Attaque de calmar géant – Vingt mille lieues sous les mers (Richard Fleischer, 1954)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Affiche du film – Source: Imdb.com

Tout ‘abord… Hello tout le monde, me revoilà enfin! J’avoue que mon travail est un peu prenant et que j’ai encore à m’adapter un peu au niveau du rythme, mais j’ai eu pas mal de souci au niveau des trains récemment. Pas de problème pour arriver tôt à Paris le matin, mais une autre paire de manches pour rentrer le soir, entre retards, problèmes, trajets dans des wagons bondés et surchauffées… Bref, je rentre trop claquée pour écrire une ligne! 🙂 Mais qu’à cela ne tienne: ce week-end, on parle cinéma!

Certains d’entre vous connaissent mon amour de la littérature et du cinéma « à l’ancienne », notamment en ce qui concerne la SFFF. Vous n’êtes donc pas passés à côté des quelques Jules Verne et de l’un des plus beaux romans que j’aie lus, à l’époque où l’océan me fascinait, et que j’ai chroniqué il y a un moment déjà: 20,000 lieues sous les mers, à l’ambiance si captivante, une sorte d’huis clos sous-marin que je vous recommande chaudement.

Le film a été porté à l’écran par les studios Disney dans les années 1950… Aussi, après vous avoir déjà parlé de Voyage au centre de la Terre avec James Mason et Arlene Dahl, qui date de la même décennie (et pressée par une blogueuse qui se reconnaitra sans doute…), ai-je eu envie de traiter 20,000 lieues sous les mers. Embarquez à bord du Nautilus pour un voyage extraordinaire…

  • Prisonniers du sous-marin

Nous sommes en 1868, et nombre de navires sombrent mystérieusement dans toutes les mers du blog… Selon les rares rescapés, ces naufrages seraient l’œuvre d’un énorme monstre marin qui éperonnerait les vaisseaux… C’est ainsi qu’une expédition organisée par la marine américaine part de San Francisco pour se lancer à la poursuite du monstre. Parmi les passagers de la frégate se trouvent un spécialiste de zoologie marine, le professeur Aronnax (Paul Lukas), accompagné de Conseil (Peter Lorre), son domestique et assistant, ainsi qu’un habile harponneur, Ned Land (Kirk Douglas)…

Après des mois de poursuite, le « monstre » est aperçu dans le Pacifique… peu de temps après avant de charger la frégate pour l’éperonner. Seuls survivant, Aronnax, Conseil et Ned Land réalisent qu’il ne s’agit pas d’un être vivant, mais d’une machine, créée de la main de l’Homme: un vaisseau submersible! Les trois hommes parviennent à s’y introduire. Il font la connaissance de son capitaine, le mystérieux Nemo (James Mason), qui va leur faire découvrir son univers aussi fascinant qu’inquiétant… Choisiront-ils de s’échapper ou seront-ils happés dans les obsessions de Nemo?

  • Une superproduction made in Disney

Well, well, well… Nous nous trouvons bel et bien face à une superproduction d’un célèbre studio avec un casting grand luxe: si Paul Lukas, qui incarne Aronnax nous est un peu moins connu aujourd’hui, nous retrouvons le grand James Mason qui campe Nemo, son premier héros vernien avant Lindenbrook dans Voyage au centre de la Terre, l’immense Peter Lorre qui a vu sa carrière décoller grâce à son rôle dans M le Maudit de Fritz Lang, et monsieur « la plus belle fossette d’Hollywood », j’ai nommé Kirk Douglas, qui a célébré ses cent printemps l’an dernier.

Voici déjà un argument pour les cinéphiles, qui prendront peut-être plaisir à voir ces quatre gars, super stars de leur époque, réunis à l’écran. Ce ne fut pourtant pas facile sur le tournage, Paul Lukas, plus âgé, commençant à souffrir d’une maladie affectant sa mémoire et son attitude. D’après ce que j’ai pu lire, l’acteur insultait copieusement l’équipe, et même son collègue Peter Lorre, avec qui il était pourtant très ami… Par ailleurs, certaines scènes sont devenues cultes, comme l’attaque du calmar géant, que j’ai vue à Eurodisney, des années avant de visionner le film. J’avoue que pour le coup, le sous-marin du film y est admirablement reconstitué!

