L’Amour plus fort que la mort – The Crow (Alex Proyas, 1994)

« Maman est le deuxième nom de Dieu, dans la bouche de tous les enfants. »

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Puisque j’évoquais vampires, loups-garous et morts-vivants, ainsi que corbeaux, j’ai décidé de revenir, pour la chronique cinéma, sur un film fantastique qui m’a beaucoup marquée il y a quelques années. Fans d’histoires sombres et d’esthétique néo-gothique, amateurs d’action et de rock, mais aussi grands romantiques, ce film s’adresse à vous: The Crow.

Je l’ai découvert il y a quelques années, alors que j’étais étudiante, à la grande époque où avec mes parents et mon frère, nous passions des soirées entières devant les chaînes cinéma à la découverte de classiques ou de nouveautés. Nous connaissions déjà l’éphémère série The Crow (1998-99) dont le costume du héros m’avait inspirée pour une soirée d’Halloween au lycée, mais un ami nous avait parlé du film d’Alex Proyas de façon… Comment dire?… Dithyrambique. Aussi lorsque The Crow est repassé à la télévision, nous nous sommes fait un devoir de le visionner.

  • Un amour plus fort que la mort

Par la terrible et tristement célèbre « nuit du Diable » qui précède Halloween, les bandes armées sévissent dans Détroit, incendiant, volant et assassinant les habitants de la ville. Le sergent Albrecht (Ernie Hudson), découvre une scène atroce: Shelly Webster (Sofia Shinas) meurt de ses blessures après avoir été sauvagement torturée et violée, et son fiancé Eric Draven (Brandon Lee), musicien de rock, a reçu plusieurs balles avant de tomber par la fenêtre de l’appartement… Les deux jeunes gens devaient se marier le lendemain.

Un an plus tard, Albrecht patrouille toujours dans les alentours, et s’est plus ou moins fait le protecteur de Sarah (Rochelle Davis), une petite fille du quartier négligé par sa mère droguée, dont Shelly et Eric prenaient soin avant leur mort. Par une nuit d’orage, une tombe s’ouvre dans le cimetière où ceux-ci sont inhumé: Eric s’est réveillé, il est revenu du monde des morts. Accompagné d’un corbeau aux puissants pouvoirs qui lui confère force et invincibilité, il farde son visage de noir et blanc, et part à la recherche des assassins de Shelly pour la venger…

  • Un univers sombre

L’intrigue violente et romantique de The Crow est en fait l’adaptation du comic éponyme que je n’ai pas lu – mais je suis certaine que je le lirai un jour – signé James O’Barr. L’œuvre originale, d’après mes recherches extrêmement sombre, a beaucoup été influencée par la vie de son auteur.

Couverture du comic book – Source: Wikipedia

Né fin 1959 dans une « famille-tuyau-de-poêle », comme on dit chez moi – avec une mère ayant fait pas mal de séjour en prison et en HP – le gamin passe une partie de sa vie en orphelinat à Detroit, et développe très tôt une passion pour le dessin. Ayant des difficultés à s’adapter à sa famille adoptive, il rencontre l’amour avec Bethany, avec qui il s’installe à 17 ans. S’il semble avoir trouver un équilibre, son monde vole en éclat, quand Bethany meurt, percutée par un conducteur ivre. Parti faire son service dans l’armée américaine pour fuir cette tragédie, James O’Barr revient deux ans plus tard à Detroit, dans l’espoir de venger sa fiancée décédée, mais découvre que le responsable est entretemps mort de causes naturelles. Le jeune homme, fou de douleur et de vengeance, trouve un exutoire dans la BD, et c’est à cette époque qu’il commence à travailler sur sa grande œuvre où il sublime son chagrin: The Crow. La BD est publiée en 1989, et confère à O’Barr le statut de dessinateur culte.

Visuellement inspiré d’une esthétique gothique propre aux univers d’Edgar Poe et des groupes de rock néo-romantiques, The Crow est majoritairement travaillé en noir et blanc, avec des contrastes aussi violents que l’histoire elle-même. C’est d’ailleurs le parti pris de Proyas: si le film n’est pas tourné en noir et blanc, on a finalement très peu de couleur à l’écran, hormis des touches de rouge – crépuscule, feu des incendies, lèvres rouges et pulpeuses… Seules les scènes de flashbacks où Eric se rappelle les beaux moments passés avec Shelly sont richement colorées – des rouges, des ors, du bleu… C’est une vraie explosion de couleurs, vivantes, qui donnent à l’image un aspect un peu plus charnel. Ces très jolies scènes sont encore magnifiée par la beauté des interprètes – il faut bien dire que Brandon Lee n’était, à mon humble avis, pas dégueu, et Sofia Shinas qui ne parle pas beaucoup dans le film, dégageait beaucoup de douceur. Adapter la BD au cinéma n’était pourtant pas gagné, James O’Barr ne souhaitant pas s’impliquer dans un quelconque projet cinématographique. C’était sans compter la ténacité de Proyas.

