Humour noir et jeunesse éternelle – La Mort vous va si bien (Robert Zemeckis, 1992)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Affiche du film, avec un casting 3 étoiles – Source: Écran large

Bien le bonjour à vous! En ce long week-end – du moins pour certains, je souhaitais vous donner une petite idée de film insolite à visionner.

Je reviens aujourd’hui avec une nouvelle chronique cinéma, dédiée à un film dont, à part avec quelques fans, je n’ai pratiquement jamais parlé… Là encore, il s’agit d’un opus des divines années 1990 (décidément, je fais dans le moderne, ces temps-ci!), que j’ai eu la chance de voir avec mes parents quand j’étais très jeune: La Mort vous va si bien, de Robert Zemeckis, sorti en 1992.

Je vous invite à découvrir cette fable à l’humour acerbe sur la jeunesse éternelle, en compagnie des inimitables Bruce Willis, Meryl Streep et Goldie Hawn…

  • À la recherche de la jeunesse éternelle

Madeline Ashton (Meryl Streep), chanteuse de cabaret dénuée de talent et en mal de succès, entretient une étrange relation avec son amie Helen Sharp (Goldie Hawn), auteure dont elle séduit tous les amants. C’est la fois de trop lorsque Madeline jette son dévolu et épouse le dernier élu du cœur en date, le docteur Ernest Menville (Bruce Willis). Helen tombe alors dans une terrible dépression, et devient obèse et méconnaissable…

Ernest, aux prises avec Helen, son ancien amour, qui lui propose un plan machiavélique pour se débarrasser de Madeline – Source: ÉcranLarge

Sept ans plus tard, Ernest et Madeline sont loin de filer le parfait amour. Le brillant chirurgien qu’il était n’est plus qu’un alcoolique qui rend les cadavres présentables pour les pompes funèbres, et elle voit sa carrière se décrépir. Mais un jour, le couple est invité à la soirée de lancement d’un nouveau livre d’Helen. Quelle n’est pas la surprise de Madeline lorsqu’elle voit son ancienne amie rayonnante et affichant une silhouette parfaite… Cette dernière, en invitant Ernest à cette soirée, a pour intention de se venger de sa rivale et de reconquérir son ex-amour.

Madeline, folle de jalousie face à cette beauté retrouvée, et terrifiée à la vue de son propre vieillissement, décide alors d’arrêter les effets du temps, et rencontre l’énigmatique Lisle Von Rhoman (Isabella Rossellini), qui lui procure une potion capable de lui donner la jeunesse éternelle… mais les choses ne vont pas aller comme prévu!

  • Une fable caustique sur le culte de la perfection

Comment imaginer que c’est Robert Zemeckis, à l’origine des cultissimes Retour vers le futur et Qui veut la peau de Roger Rabbit? qui nous a pondu ce petit brûlot plein d’humour noir? Il ne s’agit pas d’une œuvre majeure dans la filmographie du réalisateur, et les critiques ont été assez mitigées. Enfin, je ne l’ai vu qu’en VHS, mais il paraitrait que l’édition DVD n’est pas top. L’actrice principale Meryl Streep elle-même, a avoué ne pas avoir travaillé sur un film à effets spéciaux. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’apprécier ce film mal aimé, pour diverses raisons.

Madeline a un méchant torticolis… – Source: ÉcranLarge

Tout d’abord, au niveau de la narration: nous avons un cocktail de triangle amoureux, de comédie avec une pincée de fantastique qui reprend le schéma du pacte avec les forces occultes. Zemeckis été séduit par le scénario de cette histoire, qu’il a souhaité réaliser en lui donnant une dimension plus spectaculaire… En effet, s’il est une chose qui m’a impressionnée la première fois que je l’ai vu, ce sont les effets spéciaux: le popotin et les seins de Meryl Streep qui remontent, mais surtout, surtout la peau tourbichonnée d’un cou tordu, la tête enfoncée par un coup de pelle, un truc dans un abdomen après un coup de fusil… Et cela, bien sûr, au service du récit. Car si l’on en croit les mises en garde de la mystérieuse Lisle Von Rhoman à Madeline avant que celle-ci ne prenne la potion, il lui faudra prendre soin d’elle – en fait, de son corps – pour éviter des effets indésirables.

