Le Sang des Wolf – Acte III – Journal de l’Inspecteur Rolf Terwull – Janvier 1952

  • Samedi

 

L'objet de l'énigme...Le déménagement des affaires dans l’appartement de Wolf est vraiment le moment idéal. Avec le bordel qui règne là-bas, il est difficile de voir si qui que ce soit est venu y fureter… Je ne sais pas comment prendre ce que j’y ai trouvé – avec peine d’ailleurs. Skadi m’avait bien dit que son père restait des heures enfermé dans son bureau, plongé dans ses souvenirs. Et je me disais bien qu’il m’aurait plu autant que j’en aurais été terrifié, de savoir quels étaient ces fameux souvenirs. Les fêlés aiment tellement garder des souvenirs, souvent des choses qui font dresser les cheveux sur la tête des gens normaux !

Je n’ai pas été déçu. Le bureau en lui-même est encore plus effrayant que celui de la clinique. J’ai failli partir en courant quand ma torche a éclairé deux rangées de crocs impressionnants et des yeux jaunes… En réalité, un loup empaillé. Douteux, ces traits d’esprit avec son nom de famille. Et toujours ce même bois sombre, lourdement sculpté, les motifs en forme de branches de chêne, avec les loups en plus.

Et j’en ai encore tant à découvrir. Le docteur Wolf était un maboul. Ce en quoi il croyait, ce qu’il a fait à son fils… et à d’autres. J’ai vidé des boîtes. J’ai vu des dessins étranges. Des croquis ésotériques avec des caractères hébraïques – ce qui m’a surpris de la part d’un foutu antisémite, des schémas techniques – toujours ces cuves, comme dans l’antre, je ne sais pas à quoi ça sert… Des photos – souvent entre hommes, parfois avec leurs épouses et leurs enfants. Wolf était veuf depuis longtemps, donc, sa femme ne figurait pas dessus. La seule photo d’elle que j’ai trouvée – Elsie – m’a laissé pantois. Wolf avait de la gueule, selon les critères communément admis. Mais sa femme. Une belle femme, un peu trop mince et longiligne à mon goût, au visage à la fois noble et délicat, vêtue d’une longue robe blanche, ses longs cheveux blonds et bouclés, ornés d’une couronne de feuilles de chêne, qui tombaient jusqu’à ses genoux. C’était autre chose. Une sorte d’apparition sortie d’un livre de contes.

Ça expliquait la finesse quasi-surnaturelle de Siegfried et Skadi.

 

Voici ce que j’ai compris en épluchant la paperasse du Docteur.

Les Loups de l’Urwald.

Ils étaient cinq, tous avec des noms évocateurs – Wolf, Finsterwald, Blühenthal, Schwarzeiche, Weidmann[1] – certainement ce qui a fait penser à ces cinq fous qu’ils avaient un destin extraordinaire ensemble, qu’ils représentaient le summum de la germanité. GERMANITÉ. Quel mot affreux. Je ne le supporte pas. On peut lui donner tellement de sens différents. Les Nazis ont été champions pour donner des sens tarabiscotés aux choses. Et pour faire des choses tarabiscotées eux-mêmes. Ils parlaient de vertus, ils se sont conduits comme les plus grands pervers, avec leurs obsessions malsaines. Et Wolf était un sacré vicelard. Tout ce que j’ai lu chez lui ces deux dernières nuits m’a fait froid dans le dos.

Comment a-t-il pu laisser de telles choses aussi exposées ? Comment est-ce possible ? La preuve qu’il n’avait pas peur qu’on les trouve, et qu’il ne regrettait RIEN. Il comptait même reprendre les choses là où il les avait laissées, j’en suis sûr. Heureusement que sa mort et celle de ses acolytes y a mis un coup d’arrêt. Mais qu’en est-il de Schwarzeiche et Weidmann ? Je parierais presque que ces deux-là ne sont plus de ce monde, ou bien qu’ils ne vont pas tarder à en rejoindre un meilleur. Façon de parler, je préfèrerais qu’ils en rejoignent un pire. Que l’enfer existe et leur offre des sévices subtils à la hauteur de ceux qu’eux et leurs semblables ont infligés. S’ils pouvaient, comme ils le voulaient, être changés en loups et se faire traquer. Tirer dessus, écorcher. Écorcher VIFS. Qu’on en fasse des cols de manteau, des descentes de lit et qu’ils se fassent éternellement piétiner.

J’ai mis mes notes sous clé dans mon secrétaire, histoire que Martha ne voie pas, en farfouillant dans la table de nuit, à quel point cette histoire m’obsède. Elle le sait, je n’en doute pas. Mais elle n’a pas besoin d’en avoir la preuve.

 

J’ai commencé quelques recherches au commissariat. En toute discrétion. Pour savoir ce que sont devenus Schwarzeiche et Weidmann. Mais si je ne trouve rien, je devrai aller chercher de nouveau des noises aux Finsterwald, si ça continue. Mais si je pouvais éviter de me faire encore remarquer par ceux-là, ce serait aussi bien.

Et je ne tiens pas à me retrouver encore avec les « yeux de braise » sur le paletot.

Je retournerai cette nuit chez Wolf, avant que tout soit déménagé. En espérant renter avant l’aube, ce serait moche de faire faux bond à Martha un dimanche.

© Blanche Montclair


[1] « Wolf », le loup ; « Finsterwald », la forêt ténébreuse ; « Blühenthal », la vallée florissante ; « Schwarzeiche », le chêne noir ; « Weidmann », le chasseur.


C’est avec ce flashback dans le Vienne d’Après-Guerre en compagnie du vieux Terwull que commence ce nouvel acte du roman, plus riche en sang et en émotion que les précédents. Nos personnages vont être durement éprouvés, la raison de nos enquêteurs ébranlés… Mais chut, chut! Je risque de vous gâcher le plaisir!… Puissent les dieux – en particulier Odin avec ses loups – m’accorder de nouveaux lecteurs, et vous accorder de bons moments sur cette lecture! Je vous dis donc à demain pour un nouveau chapitre tout en tension, qui vous donnera le frisson. Méfiez-vous, le Loup est vraiment dans la place cette fois-ci!

Si vous prenez Le Sang des Wolf en cours de route, je vous invite à découvrir son résumé, son prologue (très important!) et à vous reporter à la table des matières! En attendant, je vous souhaite une excellente lecture! 😉 À très vite sur la blogo!

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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