Semaine « Parade des Monstres » – Le Fantôme de l’Opéra (Arthur Lubin, 1943)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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L’une des affiches du film – Source: Imdb.com

Je vais clore cette semaine « Parade des Monstres » avec l’une de mes histoires favorites. J’ai nommé: Le Fantôme de l’Opéra. J’ai aimé le roman lorsque je l’ai lu il y a à peu près quinze ans et c’est l’un des très rares livres à m’avoir faite pleurer.

J’en ai vu plusieurs adaptations, dont celle de Terrence Fisher produite par la Hammer dans les années 1960, celle de Joel Schumacher adaptée de la comédie musicale d’Andrew Lloyd Weber dont je connais la plupart des chansons par cœur, et même Phantom of the Paradise de de Palma. Aussi ai-je décidé de dédier une chronique au film d’Arthur Lubin, un classique des années 1940… filmé en couleurs cette fois-ci!

  • Le pitch

Nous sommes à Paris au XIXe siècle. Éric Claudin (Claude Rains) est violoniste à l’Opéra depuis plus de vingt ans, et commence à perdre l’usage des doigts du côté gauche, ce qui affecte sa façon de jouer. Il est congédié par le directeur de l’Opéra, qui pense que celui-ci a assez d’argent de côté pour passer une retraite paisible. Ce qui serait le cas si Claudin n’avait pas financé anonymement les cours de chant d’une très jeune et prometteuse soprano, Christine Dubois (Susanna Foster), dont il est tombé amoureux, qui pour le moment ne fait que la doublure de la détestable diva Biancarolli (Jane Farrar).

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Le Fantôme et Christine dans les sous-sols de l’Opéra – Source: Wikipedia

Pour continuer à soutenir sa protégée, il reprend ses partitions et décide de soumettre un concerto composé par ses soins à l’éditeur musical Pleyel et Desjardins. Ne recevant pas de réponse et ayant un besoin pressant d’argent pour la formation de mademoiselle Dubois, Claudin décide de se rendre dans leurs bureaux pour s’enquérir de l’avancement de son projet. Il est sans ménagement rejeté par Maurice Pleyel. Mais le musicien entend son morceau joué dans une pièce voisine. Il ignore qu’il s’agit du grand compositeur Liszt en personne qui loue la beauté de l’œuvre. Au lieu de cela il imagine que l’éditeur tente de lui voler son morceau. Fou de rage, Claudin retourne dans le bureau de celui-ci et se jette sur lui pour l’étrangler. Alors qu’il abandonne son corps sans vie, l’assistante de Pleyel, effrayée, lui jette de l’acide en plein visage. Gravement blessé, Claudin s’enfuit.

Recherché pour meurtre, il dissimule ses traits défigurés derrière un masque et se réfugie dans les sous-sols de l’Opéra. Dans l’ombre, il fait tout pour s’assurer que Christine Dubois aie la carrière qu’elle mérite. Inconsciente que quelqu’un veille sur elle, celle-ci mène une vie insouciante, entre le baryton Anatole Garron (Nelson Eddy) et l’inspecteur de police Raoul Dubert (Edgar Barrier) qui se disputent ses faveurs…

  • Divertissement au détriment de l’horreur
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Claude Rains dans le rôle-titre – Source: Classic Monsters

Les studios Universal avaient déjà produit une adaptation muette du Fantôme de l’Opéra en 1925. Cette première version, réalisée par Rupert Julian, avec Lon Chaney (père de l’acteur Lon Chaney Jr. que l’on retrouve dans le rôle principal du Loup-Garou) qui avait créé son propre maquillage et campait un Fantôme absolument terrifiant. L’image mettait fortement l’accent sur sa grande laideur. Il était question d’en faire un remake dès les années 30, mais c’est en 1943 que sort la nouvelle version, parlante et en couleurs, tournée dans les mêmes décors que le film de 1925.

Le Fantôme de l’Opéra prend de grandes libertés avec le roman de Gaston Leroux. En effet, le malheureux « monstre » du livre est laid de naissance, et ne doit pas son visage défiguré à un quelconque accident comme dans plusieurs adaptations – le film que nous présentons ici ou encore Phantom of the Paradise. Dans le roman, le Fantôme, de son prénom Erik, est effectivement amoureux de Christine, d’un amour qui idéalise la jeune fille – un brin neuneu, mais en réalité consciente de son charme, et assez moderne dans ses choix, mais je ne peux vous en dire plus à ce sujet sans trop vous en révéler!

C’est cet aspect de la relation entre cet étrange protecteur et sa protégée qui est mis en avant dans le film: Claudin est tout d’abord dépeint comme un musicien qui prend de l’âge, inoffensif, à la fois un peu ridicule mais aussi assez attachant, et intimidé lorsqu’il croise la jolie Christine à l’Opéra. Mais c’est également cet amour irraisonné pour cette jeune fille qui va susciter sa folie, car c’est pour elle et son avenir qu’il tente de faire publier ses partition… jusqu’à tuer une autre chanteuse d’Opéra. Sans doute fallait-il, pour susciter la compassion du spectateur, ne pas faire d’Éric Claudin un monstre complet et expliquer ses actes par une cause plus noble qu’une revanche sur un monde qui l’a rejeté, à savoir l’amour de Christine. La violence originelle du récit est donc édulcorée, mais l’on voit véritablement un monstre se créer suite à un monumental pétage de plombs. À ce titre, la performance de Claude Rains (vu – du moins en quelque sorte – dans L’Homme invisible et dans Le Loup-Garou) est assez crédible.

