La guerre oubliée d’Arthur – Pendragon (Stephen R. Lawhead)

« Quand la frénésie du combat s’empare de lui, Llenlleawg perd tout contrôle, poursuivit-elle. Mais avec Arthur, je pense que c’est le contraire: il se trouve. »
Je la félicitai de sa perspicacité. « C’est là une remarque fort juste, noble dame. Arthur se révèle au combat. »
Elle se tut alors, mais dans son regard l’amour et l’admiration s’accrurent.

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, je vous présente mes excuses pour les loupés au niveau des chroniques, mais il m’a bien fallu m’adapter à mon nouveau rythme et me reposer un peu de temps en temps. Ceci dit, mes nombreux trajets entre l’Eure et Paris m’ont permis de beaucoup lire dans le train et d’achever un ouvrage… AH! Un ouvrage que je brûle de vous présenter! 🙂

Remontons donc à l’an dernier, avec en juin, ma chronique dédiée au tome I du Cycle de Pendragon, Taliesin, puis en juin celle dédiée à son tome II, Merlin. C’est en octobre que je chroniquais le tome III qui m’avait transportée: Arthur. Je reviens donc quasiment neuf mois après, avec cette suite que je m’étais réservée pour un moment particulier: Pendragon. C’est confortablement installée dans le train très tôt le matin et en début de soirée que j’ai savouré cette épopée. Si le tome III narrait le destin et le règne d’Arthur à travers différents personnages de son entourage, le tome IV, raconté par Merlin en personne, revient sur une guerre oubliée du mythique roi Arthur…

  • Sauver la Bretagne

Après que trois narrateurs différents nous aient conté l’histoire du règne d’Arthur dans Arthur, le tome III du Cycle de Pendragon, c’est au tour de Merlin de faire un retour en arrière pour narrer un pan méconnu de l’histoire d’Arthur. J’ai souvent lu sur internet que certaines personnes s’étaient arrêtés de lire le Cycle à partir du tome IV car on revenait en arrière, mais pour ma part, je suis plutôt satisfaite de cette décision de l’auteur. Pendragon commence avec des épisodes oubliés de l’enfance du futur roi, élevé auprès de son ami Bedwyr, fils d’un seigneur d’Orcadie, puis chez Ector, père de Cai, qui deviendra l’un des compagnons de jeu et des meilleurs amis d’Arthur.

Mais le récit se concentre surtout sur une période tourmentée du règne d’Arthur. Alors que le jeune souverain, bien que couronné Grand Roi, est aux prises avec les seigneurs et roitelets de Bretagne qui refusent son autorités, il épouse la belle Gwenhwyvar et se rend sur l’Ile d’Ierne (Irlande) pour rendre hommage à Fergus, le père de celle-ci. Les ennuis commencent lorsqu’en s’y rendant, Arthur, Merlin, Gwenhwyvar et leurs proches, Cai, Bedwyr et Llenlleawg, croisent une flotte nombreuse et visiblement hostile, qui s’apprête à accoster. Une fois débarqués, Arthur, Gwenhwyvar et Merlin courent prévenir Fergus du danger qui guette l’île. Par un prêtre de l’abbaye voisine, les nouveaux arrivants apprennent que les envahisseurs ne sont autres que les Vandali (Vandales), en quête de butin et d’une nouvelle terre ou s’établir. Si Fergus et sa fille Gwenhwyvar tentent de rallier les seigneurs locaux pour faire face, Arthur comprend bien vite que si Ierne tombe, la Bretagne sera envahie à son tour. Il décide alors de faire appel aux rois bretons qui lui ont prêté allégeance pour arrêter les Vandali en Irlande et prêter main forte aux proches de Gwenhwyvar.

Les convaincre ne sera pas de tout repos, et Arthur, abandonné de toutes parts, devra tout de même affronter l’ennemi en Bretagne, alors que les seigneurs font défection et que la peste s’abat sur l’île… Quant à Merlin, témoin de tout ceci, il n’aura de cesse de chercher en lui-même et en son pouvoir une solution pour aider son roi et ami, et lui acquérir le surnom de Pendragon.

