« Le cupcake ne sera à personne! » – Prime Time (Jay Martel)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

51snlxx-ymlMe revoici avec – enfin! – une vraie chronique livre sur le blog, et pas un petit appât pour vous faire patienter en attendant autre chose! Cela  me manquait un brin, les p’tits loups. Mais miracle, j’ai réussi pour la première fois depuis un moment à finir un roman en moins de deux semaine! Youhouh!

Je l’avais mentionné dans quelques bilans et divers posts, mais le voilà: j’ai achevé ce week-end la lecture de Prime Time de Jay Martel, un opus parodique de science-fiction dont la couverture au design vintage m’avait au moins autant attirée que son résumé. Je l’avais dégoté par hasard lors d’un petit tour à l’espace culturel non-loin de chez mes parents, alors que je recherchais quelque divertissement…

Et je peux vous dire que j’ai été grandement servie avec cet ouvrage! Je vous embarque tout de suite pour un voyage rocambolesque avec un scénariste raté et une belle extraterrestre…

  • Sauver le monde

Los Angeles, de nos jours. Perry Bunt est un scénariste raté, obligé d’enseigner l’écriture à des tocards dans un College de seconde zone pour payer le loyer de son appartement miteux. Les seuls plaisirs de sa morne existence: sa masturbation du soir, et Amanda Mundo, sa plus jolie étudiante et la seule vraiment rafraichissante au milieu de toute cette médiocrité. Il parle souvent avec elle de ses projets créatifs, mais n’ose l’inviter à boire un café avec lui. Il trouve cependant une occasion inespérée de le faire le jour où la jeune femme oublie sa veste dans la salle de cours. Pour la lui rapporter, il suit Amanda jusque sur son lieu de travail… Galaxy Entertainment.

Il découvre alors que sa belle élève vient d’une autre planète, et que la Terre n’est en fait qu’une émission de télé-réalité destinée à divertir le reste de la galaxie. Or il y a un petit problème: l’audience du show est en baisse et la chaîne peine à ressusciter l’intérêt des spectateurs. Seule solution: terminer en beauté avec la fin du monde. Ce qu’Amanda ne souhaite pas, car elle s’est battue pour son poste de productrice sur Terre, et elle risquerait de voir sa carrière décliner. Elle fait donc appel à Perry, afin que celui-ci ponde un scénario d’émission pour sauver la Terre. Il se peut cependant que Perry Bunt ait un peu exagéré la force de son imagination pour épater la belle alien… Entre situations rocambolesques, bagarres, course-poursuite, l’aventure ne fait que commencer pour notre scénariste à la traine!

  • Une critique décapante du milieu du divertissement

Producteur et auteur (il a notamment travaillé avec le duo comique américain Key and Peele – dont je vous recommande quelques sketches vraiment hilarants!), Jay Martel semble bien connaître son affaire. Il pousse jusqu’au bout, soit jusqu’à l’absurde les principes de cette industrie en tirant à boulets rouges sur ses plus gros défauts: la médiocrité ambiante, l’exploitation des plus bas instincts de l’humanité, cynisme des producteurs, « scénarisation » d’une pseudo-réalité…

Ce n’est donc pas pour rien que son protagoniste principal, Perry, après avoir tenté de travailler dans le divertissement, n’a pas persévéré tant il trouve ce registre ordurier. Il est vrai que sans pousser sur le show à l’Américaine, depuis quelques années nous voyons en France fleurir pléthore de télés-réalités d’un goût souvent douteux, et – je déteste porter ce genre de jugement mais je ne vois pas d’autre mot – d’une bêtise assez ahurissante, et aux postulats de départ dont l’éthique et les objectifs me posent question. On joue avec des gens, merde! Bref, même créé par des extraterrestres plus « évolués » c’est une débauche de méchanceté, de sadisme, de condescendance et de médiocrité, saupoudré d’une bonne dose de bas instincts humains. Et c’est à se demander si les productions elles-mêmes ne mépriseraient pas leur sujet comme leur audience…

  • Les Édénites

La réponse est la suivante dans l’histoire: OUI pour le sujet, non pour l’audience. Montrer des conneries quand on pense son public complètement con est certes méprisant, mais cela a sa logique. Mais dans le cas des Édénites, ces humains plus « évolués » qui portent des noms américains et qui vivent sur la planète Eden à l’autre bout de la galaxie, c’est une autre paire de manches. Eh bien oui, leur modèle de société est basé sur le divertissement, et il est très prestigieux de faire carrière dedans en tant que producteur. Pour tout vous dire, ces gens se divertissent aux dépens des peuplades moins « évoluées » de la galaxie, les PF ou « produits de la fornication ».

