Dans les entrailles du volcan – Voyage au centre de la Terre (Henry Levin, 1959)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Affiche du film – Source: Imdb.com

N’ayant pas lu assez vite pour vous gratifier d’une chronique livre ces temps-ci, j’ai décidé de rédiger une nouvelle chronique cinéma dédiée à – cela faisait bien longtemps – un « vieux coucou » des années 1950.

Après les films d’horreur des studios Universal sortis entre les années 1930 et 1950, j’avais envie de partager avec vous un récit d’aventures comme on n’en fait plus, à savoir une adaptation de l’œuvre de Jules Verne: Voyage au centre de la Terre, sorti en 1959 et dirigé par Henry Levin. J’ai choisi de traiter l’adaptation filmée du roman plutôt que celui-ci, car il intègre plus de ressorts dramatiques et de moments cocasses… Je traiterai plus loin dans l’article des différences entre le film et le livre. Mais pour le moment, je vous emmène pour un voyage extraordinaire qui a bercé mon enfance…

  • Une curieuse expédition

Nous sommes au XIXe siècle, à Edimbourg. Le professeur Oliver Lindenbrook (James Mason), géologue enseignant à l’université, vient d’être anobli. Pour fêter cet événement, son assistant de recherche Alex McEwen (Pat Boone), lui offre une pierre volcanique étrangement lourde: celle-ci contient un objet. Il s’agit d’une pierre couverte d’inscriptions… qui ne sont autre que l’écriture d’Arne Saknussem, célèbre géologue de la Renaissance, disparu sans explication trois-cents ans auparavant, alors que tous raillaient ses théories sur la constitution de la Terre. Après analyse de la roche, Lindenbrook en déduit que celle-ci vient d’un volcan islandais, le Snæfellsjökull, et que Saknussemm a dû partir par là pour gagner le centre de la Terre… Cependant, Lindenbrook envoie les résultats de ses recherches à un éminent géologue de Stockholm, le professeur Göteborg (Ivan Triesault), pour lui demander son concours, mais le savant décide de le doubler et de se lancer sur les trances de Saknussemm.

Le jeune Alec et le professeur Oliver Lindenbrook, en train d’analyser une étrange roche… – Source: Imdb.com

Aussi Lindenbrook décide de se lancer à sa poursuite… en Islande, et même jusqu’au centre de la Terre. Son assistant Alec propose de l’accompagner, alors qu’il vient pourtant de se fiancer avec Jenny (Diane Baker), la nièce du professeur. Les deux hommes arrivent à Reykjavik mais ont du mal à trouver les équipements nécessaires, Göteborg ayant déjà tout acheté sur place. Pendant leurs repérages sur les flancs du Snæfellsjökull, ils ont par ailleurs maille à partir avec des individus malveillants qui les assomment et les enferment dans une grange. Libérés par un jeune fermier du coin, Hans (Peter Ronson), ils mettent cette agression sur le compte de Göteborg et vont le trouver à son auberge… où ils tombent sur son cadavre. Le savant et rival de Lindenbrook a été assassiné!

Sur ces entrefaites arrive Carla Göteborg (Arlene Dahl), son épouse venue à sa demande depuis la Suède. Ne se démontant pas, Lindenbrook demande l’équipement du géologue à la veuve pour poursuivre son expédition. Carla, dans un premier temps scandalisée, l’accuse de vouloir s’approprier les recherches de son époux. Elle révise son opinion en lisant son journal, où elle apprend que son mari avait volé les recherches de Lindenbrook pour le devancer. Elle accepte donc de céder l’équipement à Alec et au professeur, en échange de quoi elle se joindra à eux pour le voyage.

Le professeur Lindenbrook, Hans, Carla Göteborg et Alec McEwen dans les entrailles de la Terre – Source: Imdb.com

C’est ainsi qu’elle, Lindenbrook, Alec et le jeune fermier islandais Hans, intégré à l’expédition, commencent un voyage extraordinaire aux portes du Snæfellsjökull, censé les mener au centre de la Terre. Mais le danger rôde dans les tréfonds du volcan…

  • Un récit d’aventure classique

Le film se veut une adaptation très… libre du roman éponyme de Jules Verne. Il existe en effet des différences notables entre l’œuvre d’origine et le film d’Henry Levin. Tout d’abord, l’ouvrage vernien débute à Hambourg en Allemagne, avec le professeur Otto Lidenbrock et son neveu Axel: le savant a acheté un vieux livre, une saga islandaise, où il trouve un vieux parchemin crypté en vieil islandais. Il n’a de cesse de tyranniser son entourage jusqu’à pouvoir déchiffrer ce mystérieux papier… et découvrir qu’il s’agit d’un message de l’alchimiste et géologue Arne Saknussemm, disparu des siècles auparavant. Voyage au centre de la Terre repose sur une théorie existante du temps de Jules Verne, à savoir celle de la « Terre creuse » – il en existe plusieurs, qui voient des coquilles gigognes, des soleils intérieurs, tout un monde à l’intérieur du globe terrestre… Bref, le centre de la Terre est le théâtre de faits fascinants dans Voyage au centre de la Terre.

