SEMAINE THÉMATIQUE: BARJAVEL – Le Grand secret (1973)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

img_20161127_205358Cette semaine thématique dédiée à Barjavel se poursuit avec un nouvel ouvrage de l’auteur, dont le titre m’avait interpelé parce qu’il était le même qu’une chanson que j’aimais beaucoup: Le Grand secret par Indochine, en duo avec Melissa Auf der Maur. Je la trouvais atrocement romantique alors j’ai voulu jeter un œil au roman de Barjavel!

Je ne sais d’ailleurs plus exactement quand j’ai lu Le Grand Secret, je devais déjà être étudiante, puisque je l’ai lu après Une Rose au Paradis, que j’ai lu en terminale… 😉 Bref, passons. Et concentrons-nous sur ce fameux secret que, d’après Barjavel, les grands de ce monde ont si bien gardé pendant des années…

  • Un secret contagieux

Le monde est en ébullition, en pleine Guerre froide, et l’antagonisme qui oppose les blocs de l’Est et de l’Ouest semble irrémédiable… Et pourtant, il semble que nous assistions à une étrange détente dans les rapports entre les grands dirigeants de ce monde. Car qu’est-ce qui peut expliquer les étranges déclarations de de Gaulle? L’assassinat de Kennedy? La visite de Nixon à Mao? Cela ne peut-être qu’une simple affaire d’intérêt ou que des magouilles politicienne, c’est bien qu’un « grand secret » en est la cause…

C’est dans ce contexte particulier que nous suivons le destin de Jeanne, mariée à un médecin plus âgée qu’elle, mais amoureuse de Roland, l’assistant de celui-ci. Une passion dévorante les lie, jusqu’au jour où le jeune homme est enlevé sous les yeux de son amante. Commence alors pour elle une quête de plusieurs années visant à retrouver l’homme de sa vie.

En marge de son enquête et de tractations diplomatiques en haut lieu, on apprend qu’un savant a, alors qu’il cherchait un remède au cancer, malencontreusement créé un virus capable de rendre immortel. Seul problème: l’immortalité est contagieuse, et il va falloir trouver une solution avant que l’épidémie ne se répande…

En quoi ces événements sont-ils liés? Comment contenir la maladie? C’est ce que vous découvrirez dans Le Grand Secret

  • Un scénario captivant

D’après l’analyse du site Barjaweb, consacré à la vie et à l’œuvre de Barjavel, on retrouve du bon Barjavel – qui, je les cite, s’était « perdu » avec Les Chemins de Katmandou (et qui avait failli me perdre avec lui tant j’ai trouvé cette histoire glauquissime!) et « émoussé » avec La Nuit des Temps. – un jugement que je trouve un peu injuste, sans doute par manque d’objectivité! 😉 Toujours d’après ce site, toute l’efficacité du roman tient à ce « truc » que sort l’auteur de son chapeau, ce « secret » qui semble être avant tout une affaire de puissants mais qui aura un impact énorme dans la vie de ses protagonistes. Schéma que l’on a retrouvé dans Le Diable l’emporte bien des années plus tôt.

Là où le roman est bien ficelé, c’est dans cette mise ne parallèle des différents éléments évoqués dans le pitch: dès le début, le lecteur est intrigué par cette alternance entre des scènes intimistes impliquant Jeanne et Roland, et de mystérieuses conversations entre les grands de ce monde. Il se demande quand les différents destins évoqués vont se croiser, quand les différents éléments de l’intrigue vont enfin s’imbriquer. Pour ma part, je me suis prise au jeu assez vite. L’efficacité en est, comme dans la plupart des romans de l’auteur, à entraîner le lecteur sur différentes échelles: le global ou mondial, et le plus local au niveau des protagonistes.

Ainsi, même si les récits de Barjavel, marqués par leur époque, ont vieilli, cette histoire joue sur des faits connus, et des personnages connus (Mao, Kennedy, de Gaulle…) qui faisaient l’actualité à son époque, et dont nous parlons encore. Donc il est possible, au moins dans cet aspect du roman, à plusieurs générations de s’y retrouver, ce qui n’est pas donné à tous les classiques de la S.-F. dès lors que l’on remonte un peu dans le temps. Par exemple, même l’immense Jules Verne et sa pensée positiviste nous paraissent gentiment naïfs, Jack Vance nous balance en pleine face une S.-F. kitsch et macho avec le Cycle de Tschaï… et ne nous mentons pas, même certains des plus beaux ouvrages de Barjavel n’échappent pas à cette règle! 🙂

  • Que faire de l’immortalité?

51uf7wueillSi la romance entre Jeanne et Roland est bien présente, ce n’est pas à cet aspect du roman, exploré et ré-exploré par Barjavel notamment dans La Nuit des Temps, tout comme la personnalité de l’héroïne, qui nous intéressera ici. Certes Jeanne est une amoureuse passionnée, qui parcourt le monde et passe dix-huit ans à chercher son amoureux avant de le retrouver exactement tel qu’il était lors de son enlèvement, sur l’île confinée où sont parqués les immortels.

