SEMAINE THÉMATIQUE: BARJAVEL – Une rose au Paradis (1981)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Nous nous retrouvons une dernière fois cette semaine pour parler de Barjavel

Je conclurai cette semaine dédiée à Barjavel avec une autre œuvre qui m’a beaucoup marquée, puisqu’elle signait mon grand retour à la lecture en terminale, après une stase due aux nombreux ouvrages imposés ingurgités en cours: Une rose au paradis (que j’avais englouti d’une traite avant de me jeter dans la foulée sur L’Orange mécanique.J’étais vraiment une ado joyeuse et saine… 😉 )

Ce dernier ouvrage avait pour moi quelque chose de fascinant, étrange et vaguement inquiétant, et m’avait beaucoup impressionnée du haut de mes dix-sept ans, quand j’étais jeune et « naïve », aussi bien pour son côté clairement érotique que pour sa terrible ambiance de fin du monde.

Je vous emmène donc avec Monsieur Gé, Henri et Lucie Jonas, participer à la création d’un nouvel Eden…

  • Une famille pour repeupler le monde

Henri Jonas et son épouse Lucie vivent tout deux dans un bunker tout confort depuis des années, une sorte d’arche où ont été mises en stase diverses espèces d’animaux et de végétaux. Le couple y élève ses deux enfants adolescents, Jim et sa sœur jumelle Jif, qui ne connaissent rien du monde d’avant la destruction. Egalement pensionnaire de l’Arche, nous retrouvons son constructeur, le richissime et mystérieux Monsieur Gé, qui l’a conçue en vue d’un conflit meurtrier et dévastateur, pour sauver quelques personnes, animaux et plantes et repeupler la Terre.

Au fur et à mesure de l’histoire, nous découvrons l’histoire de le coup de foudre entre Lucie, alors désespérée et au bord du suicide, et de son futur époux Henri, des mouvements pour la destructions prenant le contrepied de l’idéal hippie de la décennie précédente et de la Bombe U, ou « bombe universel ». Alors que le monde était au bord de la destruction, Monsieur Gé a commandé l’explosion de toutes les bombes U du monde, avant que celles-ci ne soient trop nombreuses, causant d’immenses dégâts. Et c’est Henri et Lucie, enceinte à ce moment-là, qu’il a choisis pour être sauvés de cette catastrophe et reconstruire le monde. Mais alors que ceux-ci devaient rester sagement dans leur Arche pendant vingt ans, des tensions éclatent tandis que l’abri souffre d’étranges dysfonctionnements…

  • Sauver la vie?

Nous retrouvons dans cet ouvrage un personnage récurrent de l’univers barjavélien, à savoir l’énigmatique Monsieur Gé, déjà apparu dans Le Diable l’emporte, et Colomb de la Lune, moins connu. Plus qu’un véritable être, il est une idée, un concept. On ne sait jamais rien de lui – ses origines, son parcours – et il apparaît toujours comme un homme secret, riche et tout-puissant, qui prend les remous de ce monde avec une certaine distance, pour ne pas dire du cynisme. Il est partout où quelque chose se passe. Il construit des arches pour préserver la vie en cas de catastrophe et l’on pourrait le comparer à Noé dans la Bible, mais de par son intervention dans les événements qui annihilent le monde, il jouerait plutôt le rôle du démiurge – de Dieu. Est-il une sorte de Dieu? Est-il la vie? Est-il l’âme de la Terre?… Il n’est d’ailleurs pas anodin que son nom, Gé, rappelle le nom grec Γη, , le nom de la Terre pour les anciens Grecs… Je ne sais pas exactement ce que Barjavel a voulu dire à travers ce personnage, et je n’ai guère pu en apprendre plus dans mes recherches, mais je me demande si ces questionnements suscités par Monsieur Gé chez le lecteur ne sont pas volontaires. Quant à moi, mais ce n’est qu’une interprétation personnelle, je pense que Monsieur Gé n’est pas un simple humain. 🙂

Ici, la comparaison biblique prend tout son sens, car ce n’est pas un groupe de plusieurs hommes et femmes que sélectionne Gé, mais un couple, son Adam et son Éve alors enceinte: le mari, Henri Jonas, est ingénieur et inventeur, un véritable génie tout de rationalité qui avant de rencontrer Lucie, ne vivait que pour ses machines et n’avait même, à vingt-huit ans, jamais « connu » de femme (tant que nous sommes dans les métaphores bibliques, allons-y gaiment!). Et jusqu’à sa rencontre avec Gé lors de cette nuit cataclysmique où il apprend sa « sélection », il pensait ne jamais pouvoir trouver quelqu’un d’au moins aussi intelligent que lui sur cette Terre. Donc l’homme est intelligent, et quant à son épouse Lucie, si elle est loin d’être neuneu, c’est surtout une femme belle et forte. Évidemment, elle n’a pas le rôle de l’intellectuelle mais de l’instinctive, ce qui relève encore, en plus de l’image de la porteuse de vie, d’une perception de la femme fort, fort traditionnelle. En revanche, elle était prête à renoncer à une vie ennuyeuse et malheureuse, avant sa rencontre avec Henri, par hasard, alors qu’elle s’apprête à se suicider. Et là coup de foudre, s’ensuit une nuit d’amour torride où pour une fois dans un Barjavel, Madame a l’initiative (bon Dieu, il était temps!), une histoire d’amour claire et limpide pour les deux, ainsi qu’un mariage et une grossesse à vitesse grand V dans un monde où tout va mal.