Le capitaine Nemo, Ned Land, Conseil et le professeur Aronnax attablés dans le Nautilus – Source: Wikipedia

Cette adaptation du roman de Jules Verne, est le tout premier film de science-fiction produit par Walt Disney – avant Trou noir vingt-cinq ans plus tard. 20,000 lieues sous les mers est plutôt fidèle au roman, du moins dans les grandes lignes. En effet, quelques petites modifications ont été apportées, mais rien de tel que Voyage au centre de la Terre qui ajoutait un personnage féminin à l’expédition, et un love interest pour le très raisonnable héros vernien… Dans 20,000 lieues sous les mers, les modifications tiennent à des détails et ne changent pas le déroulement d’une histoire au rythme maitrisé, ou ne bousculent pas l’esprit de celle-ci.  Déjà, nous avons accès aux points de vue des différents personnages, l’ouvrage étant narré par le professeur Aronnax qui tient un journal de bord, ce qui peut donner l’impression d’un savant un peu plus effacé. C’est du moins ce que l’on en écrit dans Le Monde, mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce point de vue. Pour moi, le film comble une petite lacune du livre en rendant à certains protagonistes leur juste place dans l’histoire, car ce sont bien Ned Land et Conseil qui prennent des initiatives face à la folie grandissante de Nemo. Enfin, les caractères de certains personnages sont un peu plus poussés.

Ned Land qui régale la cantonade d’un petit chant de marin… – Source: Imdb.com

C’est le cas de Ned Land, incarné par Kirk Douglas, plus « rigolard » que dans le roman où il symbolise le bon sens de l’homme de terrain: habile au harpon, le joyeux drille est prompt à pousser la chansonnette (avec ses « histoires de baleine aux grands yeux doux, histoires vraies malgré tout »…) et se bricole une guitare avec une carapace de tortue une fois à bord du sous-marin, il copine avec l’otarie domestique de Nemo (petit ajout du film), et ne mâche jamais ses mots lorsqu’il se révolte face aux lubies du capitaine. Apparemment, cette exagération du comportement de maître Land est prévue pour permettre au public de s’identifier à lui, à son sentiment d’oppression et d’enfermement lorsqu’il se trouve à bord du Nautilus. Par ailleurs, en lisant le livre, je ne voyais pas le personnage de Conseil si velléitaire – après, je suis peut-être biaisée par Peter Lorre qui a incarné plusieurs fois des personnages vraiment foireux. En revanche, on peut comprendre son appréhension face à la fascination grandissante de son patron, le professeur Aronnax, pour le mystérieux Nemo.

Par ailleurs, 20,000 lieues sous les mers n’a rien perdu de son charme rétro, de par la prestance de ses différents interprètes, mais également de par son image en Technicolor qui fera ressortir chaque détail du décor. L’environnement clos, du Nautilus, déjà décrit comme sophistiqué et luxueux dans l’ouvrage de Jules Verne, est somptueux, mêlant des détails du XIXe siècle (vous notez la petite nappe en dentelle sur la table de Nemo, photo ci-dessus). Tout à tour feutré ou menaçant, il est le théâtre de divers dilemmes, de réflexions, de tragédies. En effet, le réalisateur Richard Fleischer voyait dans ce récit plus qu’une simple histoire d’aventures ou de S.F., puisque si ce voyage merveilleux nous plonge dans les profondeurs des océans et met en avant la beauté des paysages et des animaux sous-marins, il explore aussi l’esprit tourmenté d’un homme: le capitaine Nemo.

À gauche, Nemo contemple les fonds sous-marins depuis son salon, accompagné d’Aronnax – Source: Imdb.com

Personnage emblématique des romans de Jules Verne et sans doute l’un des plus sombres du corpus vernien (et mon préféré), le capitaine Nemo prend le contrepied de l’esprit positiviste qui imprègne l’œuvre de Jules Verne. Il voit se heurter en lui la raison de l’homme érudit et les passions d’un esprit tourmenté, qui alimentent un idéalisme teinté d’extrémisme. J’aime beaucoup James Mason dans ce rôle. Il fait partie de ces anciens interprètes que j’apprécie beaucoup, et dans ce film, je le trouve tout simplement captivant. Il nimbe ce protagoniste d’une sorte d’aura aussi fascinante que malsaine, d’un étrange charme noir. Nemo apparaît de prime abord comme un homme érudit qui a dévoré les ouvrages du professeur Aronnax dédiés à la faune marine – au grand plaisir de celui-ci qui devient son principal interlocuteur à bord. Son esprit brillant lui a permis d’appréhender et d’intégrer des concepts scientifiques et techniques complexes, de subsister grâce à ce que la mer a à offrir, et de faire construire un bijou de technologie. Son Nautilus est abouti du point de vue technique, mais aussi esthétique, puisqu’il constitue un vrai manoir sous-marin, avec sa bibliothèque, ses collections, ses cabines, et même son orgue qui trône dans un luxueux salon. Il n’est pas qu’un vaisseau mais une demeure, voire l’âme de Nemo.

