Un grand classique fantastique – Dracula (Tod Browning, 1931)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

dracula_movie_poster_style_fRessortez les capes noires et les dents pointues! Non, non, ce n’est pas Halloween, mais l’un des plus grands mythes de la littérature s’invite à nouveau sur le blog, à savoir celui de Dracula, cet aristocrate valache devenu vampire sous la plume de Bram Stocker à la fin du XIXe siècle! Non pas avec un livre, mais cette fois-ci avec un film, l’une de ses premières adaptations vraiment culte: le Dracula de Tod Browning, sorti en 1931, avec en vedette le fameux Bela Lugosi dans le rôle-titre!

C’est que depuis la semaine thématique dédiée à Frankenstein, cela faisait un bail que je n’avais pas dédié de chronique à un si vieux coucou! Et vous en verrez quelques uns dans les semaines à venir car je viens de me faire une véritable cure de vieux fantastiques (des années 30 aux années 50) produits par les studios Universal! Nous allons donc inaugurer ce petit cycle très marqué par l’histoire du cinéma… avec du vampire!

  • La terreur venue de Transylvanie

Un certain Renfield (Dwight Frye), part conclure en Transylvanie une affaire immobilière avec le comte Dracula (Bela Lugosi). Il revient à Londres avec un penchant bizarre pour le sang de petites bêtes qu’il mange (araignées, insectes, rongeurs…), ce qui lui vaut d’être enfermé dans l’asile d’aliénés dirigé par le docteur Jack Seward (Herbert Bunston), très intéressé par son cas. Ce brillant médecin a une fille, Mina (Helen Chandler), qui mène une vie insouciante avec sa meilleure amie Lucy Weston (Frances Dade) et son soupirant Jonathan Harker (David Manners).

Les choses se corsent lorsque Dracula arrive à Londres s’installer sur sa nouvelle propriété en ruines: en effet, la jeune Lucy meurt vidée de son sang, Renfield parvient à s’évader de l’asile et Mina, après avoir été présentée au comte, affiche un comportement des plus étranges, au grand dam de Jonathan. Dès lors, le docteur Seward fait appel au professeur Van Helsing (Edward von Sloan) pour sauver sa fille des griffes du monstre…

  • Les prémisses du film d’horreur

Pour les amateurs de cinéma de genre, et même de cinéma tout court, ce Dracula précisément est une œuvre culte, un film de légende. Le cinéma parlant était encore récent en 1931 (Le Chanteur de Jazz, tout premier film parlant, est sorti en 1928), mais les studios Universal ont déjà fait leurs preuves à l’époque du muet avec de grands succès mettant en scène des monstres comme Quasimodo dans Notre-Dame de Paris (1923) et le macabre Fantôme de l’Opéra (1925). Ainsi la société a déjà dans les années 1920 une solide réputation de « fabrique de l’horreur ».

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Bela Lugosi en Dracula – Source: Wikipedia

Mais c’est véritablement dans les années 1930, avec le changement de direction d’Universal que s’inaugure la parade des monstres. Dracula naît dans ce contexte: adapté d’une pièce de Broadway tirée de l’œuvre de Bram Stocker, le film s’inspire également du Nosferatu (sorti en 1922) de Murnau qui avait inauguré une nouvelle esthétique vampirique avec son inquiétante créature. Étrangement, ce n’est pas tout de suite Bela Lugosi (1882-1956) qui est pressenti pour le rôle. Après plusieurs acteurs, Lon Chaney (1883-1930), acteur de longue date qui a prêté ses traits à plusieurs monstres de cinéma d’Universal, est envisagé, mais meurt avant le début du tournage.

Le succès de Dracula, sorti en 1931, remet à flot les studios après la Grande Dépression. Il fait du film d’horreur une recette rentable à un moment où le spectateur désire se divertir, et être impressionné. Universal lui en donnera donc pour son argent dans les années qui suivent…

  • Une mise en scène caractéristique

Pour apprécier pleinement Dracula, il faut cependant remettre le film dans son contexte et ne pas oublier l’époque de sa réalisation. Car il va de soi que certains éléments peuvent faire sourire un spectateur du XXIe siècle.

