esprit de délation, on trouve les Yeux, agents du système, invisibles. Ils peuvent être n’importe où, faire partie du personnel des maisonnées, puisque ceux-ci connaissent les secrets de leurs employeurs, comme les chauffeurs – Nick, chauffeur du Commandant, est d’ailleurs soupçonné d’être l’un d’entre eux. Lorsque ceux-ci dénoncent un contrevenant à l’ordre établi, celui-ci disparait dans un de leurs fourgons noirs frappé d’un œil couronné d’ailes. Torturé, exécuté, peut-être envoyé ramasser des déchets toxiques aux Colonies, des lieux qui semblent vaguement faire office de Camps de la Mort. Glaçant.

Rien n’est donc fait pour instaurer un climat de confiance entre les individus – enfin ça, diviser pour mieux régner, c’est un truc de dictature bien classique. Il s’agit, pour maintenir une relative « paix sociale », de canaliser la peur des citoyens vers un ou plusieurs ennemis. Ici, ce sont plusieurs groupes qui sont visés: médecins ayant par le passé pratiqué l’avortement, hommes et femmes entrés dans la clandestinité et ayant tenté de fuir, homosexuel/les appelés « traitres au genre », catholiques, quackers… dont les corps à la tête cagoulée pendent lamentablement le long du Mur, devant lequel Defred et Deglen passent tous les jours en allant faire les courses. Bref, c’est tout sauf follichon. Ce système regorge en outre de solutions perverses permettant aux sujets de prendre part aux exécutions – les Rédemptions – d’individus accusés de crimes avérés ou inventés. J’ai souvenir d’une scène où les Servantes exécutent ainsi un homme accusé d’avoir violenté l’une d’entre elles.

Pour terminer, je parlerai de l’élite de Gilead, les Officiers dont font partie le Commandant et ses semblables. Comme dans toute bonne dictature qui se respecte, nazie, fasciste, et même celles se déclarant égalitaires comme les régimes totalitaires communistes, il y a toujours eu des groupes plus « égaux » que les autres, qui ne se croient pas obligés de respecter les lois qu’ils édictent. Hypocrisie suprême, puisque le simple citoyen qui s’y essaierait connaîtrait de terribles tourments. Au sein de Gilead, le plaisir et la séduction étant considérés comme de la frivolité, tout ce qui est glamour comme la lingerie affriolante, est banni, même dans le cercle privé. De nouvelles « perversions » et cachotteries naissent alors, puisque les officiers ont accès aux revues de charme, ou à la prostitution, derrière le dos de leurs épouses. Ivresse du pouvoir, sans doute, et regret de ces  petits plaisirs du monde ancien, dans une société répressive que ces hommes ont contribué à créer…

Conclusion – Une fascinante plongée dans le totalitarisme

J’arrive donc à la conclusion de cette… LONGUE, TRÈS LONGUE chronique, qui j’espère, ne vous aura pas ennuyés. Comme vous le voyez, je l’ai programmée assez tôt dans la journée, afin de vous laisser le temps de lire tout ça, de digérer ça… 🙂 Pour ma part, je pense que j’aurais mal fait mon boulot si je m’étais arrêtée à la seule place de la femme qui, si elle a bien sûr son importance de par la narratrice de l’histoire, n’en représente pas le seul enjeu. Par ailleurs, je pense que la même histoire serait tout à fait plausible en sens inverse, avec des hommes en bonne santé et féconds à qui l’on aurait demandé de faire des enfants aux femmes des « patrons » – cette porte est d’ailleurs ouverte avec le cas de Nick dans La Servante écarlate.

Bref, je ne vous dirai pas de platitude selon laquelle il faut absolument lire La Servante écarlate en tant qu’ouvrage féministe pour nous apprendre à défendre les droits des femmes (énormément de blogueuses semblent impliquées), ou parce qu’au vu de l’État du monde et du renforcement du discours populiste dans nos sociétés, ce livre nous aidera à penser le totalitarisme pour éviter qu’il arrive. D’autant plus qu’aucun de nous ne pourrait dire avec certitude ce que nous ferions dans ce cas-là. Peut-être suis-je biaisée car de par mes études, j’ai appris toutes ces choses sur les systèmes dictatoriaux, et parce qu’en termes de pure réflexion, le roman ne m’aura pas apporté grand-chose. Je ne sombrerai pas non-plus dans la parano en me demandant « quand » la catastrophe nous arrivera dans le monde réel. Cela se peut, comme cela ne se peut pas. On peut lire cet ouvrage pour toutes ces raisons, mais la principale en est pour moi que d’un point de vue strictement littéraire et dystopique, ce livre est une réussite.

