Lectures de l’été – Cinq romans moins connus de Jules Verne

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Très désireuse de parler littérature sur ce blog, malgré mes lenteurs de lecture (disons qu’en ce moment, je suis plus consommatrice de presse que de romans…), il m’est venu l’idée, grâce à votre intérêt porté à mes dernières chroniques dédiées à des adaptations de Jules Verne, de vous offrir un petit florilège dédié à cet auteur.

Fait exceptionnel, c’est de son vivant que Jules Verne connut un immense succès national et mondial… Pour mourir persuadé qu’il n’avait pas marqué la production littéraire français. Pourtant, ses romans d’aventure et d’initiation, empreints de sciences et de débrouillardise, ont bercé des générations de lecteurs et titillé la fibre « robinsonnesque » de bien des enfants – à la base des garçons puisqu’il s’agissait du public-cible d’Hetzel, l’éditeur de Jules Verne, mais je connais de nombreuses filles qui comme moi, aiment lire visionner des adaptations de l’auteur.

Aussi, un peu trop à l’ouest pour préparer une semaine thématique à la hauteur de ce que je désirerais faire pour un sujet aussi vaste que Jules Verne (mais j’y pense très sérieusement!), j’ai pensé que vous auriez peut-être envie de profiter de l’été pour (re)découvrir cet auteur, et cinq de ses romans un peu moins connus… Je n’ai bien sûr pas lu la totalité de l’œuvre de Jules Verne, car je découvre à chaque fois de nouveaux titres, mais j’espère que les cinq romans présentés ici piqueront votre curiosité… Je les ai classés de celui que j’ai le moins aimé à celui que j’ai préféré.

  • Robur-le-Conquérant (1886)

Uncle Prudent et Phil Evans sont respectivement président et secrétaire du Weldon-Institute de Philadelphie, organisme défendant l’utilisation du « plus léger que l’air » – à savoir les ballons – dans l’aéronautique. Phil Evans voue une certaine rancune à Prudent, dont il convoitait le poste. Cependant, lors d’une séance de l’Institut, arrive un homme qui se présente comme Robur, et qui déclare que l’avenir appartient aux machines volantes plus lourdes que l’air, provoquant l’ire de ces ardents défenseurs des ballons! Il enlève alors Prudent et Evans et les embarque sur l’Albatros, un engin volant de sa conception: il s’agit d’une sorte de navire hérissé de mâts où sont disposées des hélices contrôlées par l’électricité… Voici donc nos deux héros et ennemis secrets embarqués pour un périple autour du monde au côté de notre Robur, devant reconnaître que son Albatros se gouverne beaucoup mieux qu’un ballon…

Pour anecdote, c’est le dernier roman de Jules Verne que j’aie lu, et il me laisse une impression étrange par rapport aux autres. Robur le Conquérant suit une trame similaire à 20,000 lieues sous les mers – des héros embarqués de force, oscillant entre méfiance et fascination pour un esprit brillant capable d’appliquer si loin ses connaissances en concevant et construisant un engin exceptionnel – sauf qu’il se déroule dans les airs. Pour ma part, si j’appréciais l’idée de départ, ma foi, j’ai trouvé le style du roman beaucoup plus sec, et ne suis pas parvenu à ressentir la même empathie pour Robur que celle que j’avais pour Nemo. Ce qui est dommage, le roman traitant d’un sujet qui m’intéresse et qui a effectivement provoqué de grands débats à l’époque de Jules Verne et des débuts de l’aéronautique: devait-on opter pour le plus léger (ballons remplis à l’hydrogène ou à l’air chaud, dirigeables ou non) ou le plus lourd que l’air (avion, machine volantes, ancêtres des hélicoptères…)?… De nos jours, le débat a été tranché avec les avions, mais il faut savoir que c’était beaucoup moins évident au XIXe siècle, les différentes sortes de machine présentant leurs avantages et leurs inconvénients. La machine de Robur est un véritable trésor d’imagination, son périple captivant… mais il me manque ce côté feutré des aventures de Nemo, le raffinement de ce même personnage (Robur m’a fait l’impression d’une brute épaisse) ce souffle épique qui m’a fascinée. Mais à la lumière de mes dernières connaissances sur l’aéronautique, je pense que j’apprécierais mieux ce roman si je le lisais maintenant.

