Steampunk à la prussienne – Smog of Germania (Marianne Stern)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous avez passé un excellent week-end votre semaine débute! De mon côté, je reviens aujourd’hui avec une nouvelle chronique livresque. Comme d’habitude, je vous gratifie d’un ouvrage issu des littératures de l’imaginaire, avec Smog of Germania.

Ce petit bouquin, paru en poche il y a peu dans la Collection Hélios chez Mnémos, m’a fait de l’œil un moment avant que je ne me décide à me l’offrir, malgré ma PAL déjà très épaisse: il faut dire que situer une intrigue Steampunk dans l’Empire allemand du début du XXe siècle ne pouvait que me séduire… Je n’ai donc  pas résisté bien longtemps avant d’entamer cette lecture, très intriguée par ce qui m’attendait…

  • Poursuite dans le « smog »

Nous sommes dans l’Empire allemand, au début du XXe siècle. Berlin est devenue Germania, une métropole tentaculaire aménagée selon les monumentaux caprices du Kaiser qui n’a plus toute sa raison. Si le ciel de Germania est sillonné par les zeppelins de l’armée impériale, la ville est envahie par un brouillard pollué, noir et collant: le Smog.

Alors que tous ses frères ont disparu, assassinés, exilés ou enfuis, Viktoria, plus jeune fille du Kaiser, aime à s’encanailler dans les bas-fonds de Germania. Elle s’y rend un soir, en compagne de son garde du corps, l’Exécuteur de l’empereur lui-même, un homme devenu à moitié automate après avoir été atrocement mutilé: elle y découvre un complot et manque de se faire assassiner au détour d’une ruelle. Deux jours plus tard, la jeune femme fait à nouveau l’objet d’une tentative d’assassinat lors d’un bal de la Cour: son garde du corps l’enlève pour sa sécurité et l’entraîne à travers le Smog pour échapper à ses assassins. Poursuivis de toutes parts, la jeune Fräulein Viktoria et son étrange protecteur mécanique vont devoir compter sur le maître-espion de l’empereur, Maxwell, commandant du zeppelin noir baptisé la Jungfrau (« la vierge », en allemand), et Orfèvre – c’est à dire qu’il possède le don d’insuffler la vie et une âme aux machine qu’il fabrique. C’est lui qui a créé la partie mécanique du corps de l’Exécuteur, qui n’est autre que son frère jumeau.

À eux trois, aidés par Joachim, un frère de Viktoria secrètement revenu à Germania, ils vont mettre au jour une terrible machination, entre politique et ésotérisme…

  • Une ambiance fascinante

Alors… Comment vous dire?… Dès les premières pages, j’ai été pour ainsi dire happée par ce Smog allemand. Tout d’abord, je suis assez friande d’ambiance Steampunk à base de ballons dirigeables et de mécanismes apparents… si en plus cela se passe dans le monde germanique, la fascination est forcément au rendez-vous. L’auteur a créé un univers aussi lourd que captivant, avec cette ville titanesque où les masses laborieuses et les bandits œuvrent dans une nuit permanente, l’industrialisation ayant créé ce brouillard sombre qui avale littéralement la ville. Pendant ce temps-là, l’Empereur et ses courtisans vivent dans des bâtiments assez hauts pour dépasser le Smog et voir le soleil. Dans le principe, cela me fait un peu penser à Métropolis. Marianne Stern entraîne les lecteurs dans un environnement crépusculaire, où l’empereur allemand, devenu fou, ne se préoccupe plus que de travaux monumentaux ou d’une hypothétique guerre contre la France. Bref, ce pauvre empereur Wilhelm est un peu à la ramasse depuis la mort de son épouse, et ses fils, lorsqu’ils ne sont pas morts, se sont éloignés… Seule reste Viktoria-Luise, dite Viktoria, héroïne de Smog of Germania.

Si ce monde moderne et industrialisé paraît plutôt rationnel de prime abord, le lecteur réalise très vite que toutes ces techniques et cette pollution induite par les usines et le charbon massivement utilisé à Germania, que toute cette technologie cohabite avec des notions irrationnelles. C’est ainsi que l’on croise dans cette histoire un Orfèvre en la personne de Maxwell, c’est-à-dire un individu capable de créer des mécanismes et autres artéfacts en leur insufflant la vie, ou encore un Alchimiste, capable de créer des objets dotés de propriétés extraordinaires qui renforcent encore les mécanismes conçus par les Orfèvres. Le tout est évidemment décrit avec un vrai luxe de détail, qu’il s’agisse des parties métalliques du corps de l’Exécuteur, ce qui participe à une ambiance aussi sombre que somptueuse, parfois très feutrée et même sexy pour les quelques scènes érotiques.

