Une fantasy brute et sans fard – Conan le Cimmérien (Robert E. Howard)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens en ce début de semaine avec, à ma grande surprise, une chronique livre. Pas que j’aie achevé le tome I des Magicians (ceci dit, j’ai bien avancé, et je trouve cela assez fascinant, j’ai hâte de vous en parler!), mais je me suis souvenu d’un ouvrage lu il y a un petit moment déjà (j’étais encore en Angleterre) et que j’ai A-DO-RÉ…

Pour vous re-situer, alors que mes parents venaient d’aménager en Normandie et que j’étais en Christmas break chez eux, mon frère m’a fait un très beau présent livresque pour Noël: les aventures de Conan le Cimmérien, signées par Robert E. Howard, considéré avec Lovecraft comme l’un des pères de la littérature de l’imaginaire américaine. Je vous invite donc à me suivre dans un monde aussi cruel que fascinant, avec un héros brutal et sans scrupule…

  • Aventures à travers le monde

Le volume que je vous présente comprends plusieurs nouvelles, dont certaines assez longues: Le Phénix sur l’Épée, La Fille du Géant de Gel, Le Dieu dans le Sarcophage, La Tour de l’Éléphant, La Citadelle Écarlate, La Reine de la Côte noire, Le Colosse Noir, Chimères de Fer dans la Clarté Lunaire, Xuthal la Crépusculaire, Le Bassin de l’Homme Noir,  La Maison aux Trois Bandits,  La Vallée des Femmes Perdues et Le Diable d’Airain.

Il ne s’agit pas ici de vous les narrer par le menu (les pitches sont détaillés en anglais sur Wikipedia), mais de vous donner un avant-goût des aventures de notre héros venu du Nord à travers le monde méditerranéen de l’Âge Hyborien: tour à tour roi d’Aquilonie ou voleur recherché dans de riches citadelles du Moyen-Orient, c’est un pilleur de trésors, mais aussi un pirate qui vit des amours tumultueuses avec une reine-bandit le long des côtes, un homme sombre aux bizarres accès de mélancolie et à la sauvagerie sans pareille au combat. Les femmes se jettent à ses pieds ou s’offrent à lui, elles sont soit des trophées, soit des comparses de pillage, elles aussi sans pitié… Aussi, pour vous permettre de connaître un peu mieux cet univers, vais-je développer sur l’Âge Hyborien.

  • L’univers de Conan

L’auteur de Conan, Robert E. Howard (1906-1936), souhaitait écrire des fictions historiques, mais publie dans le magazine Weird Tales des nouvelles qu’il situe dans un âge spécifique, inventé par lui. Cet Âge Hyborien s’étend en effet de l’après-chute de l’Atlantide à l’aube des civilisations que nous connaissions (Sumer, l’Égypte, la Grèce antique). À cet époque, le monde méditerranéen est partagé entre différentes cultures: l’Aquilonie qui n’est pas sans rappeler la Rome antique, la Stygie inspirée de l’Égypte, dont les dieux malfaisants s’incarnant sous la forme de serpents, cités de voleurs et mers sillonnées par des bandes de pirates du pays de Shem… C’est tout un univers exotique et coloré qui grouille sous les yeux ébahis du lecteur, sublimé par les illustrations de Mark Schultz.

Conan, un grand gars musculeux aux cheveux noirs et aux yeux d’acier, au mouvement aussi félin que brutal, vient de contrées nordiques: la Cimmérie qui n’a rien à voir avec la Cimmérie historique (Asie mineure, Moyen-Orient), mais ferait des peuplades cimmériennes sises dans ce qui deviendra l’Irlande, des descendants des Atlantes et les ancêtres de certaines civilisations celtes. Face aux raffinements des peuplades du Sud, Conan fait figure de Barbare, de sauvage… ce qui lui vaut un fort capital sympathie auprès des lecteurs. Car contrairement aux prêtres corrompus par la richesse et le pouvoir, enclins aux complots et aux pactes avec des puissances maléfiques, il incarne un idéal d’homme plus primitif, certes, mais authentique et sans faux semblant.

En effet, plutôt que d’atermoyer et de vous la faire à l’envers, Conan ne fera pas de chichi: il préfèrera vous massacrer à coup d’épée, vous donner un bon coup de point en pleine figure, ou vous jeter dans une fosse à purin pour se venger d’un coup pendable… C’est d’ailleurs ce qui arrive à une prostituée qui a eu le malheur de dénoncer Conan, alors recherché, aux autorités de la cité dans La Maison aux Trois Bandits: celui-ci, échappé de son cachot, retourne au logis de la dame, la prend sous son bras et depuis une corniche du bâtiment, la jette dans le fumier. Et il s’en va, poursuivi par les vociférations de la dame plongée dans le crottin jusqu’au cou. J’ai une image mentale très nette de l’ambiance et des bruits qui ne manque jamais de me faire sourire. Avouez qu’on ne peut pas faire plus franc du collier! 🙂 Bref, comme le répondait le héros de cette saga dans la magistrale adaptation cinématographique de John Milius quand on lui demandait quelles étaient les meilleures choses dans la vie: « Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes. »

