Le Sang des Wolf – Acte II – Chapitre XXI

SWCH21001Des coups répétés à la porte de la chambre réveillèrent Zoé et Tristana affalées tout habillées sur le lit. Elles n’avaient pris le temps que de se démaquiller, vers quatre heures du matin, quand les convives étaient repartis. Les deux jeunes filles s’étirèrent et baillèrent, la bouche pâteuse. Zoé fut la première à tendre la main vers la table de chevet pour y consulter son réveil.

« Neuf heures seulement ? Mais qui nous emmerde à neuf heures ? brailla-t-elle en se frottant les yeux.

− Les filles, vous devriez voir ça ! s’écriait Jean dans le couloir. La rue est pleine de flics !

− Flics ? » réagit Tristana en se redressant, comme montée sur ressorts, les cheveux dans les yeux.

Elle bondit littéralement et se précipita à la fenêtre pour en écarter les rideaux. Zoé s’assit sur le bord du lit et se massa le cuir chevelu, en proie à une terrible migraine. Le peu de sommeil qu’elle venait d’avoir ne l’avait reposée en rien, puisqu’elle avait encore passé une nuit en pointillés, entrecoupée de cauchemars, tandis que Tina ronflait à côté d’elle.

« Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? laissa échapper la grande Autrichienne d’une voix sans timbre. Permets que j’ouvre…

− Fais donc… » l’autorisa Zoé en enroulant autour d’elle le châle sur lequel elle avait dormi.

Baillant encore à s’en décrocher la mâchoire, elle rejoignit son amie déjà penchée à la fenêtre qui scrutait la rue. Frissonnante et épuisée, elle découvrit la cause de l’émoi de ce cher Jean. Une fois n’était pas coutume, elle le comprit. Plusieurs voitures et fourgons de police s’étaient rangés en bas, des silhouettes s’agitaient en tout sens, circulant entre les véhicules et le cordon de sécurité établi dans le coin de la rue. Reconnaissant la démarche caractéristique d’un flic châtain en jean et blouson noir, Zoé tapota l’épaule de Tristana :

« Ce n’est pas ton père, là en bas ?

− Bordel de merde ! Tu as raison ! Mais qu’est-ce qu’il fait là ? »

La jolie blonde pâlit et quitta la fenêtre pour s’écrouler sur une chaise, près de la penderie, portant les mains à sa tête décoiffée.

« Oh non, je le sens vraiment mal… Papa est à la criminelle, et la raison de sa présence… Ça ne peut être qu’un…

− Un crime dans ma rue… » termina Zoé en rentrant la tête à l’intérieur.

Elle s’assit à même le sol, sur le tapis violet, pour reprendre ses esprits. Suite à son malaise, elle avait flotté dans un monde parallèle durant toute la fête. Jan et Lukas avaient passé un long moment dans la cuisine avant de réapparaître au salon. Que s’y étaient-ils dit ? Mystère… La jeune fille avait fréquemment observé Lukas à la dérobée, et avait cru un instant – à moins qu’elle ne l’eût ardemment souhaité – qu’il la cherchait également des yeux à travers ses Ray Ban. Lui et son cousin étaient partis plus tôt que les autres. Jan lui avait confié avant de s’éclipser que Lukas se sentait mal et voulait rentrer. Même en sachant qu’il allait quitter l’appartement, elle n’avait pas esquissé le moindre geste, fait le moindre pas vers lui, se contentant de le remercier une fois encore. À peine s’était-elle éloignée de lui à l’arrivée de Jean et de Karl dans la cuisine, qu’elle avait de nouveau éprouvé cette terrible sensation de froid. Et une autre, plus atroce encore : le manque.

Comme si tout cela ne suffisait pas à alimenter son trouble, voilà que la cavalerie faisait irruption dans sa rue un dimanche matin… Un sombre pressentiment se fraya insidieusement un chemin dans l’esprit de Zoé.

Elle se ressaisit et sortit de la chambre. Jean et Clara se tenaient à la fenêtre du séjour, leurs mugs fumant à la main, emmitouflés dans leurs robes de chambre. Lorsque Clara se tourna vers Zoé, toute trace d’hostilité avait déserté ses traits.

« Ce n’est pas Terwull en bas ? interrogea-t-elle.

− Si.

− Vous n’avez pas entendu tous ces bruits dans l’immeuble, tôt ce matin ? »

À dire vrai, Tristana, imbibée comme une éponge, s’était écroulée comme une masse sur le lit, faisant couiner les lattes du sommier sous sa grande carcasse. Quant à Zoé, une fois qu’elle était parvenue à trouver un semblant de sommeil après plusieurs réveils en sursaut, rien n’avait pu l’en tirer jusqu’à ce que Jean frappât à sa porte. À présent, elle se rendait bien compte que l’immeuble s’agitait dans son entier. Outre les éclats de voix dans la rue, elle entendit des pas dans les couloirs, des échos de conversation, ainsi que l’aboiement hystérique du roquet qui avait déjà fait des siennes quand elle rentrait tard le soir. Tristana arriva derrière Zoé en jurant.