Ce n’est malheureusement pas mon roman préféré du père de la science-fiction française, dont je trouve l’histoire trop linéaire: en effet, le livre narre l’expédition et ses dangers, mais il n’y a pas vraiment de gros suspenses et d’éléments perturbateurs autres que des séismes ou des créatures anciennes. Une fois n’est pas coutume, j’ai préféré de loin son adaptation au scénario plus riche, avec plus de ressorts dramatiques, des situations plus cocasses, et des subplots qui ajoutent un peu de piquant. On y retrouve Pat Boone, chanteur américain très populaire dans les années 50, pour qui ont été écrites les deux courtes scènes chantées du film (Alec chante une chanson à Jenny au début, lorsqu’il lui déclare sa flamme), et James Mason qui n’en est pas à son premier Jules Verne puisqu’il a incarné en 1954 le capitaine Némo dans l’adaptation de 20,000 lieues sous les mers produite par Disney. À ce sujet, l’acteur n’était pas pressenti à l’origine pour jouer Lindenbrook, n’arrivera qu’au dernier moment pour remplacer un confrère  Par ailleurs, la délicieuse Arlene Dahl y campe une charmante emmerdeuse, Carla Göteborg, une femme de caractère capable de tenir tête au professeur Lindenbrook, un fieffé chieur qui ne supporte pas que l’on aille pas dans son sens.

Le professeur Lindenbrook, contrait et forcé d’accepter la présence de la veuve de son rival – Source: Imdb.com

L’ajout de ce personnage féminin fort, du moins selon les critères des années 1950, outre qu’il fait du bien car on voit rarement de telles femmes dans les écrits de Jules Verne, constitue un véritable atout charme dans l’expédition de nos aventuriers. Si Carla Göteborg joue un peu le rôle de la « maman » du groupe quelques fois, un peu cliché, le spectateur voit vite poindre entre elle et le professeur Lindenbrook une estime mutuelle, et une attirance qui laisse penser qu’une romance va éclore dans l’adversité. Elle permet d’humaniser quelque peu ce savant aussi enthousiaste que revêche, ainsi qu’à tempérer ses propos misogynes du début… Bref, leurs joutes verbales sont un véritable plaisir à suivre, d’autant plus que c’est la dame qui met en lumière les dangers qui planent sur les voyageurs…

Car s’il est une chose qui est présente dans le film et qui ne l’est pas dans le livre… le méchant! Eh oui, car un ennemi s’est lancé à la poursuite de nos héros dans le cratère du volcan: il n’est nul autre que le comte Saknussemm (Thayer David), descendant de l’illustre géologue, qui vient revendiquer le royaume du sous-sol comme son héritage… Vil et sournois, il est tout ce que nos héros ne sont pas – en effet, malgré les coups tordu du monsieur qui n’hésite pas à les devancer et à poser des marques près des mauvais tunnels pour les tromper – à tel point qu’Alec tombe dans un gouffre et se perd dans les profondeurs de la Terre. Il faut dire que nos héros sont tout de même très… « verniens »: Oliver Lindenbrook est un savant enthousiaste et quelque peu tempétueux qui reste tout de même raisonnable (au point de rester magnanime envers Saknussemm malgré ses « coups de pute »), Alec McEwen le jeune maladroit néanmoins avide de connaissance et prévenant avec les dames (ouais bon, ça faisait bien d’être gentleman en ce temps-là), et Hans, le gentil homme simple du cru qui a l’esprit pratique, qui traine ici un canard apprivoisé nommé Gertrude. Petite entorse au livre, la présence d’une héroïne de caractère mentionnée plus haut, le genre qu’on ne trouve pas chez Jules Verne. Ils ressemblent plus à des archétypes, mais dans l’ensemble, ils ont une bonne dynamique entre eux, quand bien même le propos du film paraît gentiment naïf aux spectateurs du XXIe siècle.

