Extravagance futuriste – Le Cinquième élément (Luc Besson, 1997)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, je tiens à m’excuser de mon retard de cette semaine, j’étais un peu (pré)occupée, et j’ai un peu zappé la chose.

Je reviens cette semaine avec un film, mais UN FILM que j’aurais dû chroniquer il y a fort longtemps déjà… C’est en regardant sur Hitek, qui a produit il y a quelques jours un top des films de S.F. de plus de quinze ans qu’il faut avoir vu (parmi lesquels figurait d’ailleurs Stargate, chroniqué la semaine dernière!), qu’une petite lumière s’est allumée dans ma tête: il fallait que je vous ramène dans les merveilleuses années 1990 pour vous parler du Cinquième Élément.

Je l’ai vu alors qu’il est sorti au cinéma – ce qui ne me rajeunit absolument pas, cela va sans dire – avec mes parents et mon frère. Ce fut un événement de folie à l’époque! 🙂 Je vous embarque donc dans un futur aussi extravagant que drôle…

  • Lutter contre le mal

Le film s’ouvre sur un paysage désertique, au début du XXe siècle. Un vaisseau extraterrestre, celui des Mondo-Shawan, se pose et ouvre une cache secrète dans un temple égyptien afin d’emporter quatre pierres représentant les quatre éléments de la vie, ainsi qu’une étrange sculpture en son centre qui renferme un cinquième élément, pour les sauver de la Première Guerre mondiale. Ils jurent au prêtre gardien du temple de revenir trois-cents ans plus tard lorsque le Mal reviendra…

Au XXIIIe siècle, New York est une ville tentaculaire aux gratte-ciels surélevées pour se préserver du brouillard de pollution stagnant plus bas. Korben Dallas (Bruce Willis) est un ancien militaire à la retraite, divorcé et quelque peu désabusé, qui gagne sa vie comme chauffeur de taxi volant. Sa vie va bientôt prendre un tour inattendu, lorsqu’une jeune femme étrange nommée Leeloo (Milla Jovovich), une étrange jeune femme parlant une langue étrange tombe dans son taxi. Seule et sans ressource, elle veut parler au prêtre Vito Cornelius (Ian Holm), car elle est le Cinquième Élément, l’être suprême censé sauver l’humanité du mal… Car ce que Korben ignore encore, c’est qu’un corps céleste géant est apparu en bordure du système solaire, au même moment que le vaisseau Mondo-Shawan censé rapporter les pierres. Or ce dernier a été victime d’une embuscade et s’est crashé. Leeloo est la seule rescapée du crash et s’est évadée du labo militaire où elle était retenue, tandis que les pierres des quatre éléments ont mystérieusement disparu…

Vito Cornélius, Korben Dallas et Leeloo – Source: AlloCiné

… Le très mégalo Jean-Baptiste-Emmanuel Zorg (Gary Oldman), à l’origine de l’embuscade qui a coûté la vie aux Mondo-Shawans, qui ne souhaite pas voir le monde sauvé du Mal matérialisé par cette planète qui se dirige vers la Terre, est lui aussi à la recherche de ces pierres. Quant à Korben Dallas, toujours aux prises avec Leeloo et Vito Cornélius, il est bientôt rattrapé par son passé militaire lorsque son ancien supérieur, le Général Muro (James Brion), arrive chez lui pour l’envoyer en mission sur la planète Fhloston, où il est censé récupérer les pierres. Les ennuis ne font que commencer…

  • Un futur extravagant aux couleurs de BD

À l’époque, je me souviens que mes parents regardaient chaque année l’ouverture du Festival de Cannes, et Le Cinquième Élément l’avait ouvert en 1997. Je me rappelle encore la magnifique Milla Jovovich au bras de Luc Besson (un peu moins magnifique), dans une superbe et légère tenue dorée… Mais ne nous égarons pas et parlons du film, une véritable débauche de couleurs et de douce extravagance. Pour cause, le jeune Besson travaillait à cette histoire depuis qu’il avait seize ans! 🙂

