La tête dans les livres – L’Histoire sans fin (Michael Ende)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

61kob56hh4lJ’ai la joie immense de vous annoncer que je suis enfin venue à bout de L’Histoire sans fin de Michael Ende – paradoxe pour un récit censé ne pas avoir de fin, justement! 🙂

Je sais qu’il est de nombreuses personnes de ma génération qui connaissent les aventures de Bastien et d’Atréju à travers de la très belle adaptation cinématographique par Wolfgang Petersen. C’est en grandissant que j’ai appris qu’il s’agissait d’un livre. En effet, Die unendliche Geschichte – son titre original, publié en 1979, est d’abord devenu un grand classique de la littérature enfantine allemande, puis a été traduit dans le monde entier. J’ai donc décidé de le lire dès que je le pourrais, et l’avais gardé dans ma PAL pour cet automne, cette saison se prêtant tout à fait bien aux lectures un peu magiques.

Et je vous embarque dans une chronique plus que de saison, puisque pour notre ami Bastien, tout commence un matin pluvieux de novembre…

  • La rencontre de deux mondes

Le jeune Bastien Balthasar Bux, douze ans, est tout sauf bien dans ses baskets. Petit et gros, il est souvent en butte aux brimades de ses camarades de classe. Il a récemment perdu sa mère, et son père s’est muré dans le silence depuis la mort de son épouse. Par un froid matin de novembre, alors qu’il est poursuivi par des garçons de sa classe sur le chemin de l’école, Bastien se réfugie par hasard dans la librairie de Monsieur Koreander. Or s’il est une chose que le garçon aime, c’est lire!… Il engage donc la conversation avec le propriétaire de la boutique, un homme revêche qui n’aime pas les enfants, mais finit par montrer de la sympathie au jeune arrivant. Celui-ci se sent très attiré, comme appelé, par un magnifique et mystérieux livre qu’est en train de lire Monsieur Koreander. Profitant qu’il réponde au téléphone, Bastien ne fait ni une ni deux et subtilise l’ouvrage avant de s’enfuir. Arrivé en retard en cours, il décide de sécher la classe et se réfugie dans le grenier de l’école. Là, il s’installe un petit cocon et s’attèle à la lecture du livre: L’Histoire sans fin

L’histoire prend place au Pays Fantastique, alors qu’une terrible calamité se répand: le Néant, qui engloutit tout sur son passage. Chaque peuple envoie des délégués à la Tour d’Ivoire où vit la Petite Impératrice, souveraine du Pays Fantastique. Or celle-ci est très malade, et sur ses ordres, ses conseillers recherchent un valeureux guerrier à qui remettre l’Auryn, un précieux talisman qui donne un grand pouvoir et guide celui qui le porte. Celui-ci devra trouver un remède à la maladie de l’Impératrice, et par là même, au Néant qui va engloutir le pays. Cette mission incombe à Atréju, un enfant d’une beauté stupéfiante issu du peuple de chasseurs à peau verte, promis à un avenir de grand guerrier. Paré de l’Auryn et accompagné par son cheval parlant Artax, il doit parcourir le Pays Fantastique à la recherche d’un remède. Fuyant le néant et les pièges, il va de rencontre en rencontre, et fait la connaissance d’un Dragon de la Fortune qui se joint à lui, Fuchur.

Mais bientôt, Bastien comme Atréju vont constater que leurs mondes respectifs sont plus liés qu’il n’y paraît, et qu’ils pourraient être amenés à se rencontrer…

  • La structure de l’ouvrage

S’il est une chose qui m’a marquée dans la structure du livre, c’est la mise en abyme: le monde de Bastien et celui du Pays Fantastique se correspondent, mais il s’agit de s’identifier un maximum au personnage principal, Bastien, dans un premier temps lecteur passif, puis partie prenante des faits se déroulant au Pays Fantastique. C’est une véritable immersion pour le lecteur. En effet, tout a été fait dans la maquette du livre pour rappeler la description que fait Bastien de L’Histoire sans fin qu’il vole à Monsieur Koreander.

