Le Sang des Wolf – Acte III – Chapitre XXV – 3ème Partie

SW25006Au bras de Viktor, Zoé continuait de s’éventer malgré la fraicheur de l’air. Ses jambes flageolaient encore de ces très violentes, mais agréables palpitations qui l’avaient saisie à l’écoute du prélude. Un silence gêné planait entre elle et son compagnon depuis leur départ de l’Opéra. Ils descendaient tout juste du métro et marchaient tranquillement vers la rue où habitait la jeune fille, avançant entre les façades jaunes et blanches éclairées par les réverbères. Ils s’arrêtèrent sous le porche de l’immeuble. Se tournant vers Viktor, Zoé voulut parler, mais elle se mordait toujours les lèvres.

« Zoé… attaqua Viktor, l’air hésitant, je ne croyais pas si bien dire en début de soirée en te qualifiant d’ ‘étonnante’. J’ai repensé à ce que tu as dit un jour au sujet de la musique de Wagner… Et je… Ce n’était pas vraiment un malaise, n’est-ce pas ?

− Et qu’est-ce qui te fait dire ça ?

− Tout simplement… Je ne t’ai jamais vue avoir si bonne mine. »

Elle éclata de rire – un rire nerveux. À dire vrai, plus elle cherchait l’explication à cette brusque montée de plaisir, plus elle s’en inquiétait. Pire, elle s’en effrayait. Ses propres souvenirs, ou fantômes de souvenirs concernant Augarten, ou les vibrations montant de l’orchestre ? Et si quelqu’un découvrait qu’elle était la femme filmée avec les loups ? Tu es complètement folle, ma pauvre ! songea-t-elle. Folle à lier !

« Je t’en prie, ne raconte jamais ça à Jean et Clara, ce serait un comble s’ils l’apprenaient ! Déjà qu’ils me trouvent bizarre… D’ailleurs, n’en parle à personne, s’il te plait. Ce serait extrêmement fâcheux pour mon image de marque… ajouta-t-elle sur le ton de la plaisanterie, mais rougissante.

− Ça ne m’a même pas effleuré ! Ne t’inquiète pas pour ça… D’ailleurs j’ai pris conscience… »

Il se rapprocha d’elle. Elle fit un pas en arrière, et se trouva acculée à la porte vitrée.

« Que tu n’es pas que jolie et intelligente, mais aussi un être de chair et de sang…

− Ravie que quelqu’un sur cette terre s’en rende compte… égrena Zoé d’une voix monocorde, sans joie aucune et soudain tendue.

− Et moi, comme un idiot, sourit Viktor, je n’ai rien tenté. Parce que j’ai eu la bêtise de te considérer comme une sorte de… pur esprit. »

Zoé déglutit avec difficulté quand il passa un bras autour de sa taille et prit un ton suave :

« D’ailleurs, je peux te poser une question indiscrète ?

− Je… Je me sens déjà rougir… » répliqua-t-elle avec plus d’assurance qu’elle n’en avait en réalité.

Viktor se pencha sur elle pour lui murmurer à l’oreille :

« T’arrive-t-il de… De prendre du plaisir seule ? »

Question plus stupide qu’indiscrète ! Comment cet imbécile croyait-il qu’on arrivât encore vierge à son âge sans devenir complètement fada ? À sa décharge, l’égyptologue qui, pour reprendre les mots de Tristana, « parlait beaucoup mais ne faisait rien », n’était pas censé être au courant de ce fâcheux état de fait. Et il tentait une approche… Maladroite et sans équivoque, mais une approche tout de même… Concrète…

Zoé pensait sincèrement n’avoir rien à perdre. Sans même laisser le temps à Viktor d’aller plus loin, elle se haussa prestement sur la pointe des pieds et se pendit à son cou. Elle ferma les paupières et l’embrassa à pleine bouche. Sans passion. Froidement. Se livrant plus à un exercice technique qu’à un rituel amoureux. Viktor y réagit plus que positivement. Il la plaqua contre la porte et la souleva du sol pour la mettre à sa hauteur. Zoé enroula les jambes autour de la taille du jeune homme qui, sous sa robe, lui agrippa généreusement le postérieur. Elle plongea avec brusquerie les doigts dans ses cheveux pour s’y accrocher.