  • focus sur un épisode du règne

D’après ce que j’ai pu lire, Stephen Lawhead avait d’abord prévu son Cycle de Pendragon comme une trilogie. Mais après la fin un peu abrupte d’Arthur, il décide d’ajouter deux volumes inspirés de la Légende arthurienne, mais aussi de la Matière de Bretagne – à savoir l’ensemble des textes rédigés au Moyen-Âge ayant trait à l’histoire de Grande Bretagne, à la fois historiques, mélangeant parfois allègrement avec le mythe.

J’ai souvent lu sur internet que certaines personnes s’étaient arrêtés de lire le Cycle à partir du tome IV car on revenait en arrière, mais pour ma part, je suis plutôt satisfaite de cette décision de l’auteur, quand bien même je vous conseillerais de ne pas lire tout d’un coup pour ne pas risquer de vous lasser, ou du moins de lire autre chose entre le tome III et le tome IV. Cependant, Pendragon permet donc d’étoffer quelque peu l’histoire d’Arthur et de ses compagnons, car on aurait souhaité en savoir un peu plus sur le roi et ses compagnons d’arme. La guerre avec les Vandales, notamment, avec leur chef Twrch Trwyth (ne me demandez pas de prononcer ce nom, je n’ai aucune idée de comment le lire à voix haute, je me méfie des langues gaéliques depuis que j’ai appris que le prénom Siobhan se prononce « Chivonne ») le « Sanglier noir », est un épisode de la Matière de Bretagne qui est repris dans Pendragon.

Même si j’ai lu quelques livres vraiment sympas cette année, on ne peut pas dire que j’aie encore été transportée et exaltée, malgré d’excellents moments de lecture. Pendragon corrige le tir avec une fresque guerrière magnifique, parfois presque lyrique, dont certains moments touchent au sublime. Et pour cause: Merlin est le narrateur!

Le style de narration s’en ressent donc: notre ami Merlin, alias Myrrdin ou Emrys de son nom celte, s’adresse parfois directement au lecteur et aux roitelets bretons, se faisant l’avocat d’Arthur si décrié par ses contemporains, si occupés à se disputer le pouvoir qu’ils en négligent les dangers venant de l’extérieur. C’est très vivant, parfois presque poétique, et les scènes d’action alternent avec des rêves ou des visions de Merlin qui reverra dans l’Autre Monde l’amour de sa vie, Ganieda, assassinée peu après leur mariage, bien avant la naissance d’Arthur. Cela n’est pas sans rappeler le deuxième tome de la saga, Merlin, dont une partie se déroule dans une grotte où Merlin, devenu fou, s’est exilé après la mort de sa jeune épouse. Ceci dit, il ne s’agit que de deux ou trois chapitres qui, astucieusement placés, ne rompent en rien la dynamique et le rythme de l’histoire, une véritable fresque guerrière, qui fait plus la part belle au combat d’Arthur pour se faire respecter et pour sauver l’île d’une invasion.

  • Une formidable fresque guerrière

Exceptionnellement, dans cet article, je ne reviendrai pas sur les correspondances avec la légende, et je vous laisse voir celles-ci dans les précédentes chroniques dédiées à Taliesin, Merlin et Arthur.

Toujours est-il que nous croisons à nouveau Charis, mère de Merlin et dame du Lac, et son père Avallach surnommé le Roi Pêcheur, tous deux descendants des Atlantes réfugiés en Bretagne après l’engloutissement de leur île et surnommés les « Fées », dans leur Palais au bord du Lac. C’est là que Merlin vient méditer et chercher des solutions quand tout semble sans espoir, surtout à partir du moment où la peste se déclare à Londinium pour se répendre sur toute l’île. Par ailleurs, les personnages les plus présents autour d’Arthur sont, outre Merlin, Bedwyr (le Bédivère de la légende, connétable du roi et celui qui rendra Excalibur au Lac à la mort de celui-ci selon certaines versions), Cai (Kay ou Keu dans les récits médiévaux, fils d’Ector et frère adoptif d’Arthur), ainsi que Llenlleawg (le fameux Lancelot dans les récits, ici serviteur et cousin de Gwenhwyvar) devenu un ami estimé d’Arthur. Ces trois compagnons sont les plus présents et les plus dignes de confiance dans le récit de Stephen Lawhead, et accompagnent Arthur comme compagnons d’armes.