Tout d’abord, le jeu des acteurs n’est pas tout à fait libéré de l’influence du muet. Il reste exagéré et théâtral, les gros plans sur les visages des interprètes soulignant leurs expressions. La gestuelle reste elle aussi très prononcée, voire torturée jusque dans les scènes de baiser où les actrices devaient attraper de sacrés torticolis. En la matière, je tiens à mettre en avant deux interprètes.

Tout d’abord, Bela Lugosi imprimera de sa marque et de son aura sombre le personnage de Dracula – au point qu’à sa mort, il sera enterré enveloppé de sa cape. Outre son accent de l’Est qui en fait un Transylvanien crédible, il donne le ton aux futurs vampires de cinéma avec sa gestuelle lente et maniérée, cette longue cape derrière laquelle il se cache de la lumière, et ce regard intense. À ce sujet, celui-ci sera même souligné en braquant deux petits projecteurs (visibles à l’écran) sur les yeux de Bela Lugosi! Mais la palme revient pour moi au jeu halluciné de Dwight Frye qui interprète Renfield: il en fait littéralement des caisses pour retranscrire la folie à l’écran, entre les contorsions de son corps et de son visage, et son élocution entrecoupée de sifflements bestiaux. Il m’a vraiment rappelé un personnage de South Park, le petit Butters Stoch, dans l’épisode où il se croit changé en vampire… Les créateurs se sont peut-être inspirés de Renfield?…

Les effets spéciaux sont encore très simples et « artisanaux », si je peux me permettre l’expression. Si certains sont assez efficaces comme l’absence de reflet du vampire dans le miroir, d’autres sont plus visibles. Je pense à ces chauves-souris factices suspendues et secouées au bout de fils pour simuler leur vol. On dirait qu’on agite des jouets sous le nez des acteurs! Et je peux vous dire que mon frère, assis à côté de moi lors du visionnage, a trouvé ça très, très amusant!

  • Conclusion

Ce film donnera lieu à différentes suites centrées sur la descendance de Dracula, de qualités variables (si j’en crois ce que j’ai lu, car je ne les ai pas encore vues!), et de cross-over avec d’autres univers d’horreur célèbres de la maison Universal (créature de Frankenstein, loup-garou…). Quant à son réalisateur, Tod Browning, on lui doit, quelques années plus tard, le brillant mais dérangeant Freaks (que je vous conseille, mais peut-être pas aux plus sensibles d’entre vous).

J’espère que cette brève chronique vous aura donné envie de découvrir, ou de redécouvrir ce film ancien qui, s’il n’a pas de contenu « philosophique » sous-jascent, constitue néanmoins un classique du genre. Et si pour la plupart d’entre nous il a mal vieilli, j’y vois un divertissement de bonne facture pour son époque, au charme gentiment suranné. Et je vous laisse avec sa bande-annonce – attention, Dwight Frye y est magique! – en attendant de vous présenter de nouveaux monstres vintage! 🙂 C’est que j’aurais voulu vous parler de Zardoz de John Boorman, mais après un gros apéro en famille, j’ai piqué du nez au moment où le film devenait vraiment intéressant! Ce sera donc pour une autre fois!

En attendant, je vous dis à bientôt pour de nouvelles chroniques… et pour la fin du Sang des Wolf cette semaine!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Dracula
Année de sortie: 1931
Réalisation: Tod Browning
Origine: États-Unis
Durée: 1h15
Distribution: Bela Lugosi, Dwight Frye, Herbert Bunston, Helen Chandler, Frances Dade, David Manners, Edward von Sloan…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de “Un grand classique fantastique – Dracula (Tod Browning, 1931)”

  1. Ce film est génial et j’adore Bela Lugosi qui pour moi, reste mythique!
    (J’ai découvert son existence grâce à l’excellent Ed Wood de Tim Burton).
    Merci beaucoup de parler de films classiques :).
    Bisous à toi et à plus sur nos blogs respectifs!

    Aimé par 1 personne

    1. Il y a déjà quelques vieux classiques sur ce blog si le cœur t’en dit: Frankenstein, L’Aventure de Madame Muir, La Mouche noire, Planète interdite, Le Jour où la Terre prit feu… J’adore tous ces vieux coucous! 🙂

      Aimé par 1 personne

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