En parlant des femmes, la nouvelle La Fille du Géant de Gel où il se lance à la poursuite d’une femme qu’il désire, juste comme ça, parce qu’il a envie d’elle, ferait hérisser les cheveux de toutes les filles du XXIe siècle. Ceci dit, si notre Conan est loin d’être un féministe, ce n’est pas qu’une brutasse qui soumet les donzelles à sa volonté, celles-ci, viennent en général vers lui de leur plein grès, attirées par sa force et sa prestance, contrastant avec le côté faux-jeton et comploteur des hommes qui les entourent (après, je vous avoue que je ne fantasme pas spécialement sur ce bon Conan). Il peut aussi bien s’agir de jeunes femmes inexpérimentées que de guerrières bien bad-ass qui voient en lui un compagnon de beuverie et de combat en plus d’un amant, à l’exemple de la reine-pirate Bêlit dans La Reine de la Côte Noire.

Avec Conan, le visiteur voyage à travers le monde, et vit ses aventures. C’est que notre héros a une vie bien chargée: pirate et voleur, il se bat contre des rivaux ou des monstres gardant des trésors, échappant au piège de plantes empoisonnées ou de bâtiments aux murs mouvants, il sillonne les mers, combat des prêtres maléfiques… et il devient également roi d’Aquilonie et doit faire face à des comploteurs dans son propre palais. Ce train de vie a de quoi susciter l’envie et agacer, notre personnage faisant tout ce qu’il veut, mais j’ai l’impression que cela va bien au-delà.

Car s’il est une chose qui m’a captivée dans ces récits d’aventures est leur dimension sombre, tout comme celle de leur héros, qui m’ont contre toute attente amenée à réfléchir: Conan n’est pas un rigolard comme dans le film des années 1980. La mélancolie le saisit souvent au cours de ses péripéties. En effet, Conan vient d’un territoire nordique où la dureté de caractère répond à celle de l’environnement – froid, venteux, sauvage – et où même les dieux ne sont d’aucun secours aux hommes. Dans certains passages des aventures de Conan, il est question de ces divinités sans bonté aucune qui ne sont là que pour tourmenter les hommes et se rire d’eux, et il est inutile de les prier. Il n’y a donc pour le protagoniste principal aucun espoir auquel se raccrocher dans ce monde hostile et violent, où l’on peut à tout instant se faire tuer. Et c’est sans doute ce qui a séduit la cynique amère qui refait régulièrement surface en moi suite à des années d’échecs divers – et qui m’a peut-être fait interpréter la chose de cette manière: la vie mouvementée de Conan, que l’ont pourrait envier, part dans tous les sens et n’en a finalement aucun. Il est juste là où le vent et les opportunités le portent, sans songer au futur. Et c’est peut-être ce qui rend chacun de ses moments si précieux, et qui pousse Conan à vivre à fond. Et également ce qui peut le rendre admirable aux yeux des lecteurs Quant à savoir si Robert E Howard y a songé en écrivant ces pages merveilleuses et captivantes… c’est une tout autre histoire! 🙂

  • Conclusion – Une œuvre à la postérité démente

Howard a publié les aventures de Conan dans le magazine pulp Weird Tales, comme Lovecraft. C’est d’ailleurs considéré comme faisant partie des œuvres fantasy les plus « viriles »! Pour tout vous dire, c’est mon patron (un geek patenté avec un mini-Tardis et des figurines de daleks sur son bureau) en Angleterre qui m’a envoyé le lien vers un article sur le sujet, après m’avoir vu arriver au boulot avec Conan le Cimmérien sous le bras! Je le revois, excité comme un gamin: « Awww Conan! That’s fantastic! » 😂 Il faut bien dire qu’il y en a du velu bagarreur et vénal, là-dedans, ce qui, à mon sens, n’empêche pas un lectorat féminin d’apprécier ces histoires!

Le succès des aventures de Conan est tel que d’autres romans et nouvelles, ainsi que des BDs le mettant en scène, sont écrits et publiés bien après la mort d’Howard. On doit à cet auteur la création d’un univers foisonnant et d’autres personnages tels que Kull dans le monde pré-Hyborien avant la chute de l’Atlantide, Salomon Kane, prêtre puritain vengeur du XVIe siècle, ou la guerrière Sonia la Rouge, une mystérieuse guerrière du XVIe siècle qui aide à défendre Vienne contre les troupes de Soliman, qui a inspiré le personnage de Red Sonja devenue dans les années 1970 une héroïne évoluant dans l’Âge Hyborien, mais aussi l’héroïne du film Kalidor incarnée par Brigitte Nielsen dans les années 1980.