Course-poursuite en voiture dans le New York du futur – Source: Imdb.com

Les critiques n’étaient pas mauvaises, même dans Télérama, dans Le Monde également. Au niveau du scénario, l’histoire reste assez simple, suivant le schéma classique du combat du Bien contre le Mal, et à sa sortie, le chroniqueur de Libération avait décrit Le Cinquième élément ainsi: « récit naïf d’un combat mythologico-futuriste (…) singulièrement dépourvu de mystère et de folie ». Il est clair que le film n’approfondit pas vraiment la réflexion sur le sens de la vie, et ce n’est pas parce qu’à un moment, Leeloo, blessée et démoralisée, se demande pourquoi sauver le monde quand on voit la propension humaine à s’auto-détruire, que l’on peut faire de ce blockbuster un film philosophique. Oh que non, je ne veux pas jouer les cyniques, mais c’est aussi un lieu commun que de dire que les Hommes ne méritent pas d’être sauvés… Le Cinquième élément est-il pour autant un film plat, dépourvu de folie?

Je n’irais pas jusque là. Certes, son décor de ville vertigineuse parcourue par des véhicules volants n’est pas une première dans la S.F., on l’a déjà vu dans la littérature (je pense aux autogires des romans de Barjavel, aux BDs…) et le cinéma, comme Blade Runner. On ne peut pourtant pas nier l’extravagance de cet univers au décor certes dystopique, mais où souffle un petit vent de folie. Ce n’est pas Brazil, mais voir voler au milieu des buildings un véhicule en forme de jonque pour un traiteur thaï, je trouve ça presque poétique. On retrouve un une grande ville cosmopolite, presque idéalement cosmopolite, avec différentes cultures terriennes et également alien, où les Mondo-Shawans sont connus du gouvernement, tout comme les Mangalores aux oreilles tombantes qui servent de mercenaires à Zorg… et où les chanteuses d’opéra, comme la diva Plavalaguna (Maïwenn le Besco), sont elles aussi extraterrestres.  🙂

La diva Plavalaguna, avec vue sur Phloston en plein récital de « Lucia di Lamermoor »… – Source: Imdb.com

Si l’on a aussi parlé de la question du genre abordée dans le film et critiqué la place de la femme dans celui-ci (nous avons certes Leeloo et la diva qui jouent des rôles-clés, mais les autres femmes du films, chez McDo ou sur la compagne aérienne semblent plutôt être de belles potiches), je ne peux pas m’empêcher de voir une certaine liberté dans la société dépeinte par le film. Par exemple, je revois ce passage où après avoir demandé à Korben Dallas débarquant chez lui en portant Leeloo s’il s’agissait d’un mariage, le père Vito Cornélius pose la même question aux trois gros bras baraqués qui se pointent chez lui… Si la scène semble d’abord humoristique, le naturel du prête laisse à penser qu’un mariage de trois mecs est quelque chose de complètement naturel. Ce qui est, somme toute, très réjouissant et précurseur. 🙂 Donc l’univers du film ne me paraît pas si dystopique que ça, au final, une certaine affirmation individuelle existant parmi les personnages.

Cette affirmation transparaît également à travers les costumes complètement FOUS imaginé par l’un de mes créateurs favoris: Jean-Paul Gaultier. Mes parents, amateurs de cinéma et de haute couture, bien que n’ayant jamais eu les moyens d’en porter, regardaient souvent les défilés sur Paris Première, à l’heure de gloire de la chaîne. J’ai eu l’occasion de voir quelques transmissions de défilés magnifiques, notamment un de Jean-Paul Gaultier, inspiré de l’Espagne, avec des éventails cousus sur les robes. Et puis, pour anecdote, à l’époque, mon frère voyageait régulièrement entre la France et l’Italie, et avait dit après avoir croisé le gars dans l’avion: « Il a l’air vraiment sympa. » Et c’est fort rare de la part de mon père! 🙂