Le hasard voulut qu’en rouvrant les yeux, elle croisa, sur le trottoir d’en face, le regard de celui qui hantait ses rêves. LUI ! Le grand loup gris la fixait, dardant sur elle ses prunelles aux reflets de feu bleuté. Poussant une exclamation étouffée par la langue de Viktor qui explorait sa bouche, elle le repoussa brutalement pour se dégager de son étreinte. Il la relâcha. La jeune fille reposa les pieds parterre, et jeta un coup d’œil derrière Viktor. L’animal avait déjà disparu.

Viktor, les mèches en désordre, attrapa Zoé par la main.

« On remet ça quand tu veux… lui murmura-t-il avant de déposer un rapide baiser sur ses lèvres. Mais après ce que j’ai vu à l’Opéra ce soir, je préfère ne pas te raccompagner à l’étage. Il est probable que je ne pourrais pas me tenir… »

Il serra contre lui Zoé, devenue raide comme un piquet, et elle put apprécier toute la dimension de son excitation. Elle sentit ses yeux s’écarquiller en constatant que Viktor n’avait rien à lui envier en terme de raideur. Elle ne sut si cela la répugnait, la flattait ou l’effrayait. La dernière option lui parut la plus plausible lorsqu’elle s’imagina partir à toutes jambes, hystérique…

Viktor la gratifia d’un baisemain comme il l’avait fait après le concert de Beethoven et s’éloigna avec, dans les yeux, une lueur qu’elle ne lui connaissait pas. Désir, enthousiasme ou lubricité ? Zoé préféra l’ignorer.

Elle poussa un ouf de soulagement lorsqu’il tourna au coin de la rue. Tu pourrais lui laisser sa chance, Zoé, se sermonna-t-elle. Ça ne te ferait pas de mal du tout ! Et si par hasard, Viktor s’intéressait vraiment à elle ? Et si la réciproque ne se réalisait jamais ? Quelle merde ! Mais quelle merde ! La tristesse gagna Zoé lorsqu’elle songea à ses soirées avec Jan qui lui manquaient tant, aux paroles apaisantes et à la rafraichissante présence de son ami… Quelle détresse avait dû être la sienne lors de sa nuit au poste ! Elle ne pouvait s’empêcher de le ressentir ainsi. Pauvre Jan ! Qu’est-ce qui avait bien pu le pousser à frapper Terwull, lui d’habitude si doux ? Quant à Lukas… Lui. Celui qui ne voulait même pas qu’elle le vît sans ses Ray Ban, mais dans les bras duquel elle se fût volontiers attardée sans l’arrivée intempestive de Jean et Karl… Mais quelle gourde ! Si je l’avais vraiment intéressé, s’il avait voulu tenter quelque chose, il aurait saisi sa chance quand nous étions seuls ! conclut-elle avec énervement.

D’un pas décidé, elle s’avança sur le bord du trottoir et regarda dans la direction où le loup lui était apparu. Il ne l’avait pas laissée l’approcher cette fois-ci. La jeune fille en concevait une peine profonde, teintée d’une sourde douleur physique – comme si le reste ne lui suffisait pas ! Le cœur de Zoé se remit à battre la chamade.

« Espèce de dégonflé ! cria-t-elle en français. Qu’est-ce que tu m’as fait à Augarten pour que je… »

Le rugissement d’un moteur, assourdissant dans la nuit, l’interrompit. Elle recula trop tard. La voiture roula dans une flaque de neige fondue et l’arrosa copieusement. Non, je ne retournerai plus jamais à l’Opéra ! se promit-elle en regagnant piteusement l’immeuble dans son manteau dégoulinant. Et voilà que je m’adresse à un loup qui ne comprend pas un traitre mot de ce que je lui dis !