Car les Édénites ne forniquent pas. Les Edénites ont gommé en eux tout ce qui rappelait leur animalité: ils passent par des programmateurs génétiques pour éviter tout agencement aléatoire d’ADN et engendrer des enfants parfaits (ainsi tout le monde est beau sur Eden), ils ne défèquent pas par l’anus, ne sont plus agressifs, ne se bagarrent jamais et ne font plus la guerre. Leur degré de raffinement est tel qu’ils ne peuvent plus se divertir avec des fictions, écrites ou jouées, il leur faut du VRAI. D’où la création de plusieurs « prograplanètes » dans la galaxie, où ils suivent les déboires d’habitants d’autres mondes qu’ils considèrent comme inférieur. Ils ont une prédilection particulière pour l’Amérique du Nord où, disent-ils, tout est plus grand, plus gros, plus exacerbé. C’est d’un cynisme redoutable, et ce d’autant plus qu’ils en RIENT. Les guerres, les petites manies des individus… Si parfois ils pointent effectivement du doigt quelque chose de pertinent, ils prennent tout de même ça à la rigolade et ont de purs fou-rires en regardant des individus se faire humilier, tabasser, massacrer… Comme si tout cela n’était qu’un jeu.

Cela se retrouve dans nos télés-réalités: pas que je les suive, mais j’ai déjà vu des zappings avec des nanas d’une vulgarité navrante qui se bastonnent ou se posent la question du nombre de lunes autour de la terre, des gars avec un électroencéphalogramme aussi plat qu’un relief belge qui discutent du sens de la vie en essayant de placer des mots qu’ils ne comprennent pas… Au fond, est-ce que les gens qui produisent ces émissions et ceux qui les regardent, ne prennent pas un plaisir malsain à se foutre de la gueule de gens pas très malins pour se sentir supérieurs?… Il y a de quoi se triturer les méninges et à se demander à quel point ces shows sont cruels. Ceci est certes effrayant mais l’intérêt du livre est que, même si cela donne à réfléchir, ceci est également l’occasion de situations savoureuses…

  • Choc des cultures et situations absurdes

En découvrant ce show à destination des extraterrestres, Perry Bunt découvre une civilisation humaine, familière de par les noms que les individus portent (je suis d’ailleurs étonnée que le personnage ne se soit pas fait la réflexion) et de par la structure de leur industrie du divertissement, de par leurs grands shows avec musique et best-of, mais diamétralement opposée à l’humanité terrienne. Ce choc culturel est un ressort comique non-négligeable.

Je parlais de cette animalité qu’ils ont rejetée au point de vivre sans sexe et sans bisou (AH LES FOUS! 😱), mais il s’agit surtout de leur mépris non-dissimulé pour les Terriens. Car il est visible dans chaque conversation que Perry a avec Amanda ou ses collègues Nick Pythagore et Elvis Presley (oui, oui, vous avez bien lu), que ceux-ci méprisent clairement leur interlocuteur. Ils rient de tout ce qu’il peut dire, comme on s’amuserait d’un chien savant. C’est assez triste, mais il est impossible de ne pas se moquer de ces gens si parfait qui s’ennuient à tel point qu’ils n’ont plus d’autre choix que de regarder les autres vivre pour ressentir quelque chose. La naïveté de leurs remarques, les imbécilités qu’ils profèrent sous couvert de supériorité, sans se dire qu’ils blessent ou offensent… Le lecteur ne peut, malgré son irritation, s’empêcher de sourire face à tant d’énormités, et face aux répliques bien senties de Perry à leur encontre.

Car ce personnage un peu loser sur les bords, même selon les critères terriens, participe lui aussi au ressort comique de l’histoire. Déjà lycéen, il n’était pas très populaire et son bulletin littéraire n’intéressait personne. Outre une carrière ratée, il doit tous les jours se coltiner des élèves pas malins qui se prennent pour de futurs Tarentino (ce qui m’amuse d’autant plus que ce n’est pas un réalisateur que j’apprécie…), et sa vie intime est pour ainsi dire inexistante. Il  commence à pâtir du temps qui passe et son agent ne l’appelle plus, quand bien même il espère rebondir par la force de son imagination… Seulement, comme l’explique un passage BRILLANT sur l’écriture en début de roman, avoir une idée et la coucher sur papier sont deux choses différentes. Et ce qui pourrait en partie expliquer l’échec de Perry, c’est que le pauvre garçon n’est pas très motivé dès lors qu’il s’agit d’écrire. Un comble pour un scénariste, qui préfère rêver sa vie que de parler franchement à Amanda.