J’ai lu avec La Servante écarlate un roman vraiment passionnant. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi vite. L’ambiance feutrée et vaguement irréelle qui ressort à travers Defred, l’enfermement physique et mental de cette femme, l’introspection de cette narratrice parfois désespérée, parfois malheureuse, parfois en attente de quelque chose, d’une miette d’agrément, d’un signe d’affection, m’a captivée. Tout comme son expérience personnelle du totalitarisme. Car si c’est quelque chose que nous voyons de loin dans les livres d’histoire, rien ne remplacerait le témoignage de personnes l’ayant vécu. Quand bien même La Servante écarlate est une fiction, il est intéressant à cet égard. D’autant plus que l’ouvrage se termine par un appendice « pseudo-historique » qui décortique le récit de Defred et nous en apprend plus sur le mécanisme de la société gileadienne. Cette petite continuation du récit sous forme de colloque universitaire est absolument intéressant, et je vous conseille de le lire avec le reste. Il faut savoir que Margaret Atwood, l’auteure, est une universitaire, enfant de la Guerre froide qui a vu des guerres idéologiques et étudié de près le totalitarisme… cet appendice, ainsi que la postface de la main de l’auteur, sont très édifiants pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur les systèmes totalitaires, sur la genèse du roman et la pensée de Margaret Atwood.

Bref, je suis totalement conquise par ce roman dystopique écrit tout en nuances, que je vous recommande chaudement, en faisant abstraction du tapage autour. Car c’est peut-être l’un des défauts inhérents à ce livres, qui ne vient pas de l’ouvrage en lui-même mais de la façon dont il nous est souvent présenté… trop sensationnaliste, et prêtant à l’auteure des intentions qu’elle n’avait pas. J’espère en tout cas que vous trouverez votre compte dans cette très belle dystopie écrite il y a plus de trente ans, mais qui n’a rien perdu de son ambiance anxiogène et de sa beauté, et que cette chronique vous aura plu.

Je vous dis donc à très bientôt pour de prochaines lectures, pour de nouveaux films, créations, et pourquoi pas de bonnes nouvelles!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour accompagner cette lecture: Un Tuocha à l’arôme rustique, un peu brut pour coller avec le mode de vie de Gilead.

Titre: La Servante écarlate
Auteur: Margaret Atwood
Éditions: Robert Laffont
Collection: Pavillons Poche
544 p.
Parution: Juin 2017
Prix: 11,50 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

16 réflexions au sujet de « Dystopie des gonades – La Servante écarlate (Margaret Atwood) »

  1. Defred n’est pas une vraie « héroïne » mais c’est ce qui l’a rend intéressante je trouve.
    J’ai trouvé que le livre était féministe dans le sens séparer les hommes et les femmes et mine de rien, les hommes ont bien le droit à leur petites distractions. Par contre, le totalitarisme est évident dans le livre.

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne nie pas le droit aux « petites distractions » des hommes, loin de là! J’aurais d’ailleurs bien aimé en savoir plus sur ce qui se passait du côté des Épouses – qui au passage, traitent elles aussi à loisir les Servantes comme des objets quand elles les envoient coucher avec le jardinier ou le chauffeur – et des Tantes qui me font vraiment froid dans le dos! 🙂
      Mais pour moi, hommes et femmes sont séparés dans ce roman, comme certaines sociétés ont séparé les Noirs des Blancs, ou les Aryens du reste du monde… Bref, la stratégie des totalitarismes. Car au final, je pense que la situation n’est facile pour aucune des parties. Et en tant que femmes, j’en ai marre qu’on me dise tout le temps que je suis forcément une victime des hommes, zut! 😉
      Et puis, j’avais envie de dire autre chose sur ce livre que ce qu’on en disait partout, et qui, je trouve, lui ôtait de sa substance alors qu’il est si riche.
      Et la fin du roman, bon sang! 🙂 Elle tue!