  • L’École des Robinsons (1882)

Godfrey a 22 ans et vit chez son oncle plein aux as, Lord William W. Kolderup. Il s’apprête à contracter un mariage d’amour avec Phina, la pupille de son oncle. Mais il s’ennuie terriblement, et aspire à vivre de grandes aventures avant son mariage. Son oncle l’envoie à contrecœur visiter la Nouvelle-Zélande, à bord du Dream, navire dirigé par le capitaine Turcotte. Pour chaperonner son neveu, Kolderup envoie également le professeur de maintien et de danse du jeune homme, T. Artelett (à lire à voix haute pour un meilleur effet). Las! Le navire sombre, et Godfrey et son professeur se retrouvent sur une île déserte… Tous deux fort malhabiles, ils vont devoir développer des trésors d’ingéniosité et de courage pour survivre et se sortir de cette situation… pour le plus grand plaisir des lecteurs.

L’École des Robinsons tient une place tout à fait à part dans ma « bibliothèque » vernienne… D’une part, elle fait partie d’un corpus de texte utilisé lors de ma rédaction d’un mémoire d’études germaniques sur les robinsonnades, où, à partir du Robinson Crusoé de Defoe, je comparais des robinsonnades allemandes et françaises. D’autre part, l’édition que j’en ai dégotée pour les besoins de mon travail est très vieille, puisqu’elle date de 1932… l’année de naissance de mon grand-père. Et le livre porte le tampon d’une école publique de garçons à Boulogne-sur-Mer. 🙂 Est-ce un livre qu’on a oublié de rendre à la bibliothèque ou un prix attribué à un élève méritant?… Je l’ignore, mais ce dernier détail m’a beaucoup amusée.

Toujours est-il que cet ouvrage m’a fait un bien fou à un moment où j’avais du travail par-dessus la tête. Pour cause: ce roman d’initiation traite du naufrage sur le ton de l’humour, avec deux personnages à la fois drôle et ridicules, visiblement pas du tout préparés à ce type d’événements. Ils vont cependant apprendre à se débrouiller – ce qui était le but, car on apprend (SPOILER) qu’il s’agissait d’un immense canular censé enseigner le courage et la débrouillardise au jeune Godfrey. L’histoire a également, comme le Robinson Crusoé de Defoe, une dimension morale puisque le jeune héros apprend à ses dépends qu’il n’avait récolté que des ennuis en cherchant l’aventure, alors que rien ne manquait à son bonheur.

  • Le Chancellor (1874)

Nous sommes en plein XIXe siècle. Le navire le Chancellor quitte Charleston et fait voile vers Liverpool, avec vingt-huit passagers et une pleine cargaison de coton. Mais le voyage commence mal, le capitaine Huntly suivant une mauvaise direction. Un incendie se déclare dans la soute où est entreposée la cargaison, et fait rage pendant plusieurs jours, avant d’être éteinte par une tempête, mais trop tard: le Chancellor s’échoue sur un îlot rocailleux. Doutant de la santé mentale de son capitaine, c’est le second, Kurtis, qui prend le commandement, alors que le bateau prend l’eau et que l’ex-capitaine parvient à s’enfuir avec trois matelots. Il va bientôt devoir abandonner le navire sur un radeau de fortune, lui et les dix-sept survivants. Les vivres et l’eau viennent bientôt à manquer, la pêche peine à combler les besoins des passagers, les uns sombrent dans la folie ou s’adonnent au cannibalisme… et personne n’a la moindre idée de la position de l’embarcation.