Ce protagoniste a certes sa part de ridicule, mais son regard désabusé sur le monde et ses remarques acerbes, ainsi que des souvenirs de jeunesse m’ont provoqué de vrais fous-rires. Au fond je suis persuadée qu’à un moment de notre vie nous avons eu la même sensation d’échec complet de notre existence et de la profonde injustice de ce monde ou des connards réussissent tout mieux (je suis experte en la matière! 😂). Il est donc possible de s’identifier à lui, à ce sentiment d’avoir tout foiré et de ne plus avoir envie de s’impliquer avec une humanité qui ne fait pas grand cas de sa personne. Cependant, et c’est particulièrement réjouissant, c’est grâce au mépris affiché par les Édénites et à leurs coups pendables que ce loser démissionnaire va vivre des aventures dignes d’un grand film d’action, en somme un de ces scénar’ qu’il n’a jamais pu écrire: entouré d’une galerie de personnages secondaires hauts en couleurs comme le jeune producteur édénite de 9 ans Nick Pythagore, de Marty qui tente de reprendre l’émission de la Terre, du SDF terrien Ralph plus tard dit « frère Ralph » ou encore de sa caricature de beau gosse bobo de voisin impliqué dans les bonnes œuvres pour sauver le monde Noah… notre Perry va se retrouver sur la Lune, se confronter aux grands de ce monde, fonder sans le vouloir un nouveau courant philosophico-religieux (avec pour credo « Le cupcake ne sera à personne! »), devenir à son corps défendant la plus grande star de la galaxie, et rencontrer DIEU! 😉 Mais je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte!

  • Conclusion – Un livre drôle, absurde et pas si bête

Que vous dire si ce n’est que j’ai ADORÉ ce récit à l’humour caustique. J’ai beaucoup aimé découvrir les ressources de Perry, un bon gars un peu foireux qui éveille finalement la sympathie tant il se débat dans des événements qui le dépasse, et de par sa révolte face aux méprisants Édénites qui décident de zigouiller tout le monde sous prétexte qu’ils s’ennuient. Finalement, ce schéma assez éprouvé de « zéro qui devient un héros », se révèle diablement efficace dans cette intrigue rythmée et pleine de rebondissements (un peu à la South Park, pour vous donner une idée – certains trouvent cette série stupide, mais pour ma part je suis très attachée à cette satire qui se penche sur chaque phénomène de mode ou de société), où chaque petit élément nouveau prend des proportions gigantesques. Cette satire sociale sur fond de S.F., cette cascade d’événements, saupoudrée de quelques personnages secondaires complètement perchés, a beaucoup fait travailler mes zygomatiques… Je ne peux que vous le recommander si vous avez l’humour aussi noir que le mien! 😉

Le mérite de Prime Time tient à sa critique du monde du divertissement, sans pour autant se moquer de ceux qui en sont le sujet (ce qui est dur au vu des zappings que j’évoquais plus haut): il placarde surtout le manque de scrupule et d’empathie de ceux qui les créent, ainsi que la course à l’audience quitte à faire – osons le dire – de la merde en barre. Le message passe bien, sans être trop moralisateur car Jay Martel se moque de TOUT et de TOUT LE MONDE. Sa plume est enlevée et drôle, avec certaines scènes qui m’ont vraiment amusée, tout en me faisant réfléchir à ce que l’on nous sert régulièrement à la télévision, mais aussi au triste état de ce monde. Aussi, je croise les doigts pour que nous ne poussions pas le vice dans les mêmes proportions que les Édénites (et pour que nous n’arrêtions de nous embrasser et de « forniquer »). Ey vous, avez-vous lu Prime Time? Qu’en avez-vous pensé?

Aussi j’espère vous avoir donné envie de découvrir ce livre qui m’a ravie! Je vous retrouve vendredi matin (la chronique sera mise en ligne tôt pour ceux d’entre vous qui font un tour sur la blogo avant le boulot ou les cours!) pour une courte chronique dédiée à un petit ouvrage d’horreur très vite achevé et très distrayant!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Prime Time
Auteurs: Jay Martel
Editions: 10/18
480 p.
Parution: Juillet 2016
Prix: 8,40 €

Publicités

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

9 réflexions au sujet de “« Le cupcake ne sera à personne! » – Prime Time (Jay Martel)”

  1. La couverture est top! j’adore… Excellente chronique vraiment. Je ne suis pas adepte de la SF mais j’ai aimé la façon dont tu en parles et en plus c’est drôle. Je note. Belle journée Blanche!

    Aimé par 1 personne

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s