Ruby dans sa collerette en panthère… Grrrr! – Source: Imdb.com

Bref, les costumes de ce film. LES COSTUMES, MAIS AAAAAAAAH! J’adore!… Des étranges bretelles oranges de Milla Jovovich au couvre-chef en plastique d’où s’échappent les cheveux parfaitement lissés de Gary Oldman dans le rôle de Zorg, ou, top du top, des tenues extravagantes au possible de Chris Tucker incarnant l’inimitable Ruby Rhod. Sa combinaison en panthère lors de sa première apparition, ou encore son col orné de roses rouges lors de la soirée de gala sur le Fhloston Paradise… S’il ne s’agissait que de Ruby: cette scène de gala avant le magnifique et émouvant récital de Plavalaguna est l’occasion de mettre en valeur l’immense savoir-faire de Gaultier, dans une débauche de toilettes plus excentriques les unes que les autres. C’est magnifique. Donc, merci Jean-Paul.

Par ailleurs, je dois avouer être fan de la bande-annonce signée Éric Serra. Je la ré-écoute parfois, car elle me transporte dans un univers magnifique, entre sonorités futuristes et cristallines, raï, parfois reggae, qui me met en joie et me donne envie de danser, ou qui m’émeut comme l’extrait de Lucia di Lamermoor de Donizetti entonné par la diva bleue Plavalaguna. Pour preuve, adolescente, j’adorais chanter ce morceau quand j’étais seule – pas la partie « Diva Dance », j’aurais fait lâcher mes cordes vocales! 😉 Et que dire de la chanson du film, « Little Light of Love », interprétée par Éric Serra?… Pendant un temps, c’était l’un des morceaux que j’écoutais le plus pour écrire. C’était fantastique, notamment en fond la performance vocale de Nourith, une chanteuse israélienne à la voix cristalline que j’ai eu le bonheur de voir sur scène dans Les Dix Commandements. Cette bande-son aboutie, qui touche parfois au sublime, participe donc à l’ambiance colorée et folle du film, et me donne encore des frissons…

  • Casting au poil et répliques CULTISSIMES

Le film doit également beaucoup à ses interprètes. J’ai beaucoup aimé découvrir Milla Jovovich, certes très belle, mais qui y apparaît aussi vulnérable que bad ass, juste parce qu’elle est l’être suprême et peut casser la gueule à qui elle veut. C’est dommage que son personnage ne soit pas plus poussé et exploré dans le film…

L’ami Jean-Baptiste Emmanuel dans son plus beau costume – Source: Imdb.com

Quant aux interprètes masculins, comment résister au sourire en coin de Bruce Willis, alors star de maints films d’action, et assez attrayant dans son genre, dans le rôle de Korben Dallas, ancien militaire désabusé, à la décontraction aussi foutrement irritante que plaisante lorsqu’il « négocie » avec les Mangalores ou répond être « une mite en pull over » lors d’un contrôle arbitraire de police. J’ignore pourquoi, mais je trouve toujours ça fendard, tout comme le bateau qu’il monte au général Munro lorsque Leeloo arrive chez lui, avant de le faire entrer de force dans son frigo pour le planquer.

Chris Tucker campe un Ruby Rhod complètement barré, au style inimmitable et tombeur de ces dames – à ce titre, la partie de jambes en l’air avec l’hôtesse au décollage de la navette pour Fhloston me fait toujours hurler de rire avec le fameux: « J’ai jamais ressenti ça avec une… humaine. ». C’est une mine de répliques de fou: « Serrez les g’noux, les p’tits choux… », « J’veux qu’ça soit green, super green! » (avec la main qui papillonne!), « C’est la meilleure émission que j’ai jamais faite… » ou encore son fameux hurlement sous la table de billard.