« Putain, il faut que je parle à mon père ! Cette fois-ci, il n’a pas le choix, il devra bien répondre à mes questions !

− Je vais descendre chez la proprio, décréta Clara. Elle se lève toujours tôt, elle pourra peut-être nous renseigner… »

Abandonnant sa tasse sur la table basse, elle suivit Tristana qui, déjà dans l’entrée, avait enfilé son manteau et ses bottes. Zoé s’écroula dans un fauteuil, prise de vertige. Jean la regarda avec curiosité, voire de l’intérêt. La jeune fille s’en irrita.

« Accouche, Jean… Qu’est-ce qu’il y a ?

− Ça va, Zoé ? Tu as une sale mine, laisse-moi te le dire… Il y a eu un problème avec Lukas dans la cuisine hier soir ? Clara et moi sommes inquiets…

− J’ai bu comme un trou. Je n’ai pratiquement pas dormi. Et tu m’as réveillée en fanfare. Alors laisse-moi le temps de me remettre… »

Il fronça les sourcils, visiblement peu convaincu, mais il comprit au regard de Zoé qu’il n’obtiendrait aucune autre réponse de sa part. La jeune fille jeta un coup d’œil en direction de l’entrée, au moment où Tristana ouvrait la porte. Elle n’eut pas le temps de sortir. Bousculant Clara sur son passage, l’inspecteur Terwull envahit tout l’espace de sa carrure massive lorsqu’il déboula dans l’appartement.

« Papa ! »

Pour toute réponse, il attrapa sa fille presque aussi grande que lui et la serra dans ses bras à la soulever du sol.

« J’étais inquiet, lui murmurait-il, la voix brisée par l’émotion. Quand j’ai su, j’ai eu tellement peur pour toi…

− Quand tu as su pour quoi ? Qu’est-ce qui se passe en bas ?» lui répondit sa fille, le visage enfoncé dans l’encolure de son blouson.

SWCH21002Il l’éloigna de lui et la regarda d’un air de profonde adoration qui toucha Zoé au plus haut point – elle savait maintenant d’où Tristana tenait son si grand cœur. Elle se leva pour saluer le père de son amie, mais elle se crut près de s’écrouler. Elle se rattrapa au dossier du fauteuil quand enfin Terwull la regarda. Il s’avança vers elle, sans prêter la moindre attention à ses deux colocataires. Tristana essuya furtivement une larme sur sa joue.

« Zoé, tout va bien ?

− Tout va bien, c’est juste une méchante gueule de bois… Dites-moi juste ce qui se passe, s’il vous plaît…

− On a retrouvé un autre cadavre, tôt ce matin, au coin de la rue. Une de vos voisines qui promenait son chien l’a découvert… Je vous conseille de ne pas descendre avant une bonne demi-heure, le temps qu’il soit emmené, parce que ce n’est pas beau à voir. »

Il soutint Zoé jusqu’à son fauteuil.

« J’espère que vous prenez soin d’elle, glissa-t-il à Jean et Clara, plantés comme des piquets au milieu de la pièce. Si elle refait un autre malaise, je pourrais…

− Elle a refait un malaise hier soir, pendant la soirée, intervint Tristana, foudroyant du regard les deux autres Français, ce que Zoé trouva injuste. Heureusement, Lukas était dans la cuisine avec elle, à ce moment-là…

− Lukas Finsterwald ? Les deux cousins étaient présents à votre petite sauterie d’hier soir ? jeta l’inspecteur, ses yeux bleu-vert dardant des éclairs courroucés sur sa progéniture. Je t’avais dit…

− Pourquoi ? Tu les as vu trucider la blondasse sur les images de la sécurité du club, peut-être ? s’insurgea Tina, les poings sur les hanches. Ils étaient blanchis, innocents jusqu’à preuve du contraire, si je me souviens bien ! Non ? Et merde, je ne suis plus au lycée, je fréquente qui je veux ! »

Ignorant les récriminations de sa fille, Terwull se tourna vers Jean et Clara et, d’un ton qui n’admettait aucune réplique, leur ordonna :

« Je veux, tout de suite, la liste de vos invités, de toutes les personnes présentes dans cet appartement hier soir, avec leur numéro de portable ! ET AU TROT ! Je n’ai pas que ça à faire, il y a un mort, bordel de merde ! »

Les deux intéressés s’exécutèrent en vitesse. Ils se ruèrent vers l’un des casiers de la table et fouillèrent dans le désordre qu’il contenait pour en sortir un bloc-notes et des stylos. Ils s’attelèrent docilement à leur tâche, épluchant le répertoire de leurs téléphones avec application. Zoé peinait à respirer, sentant les larmes lui monter aux yeux. Elle ferma les paupières pour les contenir. Tristana se précipita vers elle et la prit doucement par l’épaule.