Le Chancellor se dégage de bien d’autres récits de Jules Verne par sa noirceur: ici, pas de positivisme, puisque le récit expose les pires bassesses humaines dans toute leur laideur. L’auteur avait d’ailleurs prévenu son éditeur qu’il avait poussé ce trait jusqu’au « dégoûtant », et lui qui d’habitude. La description de ces naufragés entassés sur un radeau dans des conditions épouvantables, allant jusqu’à se résoudre à tirer au sort qui devra être mangé, n’est pas sans rappeler l’affaire du radeau de la Méduse qui avait marqué l’opinion en 1816. Mis à part Kurtis, le bosseman ou encore l’angélique Miss Herbey, peu de personnages brillent par leur exemple, et les plus exemplaires ne sont pas les plus soutenus. Les méchants sont bien sûr punis à la fin, et les bons survivent. Mais certains passages font vraiment froid dans le dos… à tel point que les ventes du Chancellor seront moins bonnes que celles des autres livres de Jules Verne, son public habituel ne s’y retrouvant pas. Certains voient dans ce roman, dont la rédaction débute en 1870, des relents de la guerre franco-prussienne toute récente, de l’échec la Commune de Paris dans un bain de sang. Moments d’une barbarie absolue pour l’auteur qui a vu les Français s’affronter dans des luttes fratricides. Pour un amateur du progrès et de la raison comme Jules Verne, plus qu’inquiétante, cette régression semble véritablement angoissante. Par ailleurs, l’auteur a su prouver qu’il était capable d’autre choses que de romans positifs, raisonnables et pleins de bons sentiments.

  • L’Oncle Robinson (manuscrit refusé en 1870)

Alors que l’ingénieur Clifton et sa famille sont en voyage vers l’Amérique, une mutinerie éclate à bord de leur navire. L’homme est fait prisonnier par les mutins, tandis que sa femme et leurs quatre enfants sont débarqués sur une île désert où les suit Flip, un marin franco-américain qui, armé de son seul bon sens et de son couteau va pourvoir à leur survie. Aidé par Madame Clifton, une femme digne et courageuse, il va apprendre aux enfants des rudiments de survie et se gagner le surnom affectueux d’Oncle Robinson. Entretemps, le père fait prisonnier va parvenir à s’échapper et à gagner l’île où il retrouve Flip et sa famille. Mais bientôt, de troublants indices vont laisser penser qu’ils ne sont pas seuls sur l’île…

Ce roman a lui aussi fait partie de mon corpus de mémoire dédié aux robinsonnades. Il s’inspire des Robinsons suisses de Johann David Wyss, paru en 1812, qui a connu un immense succès et que Jules Verne préférait de loin à Robinson Crusoé, la présence de plusieurs personnages permettant plus de rebondissements.  L’Oncle Robinson est resté inachevé, car refusé par Hetzel, et n’est publié qu’en 1991. Là où ce roman est intéressant, outre qu’il s’agit d’une jolie histoire de famille (OK, on s’irritera du rôle de la gentille maman dévouée tenue par Madame Clifton), c’est que ses éléments narratifs, en l’occurence les divers indices attestant d’une présence sur l’île (découverte d’un plomb dans la viande d’un lapin, par exemple) seront repris dans la magnifique Île mystérieuse.

  • Les Indes noires (1877)

Quittons la mer et les îles pour la houillère d’Aberfoyle en Écosse… Dans Les Indes noires, l’ancien contremaître de la houillère épuisée, Simon Ford, demande à l’ingénieur James Starr d’inspecter celle-ci, pensant qu’il y reste des filons à exploiter. Ses soupçons sont fondés et très vite, l’exploitation de la mine reprend, entrainant la création d’une ville minière souterraine baptisée Coal-City. Cependant, des phénomènes étranges se produisent… jusqu’à ce que l’on découvre, dans une galerie attenante, la jeune Nell. L’adolescente semble n’avoir jamais vu la lumière du jour, comme si elle avait vu le jour dans les entrailles de la Terre…

Le titre du roman en lui-même semble assez intriguant! Une mine de charbon en Écosse, quelle relation avec les Indes?… Si j’ai bonne mémoire, c’est ainsi qu’est surnommée la mine: les « Indes » pour les richesses que l’on en retire (n’oubliez pas qu’on était en pleine période coloniales), « noires » pour la couleur du charbon. Tout comme Le Chancellor, j »ai récupéré ce volume dans la collection d’un arrière-grand-oncle décédé – connaissant un peu mieux l’univers de Jules Verne par rapport aux autres membres de la famille, je les ai laissé choisir les romans les plus emblématiques pour récupérer ces deux-là. Je n’ai d’ailleurs pas été déçue par Les Indes noires! J’ai trouvé cette utopie ouvrière dans une ville minière souterraine très intéressante et originale par rapport à tout ce que j’avais lu jusque là, quand bien même tout ce positivisme attaché au charbon prête à sourire quand on connaît les problèmes de pollution associés. Il est fort probable que le propos de Jules Verne sur le sujet aurait été plus nuancé s’il avait rédigé ce livre des années plus tard, alors qu’il commençait à entrevoir les limites du progrès technique et l’impact de celui-ci sur l’environnement.