Elle remonta, priant pour ne croiser ni Jean, ni Clara, en congé cette nuit-là. Elle ne souhaitait plus leur offrir la moindre source de divertissement. Fort heureusement, la belle rouquine à la langue fourchue était de sortie avec des copines, et Jean, focalisé sur l’écran de télévision, ne regarda pas Zoé lorsqu’elle le salua. Il ne s’étonna même pas qu’elle rentrât si tôt.

Elle se débarrassa et pendit son manteau au-dessus du radiateur de l’entrée, prenant soin que son colocataire ne la surprît pas, et partit se démaquiller. Plantée devant le miroir de la salle de bain, elle constata à son air de famille avec Alice Cooper que son mascara avait coulé. Quelle soirée de merde… Richard Wagner et son foutu prélude l’avaient bien eue. Tu devrais pourtant être fière de ta propre audace, couillonne ! se raisonna-t-elle en s’acharnant sur les trainées sombres maculant ses joues. Tu as embrassé un beau mec ! Intelligent, en plus ! Et il ne t’a même pas repoussée !

 

SW25008Jetant au passage sa robe mouillée dans le panier à linge sale, Zoé courut à sa chambre et se jeta sur le lit, en sous-vêtements. Elle attrapa son carnet à croquis sur la table de nuit. Mais alors qu’elle s’apprêtait à esquisser un énième portrait de loup, sa main traça involontairement le front, le nez, la mâchoire bien dessinée, le cou admirable, et bientôt, les cicatrices couvrant le torse de Lukas Finsterwald… Merde, tiens, tu les connaissais bien, ces marques… Sombre conne ! s’invectiva-t-elle. Elle n’avait vu ces étranges zébrures qu’une seule fois, et les connaissait pourtant par cœur. Cette évocation suscita en elle un profond émoi, comparable à celui qui l’avait saisie à l’Opéra. Elle mordit dans son crayon pour étouffer ses halètements. Elle dut agripper son dessus de lit. Elle y enfonça si profondément les ongles qu’elle en fila le tissu violet. Sa vue se troubla sur des images et des sensations enivrantes. Elle s’écroula après une ultime contraction, étrangement détendue. Presque ronronnante.

Waouh. Sans les mains ! s’extasia-t-elle en étirant les bras devant elle. Elle soupira d’aise. Avant d’ajouter mentalement « écouter du Wagner », « penser à Augarten » et « songer aux cicatrices de Lukas Finsterwald » dans sa liste des choses à ne plus faire.

Finsterwald. Jan.

Zoé bondit de son lit et se rua en petite tenue dans l’entrée où elle avait laissé son sac à main. Elle fouilla à l’intérieur pour en sortir son portable. Malgré les mises en garde de Terwull qu’elle estimait énormément, et l’éventualité de croiser Jean dont elle voyait déjà l’air outré face à sa lingerie, elle ne résista pas. Elle s’assit sur le tapis et envoya un texto à Jan.

© Blanche Montclair


Toujours en nocturne, et ça devient chaud pour notre héroïne qui semble écartelée par ce qu’elle souhaiterait vraiment et les circonstances, et toute chamboulée par cette nuit à l’Opéra. Retrouvera-t-elle ses souvenirs?… Et que diable s’est-il passé pour la mettre dans un tel état?… On se le demande! En tout cas ses aventures ne sont pas finies, pas plus que celles du loup gris, c’est moi qui vous le dis! Aussi je vous souhaite une agréable soirée et vous retrouve la semaine prochaine avec un nouveau flashback, et un chapitre où l’on en apprend un peu plus sur un blondinet des plus énigmatiques. Faites de beaux rêves remplis de loups…

Si vous prenez Le Sang des Wolf en cours de route, je vous invite à découvrir son résumé, son prologue (très important!) et à vous reporter à la table des matières! En attendant, je vous souhaite une excellente lecture! 😉 À très vite sur la blogo!

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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