71g44zo2dglCar il semble qu’à l’image de Lucie en première partie de livre, le monde ait perdu la volonté, l’envie de vivre. Sous la menace grandissante de la Bombe U, les jeunes générations qui ont succédé à leurs parents très flower power, attendent de pied ferme et souhaitent la destruction: après les hippies pacifiques aux cheveux longs, nous assistons dans les rues à des défilés de jeunes gens, filles comme garçons, au crâne rasé et vêtus de noir – ça fait assez skinhead dit comme ça. Si d’habitude la jeunesse est synonyme d’innocence, de vie et d’espoir chez Barjavel, cette fois-ci, elle n’est que noirceur, dégoût et profond désespoir.

Elle semble avoir été corrompue par un monde dangereux et violent, quand les deux enfants d’Henri et Lucie, grandis dans un bunker, sont d’une naïveté et d’une pureté confondante, même quand ils commettent un inceste – il n’y a qu’à voir la description de leur « première fois » du point de vue de Jif, qui pense devoir en parler à sa mère, qu’elle pense ignorante de ces choses agréables car sinon, elle le lui aurait dit. Évidemment, c’est très, très dérangeant mais je ne peux pas me départir d’une certaine compassion pour ces deux gamins qui ne connaissent rien d’autre que le bunker, ses lumières artificielles, animaux cryogénisés, leurs parents… et qui ont tout à découvrir par eux-même dans cet univers étriqué et suffoquant où leur relation, une fois connue, ne manquera pas de créer des tensions, les parents n’ayant jamais pensé à cet éventualité.

Monsieur Gé souhaite sauver la vie, certes, mais quelle sorte de vie pour Henri, Lucy et leur descendance? Car s’il était possible de quitter l’abri, dans quel monde dévasté vivraient-ils?… Concernant les parents, nous savons que Lucie regrette Paris, et souhaiterait partager avec ses enfants ce qu’elle connaissait du monde: un passage est absolument terrible à cet égard. Monsieur Gé offre une encyclopédie à Jim et Jif et leur mère, enthousiaste, souhaite leur montrer des vues de Paris mais en feuilletant l’ouvrage, elle réalise que les illustrations et photographies ont été remplacées par des espaces vides. J’avoue, le bad trip!

Bref, c’est dans cette atmosphère où les règles sont complètement redéfinies – minuscule comité, annihilation de tout ce qui a existé avant, acceptation de la relation de la sœur et du frère – que ces différents protagonistes vont devoir réinventer leur vie, et plus largement, la vie. Sous la houlette de Monsieur Gé.

  • Conclusion

Si je trouve Une Rose au Paradis intéressant, c’est en partie parce qu’il est assez dérangeant. En effet, c’est dans une ambiance crépusculaire, violente et sans espoir que la flamme de Lucie et Henri s’allume, et survit à la fin du monde. Jusqu’à, comme je le disais plus haut, en redéfinir les règles (pour qui a des frangins et des frangines, j’avoue que la façon dont la scène érotique entre Jim et Jif fait franchement bondir… mais en même temps, et c’est peut-être ce qui est vraiment, VRAIMENT dérangeant, on ne parvient pas à leur en vouloir!), par la force des choses.

De plus, cet ouvrage pousse encore plus loin les thèmes et idées développées dans Le Diable l’emporte, premier roman où apparaît Monsieur Gé, car il réduit encore le nombre de survivant et nous amène après la fin du monde, alors que plus rien n’existe d’autre que le microcosme de cette famille. On y retrouve des thèmes chers à l’auteur: couple vedette et amour, destruction, sauvetage de la vie, jeunesse et innocence (quoique pour ma part, l’innocence de la jeunesse est une idée très surfaite, et un concept un brin suranné! 😉 ). J’ignore pourquoi Barjavel est « revenu aux sources » avec Une Rose au Paradis, et j’aurais vraiment souhaité approfondir mon analyse de l’œuvre, mais il va de soi que même si l’on prête encore un rôle assez tra-tra à la femme, la vision qu’on en a dans le récit a quand même évolué: Lucie n’est pas une Madame Collignot ou une Irène aussi placide qu’une vache, et Jif n’est pas la chaste petite Aline qui se contente de simples et chastes balades avec son frère (la jeune Aline partage de tendres sentiments avec son frère adoptif Paul dans Le Diable l’emporte). Bref, le présent roman nous bouscule un peu quant à ce qui est acceptable ou non. Il serait donc assez intéressant de faire une lecture comparée avec Une Rose au Paradis et Le Diable l’emporte. Le livre que je viens de vous présenter a également la particularité de paraître un brin suranné, même par rapport à son époque de publication. Quand bien même cela participe à son charme, il est visible que l’auteur avait fait le tour en ce qui concerne la science-fiction, comme en témoignera ensuite La Tempête, publié en 1982. Il s’essaiera ensuite à la fantasy et au polar avant de s’éteindre en 1985…

J’espère que cette semaine dédiée à Barjavel vous aura plu, et permis de découvrir ou de re-découvrir un auteur somme toute assez culte. Je vous donnerai quelques pistes supplémentaires dans le bilan de cette semaine et je vous remercie d’ores et déjà pour le très bon démarrage de ce mois de décembre! 🙂 À très bientôt sur la blogo!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Une rose au Paradis
Auteurs: Barjavel
Editions: Pocket
Collection: Pocket
216 p.
Parution: Novembre 1989 (ré-édition)
Prix: 4,70 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

2 réflexions au sujet de “SEMAINE THÉMATIQUE: BARJAVEL – Une rose au Paradis (1981)”

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