Enfin, si l’on pense que cet ouvrage a été largement inspiré par le voyage de Jules Verne en Écosse, il a aussi largement puisé dans un ouvrage de l’époque dédié à la vie des mineurs, paru en 1867… La Vie souterraine ou les Mines et les Mineurs de Louis Simonin, qui a également servi Émile Zola pour Germinal quelques années plus tard.

  • Conclusion – Encore de nombreux titres à (re)découvrir…

Voili-voilà, je viens de vous dresser un petit inventaire de cinq romans un petit peu moins connu que les emblématiques 20,000 lieues sous les mers ou L’Île mystérieuse, sur lesquels vous aurez peut-être envie de vous pencher cet été. Du coup, vous n’aurez pas eu droit à vos chroniques cinéma de cette semaine, mais j’ai pris énormément plaisir à vous parler de littérature, et particulièrement de la littérature vernienne qui me tient à cœur. Vous trouverez tous ces ouvrages au Livre de Poche, qui a pour l’occasion créé une petite collection avec « de la gueule », inspirée des couvertures d’Hetzel et qui reprend dans les romans les gravures d’époque. Donc, hormis des récits d’aventures comme on n’en fait plus, vous y verrez peut-être de jolis objets. 🙂

J’espère vous en reparler bientôt, et pourquoi pas organiser une vraie semaine thématique sur le sujet, avec de vrais romans emblématiques, pourquoi pas un essai littéraire ou cinématographique… si bien sûr vous êtes OK! Par ailleurs, j’ai toujours mes idées de chronique cinéma qui me trottent dans la tête, ainsi que, peut-être une ou deux petites notes livresques liées à Jules Verne… Mais surtout, je vais essayer de me remettre à avancer sur l’ultime tome du Cycle de Pendragon, que j’ai un peu laissé de côté pour me consacrer à l’univers de Jules Verne, ainsi qu’à un livre d’histoire sur le Japon. Je vous promets que si ça cafouille encore la semaine prochaine, ça ira mieux après!

Très bon week-end à tous, et excellente lecture! 🙂

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

12 réflexions au sujet de « Lectures de l’été – Cinq romans moins connus de Jules Verne »

  1. « Le Chancellor » est sans doute le plus bouleversants de tous les Verne. Je les ai tous lus, relus, et rerelus. C’est mon auteur fétiche.
    Il y a effectivement 1001 pépites à découvrir, dans des univers que personne ne suppose concernant Jules Verne :
    – pour le romantisme : le Rayon Vert où une jeune fille cherche un rayon mystérieux et peut-être l’amour.
    – pour un roman à la Dickens : P’tit Bonhomme, un hommage.
    – pour une suite de Poe : Le Sphinx des Glaces à la fois suite et réécriture d’Arthur Gordon Pym.
    – pour se fendre la figure : Le Testament d’un excentrique ou Sens Dessus Dessous
    – pour déprimer : En Magellanie.
    – pour un apocalypse : Edom.
    – pour le roman Policier : le beau Danube jaune.

    Verne est très connu et pourtant très méconnu ! Amusez-vous !

    PS : Le Mythologie(s) est pas mal du tout !!!

    Aimé par 2 people

  2. Très bonne idée ! Le monsieur a écrit beaucoup de romans et pourtant on le cantonne toujours aux 3-4 mêmes, ce que je trouve assez dommage.
    Je ne connaissais pas Robur le Conquérant, d’ailleurs, mais ce titre donne tout de suite envie ! Même s’il a des défauts, voir ce qu’il a pu faire avec une trame similaire à celle de 20 000 Lieues sous les mers avec un contexte différent peut être intéressant^^

    Aimé par 1 personne

    1. Il y en a vraiment une flopée (après je pense que « 20,000 lieues sous les mers » n’est pas devenu culte pour rien, car il est vraiment magnifique!), et j’en ai encore découvert en lisant le dernier hors-série que la revue « Mythologie(s) » lui a consacré ce mois-ci.
      Bref, il va me falloir encore quelques années pour compléter ma collection. 🙂

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