Le livre se divise en 27 chapitres, à savoir un genre de Chapitre 0 où Bastien rencontre le libraire et s’empare du livre, et les suivant au nombre de 26, autant que de lettres de l’alphabet. Chaque début de chapitre est illustrés, dans l’édition originale, d’une lettrine ouvragée évoquant les événements narrés – ainsi sous un A dans le premier chapitre, on peut voir le gobelin sur sa chauve-souris, le gnome sur son escargot de course et le mangeur de pierre sur son vélo qui ressemble à un rouleau compresseur. Elles sont à l’origine bicolores, ce qui ont été créées par Roswitha Quadflieg, et reprises dans les ré-éditions souvent en noir et blanc, dont celles que j’ai lue. Pour ma part, je les trouve magnifiques, et elles ajoutent un certain cachet à l’histoire, nous plongeant dans les perceptions de Bastien…

En ce qui concerne le récit en lui-même, il se divise en une première moitié où Bastien, réfugié dans le grenier de l’école, suit les aventures d’Atréju et voit avec inquiétude quelques phénomènes étranges se produire au fur et à mesure qu’il avance dans l’histoire, et la seconde moitié où il rejoint le Pays Fantastique pour le reconstruire. L’ambiance frôle parfois l’onirisme dans des scènes envoûtantes comme celle du miroir magique à travers lequel Atréju voit Bastien en train de lire lorsqu’il part consulter l’Oracle d’Uyula, la naissance du Bois de Perelin, une forêt lumineuse, par la simple volonté de Bastien, la rencontre avec la troublante sorcière Xayide et son armée de mannequins vides, ou encore la « mine aux images »… Tout n’est que lumière, couleurs, architecture délirantes et créatures fantastiques. Par exemple, la Petite Impératrice ressemble a une enfant avec des yeux d’or et des cheveux blancs, Fuchur a la tête d’un lion blanc et une « voix de bronze » avec un long corps couvert d’écailles nacrées, Graograman est un lion de feu dont les flammes prennent la couleur du sable où il marche… De quoi retrouver l’enfant qui sommeille en nous face à ces merveilles!

  • La fuite dans l’imaginaire
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Lettrines créées par Roswitha Quadflieg pour les chapitres I et II

Quel fou de lecture n’a pas rêvé comme le jeune Bastien, de trouver le « livre ultime », celui auquel on prendrait réellement part pour vivre d’extraordinaires aventures? Des aventures aux possibilités infinies, qui n’auraient pas de fin?… Nous avons tous à un moment ou un autre, rêvé de pénétrer dans ces mondes extraordinaires de nos livres, par pure curiosité ou parce que, comme dans le cas du jeune Bastien, nous trouvions notre réalité était bien trop grise. Car s’il est une chose qui transparait plus que toute autre tout au long de l’ouvrage, c’est le mal-être du jeune lecteur. Perdu entre l’école où il s’ennuie et est confronté à la méchanceté d’autres enfants, et son foyer où son père et lui sont devenus des étrangers l’un pour l’autre, il aimerait être quelqu’un d’autre, de plus beau, plus courageux, plus important. Il voudrait avoir l’impression de compter pour les autres.

Atréju est tout ce que Bastien voudrait être. D’une apparence et d’une beauté stupéfiante avec sa peau verte et ses longs cheveux noirs, il ne recule devant aucun obstacle pour accomplir sa quête. Sa grande pureté lui permet des rencontres intéressantes, telles que Fuchur, ce dragon porte-bonheur qui l’aide dans sa quête, et l’Auryn lui permet de se tirer de mauvais pas. C’est sa quête qui doit permettre de ramener un enfant du monde des hommes, en lui faisant vivre ses tourments à travers la lecture, car seul les enfants humains sont capables d’inventer, de créer, d’imaginer, ce qui constitue le remède au mal qui ronge le Pays Fantastique. Atréju est tellement l’antithèse de Bastien que celui-ci hésitera d’abord à partir pour le Pays Fantastique, par honte, car il ne veut pas paraître tel qu’il est devant son idole.

Une très belle amitié va pourtant lier les deux protagonistes principaux, Atréju reconnaissant instantanément Bastien lorsque celui-ci vient à lui dans la Cité d’Argent. Non par l’apparence, car en entrant au Pays Fantastique, le jeune garçon a changé d’apparence pour prendre celle d’un bel enfant guerrier habillé à l’Orientale, mais à cause du regard qu’il lui a lancé à travers le miroir magique. Ainsi Bastien, si solitaire dans son existence réelle, va goûter aux joies de l’amitié avec un autre enfant, et la compagnie de personnages prodigieux comme le dragon de la Fortune Fuchur ou encore d’autres preux chevaliers et belles dames les accompagnant dans leur quête.