Si je ne suis pas une grande violente, je suis une rageuse (pas Scorpion pour que dalle! 😉 ) qui apprécie autant la beauté que la noirceur de l’Âge Hyborien, ces batailles menées par Conan qui à défaut de faire confiance à ses dieux décidément pas très fiables, peut compter sur ses propres ressources. Si les situations et l’apparente décontraction du héros peuvent souvent faire sourire, je perçois une ambiance crépusculaire et nihiliste, où l’on se bat pour attaquer le premier, acquérir plus d’or et de pouvoir, et briser ce qui risque de nous briser, en prenant du bon temps au passage. Et ça ne va pas plus loin que ça. Finalement Howard a peut-être bien décrit les affres de la vie humaine à travers son œuvre de fantasy survitaminée. En tout cas, à moi qui ne suis pas à la base une grande amatrice de fantasy, ce volume m’a donné très envie de poursuivre ma découverte des héros d’Howard, ce que je ferai dès que j’aurai le cerveau plus libre.

Et vous alors, avez-vous déjà lu les nouvelles ou les comics relatant les aventures de Conan?… J’espère en tout cas avoir piqué votre curiosité et vous avoir donné envie de les découvrir, ça et la collection dédiée aux éditions Bragelonne qui il y a quelques années a re-publié l’intégrale des nouvelles d’Howard. Sur ce, je vous souhaite bonne lecture, et vous dis à bientôt pour d’autres livres vitaminés comme celui-ci.

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: Naturellement, le « Thé du guerrier cimmérien », dont la recette, inspirée des aventures de Conan, est disponible dans Gastronogeek! Et si vous n’avez pas le courage de vous lancer dans la « fabrication de potion », je vous conseille un thé géorgien très sombre, dont les arômes terreux et primitifs rappellent le Tuocha.

Titre: Conan le Cimmérien
Auteurs: Robert E. Howard
Editions: Bragelonne
Collection: Fantasy
574 p.
Parution: Avril 2008
Prix: 25,00 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

9 réflexions au sujet de « Une fantasy brute et sans fard – Conan le Cimmérien (Robert E. Howard) »

  1. livre à recommander, l’ensemble des héros créés par lui que ce soit de Kull ou encore Solomon Kane sont vraiment très plaisant pour une immersion complète dans son monde et son style. En plus cette version par Bragelonne est une vraie pépite c’est agréable à lire ou relire , vraiment à recommander ( même si les films avec Schwarzie ont marqué leur temps ils ne montraient qu’une toute petite facette du personnage , qui est plus exploitée dans les romans ou même les comic books)

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    1. Oooooooh! Coucou Pimpf, ça faisait longtemps! 🙂 Je suis ravie que ma chronique des aventures de Conan fasse l’objet de tant de commentaires, je ne m’y attendais pas. 🙂
      C’est vrai que c’est absolument plaisant et que la personnalité du héros est assez sympathique. Je n’ai pas encore vu les comics books, mais dès que je pourrai, je me lancerai! 🙂

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  2. Alors je dois avouer que je vois depuis toujours, dès que j’entends le nom Conan le Barbare, Conan le Cimérien, la tête neuneu de Schwarzi. Mais à lire ton avis, là je suis sur le popotin. Eh oui, je viens de découvrir qu’en fait c’est peut-être pas mal du tout Conan, pas si concon. Donc je vais m’empresser d’aller le noter, vite vite.

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    1. Hahaha! 🙂
      Pourtant, même si Schwarzi a bien l’air un peu neuneu, le film est considéré comme un chef d’œuvre du cinéma de fantasy (« Conan le Barbare », hein, pas sa suite « Le Destructeur »! 😉 ) – ambiance assez sombre et épique, B.O. de Basil Polédouris, image soignée et décors monumentaux. Après je ne connais pas ton âge, mais quand j’étais gamine, il y avait le dessin animé « Conan l’Aventurier » très librement inspiré des aventures du Cimmérien. 🙂
      Ceci dit, je suis ravie si cette chronique a pu te donner envie d’y regarder d’un peu plus près. Surtout venant de moi qui ne suis pas fan de fantasy à la base! 🙂 (Sauf la fantasy arthurienne!). Très bonne soirée à toi!

      J'aime

      1. Après, c’est je l’avoue des préjugés de ma part, je suis restée sur l’image kistchouille que renvoit Conan sans aller plus loin, alors que j’ai déjà entendu dire que le film est une pierre angulaire du cinéma de fantasy. Donc je résume. Je vais lire le livre ET voir le film. Merci pour toutes ces précisions utiles ! 🙂

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  3. J’ai eu l’occasion d’écouter en livre audio, les aventures de Conan et j’avoue que l’univers me tente bien.
    J’adore aussi la vision de l’auteur!
    Bisous à toi et à plus sur nos blogs respectifs!

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    1. C’est vrai que pour moi qui ai du mal avec la fantasy (je n’aime pas « Le Seigneur des Anneaux »), je trouve qu’il y a en général trop de lourdeur dans le style, les univers se ressemblent trop souvent…
      Là avec Conan il y a de l’aventure, de l’action, des environnements superbes et très différents les uns des autres, une dimension sombre! 🙂 C’est ce genre de fantasy qui me va! 😉
      Bonne soirée à toi!

      Aimé par 1 personne

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