      Ceci dit, il faut absolument que je finisse de visionner la série dont certains thèmes sont abordés avec plus de sensibilité et de subtilité – je la trouve d’ailleurs un peu plus féministe que le livre. Il faut dire que le visuel est tellement impeccable que ça aide beaucoup… Si tu ne l’as pas encore visionnée, je te la recommande. 🙂

      Sur ce, je m’en retourne achever un autre livre, c’est une vraie boulimie en ce moment! 🙂 Bon 15 août! 🙂

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  2. C’est la troisième chronique sur ce roman que je lis en l’espace d’une demie heure, je crois que c’est un appel à la lecture… Très sympa le conseil thé pour accompagner le livre. En tout cas pendant la lecture de ton artcle je buvais le thé blanc rose pêche du comptoir de Provins. Odeur incroyable mais décevant au gout 😉 . Signé: une adepte inconditionnel de thé.

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    1. Merci! 🙂 Le conseil thé est assez récent, j’ai commencé au printemps dernier à faire ça! 🙂 Mais ces derniers temps, j’ai un peu mis de côté le thé pour les infusions ayurvédiques de chez Yogi Tea – elles sont excellente!
      Oui c’est difficile de ne pas tomber sur une chronique de « La Servante écarlate » en ce moment… à moins, peut-être, de vivre sur Mars. 🙂 Pour ma part c’est la première fois que je lis « le livre à la mode » en temps et en heure. Personnellement, j’ai beaucoup aimé cet ouvrage, même si on essaie de lui faire dire tout et n’importe quoi. 🙂
      En tout cas, bienvenue sur le blog! J’ai vu qu’il y avait des films pas mal sur le tien! 🙂 Bonne nuit!

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  3. Très chouette chronique, et instructive ! Tu nous offres une belle analyse poussée, merci ! 🙂
    Je ne pense pas lire ce livre, non pas parce que je ne suis pas convaincue, mais par ce que je pense que ça va beaucoup me remuer (je me souviens encore de l’état dans lequel j’étais après 1984 et Le meilleur des mondes…).
    En tout cas, j’ai beaucoup apprécié ta longue chronique, je te rassure, elle est passionnante ! 🙂

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    1. Merci!… 🙂
      De mon côté, je me suis régalée avec cet ouvrage, il vaut vraiment le coup – mais ce n’est pas non-plus flippant comme un « 1984 ». 🙂
      Bonne nuit à toi!

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  4. J’ai ce bouquin dans ma bibliothèque depuis un certain temps, mais je ne l’ai pas encore lu… Merci Blanche pour cette critique très complète! J’ai hâte de me plonger dans cet univers de cette grande écrivaine…

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    1. J’ai effectivement parcouru sa bibliographie et j’y ai vu des ouvrages fort intéressants! 🙂 En tout cas si tu en as l’occasion, je te conseille de sortir « La Servante écarlate » de ta bibliothèque! 🙂 Je serais très curieuse de voir ce que tu aurais à en dire sur ton blog!
      Bonne nuit (car ici il est presque minuit!)! 🙂

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  5. Alors là Blanche, pour l’instant ta chronique est la meilleure que j’ai pu lire sur ce roman qui revient sur le devant de la scène et que je n’ai jamais lu. Bravo!!!!

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  6. En effet, je trouve moi aussi qu’il est plus question du totalitarisme. Après, Defred n’est pas sans rappeler ces femmes qui ne sentent pas le besoin d’être féministes, de se battre pour quoi que ce soit car on travaille, on est plutôt indépendante si on le souhaite, etc.
    Attention quand tu dis : « une quelconque traitresse à mon sexe » ; on parlera plutôt de genre car une personne de sexe féminin n’est pas forcément une femme (pour raccourcir) 😉

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    1. Je dis « traitresse à mon sexe » pour plagier le parler à l’ancienne!… 🙂 Dans les faits, je suis très, très élastique sur ma façon de percevoir les femmes (ou inversement les hommes), nées XX ou XY, je le vois plus comme une question d’identité de soi. 🙂
      Mais je n’emploie pas le mot « genre » car je ne l’aime pas. Je le trouve trop catégorisant, trop clivant. On range les livres par « genre » dans une bibliothèque, or pour moi l’être humain est bien plus complexe que ça. J’attends que l’on trouve un mot plus beau! 🙂

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      1. Ce qui me fait penser que dans la série TV ils ont modifié justement pour employer « genre » et non « sexe » 🙂
        « Genre » reste ce qu’il y a de plus exact (surtout quand on parle d’identités transgenres) ; on peut parler de sexe féminin, masculin, d’intersexe, mais on va parler de genre non-binaire, féminin, masculin, etc. (à ma connaissance – il faut me dire si je me trompe). Et comme ce terme est utilisé depuis peu (une dizaine d’années en France), je doute qu’un nouveau mot soit trouvé/inventé d’ici peu :/

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