Cependant, tout ce mal-être qui habitait Bastien a des conséquences négatives. Considéré par la Petite Impératrice qui lui confie la reconstruction du Pays Fantastique comme un véritable Sauveur, Bastien n’a qu’à compter sur ses propres désirs pour venir à bout de cette tâche, car seuls les « enfants des hommes » sont aptes à renommer les choses et à inventer de nouvelles histoires pour faire revivre l’endroit. C’est donc l’imagination de Bastien, nouveau porteur de l’Auryn, qui donne vie à de nouvelles créatures, qui remodèle la réalité des habitants du Pays Fantastique comme il l’entend. Mais ivre de son importance et de sa toute-puissance, également manipulé par la sorcière Xayide, il fera bientôt des souhaits aux motifs égoïstes – la puissance, le trône de la Petite Impératrice – et se mettra à douter de la loyauté de ses amis, en particulier d’Atréju qui tente comme il peut de le protéger de sa propre folie, jusqu’à commettre des actes odieux. D’autant plus que le prix à payer est lourd: à chaque vœu exaucé, Bastien perd l’un de ses souvenirs qui le rattache au monde réel – son ancienne apparence, ses faiblesses, sa mère décédée, son père… ce qui peut le mener à l’errance et l’empêcher de rentrer chez lui. Ainsi, Bastien se vide de sa substance en tant qu’individu, de sa propre volonté car souhaitant ne plus être cet enfant complexé et sans défense qu’il était avant son arrivée au Pays Fantastique, alors qu’Atreyu qui l’avait vu dans le miroir magique ne l’aurait pas rejeté à cause de ça.

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Autres lettrines créées par Roswitha Quadflieg pour le chapitre sur l’énigmatique Oracle Uyula (une très belle scène empreinte de mystère) et celui des géants du vent

Ainsi, si le roman est une ode à l’imagination enfantine, et plus généralement, humaine, il met aussi en garde contre l’oubli de la réalité (quand bien même on ne l’aime pas) et des êtres qui nous aiment – qu’il s’agisse du père de Bastien, qui, bien qu’atrocement secoué par la mort de son épouse, aime son petit garçon de tout son cœur, ou d’Atréju qui fait tout ce qu’il peut pour sauver Bastien de l’oubli total, jusqu’à s’opposer ouvertement à lui. C’est aussi un roman d’apprentissage où le jeune héros doit apprendre à mûrir ses désirs, à accepter des conseils, même si ceux-ci ne lui plaisent pas, et à préférer être aimé pour lui-même que parce qu’il est le plus fort. Outre sur l’imaginaire qui prend une place importante dans le roman, Michael Ende a ainsi écrit une très belle histoire sur l’amitié et l’acceptation de soi qui m’a beaucoup touchée. Car comment, malgré l’envie de revanche sur la vie de Bastien, comment ne pas éprouver de la peine pour lui quand on sait ce qu’il traverse dans la réalité?

  • Conclusion – Une très belle lecture

Attention, vous arrivez en plein dans un de ces moments qui vous confirment que dans Les Mondes de Blanche, ce n’est pas l’objectivité qui prime! Car voilà une lecture qui m’a énormément émue, au point de me mettre la larme à l’œil à la fin. Si, si, vous avez bien lu!

Certes, il est visible dans certains passages que Michael Ende, dans ses descriptions colorées du Pays Fantastique, a écrit pour un jeune public. Ce qui n’empêche pas un adulte d’apprécier, et même d’aimer vraiment L’Histoire sans fin. Tout d’abord car on y retrouve une véritable part d’enfance et des choses extraordinaires qu’on aurait aimé vivre à ce moment-là, et ce d’autant plus si on a été, à l’image de Bastien, un enfant solitaire et mal dans sa peau. Si l’on aime Atréju comme c’est mon cas (sans doute biaisée, car l’Atréju du film de Wolfgang Petersen a été mon premier fictional crush quand j’étais toute petite! 😉 ), on ne peut qu’être touché par les déboires de Bastien et son envie d’être quelqu’un d’autre, dans un environnement qui lui sourit plus. D’où ce véritable apprentissage du jeune héros qui va constater qu’il n’est pas si grave d’être lui-même.