« Je sais que vous les appréciez beaucoup, mais les coïncidences et les apparences sont contre eux, déclara l’inspecteur à l’adresse des deux jeunes femmes. Il y a de graves antécédents familiaux, comme je l’ai déjà mentionné, Tristana. Je n’ai pas le droit de vous en dire plus sans compromettre l’enquête. En plus, présents les deux fois, avouez que cela fait désordre ! Je ne peux absolument rien négliger, vous êtes assez intelligentes pour le comprendre. Et toi Zoé, tu devrais être plus prudente, surtout dans l’état de santé où tu te trouves. Ça m’embêterait d’avoir à appeler ta famille en France si tu devais encore te retrouver à l’hôpital !

− Croyez bien que ce serait moi la plus embêtée. »

À ces mots, Terwull sourit. Sa fille soupira, s’agenouillant auprès de Zoé pour la réconforter. Il ne faut pas craquer, pas maintenant, songea celle-ci, tout en se maudissant pour son laisser-aller de la veille et souhaitant de toutes ses forces que l’inspecteur se trompât sur le compte des deux garçons. Tina avait posé la main sur ses cheveux, protectrice.

« Papa, que pouvons-nous faire ?

− L’enquête de proximité est déjà en cours, comme vous vous en doutez avec tout ce bruit dans le voisinage. D’ailleurs… – Zoé le vit froncer les sourcils quand il reporta son attention sur Jean et Clara : Je ne sais pas ce que vous avez écouté comme musique, mais j’ai déjà entendu quelques personnes se plaindre quant à un hurlement de loup qui a fait trembler l’immeuble la nuit dernière, dans un mix musical. Les gamins de vos voisins en ont fait des cauchemars, ç’a été une véritable nuit de panique…

− Karl n’a pas pensé à mal, monsieur l’inspecteur… se défendit Clara en levant de grands yeux charmeurs vers Terwull, preuve qu’elle avait rapidement retrouvé son sang-froid. Il voulait nous faire entendre ce qu’il préparait pour la nuit ‘loups’ prévue en janvier au Roter Engel

− Peut-être bien, mais à l’heure actuelle il faudrait songer à être plus prudent avec ces choses-là.

− Dans ce cas, inspecteur, c’est Karl qu’il faudra engueuler, pas nous ! le défia la belle rouquine, remarque que l’inspecteur balaya d’un geste de main méprisant.

− Pour le moment, Zoé et Tristana, vous ne quittez pas cet appartement. J’appelle ta patronne au musée, ma petite, et je lui explique la situation. Et pas de protestation, Tina, je sais que tu es une adulte, mais il s’agit d’un meurtre. Les collègues vont passer vous interroger tous les trois… Quant à toi, Zoé, c’est moi qui me charge de toi.

− Mais Papa, tu as vu comment…

− Ne t’en fais pas, je suis sûre que ta jolie amie, malgré sa fatigue et sa nervosité, a de la ressource et c’est toujours un plaisir de l’écouter !… Et pour l’instant, ce qui m’intéresse, c’est boire un café.

− Il en reste dans la cuisine, servez-vous …  intima Jean, toujours penché sur sa liste. La cafetière est encore allumée, et les mugs sont dans le placard au-dessus de l’évier. »

Tristana se redressa, non sans avoir effleuré la joue de Zoé.

« Je vais me servir un café moi aussi. Je te ramène un thé.  Ça va aller, j’en suis sûre. »

Puis avant de s’éloigner, elle se pencha vers elle pour lui chuchoter à l’oreille :

« J’ai bien vu que quelque chose déconne… S’il y a quoi que ce soit dont tu veux parler, je suis là… »

©Blanche Montclair


Ça y est, il semble que l’enquête se rapproche de nos jeunes héros, dont Zoé, encore sous le coup de l’émotion de la nuit précédente… J’espère qu’un léger frisson vous aura parcouru l’échine à la lecture de cette macabre découverte… Et vous donc, qu’imaginez-vous comme scénario tordu?… 😉

Je vous retrouve donc demain avec un nouveau chapitre, où vous découvrirez une nouvelle facette de l’un de nos personnages… Si vous prenez Le Sang des Wolf en cours de route, je vous invite à découvrir son résumé, son prologue (très important!) et à vous reporter à la table des matières! En attendant, je vous souhaite une excellente lecture et je vous dis à demain pour la mise en ligne de petites créations! 😉 À très vite sur la blogo!

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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