Développons donc sur le pitch qui devient une sorte de vaudeville acide: après le lancement du livre d’Helen qui apparaît radieuse, Madeline pète un plomb et prend la potion de Lisle. En parallèle, Helen vient retrouver Ernest chez lui, et lui propose un plan pour éliminer Madeline et faire passer sa mort pour un accident de voiture. Ernest hésite, mais au retour de Madeline, il se dispute avec elle et la pousse dans les escaliers et la croyant morte, appelle Helen pour qu’elle le rejoigne. Le fait est que Madeline, bien que cliniquement morte, se réveille la nuque retournée et menace d’alerter la police… car la potion ne conserve pas seulement la jeunesse, mais rend immortel! Sur ces entrefaites, Helen se repointe et commence à se bagarrer avec sa rivale. Celle-ci lui tire dessus à bout partant. Mais quelle n’est pas sa surprise quand, alors qu’Ernest et elle préparent le matériel pour faire disparaître le corps, Helen se réveille elle aussi, avec un trou béant dans l’abdomen! Damnation, Madeline comprend quel est le secret de beauté de son ancienne amie et rivale: elle aussi a pris la potion de Lisle! Si la haine entre les deux femme persiste, elles vont cependant endurer quelques désagréments: plus de pouls ou de souffle, corps froid, et comble de l’horreur, elles commencent à perdre leurs couleurs et à se décomposer! Terrifiées face à leurs yeux vitreux et leur peau qui part en morceaux, elles décident de rendre Ernest aussi immortel qu’elles, afin qu’il les rendent présentable pour l’éternité! Le pauvre homme aura fort à faire avec ces deux tracassières…

Helen revenue d’entre les morts – Source: AlloCiné

Comme vous pouvez le voir le cocktail entre deux motifs classiques comme le triangle amoureux, avec deux femmes amies/ennemies dont l’une a clairement dominé l’autre, la vengeance amoureuse avec l’ancienne amoureuse qui devient canon, et le « pacte avec le diable ». Dans ce genre d’histoire, il y a toujours un prix à payer pour avoir fait appel à la magie, comme des effets secondaires atroces. À savoir la zombification de nos deux harpies après qu’elles aient été précipités dans des escaliers ou qu’elles aient pris une balle.

Cette jeunesse éternelle qu’elles pensaient être la réponse à leurs prières devient un véritable enfer pour ces deux tordues hystériques. Il y a certes beaucoup de souffrance chez l’une qui a vu son compagnon la quitter pour une autre, et chez la seconde qui a vu sa carrière se planter et dont l’âge ne lui permettra pas de rebondir. Il faut savoir que le milieu du spectacle est très dur, en particulier pour les femmes. Hollywood en est un exemple très parlant: dès les années 20, de jeunes actrices ont modifié leur apparence, entre teintures, épilations, rhinoplasties, arrachage de dents pour faire paraître les joues plus creuses, régimes… De nos jours, les hommes aussi cèdent à cette pression, quand on voit le nombre de types liftés parmi les présentateurs ou même les chanteurs et les politiques, et plusieurs actrices qui avaient essayé le botox parfois très jeunes commencent à s’affirmer contre les injections et les interventions chirurgicales qui les rendent inexpressives. Mais dans les années 90, c’est dingue le nombre de tronches refaites que l’on pouvait voir au cinéma ou à la télé. Je conçois tout à fait que quelqu’un de complexé ou qui s’est cassé le nez ou la mâchoire, veuille en passer par là (moi-même, jusqu’à environ vingt ans, j’avais en tête de me faire refaire le nez après qu’une camarade de lycée m’ait dit qu’il était gros), mais quand la personne ne « se ressemble » plus ou qu’elle a l’air plus jeune que dix ans auparavant… je trouve ça un peu dérangeant. Tout comme le fait que l’on accorde plus de valeur à quelqu’un dès qu’une ride apparaît. Rappelons-nous qu’à certaines époques, les gens auraient été contents d’atteindre l’âge qu’ont certains aujourd’hui…

Lisle Von Rhoman, femme fatale un peu sorcière qui se porte bien pour ses 70 ans, avec un look bijoux et un beau carré raide très pub de parfum des nineties – Source: Imdb.com

Mais retournons au film lui-même. Non-contentes de souffrir, Madeline et Helen font également souffrir Enerst, devenu un vrai déchet, lâche et alcoolique, malheureux avec celle pour qui il a délaissé la première, qui ne va tarder à lui proposer d’assassiner son épouse. Et pour couronner le tout, elles vont vouloir faire alliance pour garder le monsieur sous leur coupe, tout cela pour rester jeune et belle. Contre toute attente, et je ne vous en vous dis pas plus pour ne pas vous gâcher ce plaisir, le spectateur va en dernière partie de film trouver beaucoup de bon sens et un certain courage chez ce personnage velléitaire et foireux, et il en émane beaucoup de gravité.

