Pour les ténèbres et pour le rire (1) – La Famille Addams (Barry Sonnenfeld, 1991)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, je tiens à m’excuser encore pour cette semaine sans chronique, et pour le fait de parler plus cinéma que livres dans les jours qui vont venir! À dire vrai c’est moins le travail que les problèmes de transport qui m’ont épuisée… et du coup, arrivée chez moi, je ne touchais même plus mon ordinateur! 😉 Mais qu’à cela ne tienne, j’espère mieux m’organiser à l’avenir et vous offrir quelques articles sympas pendant vos vacances.

Je reviens donc aujourd’hui avec une petite chronique film à laquelle je pensais depuis un moment. En effet, j’avais très envie de vous présenter cet opus vu lorsque j’étais très jeune, après que mes grand-parents nous aient offert la VHS. Et je l’apprécie toujours autant à l’âge adulte: La Famille Addams, réalisé par Barry Sonnenfeld et sorti en 1991. Avec les vacances, certains d’entre vous cherchent peut-être des idées de choses à (re)visionner, et il est peut-être Rejoignons donc les Addams dans leur manoir…

  • Conflits familiaux

Les Addams vivent une vie joyeusement sombre dans leur manoir. Nous avons les parents, Gomez (Raúl Juliá) et Morticia (Angelica Huston) qui s’aiment passionnément, Grand-Mère (Judith Malina) qui s’adonne aux arts occultes, les enfants Mercredi (Christina Ricci) et son frère Pugsley (Jimmy Workman) qui jouent à des jeux dangereux, ainsi que le majordome zombifié Lurch (Carel Struycken) et une main vivante appelée La Chose. Mais tout n’est pas si rose – enfin si noir – chez les Addams. En effet, Gomez est tourmenté par la disparition de son frère Fester, que personne n’a revu depuis plus de vingt-cinq ans…

Morticia et Gomez partageant un instant romantique – Source: AlloCiné

Une brèche dans laquelle se faufile Tully Alford (Dan Hedaya). En effet, celui-ci devant beaucoup d’argent à sa créancière Abigail Craven (Elizabeth Wilson), et notant la ressemblance de son fils adoptif Gordon (Christopher Lloyd) avec le frère disparu de Gomez, propose un plan machiavélique pour s’emparer des richesses des Addams et rembourser ses dettes: infiltrer Gordon chez les Addams en le faisant passer pour Fester! Sitôt dit, sitôt fait: l’avocat organise donc une séance de spiritisme chez les Addams, en compagnie de toute la famille, pour invoquer l’esprit de Fester. C’est alors que l’on frappe à la porte du manoir. Gomez se trouve alors nez à nez avec Abigail Craven se faisant passer pour une psychiâtre allemande et à Gordon grimé en Fester. Quelle n’est pas sa joie de se trouver face à son frère, après tant d’année! Savourant les retrouvailles, il ne se doute pas du piège…

  • Une nouvelle adaptation

Vous connaissiez sans doute La Famille Addams à travers les rediffusions de la série des années 60 – vous connaissez le générique et vous claquez des doigts lorsque vous l’entendez (enfin quand j’étais gamine, j’étais frustrée de ne pas savoir le faire), les costumes et la moustache de Gomez ne vous sont pas inconnus, les longues robes noires et le pâle minois de poupée de Morticia vous ont charmés. Mais il s’agissait déjà à l’époque d’une adaptation, La Famille Addams étant une série de cartoons dessinés par Charles Addams (1912-1988), connu pour son humour noir et son goût pour le macabre, pour le New Yorker dès la fin des années 30. Il y dépeint cette famille excentrique vivant dans une demeure victorienne délabrée. D’après ce que j’ai pu en lire sur internet, si ces Addams partagent des penchants certains pour la noirceur, ils ne sont pas de mauvais bougres et forment un petit clan très uni.

Mercredi, son oncle Fester et son frère Pugsley – Source: AlloCiné

C’est encore l’impression que donne Barry Sonnenfeld dans son film… une famille de doux dingues très unis, qui vivent dans une demeure délabrée.