Car je le mentionnais plus haut: Pendragon est le récit d’une guerre « oubliée », sans doute parce que les récits légendaires se concentrent plus sur les exploits des chevaliers, les amours de Guenièvre et Lancelot, les autres dames du Lac ou autres fées. Peu après son couronnement en grande pompe à Londinium, Arthur entreprend un voyage en Irlande et va devoir utiliser son génie militaire pour sauver les compatriotes de son épouse des redoutables vandales. Il va se retrouver confronté à un ennemi redoutable, Amilcar alias Twrch Trwyth, aussi fort qu’il est rusé. À ce titre, les scènes de combat sont particulièrement riches en action, épique… voire carrément sexy, avec Arthur qui mouline de l’épée – une en particulier, vers la fin du livre, m’a rendue toute chose! 😉 Mais je ne peux vous en dire plus sans vous gâcher la surprise. 😉 Toujours est-il qu’elles subliment tout une galerie de personnages déjà intéressants.

Mentions spéciales à Gwenhwyvar, Llenlleawg et Arthur lui-même. En effet, la reine et son serviteur, tous deux irlandais, sont issus d’un peuple guerrier où la royauté passe par les femmes et où celles-ci peuvent prouver leur valeur sur un champ de bataille. Si Llenlleawg est une véritable tornade sur un champ de bataille – d’où son surnom de Llencelyn (« la tempête ») donné par Bedwyr et Cai. De bout en bout, c’est le fidèle des fidèles. Il constitue un indéfectible soutien à Arthur et à Merlin, qu’il estime et dont il exécute les ordres du moment que ceux-ci servent les intérêts d’Arthur.

Gwenhwyvar est une femme tout à fait particulière que Merlin redoute en début de livre, au moment où le jour du couronnement d’Arthur, la jeune femme arrive dans l’église remettre ses armes au jeune roi pour lui prouver la loyauté de sa famille et pour le « revendiquer comme sien ». Agit-elle par intérêt?… Sa relation avec Arthur est elle-même ambigüe, car s’il accepte de l’épouser et est impressionné par sa force de caractère et sa beauté, il ne semble pas follement épris… jusqu’à ce qu’ils se côtoient sur le champ de bataille et partagent l’adversité. Mais Merlin comprend très vite qu’en réalité, la belle a aimé Arthur dès qu’elle l’a vu (en même temps, comment résister à cet homme?…), parce qu’elle a perçu l’homme et pas seulement le pouvoir. Dévouée corps et âme à son époux et roi, elle n’en est que plus redoutable dans les guerres qui s’annoncent. Et pour couronner le tout, Merlin va devoir faire amende honorable vis-à-vis de cette reine qu’il ne voyait que comme une profiteuse alors qu’elle est en fait une conseillère sage et avisée, en plus d’être follement amoureuse d’Arthur – pour vous en rendre compte, il n’y a qu’à lire la citation que j’ai choisie en début de chronique. 😉

Et enfin, parlons d’Arthur. Arthur le roi, Arthur l’homme. 😍 Il m’avait déjà impressionnée dans le précédent opus du cycle, mais là, je suis soufflée, sous le choc, encore plus dans tous mes états. Comme aurait dit ma mère il y a quelques années de ses fictional crushes: « J’veux le même à Noël. » (C’est juré, je serai très sage si je peux avoir l’équivalent contemporain de ce beau bestiau!) Et non-content d’être droit et courageux, comme s’exclame Gwenhwyvar: « Quel homme magnifique! » Ce qui bien sûr, ne gâche rien. 😉

Sur le champ de bataille, c’est un fin de stratège et un combattant hors-pair qui ne connaît pas la peur, toujours prompt à encourager ses hommes. Il ne se bat pas par goût, mais parce qu’il faut le faire, il propose toujours la paix à l’ennemi. C’est certes l’archétype du souverain bon chrétien, mais il ne se laisse pas manipuler par l’Église et les évêques qui l’accusent d’iniquité et qui traitent Gwenhwyvar de païenne et de sorcière… Bref, il est quasiment dénué de défaut. Ce qui pourrait être irritant, mais en fait, pas du tout. Je ne dis pas ça uniquement parce que je suis fan, mais en vrai, il émane du personnage une réelle innocence, un désir de bien faire, de préserver son pays et ses proches. On ne peut qu’être désarmé face à un être pareil, incapable de coup tordu… à tel point que quand il donne sa parole, il ne la reprend pas, même si ceux qui lui font face ne partagent pas vraiment ces principes, il préfère presque se laisser avoir que de se déshonorer en ne respectant pas ses engagements, ce qui manque parfois de lui coûter la vie.