Il est deux très belles choses que j’ai retenues de cet ouvrage. Tout d’abord, l’importance de rester soi-même et de ne pas oublier qui l’on est, même si l’on a pu en souffrir à un moment donné. Ensuite, et ce même si cela paraît naïf dans le monde qui nous entoure, c’est qu’il est possible de créer un pont entre l’imaginaire et le réel, et de rendre le second plus beau grâce au premier. Cela peut-être par un petit grain de folie au quotidien pour embellir sa propre vie et celle de son entourage, ou bien dans des actions concrètes comme dans les histoires que l’on écrit ou raconte, dans nos créations. Alors donc, chers lecteurs, ne cessez pas de rêver, du moment que cela ne vous perd pas, et à vous émerveiller de ce qui vous entoure! 😉

Si vous n’avez pas encore lu L’Histoire sans fin, je vous le recommande chaudement, pour vous ou vos enfants, pour retrouver cette petite part de magie qui semble parfois manquer à nos vies, et parce qu’aussi, on aime beaucoup, beaucoup Atréju et Bastien en fin de compte! 😉 J’espère vous avoir donné envie de le découvrir! 🙂 En attendant l’article de mercredi et les chapitres suivants de mon roman sur le blog, je vous souhaite donc une bonne lecture et une excellente fin de journée à vous tous!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: L’Histoire sans fin
Auteur: Michael Ende
Éditions: Livre de Poche
Collection: Livre de Poche Fantasy
497 p.
Parution: Mars 2008
Prix: 7,60 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

12 réflexions au sujet de “La tête dans les livres – L’Histoire sans fin (Michael Ende)”

  1. Très belle chronique pour un non moins beau livre ! 🙂 Le livre m’accompagne depuis mon enfance, quand je l’ai emprunté à la bibliothèque après avoir vu le film à la TV. Il m’a appris aussi que les films ne sont pas toujours fidèles au livre, vu que le film ne reprenait qu’une partie (jusque là, je croyais dur comme fer que film tiré du livre = le livre ^^ »). Mais surtout, il m’a absolument enchantée ! 🙂 Je me suis très vite identifiée à Bastien, du fait que j’adorais lire (déjà, à l’époque… à croire que je suis tombée dans une étagère de livres quand j’étais petite ! ^^) et que j’avais une imagination débordante. J’ai adoré le voyage initiatique au Pays Fantastique. Bref, ce livre fait partie de mes livres favoris depuis ce jour – j’avais fini par acheter sa version poche, plus tard. Je trouve les lettrines superbes aussi. Et je le relis à l’occasion, même à présent que j’ai dépassé la trentaine, et j’y trouve toujours autant de plaisir.
    (le film aussi est bien ! ^^)

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    1. C’est vraiment une histoire magnifique, dans le fond comme dans la forme, bien plus profond qu’une simple histoire de fantasy. Les jeunes héros sont vraiment attachants, et le fond reste très émouvant. C’est pour moi la principale réussite de ce livre. ❤ Mais c'est décidé, je vais parler du film très bientôt, pour comparaison…

      Aimé par 1 personne

  2. J’ai vu l’adaptation cinématographique mais je n’ai jamais lu le bouquin. J’avais adoré l’histoire au grand écran plus jeune… Merci pour cette belle chronique qui me donne certainement envie de redécouvrir cet univers mais cette fois-ci, par le biais de la lecture!

    Aimé par 1 personne

    1. C’est vraiment très beau. Et si tu as la chance de trouver une édition illustrée par Roswitha Quadflieg, c’est vraiment du bonus!
      Mais maintenant, je réfléchis à rédiger un petit topo sur le film, que j’aimais beaucoup.

      Aimé par 1 personne

      1. Merci pour le conseil concernant l’édition illustrée. Je ne manquerai pas de suivre ton conseil! Bonne idée pour la chronique sur le film! Je la lirai avec plaisir!

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  3. C’est intéressant de voir les différences avec le film (Atréju a la peau verte, Artax qui parle, etc).
    Le problème c’est que je me connais, c’est le genre de truc qui j’aurais du mal à faire admettre à mon imagination : pour moi Atréju a le corps de l’acteur du film et je vais galérer à me forcer à l’imaginer autrement. Mon imagination est têtue : une fois qu’elle a forgée une image, elle est difficile à modifier ^^.

    Une question : il y a le loup flippant du film ou pas ?
    (un des monstres de mon enfance… et même maintenant, alors que je vois bien que c’est une peluche toute moche, il me fout encore la trouille ^^).

    Aimé par 1 personne

    1. Pour l’imagination, c’est sûr que c’est dur de devoir s’imaginer Bastien, et surtout Atréju, dont j’étais folle quand j’étais petite (même encore maintenant quand je revois le film avec les yeux d’une adulte, je ne peux que constater c’était un très beau gamin)!
      Oui, il y a le loup-garou, Gmork de son petit nom! 🙂 C’est une créature du néant capable d’aller entre les mondes!… 🙂 En revanche, l’Oracle n’est pas tout à fait pareil, la mort d’Artax aussi, et la rencontre avec le dragon est très différente! 🙂 Du coup, je vais devoir faire un topo sur le film!

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