Concernant les personnages, si de prime abord Viktoria apparaît comme une fille gâtée et hautaine (quelle altesse royale ne l’aurait pas été à l’époque, surtout en Allemagne où la place de la noblesse était encore plus importante que partout ailleurs en Europe), elle évolue au fil de l’histoire. C’est une jeune femme de caractère, qui n’hésite pas à se déguiser en garçon pour fuir ses assassins et à se lancer à la recherche d’un artéfact censé sauver la vie à quelqu’un qu’elle aime, sans sombrer dans le cliché de la nana bad-ass complètement brutasse – non parce que ça « moi, j’aime les héroïnes bad-ass » ou quand on écrit « moi j’aime pas les clichés, mon héroïne est bad-ass« , ça me fait toujours sourire car j’ai l’impression que l’héroïne bad-ass est justement un nouveau cliché de ces dernières années, et elles tendent un peu à se ressembler d’une histoire à l’autre. Par ailleurs, notre Viktoria n’hésite pas à prendre l’initiative avec l’homme qui la trouble, à savoir l’Exécuteur – de son vrai nom Jeremiah – qui comme on disait alors « la fait femme ». À ce titre, merci à l’auteur qui ne nous gratifie pas d’une de ces scènes de première fois complètement niaises où tout est merveilleux et où l’héroïne jouit quasiment du premier coup… Au moins cette fois-ci, ça fait mal et ça chiale, malgré tout l’effet que lui fait son garde (ben oui, hein, ça ne veut rien dire!). 😉 Donc, merci Marianne Stern pour ça, pour ne pas encore mythifier la « première fois » comme les autres auteurs. 🎉 Et surtout, la relation entre Viktoria et son amant n’est pas traitée de manière romantique. Je n’ai absolument rien contre un peu de romance, mais en somme, je trouve que les scènes impliquant nos deux personnages sont plus intimistes que romantiques dans leur traitement, ce qui préserve l’histoire d’une certaine naïveté. C’eût été bien dommage qu’on nage dans la guimauve plutôt que dans le Smog.

Quant à son frère Joachim, c’est certes un jeune prince amateur de belles femmes, mais c’est aussi un homme secret, dur, qui a vécu dans la clandestinité après avoir quitté la Cour suite à une violente dispute avec son empereur de père. On découvre un garçon qui ne recule pas devant des procédés répréhensibles pour obtenir des informations quant aux assassins lancés sur les traces de sa sœur. C’est assez appréciable que de voir un ou deux personnages, raffinés de prime abord mais qui ne font pas dans la dentelle, même si très brutal comme enterrer vivante une prostituée pour la faire parler. 🙂

J’ai une préférence toute particulière pour notre paire de jumeaux: le maître-espion Maxwell, capitaine de la Jungfrau, et l’Exécuteur Jeremiah, au corps bardé de métal. S’ils sont de fieffées crapules, de vrais pirates à bord de leur zeppelin, à la fiabilité plus que douteuse vis-à-vis du Kaiser pour qui ils travaillent, on découvre chez eux un passé tourmenté et une relation très forte, si forte que lorsque Jeremiah a été atrocement mutilé et démembré des années plus tôt, Maxwell s’est démené, usant de son don d’Orfèvre pour sauver son frère coûte que coûte. Et il existe chez ces deux lascars une sorte de sex appeal indéniable et vaguement malsain (ouais, quand j’y pense, je ne suis pas certaine qu’il soit agréable de coucher avec un type à moitié métallique). J’adore surtout le genre de relation qui les lie, fraternelle et exclusive, qui les lie. Cela les humanise quelque peu, surtout quand les deux parties cachent un grand secret, comme c’est le cas de nos jumeaux… Mais chut, je ne souhaite pas vous en dire plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte!

  • Conclusion – À lire!

Inutile de vous dire qu’une fois plongée dans ce roman, j’ai eu le plus grand mal à le lâcher. Oh oui! Je me suis très vite laissée emporter dans cette course-poursuite, puis course contre la montre, dans ce décor aussi oppressant que grandiose, dans ces ténèbres où évoluent toutes sortes d’individus peu recommandables. Bref, les bas-fonds de Germania noyés dans le Smog sont un lieu aussi dangereux que pittoresque… Les rebondissements se suivent dans une intrigue rythmée et dépaysante. Bref, ça fait vraiment du bien, et je vous recommande cette lecture pour passer un bon moment au côté de Viktoria, Jeremiah, Maxwell et Joachim!

J’espère donc vous avoir donné envie de découvrir ce petit roman plutôt original, Steampunk et vaguement uchronique, et peut-être aussi l’histoire folle de l’Empire allemand si le cœur vous en dit! Je vous souhaite une excellente journée, une bonne semaine, et je vous dis à bientôt pour de nouvelles chroniques!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: Un thé fumé de Chine, noir comme le Smog de Germania…

Titre: Smog of Germania
Auteur: Marianne Stern
Editions: Mnémos
Collection: Hélios
450 p.
Parution: Avril 2017
Prix: 10,90 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

9 réflexions au sujet de « Steampunk à la prussienne – Smog of Germania (Marianne Stern) »

    1. Je te le recommande chaudement! 🙂 C’est un régal. Et toute la partie ésotérique et « mécanique » de l’histoire est vraiment très prenante. Moi qui voulais écrire un Steampunk avec des zeppelins après Le Sang des Wolf, je me sens toute petite! 🙂

      Aimé par 2 people

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