Il est pourtant intéressant de le voir dans l’intimité, du moins plus que dans le tome III, Merlin le côtoyant de bien plus près. On le voit avec Gwehwyvar, avec ses amis. Il a parfois ses moments de découragement et de doute, ses petites humeurs. Cela ne le rend que plus attachant… Bref, il est, comme dans Arthur, la lumière de ce livre. C’est un être à part, dès le début, exceptionnel dès son enfance, à qui on ne souhaite aucun mal. Et le moins que je puisse dire, c’est que je crains maintenant pour lui dans le tome V qui va fort probablement voir le retour de Morgian!

Enfin, même si je ne peux trop vous en dire à ce sujet, le roman se termine par une révélation sur l’île d’Avalon, appelée Ynis Avallach, et qui donne encore plus envie de s’attaquer à la suite… qui embraye immédiatement après les événement de Pendragon. Je vous promets, je vous en parle bientôt, et il sera à nouveau question du mythe arthurien en tant que tel dans une prochaine chronique!

  • Conclusion – Un récit épique et grandiose

Mon Dieu! Mais mon Dieu!… Que vous dire si ce n’est que contrairement à ce qu’on lit parfois sur Internet, il faut absolument poursuivre Le Cycle de Pendragon avec Pendragon! Les personnages décrits dans les récits d’avant prennent une dimension plus humaine, plus profonde, et plus concrète lorsqu’on les suit sur le champ de bataille! Qu’il s’agisse de Gwenhwyvar et de sa relation étrange avec Merlin, des fidèles d’Arthur que sont Cai, Bedwyr ou Llenlleawg… et surtout de ce roi Arthur si fascinant que l’on comprend à quel point tous les autres l’aiment et veulent le suivre. Quel charisme, quelle beauté de corps et de cœur! Je crois que c’est mon meilleur book crush de tous les temps! 😉 Bref, je n’en suis pas remise!

Je me suis régalée et me suis laissé porter par le souffle épique de ce volume, au côté d’Arthur, Merlin et de leurs proches. Certes le côté roi chrétien peut en irriter plus d’un, mais il est indissociable de la légende telle qu’elle fut fixée au Moyen-Âge – par ailleurs si un Arthur historique a existé, il est fort probable qu’il ait été chrétien, par foi ou calcul politique comme ce fut le cas de plusieurs dirigeants de ce temps tel que Clovis par exemple. Ceci dit, je pense qu’avec son cycle, Stephen Lawhead rend un très bel hommage au mythe arthurien… et j’en attends la conclusion, Le Graal, avec grande impatience! Tant et si bien que je n’ai cette fois-ci pas attendu pour l’entamer! 🙂 Vous-même, si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite à découvrir cette série de livres, qui continue divinement avec cet opus imprévu à l’origine!

Je vous dis donc à très bientôt pour de prochaines chroniques, film ou livre… mais encore dédiées à des œuvres qui m’auront transportée comme celle-ci! 🙂

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour accompagner cette lecture: Un thé blanc écossais à l’arôme sauvage, pour accompagner les guerriers des temps anciens dans leurs quêtes, et évoquer les paysages magiques d’Avalon…

Titre: Cycle de Pendradon, tome 4 – Pendragon
Auteur: Stephen R. Lawhead
Éditions: Livre de Poche
Collection: Livre de Poche
508 p.
Parution: Octobre 2007
Prix: 7,60 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

2 réflexions au sujet de “La guerre oubliée d’Arthur – Pendragon (Stephen R. Lawhead)”

    1. Le Cycle de Pendragon est très romancé, cela va de soi. 🙂 Mais c’est sans doute une de mes revisites préférées du mythe, sachant que je n’ai jamais pu finir « Les Dames du Lac » de Marion Zimmer Bradley alors que tout le monde en est fan. Et puis, comment diable résister à cet Arthur-là?… 😉

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