Ironie du sort, si The Crow est influencé par la vie chaotique et le chagrin d’O’Barr, le film est marqué par une autre tragédie: la mort de l’acteur principal, Brandon Lee, sur le tournage. Le jeune homme alors âgé de 28 ans, est blessé par une balle restée logée dans l’arme normalement chargée à blanc – ou par une douille de balle à blanc restée bloquée dans l’arme – tenue par l’un de ses collègues acteurs. D’après ce que j’en ai lu, les réactions sur le plateau sont tardives, car tout le monde pensait à une blague de Brandon Lee. Mais celui-ci, gravement touché à l’abdomen, meurt dans la nuit. Et comble de tout, il devait se marier juste après le tournage. Autant vous dire que je n’aurais pas aimé être à la place de la fiancée. Par ailleurs, sa disparition engendre des coûts supplémentaires, puisqu’il a fallu utiliser des effets spéciaux dans les scènes que Lee n’avait pas eu le temps de tourner.

Eric Draven sur la tombe de sa dulcinée – Source: Imdb.com
  • Une œuvre rock et sanglante

Pour certains, le seul intérêt du film réside dans la mort de Brandon Lee – ce que je trouve franchement morbide. Déjà, la noirceur de l’œuvre originale et les partis pris visuels d’Alex Proyas font beaucoup pour donner au film sa profondeur et sa beauté. Les décors sombres de gratte-ciels, bouges glauques et bâtiments néo-gothiques sont sublimés par une B.O. très rock: Nine Inch Nails, Rage against the Machine ou encore Jesus and Mary Chains sont de la partie, tandis que les Cure nous y enchantent avec le magnifique Burn. On ne pouvait pas faire mieux pour un film dont le personnage principal est lui-même  un rockeur! Les décors sont tout à fait fascinants, expressifs, comme dessinés, de la ruelle sordide à la magnifique fenêtre ronde avec vue sur la ville dans l’appartement d’Eric et Shelly.

La ville y semble nimbé d’une aura glauque, où le jour peine à percer, à l’image de l’esprit enténébré d’Éric Draven ivre de vengeance. J’essaie bien sûr de ne pas être biaisée parce que je trouve que Brandon Lee était mignon (j’avais déjà un petit faible pour son père Bruce, lui aussi mort connement!) et que sa mort sur le tournage était regrettable, et parce que je n’ai aucune idée de son jeu d’acteur hors The Crow, mais au premier visionnage, j’ai vraiment été impressionnée par sa prestance, et par sa grâce dans le rôle. Cette façon de ce mouvoir très animale – une souplesse certainement due à la pratique des arts martiaux – m’a fascinée, à tel point que je m’en suis partiellement inspirée pour la façon de bouger de mes personnages du Sang des Wolf. Tour à tour inquiétant ou touchant, c’est un peu le poète tourmenté par la mort de sa douce, qui récite du Poe en allant cramer un mont-de-piété et qui joue de la guitare électrique sur le toit de son immeuble avant sa grande nuit de vengeance (j’adore cette scène). Bref, Brandon Lee, à l’origine fan du comic, se démerde plutôt bien dans ce rôle, dont il a également chorégraphié les scènes de combat.

Top Dollar entouré de son bras droit et de sa demi-sœur Myca, sorcière sur les bords – Source: AlloCiné

Cet amour plus fort que la mort qui mène l’amoureux torturé à venger sa belle, est somme toute un schéma classique, mais éternel, à la fois des histoires d’amour mais aussi de fantômes, ceux-ci cherchant à punir les coupables de leurs tourments pour trouver enfin la paix. Ainsi Eric revenu d’entre les morts ne pouvait que rencontrer le sergent Albrecht qui a assisté à l’hôpital à la mort de Shelly, et qui n’a jamais pu punir les coupables de son assassinat. Un genre de lien entre une justice céleste et surnaturelle et celle des hommes, car l’action de Draven doit faire cesser les exactions commises par Top Dollar et sa bande, et avoir, en accomplissant sa vengeance, une action purificatrice de sa propre âme, et positive sur le monde car plus personne n’aura à subir ces êtres malfaisants.

Et il faut bien dire que les hommes de Top Dollar – Gideon, Tin Tin, T-Bird ou encore Fun Boy – sont aussi bête et crâneurs qu’ils sont méchants, et que malgré le sort peu enviable qui les attend avec Eric, on ne peut s’empêcher de sourire lorsque l’amoureux assassiné leur botte le cul. Mention spéciale à Fun Boy (Michael Massee, qui aurait d’ailleurs tiré sur Lee), qui part quand même sur une réplique admirable: « T’as vu dans quel état t’as mis mon falzar? » Eric va même, grâce aux nouveaux pouvoirs acquis du Corbeau, changer les choses pour Sarah, la petite dont lui et Shelly s’occupaient: la mère de celle-ci, droguée, est la copine de Fun Boy et se fait un fixe avec lui quand Eric arrive pour lui régler son compte. C’est alors qu’Eric, qui la reconnaît, l’attrape et fait couler la drogue hors de ses veines avant de lui murmurer: « Maman est le deuxième nom de Dieu dans la bouche de tous les enfants. » (Je l’ai citée car cette phrase m’émeut toujours!) pour la pousser à s’occuper de sa fille.