Le Nautilus voguant dans les profondeurs – Source: Imdb.com

Outre le côté spectaculaire de cette réussite, le spectateur se retrouve bientôt face à une personnalité trouble qui cache de douloureux secrets – d’où sa volonté de parcourir les océans et de vivre à l’écart du monde, dans un habitat certes très bien conçu mais un brin mégalo. Bref, il se voit comme une sorte de justicier des mers, qui poursuit les tyrans dont lui-même a eu à souffrir, au point de se donner le droit de vie et de mort, et d’éperonner arbitrairement des navires, pendant qu’il joue du Bach à l’orgue du salon, ce qui donne une dimension vraiment funèbre à cette scène culte… Et ce capitaine si torturé ne supporte pas la contradiction, ce dont Ned Land fait les frais, lorsqu’il voit au loin des marins se noyer et exprime son impression d’avoir « poignardé un de ses copains ». Ce qui vaudra au harponneur révolté d’être enfermé et surveillé par l’équipage, mais Conseil l’aidera à comploter une évasion dans le dos d’Aronnax. Cette tendance de Nemo à la violence met tout de même à mal la confiance de l’admiratif professeur, qui, incarnant la raison et l’éthique, tente plusieurs fois de faire entendre raison au capitaine… Bref, comme je l’écrivais il y a longtemps dans ma chronique dédiée au roman, on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de gâchis face à l’égarement de Nemo, qui laisse ses tourments l’emporter jusqu’à l’irréparable. Bref, cet aspect met en garde contre l’utilisation de la technologie à des fins meurtrières entre de mauvaises mains.

  • Conclusion – Une très belle adaptation vintage

Comme vous le voyez, j’ai beaucoup aimé cette adaptation qui passe pour l’une des meilleures adaptations cinématographiques, et l’une des plus fidèles, d’un roman de Jules Verne (même Télérama, avec tout l’irrespect que je leur dois, le dit!). Pour ma part, amatrice de Jules Verne et de ses adaptations, je suis assez d’accord sur ce point – quoique j’hésite avec la mini-série L’Île mystérieuse produite par l’ORTF en 1973, avec un Omar Sharif absolument majestueux en Nemo.

Malgré des effets spéciaux un peu vieilli, 20,000 lieues sous les mers est la première superproduction de Richard Fleischer. Le moins que l’on puisse dire est qu’il nous offre un film maitrisé et tourné au cordeau, aussi bien au niveau scénaristique que visuel… Ce qui est exceptionnel, mais n’oublions pas que Richard Fleischer est celui qui réalisera Le Voyage fantastique et Soleil Vert (que je dois voir!). Bref, c’est une magnifique épopée sous-marine qui se déroule sous nos yeux, entre magnifiques paysages sous-marins, décors grandioses et impressionnante apparition du Nautilus de nuit avec ses hublots phosphorescents. C’est une très belle réussite, et je ne peux que vous conseiller cet opus, bien qu’on y ressente encore les relents gentillets des production des années 50, car il reste très, très proche de l’œuvre originelle, et vous plonge dans une ambiance vraiment captivante. D’ailleurs, pourquoi pas le redécouvrir cet été en famille?… Si vous avez des jeunots en vacances (oui, bon, plus des enfants que des ados, peut-être), c’est le moment ou jamais! 🙂

Je vous laisse avec sa vieille bande-annonce en V.O. et je m’excuse un peu pour sa qualité, mais c’est ce que j’ai trouvé de mieux! 🙂 Par ailleurs, je vous invite à jeter un œil à mon ancienne chronique dédiée au roman, postée il y a bien longtemps, où j’ai un peu plus approfondi les enjeux explorés par cette merveilleuse histoire. Comme je n’ai pas eu l’occasion d’avancer sur mes lectures – enfin si, mais j’ai rattrapé ma PAL de presse, en fait! – je ne pense pas pouvoir vous offrir de chronique livresque dans la semaine qui vient, mais j’ai deux ou trois chroniques film sous le coude! 🙂 J’espère que cela vous conviendra!

Très bon dimanche à vous tous!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: 20,000 lieues sous les mers
Année de sortie: 1954
Réalisation: Richard Fleischer
Origine: Etats-Unis
Durée: 2h07
Distribution: James Mason, Paul Lukas, Kirk Douglas, Peter Lorre…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

8 réflexions au sujet de « Attaque de calmar géant – Vingt mille lieues sous les mers (Richard Fleischer, 1954) »

  1. Ouiiii tu l’as chroniqué ! (comment ça je t’ai pressée ? *air innocent*)
    Que de souvenirs en lisant ta chronique ! 🙂 L’otarie, je l’avais oubliée ! je me souviens de l’île et de ses indigènes, du calmar géant (of course !), des scènes sous-marines…
    Je n’ai pas encore lu le livre, par contre mais il est dans ma PAL depuis, euh, quelque temps ^^ »
    Merci pour cette chouette chronique qui me rappelle ce film de mon enfance 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. « 20,000 lieues sous les mers » est un véritable plaisir à lire! Je l’ai lu à 14 ans, et depuis, la fascination pour le Capitaine Nemo ne m’a pas quittée! 🙂
      Tu risques de ré-entendre parler de Jules Verne sur le blog – déjà, je viens de mettre en ligne un compte-rendu sur une revue qui lui a dédié un numéro, et je prépare un article sur cinq romans un peu moins connus. Qui sait, un jour, je pourrai peut-être y consacrer une semaine thématique! 🙂

      Aimé par 1 personne

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