Même si parfois, on dévie vers un peu plus de noirceur que dans la série des années 60, et que l’univers se fait moins bon enfant que dans l’ancienne adaptation. Dans cette adaptation télévisuelle, Fester était l’oncle de Morticia et était très ami avec Gomez, tandis que le film La Famille Addams en fait deux frère en conflit, dont l’un s’enfuit. On devine un petit penchant pour « la chose » chez le couple Addams, et peut-être un peu de sado-maso. Gomez danse avec des lames, Morticia coupe les fleurs pour n’avoir que des bouquets de tige dans les vases. Raúl Juliá (décédé depuis) campe dans ce film un Gomez un peu plus tourmenté et moins bonhomme que dans la série, bien que ressorte parfois une attitude joviale et un enthousiasme enfantin. Si j’aimais beaucoup la délicatesse de l’ancienne Morticia, je suis également séduite par Angelica Huston dans ce personnage: femme douce mais de caractère, elle a un visage particulier qui véhicule beaucoup d’émotion, et dégage un je-ne-sais-quoi de patricien dans sa tenue noire. Elle est délicieuse. Quant à Mercredi, adorable petite Christian Ricci avec ses nattes brunes, c’est une gamine sadique qui course volontiers son frère Pugsley avec un couteau de boucher.

  • Une esthétique gothique et des situations absurdes

Car La Famille Addams façon Barry Sonnenfeld, c’est une succession de situations absurdes.

Le contexte en lui-même: les personnages vivent dans un environnement gothique idéalisé, avec ce qu’il faut de sombre et de poussiéreux pour ne pas être trop répugnant. La maison, au milieu d’un parc à moitié cimetière, est à moitié délabrée, la lumière de la verrière du jardin d’hiver glauque à souhait, les lits métalliques grincent et l’on fait du spiritisme par les nuits d’orage. Bref, l’horreur comme on la fantasme et comme on l’aime, cela n’est pas sans rappeler aux cinéphiles les vieux films des années 30, du style de Frankenstein par exemple. Toute cette noirceur « idéale » me fascinait déjà quand j’étais enfant, et je suis encore séduite aujourd’hui. La baraque des Addams, pour cradingue qu’elle soit, fait rêver pour son apparence, mais aussi pour ce qui s’y joue.

Morticia montrant les albums de famille aux enfants – Source: AlloCiné

Car tout y est absolument absurde. Les Addams se complaisent non seulement dans cette baraque sombre, mais aussi dans leurs penchants morbides. Ils s’y adonnent avec une certaine bonne humeur. Ce qui donne lieu à quelques moment cruels mais étrangement drôles et jouissifs. Par exemple, si le spectateur cul-serré peut s’offusquer des occupations de Mercredi prête à attacher son frère à une chaise électrique pour l’électrocuter, on ne peut que sourire de la réaction de Morticia au sadisme de sa progéniture. J’ai souvenir d’une scène où voyant Mercredi poursuivre Pugsley avec un couteau de cuisine, elle l’arrête pour lui donner à la place un immense hachoir. On surprend l’inquiétant Lurch (Max dans la VF), l’impressionnant majordome aux allures de créature de Frankenstein, attentionné avec les enfants, la Chose, main vivante et autonome qui se meut toute seule dans la maison, Gomez qui joue avec les mini-passagers vivants d’un train électrique ou qui se lance dans des déclamations passionnées pour sa Morticia… Cette maison est pleine de gens et de choses extraordinaires. C’est tellement dépaysant, un plaisir à visionner pour moi. 🙂

Deux scènes en particulier m’ont beaucoup amusée, participant au rythme endiablé  de cette comédie: la Mamushka, et la rencontre entre Margaret, l’épouse de Tully Alford, et le fameux cousin Machin. Durant le bal annuel des Addams, où les autres branches de la famille se réunissent au manoir, Gomez est ravi d’annoncer le retour de Fester, ne se doutant pas que Fester/Gordon, Alford et Abigail Craven prévoient justement cette soirée pour mettre à exécution leur coup fumeux et s’emparer du manoir Addams. Le chef de la famille Addams, en tunique de moujik rouge qui n’est pas sans rappeler les vieilles histoires d’horreur se déroulant en Transylvanie, invite celui qu’il croit être son frère danser avec lui la Mamushka… Et surprise, le faux Fester se prête au jeu avec brio! Je ne résiste pas à partager avec vous cette scène de danse endiablée complètement absurde, avec ambiance freak show et musique tsigane à la clé, le tout porté par l’énergie des deux interprètes principaux. Un moment que j’adore!