La marque du corbeau… – Source: Imdb.com

Parlons des méchants. Si niveau look on voyait Eric évoluer tout de noir vêtu avec long manteau de cuir et maquillage de clown triste, les potes à Top Dollar donnent aussi dans le cuir et le noir, peut-être avec moins de classe. C’est le grand méchant, Top Dollar, qui s’en tire le mieux, en mode dandy gothique, avec gilet impeccable et long cheveux lisses peignés au cordeau. Il m’évoque un peu l’image du vampire, et son interprète, Michael Wincott, est génial. Il a d’ailleurs un certain talent pour les rôles de méchant cruel et mégalo, et sa « gueule » particulière fait aussi beaucoup. Car Top Dollar, c’est un mec qui fait tout ce qui lui chante, qui se fout bien de ce que veulent les autres, et qui ne laissera pas un esprit vengeur contrarier ses plans. Il vit dans son antre avec sa demi-sœur Myca (Bai Ling) avec qui il couche au passage – les méchants sont donc vicieux en plus d’être détestables, et on aime d’autant plus les détester. Aussi sexy que cruelle, c’est cette nana un peu sorcière qui va comprendre que le pouvoir d’Eric lui vient du Corbeau, trouvant par la même un moyen de lui nuire… Il y a donc chez eux une certaine décadence, une malfaisance assumée qui, si elle est caricaturale, n’en reste pas moins séduisante au niveau de l’esthétique.

  • Conclusion – Titiller sa fibre rock et romantique

Il y a quelques années, un homme qui a beaucoup compté pour moi m’a demandé si j’étais gothique – il faut dire que mon style vestimentaire était très proche. 🙂 Ce à quoi j’ai répondu: « J’ai juste lu du Poe et vu The Crow. » Grand sourire vampirique de sa part: « C’est déjà un bon début. » Et oui, The Crow. Film culte ou critiqué, qui a certes vieilli mais qui continue de nous parler. Histoire d’un amour absolu comme on le célèbre dans les poèmes, histoire de fantôme et d’une terrible vengeance, il nous touche avec ces thèmes intemporels. Par ailleurs, l’ambiance gothique, très typée et carrément sexy (la plastique de Brandon Lee n’y est pas pour rien), nous emmène dans un monde décadent et rock où les amoureux maudits ont le droit de se venger.

L’œuvre reste inextricablement liée au chagrin de James O’Barr, ainsi qu’à la mort prématurée de Brandon Lee, ce qui peut bien sûr biaiser notre point de vue. Je ne sais pas si le fils Lee serait devenu un grand acteur, mais il n’en reste pas moins qu’il est mort beaucoup trop jeune, avant de se marier qui plus est. Il semble que le destin d’amoureux maudit de son personnage l’ait rattrapé… Le film est ainsi dédié à Brandon Lee, ainsi qu’à sa fiancée. Il n’en reste pas moins qu’esthétiquement, cela reste un très beau film, histoire d’amour et de vengeance au visuel très soigné.

Ainsi je vous le recommande vivement et vous laisse avec la bande-annonce, pas l’officielle, mais une qui rend un meilleur hommage à l’univers visuel du film. Je vous souhaite une excellente (re)découverte, et vous dis à très bientôt pour de nouvelles chroniques.

Blanche Mt.-Cl.

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

7 réflexions au sujet de “L’Amour plus fort que la mort – The Crow (Alex Proyas, 1994)”

  1. Au-delà du film de Poryas, l’univers the Crow est très léger, même les comic books sont mollassons, mais ce film par contre – Et peut-être est-ce parce que j’étais jeune en l’ayant vu pour la première fois – m’a marqué. Pourtant les acteurs ne sont pas top, le scénario est bateau, mais il y a clairement quelque chose! Merci pour cette plongée dans un lointain passé!

    Aimé par 1 personne

  2. J’ignore si ce film a (bien) vieilli mais il a marqué ma vie de jeune adulte – alors, quand tu aimes porter du noir, quand tu portes du noir, , je n »en parle même pas ^_^
    Je l’ai vu quand il est sorti, effectivement. Et la mort de Brandon Lee a fait bcp de bruit à cette époque. Je connais certains de mes contemporains qui ont encore du mal à s’en remettre; certes, ils sont un peu goths.
    Un très beau film, dans mon souvenir

    Aimé par 1 personne

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.