Le couple Ernest-Helen, au début du film, parangon de glamour ultime – Source: ÉcranLarge

La rivalité des deux harpies, assorties à la lâcheté de l’objet de leur convoitise, contribue pour beaucoup au comique de situation, et ce d’autant plus que les acteurs sont contre employés dans La Mort vous va si bien. Meryl Streep a joué dans de grands films, qui traitent de sujets graves et encore vingt-cinq ans après cet opus, sa carrière ne semble pas franchement battre de l’aile: c’est donc tout sauf une fausse diva décatie. De plus, elle n’est pas une adepte du ravalage de façade, ce qui ne l’empêche pas d’avoir encore une classe folle à 67 ans. 🙂 Goldie Hawn, quant à elle, était elle aussi dans le circuit de puis un certain temps, parfois dans des rôles de ravissante écervelée comme dans Comme un oiseau sur la branche, et non-pas comme une psychopathe capable du pire. Enfin, Bruce Willis, après avoir enchaîné les rôles d’action comme John McClane dans Piège de cristal, campe une vraie lavette affublée de moustaches d’un goût très eighties.

Nos deux harpies faisant alliance pour soumettre Ernest – Source: ÉcranLarge

Les personnages enchaînent les situations rocambolesques, à la limite du cartoonesque et pleines d’humour noir, avec des répliques qui sont restées dans ma mémoire car indissociables de ce film. Je revois, au montage, ce qu’Helen imagine en expliquant à Ernest son plan pour assassiner Madeline – lui filer de l’alcool, l’asseoir endormie dans une voiture, bloquer son pied sur l’accélérateur au bord d’une falaise tandis que les deux amants réunis, dans les bras l’un de l’autre en tenue de soirée blanche, buvant du champagne devant ce spectacle. On y retrouve tout un côté hollywoodien très artificiel, volontairement exacerbée qui rend ce plan diabolique plus drôle, tout comme les scènes de nuit d’orage détournent les codes du cinéma fantastique. De même je revois Ernest se disputer avec Madeline, qui se retrouve dans un équilibre précaire en haut des marches… avant que l’époux ne l’aide un peu à dévaler les marches du bout du doigt et n’explose d’une joie puérile en la croyant morte. Ou encore son « Elle va être furieuse! » en réponse au médecin qui lui annonce avoir amené sa femme à la morgue. Meryl Streep s’exclament: « Je peux voir mon cul! » lorsqu’elle se réveille la tête à l’envers. Et apothéose, ce mémorable et hilarant affrontement entre Meryl Streep et Goldie Hawn! 🙂

  • Conclusion – Une série B mal-aimée à redécouvrir

Vous l’aurez compris, j’aime beaucoup La Mort vous va si bien, un bon moment d’humour noir qu’à l’occasion, je revois avec délectation. Pour ses acteurs, ses effets spéciaux qui, comme vous le verrez dans cette bande annonce en V.O. que je vous laisse. Je me suis vraiment beaucoup amusée en le visionnant, avec son visuel baroque et ses personnages assez comiques. Je ne suis donc pas d’accord avec les critiques qui décrivent cet opus comme fade, je le trouve plus riche qu’il n’y paraît. Pour ma part, je lui trouve un petit côté insolite et « famille Adams ». Bref, je suis fan. 🙂

J’espère donc vous avoir donné envie de découvrir, ou de redécouvrir ce petit film avec une Meryl Streep hilarante en mégère. Je vous souhaite à tous une excellente fin de journée et un bon week-end, et je vous dis à très bientôt pour de prochaines chroniques.

Blanche Mt.-Cl.


Titre: La Mort vous va si bien (Death becomes her)
Année de sortie: 1992
Réalisation: Robert Zemeckis
Origine: États-Unis
Durée: 1h44
Distribution: Bruce Willis, Meryl Streep, Goldie Hawn, Isabella Rosselini…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

7 réflexions au sujet de « Humour noir et jeunesse éternelle – La Mort vous va si bien (Robert Zemeckis, 1992) »

  1. J’adore ce film ! Pourtant, je ne suis pas très humour noir, mais là, c’est un tel régal ! Et je ne sais pas si tu as remarqué, mais dans les scènes qui montrent la foule présente au bal annuel de la sorcière, on reconnaît quelques « tronches » (Elvis, James Dean, Marilyn…).
    Merci pour cette super critique qui rend hommage à ce bijou d’humour noir ! 🙂

    Aimé par 1 personne

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