Korben Dallas veut bien négocier… – Source: Imdb.com

Mais pour moi la palme revient à Gary Oldman, génialissime en Jean-Baptiste Emmanuel Zorg, méchant cartoonesque et mégalo. Je suis fan de sa présentation, avec sa voix off sur plan de building avec son nom en gros et la baie vitrée dans le O de Zorg: « Jean-Baptiste… Emmanuel… Zorg. » Capricieux, mais aussi d’une élocution plaisante lorsqu’il se dit « extrêmement désappointé », on adorerait ce salopard s’il ne souhaitait pas la fin du monde et ne tirait pas sur Leeloo. C’est un peu le dandy démoniaque du film.

Enfin, je suis assez fan (pour résumer, je suis fan d’à peu près tout dans ce fichu film) du prêtre Vito Cornélius et de son jeune vicaire David (Charlie Creed-Miles, , pleins de bonne volonté et attachés à leur mission de garder le secret des quatre éléments pour lutter contre le Mal… mais qui, fort peu dégourdis constituent un vrai ressort comique.

  •  Conclusion – À voir et à revoir

Que dire si ce n’est que ce blockbuster, depuis vingt ans maintenant, c’est un peu l’un de ceux qui me remontent le moral, qui me font rire. Avec les problématiques qui ont surgi ces vingt dernières années, la science-fiction a pris un tour parfois très sombre, et à part dans des comédies S.F., on peine à imaginer des « lendemains qui chantent ». Pas que le futur du Cinquième Élément soit rose, loin de là, car la Terre semble vraiment polluée et des espèces y ont certainement disparu…

Mais nul pessimisme ne ressort de tout cela. Les personnages, les costumes sont complètement extravagants. Tout le monde y est gentiment fêlé et de bonne humeur – sauf Korben, mais ça ne dure pas vraiment. Parfois, j’aimerais vivre dans une telle ambiance, même si c’est dans des gratte-ciel vertigineux au-dessus d’une brume polluée. Et pour voir des gars sapés comme Ruby Rhod et porter des tenues moulantes et plastoc signées Jean-Paul Gauthier malgré mon gros cul et mon mètre cinquante. Et puis si l’on pouvait se maquiller et se faire ses manucures aussi vite que dans ce film, ce serait franchement le top pour faire des nuits complètes et ne pas passer des plombes les mains en l’air en attendant que le vernis sèche! 😉

Rédiger cette chronique m’aura pour ma part fait chaud au cœur, à un moment un peu… bof-bof. J’espère qu’elle vous donnera envie de vous replonger dans ce film haut en couleurs, et vous offrira des heures de franche rigolade sur ses répliques cultes!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Le Cinquième élément
Année de sortie: 1997
Réalisation: Luc Besson
Origine: France
Durée: 2h06
Distribution: Bruce Willis, Milla Jovovich, Ian Holm, Gary Oldman, Chris Tucker…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

7 réflexions au sujet de “Extravagance futuriste – Le Cinquième élément (Luc Besson, 1997)”

  1. J’avais adoré étant ado mais j’avoue que l’ayant vu moults fois à l’époque, quand je le revois maintenant, je suis beaucoup moins enthousiaste… mais certaines répliques me sont bien restées en tête (Multi pass ! Ou « Négatif, je suis une mite en pull-over » XD)

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  2. Très belle chronique, qui rend un magnifique hommage au film 🙂 Je l’aime beaucoup aussi (ce cher Bruce n’y est pas pour rien) et effectivement, les costumes sont dingues ! Et même s’il a un peu vieilli, je pense qu’il restera culte 🙂

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  3. Voilà une valeur sûre! C’était le style Besson à son apogée, avec des personnages hauts en couleurs et une dynamique de malade. Difficile d’en faire deux comme ça, même si je m’attend à retrouver un peu de cette folie dans son prochain film, Valérian – Cela étant, le casting du 5ème élément y fait également pour beaucoup dans son originalité.

    Si tu n’as pas encore visionné cette série, je te recommande fortement Sense 8, des soeurs Wachowski et un scénario de Straczynski. Pas de la sf, mais beaucoup d’émotions feel-good, avec en prime quelques coups de pieds retournés!

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