Une créature de l’Ancien Temps piégée sous la roche qui va surprendre nos aventuriers – Source: Imdb.com

Outre ces personnages, il est important de mentionner l’ambiance. Voyage au centre de la Terre a été en partie tourné au Parc national des grottes de Carlsbad au Nouveau-Mexique, d’où certains décors vaguement inquiétants et spectaculaires. Certains restent quand même en carton-pâte, mais ma foi, ce doit être une constante de cette époque… et comment résister à ces merveilleux paysages cristallins et aux champignons géants qui serviront à agrémenter l’ordinaire de nos voyageurs, aux océans souterrains, ou encore aux ruines de l’Atlantide absorbées par la Terre après avoir sombré sous l’eau (la scène est d’ailleurs assez drôle, je revois Lindenbrook, tombant sur ces vestiges et énonçant comme une évidence: « Mais c’est la cité engloutie! »). Par ailleurs, le monde extraordinaire découvert par Lindenbrook et ses compagnons est servi par des effets spéciaux artisanaux qui feraient rire les producteurs de Jurassic Park… et qui feront le plaisir des cinéphiles amateurs de vieux coucous. En effet, comme vous pouvez le constater les « dinosaures » encore vivants découverts sous la Terre ne sont autres que… des lézards, plus précisément des iguanes. Oui, oui! Des iguanes filmées en gros plan, affublées de crêtes dorsales en carton-pâte pour faire bonne mesure, et pour faire crier la dame au moins une fois. Car un film d’aventures des années 50 sans une nana qui hurle à gorge déployée à la vue d’une horrible créature, ce n’est pas vraiment un film d’aventures des années 50.

  • Conclusion – Un film comme on n’en fait plus!

Ah que dire si ce n’est que je cède toujours au charme à l’ancienne de ces vieux films d’aventures. Bien qu’admirative de l’œuvre de Jules Verne et assez fan de son univers désuet, j’ai vraiment quelque chose avec ce Voyage au centre de la Terre, que j’ai vu petite fille et qui n’a de cesse de me charmer aujourd’hui. Même si l’on ne le regarde certainement pas pour sa portée philosophique,  c’est un petit opus que je visionne toujours sans arrière-pensée. Qu’il s’agisse de ses décors vaguement kitchounets par moment, pour ses personnages un peu naïfs mais « droits dans leurs bottes », pour cette relation « je t’aime moi non-plus » du professeur Lindenbrook et de la veuve Göteborg incarnés par deux interprètes au fort capital sympathie, pour ces petites touches d’humour absentes des écrits de Jules Verne, je suis complètement conquise.

On pourrait lui reprocher son manque de fidélité par rapport au livre, mais pour ma part, cela ne me dérange pas du tout. En effet, le ton un peu sec du livre de Jules Verne, plus près d’une « leçon de choses », ne se serait pas bien prêté à un film de divertissement comme l’est celui d’Henry Levin. En effet, je pense que Jules Verne est très difficile à adapter au cinéma, car son propos, s’il est parfois visionnaire, a aussi beaucoup vieilli, et demande quelques petits arrangements pour correspondre à nos goûts contemporains (attention, je ne parle pas de classiques littéraires comme ceux de Jane Austen ou de Tosltoï qui parlent encore à nos cœurs des siècles après). Je ne parle pas de créer un truc spectaculaire et qui vide le récit de sa substance comme ce fut le cas du film de 2008 (rigolo mais pas trop en rapport avec Jules Verne au final), mais le fait est qu’on ne lit pas un livre comme on regarde un film et qu’il est parfois nécessaire de s’adapter au support quand le propos ne correspond plus aux valeurs du public visé. À méditer, donc! 🙂

Je vous laisse donc avec la bande-annonce de Voyage au centre de la Terre, l’une de mes petites douceurs cinématographiques favorites. J’espère en tout cas vous avoir donné envie de (re)découvrir ce film, et de suivre nos héros dans leurs aventures souterraines! 🙂 Je vous souhaite à tous une excellente journée, et je vous dis à très bientôt pour de nouvelles chroniques! 🙂

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Voyage au centre de la Terre
Année de sortie: 1959
Réalisation: Henry Levin
Origine: Etats-Unis
Durée: 2h12
Distribution: James Mason, Pat Boone, Alene Dahl, Diane Baker, Peter Ronson, Thayer David…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

6 réflexions au sujet de “Dans les entrailles du volcan – Voyage au centre de la Terre (Henry Levin, 1959)”

  1. J’ai des souvenirs assez flous de ce film (Hans ne se réveille pas un matin pour découvrir son animal disparu, car mangé par l’ennemi ?), mais je me souviens que je le trouvais plaisant 🙂
    Merci pour ce petite voyage au pays de la nostalgie ! 🙂
    20 000 lieues sous les mers n’était pas mal non plus 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Oui en effet, Gertrud le canard a fini mangée par le comte Saknussemm! 🙂 C’est à cause de ce film que j’ai d’ailleurs lu mon premier Jules Verne… « Voyage au centre de la Terre ». Il est vrai que « 20,000 Lieues sous les mers » est également très agréable, et j’hésite à le chroniquer dans les jours qui viennent. Ce serait peut-être sympa! 🙂

      Aimé par 1 personne

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