Christine entourée de ses prétendants – Source: Blu-Ray.com

Si dans le roman de Gaston Leroux, le triangle amoureux consiste en Christine Daaé, son bel ami d’enfance Raoul de Chagny et Erik le Fantôme, ici le rôle du Fantôme dans la vie sentimentale de sa protégée est plus que réduit. Car la belle ne peut guère se préoccuper de lui, puisqu’elle a déjà deux prétendants à forte présence: Anatole Garron, le baryton qu’elle voit tous les jours et avec qui elle monte sur scène, et Raoul Dubert, ami d’enfance de la jeune fille et inspecteur de police en charge de l’enquête sur les meurtres perpétrés par le Fantôme. Cette rivalité entre les deux homme suscite d’ailleurs un véritable comique de situation, lorsqu’à l’écran les deux messieurs jouent à « qui-pisse-le-plus-loin » pour les beaux yeux de Christine. Ils sont d’ailleurs tout deux très investis dans la protection de leur béguin, n’hésitant pas à faire front uni lorsque le danger se rapproche de trop, le tout évoluant vers une véritable amitié entre eux (la scène finale est à ce titre assez amusante!).

L’une des images les plus mythiques du film… – Source: Classic Monsters

Si le luxe et le somptueux sont de mise dans le roman de Gaston Leroux, cela n’empêche pas la menace de planer. En effet, dès le début de l’histoire, on sent le danger planer dans les couloirs et les sous-sols de l’Opéra. Il en ressort une sensation d’enfermement, d’autant plus que la communauté des artistes semble vivre en vase clos. Le Fantôme de l’Opéra d’Arthur Lubin crée lui aussi cette sensation d’huis clos, car très peu de scènes se jouent hors de l’Opéra. La seule scène véritablement violente est celle du meurtre de Pleyel par Eric Claudin, mais par la suite, la violence sera plus suggérée. Le meurtre de la Biancarolli et de sa servante n’est pas montré, et les seules scènes véritablement inquiétantes ont lieu dans le dernier tiers du film: qu’il s’agisse de l’ombre masquée errant dans les coulisses, de ces plans où le Fantôme entraine Christine dans les coulisses lors d’une représentation – elle paraît toute petite, écrasée par le décor monumental des machineries et des toiles de fond.

La production met ainsi l’accent sur le spectaculaire, offrant de grandes séquences musicales aux décors chatoyants mis en valeur par le Technicolor: un opéra mettant sur Jeanne d’Arc en ouverture du film, la performance de Christine et Anatole sur scène en robe et uniforme empire, ou encore une autre production sur Tamerlan aux décors et costumes exotiques… Ainsi, le côté opéra est peut-être ce qu’il y a de plus visible à l’écran, avec une certaine légèreté qui n’était pas de mise dans les films précédemment traités.

  • Conclusion – Film de monstre, vraiment?…

Je voulais clore avec ce film, car il est, dans la forme comme dans le fond, très différent des autres films issus de la « parade des monstres » de chez Universal. Tout d’abord, il est tourné en couleur, et son image a le chatoiement caractéristique de certaines œuvres cinématographiques des années 1940 – je pense aux couleurs vives et chaudes du Livre de la Jungle ou d’Autant en emporte le vent. Ensuite, contrairement aux autres… il n’est pas « fantastique » à proprement parler. Il aurait pourtant intéressant, quitte à prendre des libertés, d’ajouter une dimension fantastique à l’œuvre de Gaston Leroux. Mais en l’occurence s’il est une chose qui ressort du film Arthur Lubin, tout comme de L’Homme invisible dont nous avons parlé ce mercredi, est que la monstruosité est aussi psychologique, parfois suscitée par une grande souffrance. Pas que j’excuse les actes violents du personnage, et des criminels en général, mais à l’écran, on ne peut se départir d’une certaine compassion envers ce pauvre Claudin qui n’avait pas grand-chose dans sa vie, à part la musique et le vague espoir de voir Christine réussir.

Si Le Fantôme de l’Opéra privilégie le divertissement, il n’en a pas moins été un succès au moment de sa sortie, au point d’être plus connu que le film de 1925 (que je vais me faire un devoir de visionner!). Pour ma part, même s’il fait des écarts et n’a pas la profondeur du roman originel, j’apprécie énormément ce cette image haute en couleurs, certes pas très raffinée mais correspondant un peu à l’idée que l’on se fait de personnalité des divas – du clinquant, du bruit, du doré, de l’extravagance… Aujourd’hui, les spectatrices déplorent souvent le manque de profondeur des personnages masculins. On pourrait croire que c’est le cas ici… Or, l’héroïne se révèle, en toute fin de film et contre toute attente, avoir du caractère et faire des choix osés pour l’époque… J’espère que cette chronique vous aura donné envie d’en savoir plus sur ce film, et pourquoi pas, de découvrir le roman.

Je vous laisse donc avec ces vieux films pleins de charme et vous dis à bientôt sur le blog avec de nouvelles chroniques… et pourquoi pas de nouvelles créations? 😉

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Le Fantôme de l’Opéra
Année de sortie: 1943
Réalisation: Arthur Lubin
Origine: États-Unis
Durée: 1h35
Distribution: Claude Rains, Susanna Foster, Nelson Eddy, Edgar Barrier…

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de “Semaine « Parade des Monstres » – Le Fantôme de l’Opéra (Arthur Lubin, 1943)”

  1. J’ai enfin un lecteur Blu Ray qui fonctionne et j’ai pu voir le film.
    La performance est très bonne je trouve. Il est effectivement plus dans la folie proche du thriller que du monstre proprement parlé.
    Je ferai une chronique et te citerait quand j’aurai fini le coffret.
    J’adore aussi Le fantôme de l’opéra, je me le relirai bien et j’aime beaucoup Phantom of Paradise.
    J’aimerai voir la version avec Lon Chaney.

    Aimé par 1 personne

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