C’est également au cours de cette soirée que Margaret, l’épouse un peu guindée de l’avocat Tully Alford, se retrouve invitée à danser par cette masse chevelue que les fans des Addams connaissent sous l’adorable nom de Cousin Machin… 😉 J’adore, j’adore, j’adore! L’épouse, effrayée par les frasques de cette excentrique famille, se retrouve livrée à elle-même alors que son conjoint est occupé à ses manigances, accepte de danser avec Cousin Machin, et commence bientôt à caresser son abondante tignasse… Cela paraît anodin, mais c’est un véritable basculement, une réelle acceptation de la part d’une femme d’abord peu ouverte, qui à la base n’avait pas une très bonne opinion des Addams. C’est très chou…

  • Des Addams plus vulnérables qu’il n’y paraît
Margaret Alford et l’énigmatique Cousin Machin… – Source: AlloCiné

Bref, les Addams sont de vrais marginaux qui s’assument, et qui dans leur petit cocon de magie noire, ne se formalisent pas trop du regard des autres… Ils sont macabres, mais le sont avec une naïveté confondante. Je ne dirais pas que le film de Barry Sonnenfeld donne dans la philosophie et la critique sociale…

Quand bien même je trouve qu’il placarde justement l’hypocrisie de gens « respectables » comme les voisins des Addams qui ne les supportent pas et qui seraient ravis de les voir déguerpir, quitte à se réjouir de voir Alford et Craven s’emparer de leur propriété. Ce ne serait pas la première réalisation un peu fantastique à montrer la limite de la tolérance face à la différence (Edward aux mains d’argent de Tim Burton en est un exemple), mais je trouve assez touchante la façon dont cela est traité dans La Famille Addams.

Gomez et Morticia, les derniers des romantiques – Source: AlloCiné

En effet, sans trop spoiler, il est un moment où Gomez, Morticia, Grand-Mère, les enfants, Lurch et la Chose, en butte à la trahison de Gordon alias Fester et de leur avocat, se retrouvent sans rien, dans une chambre de motel. Les membres de cette joyeuse famille au sens de l’humour très dark se révèlent plus blessés que l’on aurait pu s’y attendre, et la comédie laisse place à une certaine gravité, et les conséquences du rejet des autres se ressent sur les individus. Gomez comate devant la télé, Morticia cherche du boulot mais n’a absolument aucune compétence à offrir… Détail marrant dans tout ce marasme, seule la Chose parvient à décrocher un job de distributeur de courrier dans une entreprise du coin. Bref, aussi étrange qu’ils paraissent, ils n’en ont pas moins un cœur, et il est évident que nos chers Addams ne sont pas adapté à notre « monde réel », ce monde réel qui ne veut pas d’eux non-plus. Ils ne peuvent ni s’y intégrer, ni y être heureux, et que l’expulsion de leur demeure les ampute d’une partie de leur identité. Cette vulnérabilité ajoute au charme des Addams, les rend un peu plus attachants que dans l’ancienne série où ils nous font surtout rire.

Il est si difficile de leur résister ainsi que même Gordon, qui s’est bien amusé avec eux, n’éprouve des remords pour sa trahison… Mais comme vous vous en doutez, les Addams se ressaisissent fatalement!

  • Conclusion – Un petit concentré de bonne humeur à redécouvrir

Voici donc un petit film dont j’avais envie de vous parler depuis un moment. L’univers de La Famille Addams m’a toujours paru empreint d’une certaine poésie, et même si cela parait bizarre ce cocktail de bizarrerie aussi joyeux que sombre me parle encore beaucoup. De plus, je suis absolument fan de l’interprétation d’Angelica Huston, de Raúl Juliá et de Christopher Lloyd dans les rôles principaux.

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un chef d’œuvre du grand écran, mais je suis très attachée à cette adaptation qui m’a encore plus marquée que la série. Je trouve le couple Addams irrésistible, un peu dingue mais terriblement romantique dans son genre. Je ne pas non-plus résister aux bobines adorables de Mercredi et Pugsley ou aux minauderies du Cousin Machin. Bref, je suis fan des excentricités des Addams, de cette bonne humeur qui émane de leurs drôles de fantaisie… Et je suis pratiquement sûr que certains d’entre vous redécouvririez La Famille Addams de Barry Sonnenfeld – à qui l’on dot aussi Men in Black – avec plaisir.

Pour ma part, comme vous l’aurez deviné en lisant le titre de cet article, vous aurez devinez que d’ici peu, je vais traiter la suite de ce film… Les Valeurs de la famille Addams! 🙂 Je vous laisse donc avec la bande annonce de La Famille Addams, en m’excusant pour sa qualité et en espérant que cette chronique vous aura plu! À bientôt sur le blog!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: La Famille Addams
Année de sortie: 1991
Réalisation: Barry Sonnenfeld
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h39
Distribution: Angelica Huston, Raúl Juliá, Christopher Lloyd, Christina Ricci…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

6 réflexions au sujet de « Pour les ténèbres et pour le rire (1) – La Famille Addams (Barry Sonnenfeld, 1991) »

  1. J’adore le dyptique de films La Famille Addams ! Un bijou de comédie gothique ! Il y aurait tant à dire ! Merci pour cette chouette chronique qui me donne envie de le revoir à nouveau ! 🙂

    Aimé par 1 personne

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