Car vous l’apprendrez bien vite et ce n’est pas un spoiler de folie, les « Puissances » n’ont pas trouvé mieux que d’enlever et de confiner les individus exposés au virus sur une île isolée et protégée par des bâtiments de guerre, et où même les promenades se font dans des barques fermées pour ne pas risquer de répandre le virus de l’immortalité. Barjavel nous entraîne cependant dans une communauté idyllique où ont été placées des personnes de différentes origines (en effet, des savants de différents pays ont été en contact avec le fameux virus), couleurs de peau et croyances y vivent, élevant leurs enfants dans une parfaite harmonie, dirigés par… l’Indien Nehru, qui fait figure de papi bienveillant pour tous les bambins gambadant sur l’île. Tout est devenu immortel, même la végétation. On y assiste à des scènes très oniriques et flower power, où de jeunes gens courent, s’aiment, font l’amour au milieu de buissons et d’arbres croulant sous le poids des fleurs. De prime abord, cet isolement débouche sur une expérience sociale inédite, où règne une véritable harmonie entre ces êtres immortels incapables de méchanceté et tolérants. Seulement, voilà, comme dans tout récit de S.-F. qui se respecte, tout n’est pas si rose…

Si Barjavel a déjà interrogé les dérives de la science et des technologies dans ses premiers romans, il est question ici d’un concept mainte fois exploré par la mythologie, la S.-F. ou le fantastique: l’immortalité. Rêve de l’Homme qui le rendrait pareil à un dieu, est-elle réellement souhaitable?… Tout d’abord, les avantages: le virus découlant d’une recherche de cure contre le cancer, nos immortels restent dans une forme olympique, beaux et en parfaite santé. Limite: si le temps et la maladie ne peuvent les tuer… il est tout de même possible de les tuer. Un peu comme pour La Mort vous va si bien, en fait: on reste jeune et immortel tant que l’intégrité physique est préservée. Jusque là, rien de bien méchant. Pour peu que l’on n’aie pas d’enfant et qu’on ne manque pas d’espace…

Car une conclusion s’est vite imposée sur l’île où vivent les différents protagonistes: la vie bourgeonne dans tous les sens et envahit le moindre centimètre carré, qu’il s’agisse de fleurs, d’animaux ou d’humains, puisque les habitants se reproduisent. Solution: stériliser les plus jeunes, sans le leur dire, par leur nourriture. Mais au nom de quel principe ces gens qui ont eu des enfants privent-ils leur descendance d’en avoir une, s’ils en éprouvent le désir? Et d’ailleurs était-ce responsable que de faire des enfants dans le contexte d’une île surpeuplée, sans avoir réfléchi aux conséquences de leur exposition au virus? De leur imposer cette vie confinée?… Le fait est que ces aspects ont été négligés par les habitants de l’île, et leur reviennent en pleine figure quand les adolescents, d’une innocence et d’une naïveté due à leur méconnaissance du monde extérieur, décident d’une grève de la faim, et qu’ainsi, l’une des jeunes filles se retrouve enceinte, et souhaite quitter l’île. Ainsi, si l’on en croit la thèse de Barjavel, la mortalité est finalement un moindre mal quand on compare aux dangers de cette immortalité, mal gérée par ces adultes:

Et la vie, délivrée du frein de la mort, se mettra à se multiplier, à bourgeonner, à éclater, à déborder dans toutes les espèces. Malgré les cataclysmes qui s’ensuivront, malgré les revanches brutales de la mort par les guerres, les famines, les massacres, la vie ne cessera, après chaque désastre, de recommencer, d’envahir et de tout ravager. La vie sans la mort rend la vie impossible.

C’est sans compter sur les autres conséquences psychologiques liées à l’isolement de ces personnes: la quarantaine leur impose de rester parquées sur l’île, il ne faut pas faire d’enfant pour éviter la surpopulation, cependant que les jardins croulent sous le poids de fleurs éternelles, et qu’il faudra en plus se coltiner ce même environnement, de prime abord attrayant, mais avec les mêmes larrons pour l’éternité?… Dans ces conditions, l’immortalité semble beaucoup moins fun. Ne vaut-il pas mener sa vie de mortel de façon qui nous rende heureux?… Bien évidemment, chacun est libre de sa réponse.

  • Conclusion

Barjavel signe avec Le Grand secret un ouvrage un peu différent avec un personnage féminin est un peu plus mature et moins passif , et où la romance, en tant qu’enjeu, prend beaucoup moins de place que dans La Nuit des Temps : elle n’est qu’un prétexte pour découvrir autre chose et explorer, derrière un propos faussement naïf, une question tenant autant de la science-fiction que de la métaphysique. Seul petit bémol pour moi, les scènes érotiques pas franchement nécessaires entre ados! 😉

L’immortalité est un vieux rêve de l’humanité qui craint la mort. Pour preuve, il est encore question aujourd’hui de stopper le vieillisement, de retarder et même d’éviter la mort. On parle de stocker la conscience des individus sur des disques durs, par exemple… Barjavel prend le contrepied de ce désir d’éternité en faisant tourner ce joli rêve au cauchemar. Sur Barjaweb, la critique pose la question suivante: pourquoi diable adopter cet opinion?… Tout simplement pour se rassurer. L’immortalité n’étant pas chose possible (du moins pas encore!), il s’agit de se convaincre que la mort est une chose nécessaire. Libre à vous d’adhérer ou non, mais il y a de quoi se triturer les méninges un petit moment, ne croyez-vous pas? 🙂

J’espère que cette chronique vous aura fait passer un agréable moment. Quant à moi, je vous retrouverai demain pour le dernier ouvrage de la semaine! 🙂 En attendant, je vous souhaite une excellente fin de journée, ainsi qu’une bonne lecture! (Et YES, mon stage se termine demain! 😉 )

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Le Grand secret
Auteurs: Barjavel
Editions: Pocket
Collection: Pocket
384 p.
Parution: Mars 2013 (ré-édition)
Prix: 6,95 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de « SEMAINE THÉMATIQUE: BARJAVEL – Le Grand secret (1973) »

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