Le Sang des Wolf – Acte II – Chapitre XVI – 2ème Partie

SWCH16005Terwull et Ulrike avaient besoin d’un remontant. Ils se tenaient sur le perron, regardant l’ambulance s’éloigner. La patronne s’éventait avec un dossier, bien qu’il fît frisquet sous la nuit noire viennoise. Georg sentait ses genoux jouer des castagnettes sous son jean. Il consulta sa montre : à peu près cinq heures et demie. Jan Finsterwald ne tarderait plus.

« Merde, pourquoi j’ai arrêté de fumer ? se lamenta Ulrike. Je crois que je vais monter m’asseoir. Elle faisait peur à voir ! Si elle claque et qu’on a un dommage collatéral avec l’affaire du tueur aux loups – La presse ayant fait son œuvre, c’était le nom qu’avait pris le meurtrier supposé. – on va avoir des problèmes avec la Direction… Et ça serait du gâchis, à son âge… »

Elle rentra, suivie de l’inspecteur. Elle se précipita vers le distributeur dans le hall et, sous les regards étonnés de Terwull et d’autres collègues, commanda un café court, noir et sans sucre.

« Je ne suis pas sûr que ça te calmera plus que la mélisse, Ulrike…

− Rien à battre ! hurla-t-elle. Je n’ai pas besoin de me détendre ! Mais de me doper pour trouver quoi dire à la Direction quand nous aurons un cadavre à rapatrier en France ! Quelle merde ! Mais quelle merde ! »

Mieux ne valait pas quitter la chef d’une semelle alors qu’elle se trouvait dans cet état d’esprit. Quant à Georg, il se devait de garder la tête froide, quand bien même il s’agissait de l’amie de sa fille. Ulrike avait bien raison : quelle merde ! Tandis qu’il attendait pour son café, il la vit tremper les lèvres dans son gobelet encore fumant. Elle ne put réprimer la grimace dégoûtée qui lui vint aux lèvres. La situation n’eût pas été si tragique, l’inspecteur en eût ri.

« C’est dégueulasse, en plus ! Mais quelle horreur ! Comment fais-tu pour en ingurgiter des litres et des litres à longueur de journée ? Tu as l’estomac en fonte… »

Elle avala le reste du gobelet cul sec. Son visage changea instantanément de couleur, et elle porta la main à sa bouche avant de partir en courant, prise de nausées. Pauvre Ulrike. Cette affaire lui portait décidément sur les nerfs… Pour le coup, Terwull savait qu’elle eût préféré être sur le terrain, les mains dans le cambouis plutôt que passer son temps au téléphone à rendre des comptes – quand bien même elle s’acquittait divinement de cette tâche. Soupirant, l’inspecteur savoura les dernières gouttes de son café plus sucré que celui de Huber.

Il se préparait à remonter lorsqu’un jeune homme des plus classieux fit son entrée dans le hall : grand, mince et athlétique, vêtu d’un manteau parfaitement coupé, le teint clair et les traits plutôt fins, il ressemblait à un gentleman de ces feuilletons british qu’affectionnaient Tristana et Zoé. Ce portrait type du gendre idéal détonnait au milieu de tous ces rudes flics en jean. Son regard fit le tour du vestibule avant de croiser celui de Georg, qui s’avança à sa rencontre :

« Monsieur ?

− Finsterwald. Jan Finsterwald. Je suis venu parler à l’inspecteur Georg Terwull.

− C’est moi-même.

− Ah bonsoir ! »

Esquissant un sourire, il tendit la main à l’inspecteur qui la serra. Il apprécia la poigne ferme de Jan – mais beaucoup moins cette troublante ressemblance avec Odon, particulièrement ses yeux d’un vert intense. D’un geste, Terwull invita le jeune homme à le suivre à l’étage. En compagnie de ce bel éphèbe, Georg remonta dans son bureau, où depuis le malaise de Zoé, on entendait les mouches voler. Sperling et les autres collègues scrutèrent avec insistance son compagnon. Entre lui et Zoé, il semblait qu’on était gâté au niveau de l’apparence des témoins, aujourd’hui…

« Je vous en prie, monsieur Finsterwald, prenez place… »

Il s’exécuta placidement, avant de croiser ses mains devant lui sur le bord du bureau.

« Je suis désolé de ne pas vous avoir reçu à l’hôtel. Mais mon oncle est à cran en ce moment, avec la fin de l’année qui approche. Je préférais donc lui éviter ce genre de désagrément. Je ne vous apprendrai pas que la police dans un hôtel de ce standing n’est pas très bon pour l’image de marque et les affaires… Si en plus Markus apprenait que c’est pour une affaire de meurtre, il piquerait une colère noire. Il est assez stressé en ce moment. »

Georg répondit d’un hochement de tête.

SWCH16006« Je comprends. Alors, pour la forme, monsieur Finsterwald… Vous étiez bien au Roter Engel dans la nuit de mercredi à jeudi, la semaine dernière ?

− En effet.

− Jusqu’à quelle heure ?

− Mon cousin Lukas et moi sommes arrivés un peu avant huit heures, et nous sommes repartis vers onze heures. Nous travaillions le lendemain, et nous ne voulions pas rentrer trop tard.

− Bien sûr… Hormis votre cousin, avec qui vous trouviez-vous ?

− Eh bien… Zoé, Tristana, Jean, Clara, Karl, Viktor, Niejdan. Plus trois filles qui se sont jointes à nous…

− Pourriez-vous me faire un résumé point par point de cette soirée, les divers déplacements ? »

Jan leva les yeux en l’air, comme pour se concentrer.

« Eh bien, Lukas et moi comme je vous l’ai dit, sommes arrivés ensemble avant huit heures. Karl, Niejdan et Viktor s’y trouvaient déjà – c’est le départ de Niejdan que nous fêtions. Nous nous sommes installés avec eux. Zoé, Jean, Clara et Tristana sont arrivés peu après et nous ont rejoints sur les banquettes. Il y a eu une première tournée de cocktails… Si je me souviens bien, ce sont Jean, Tristana, Niejdan et Viktor qui sont allés au bar, pendant que je suis resté discuter avec les autres. Peu après, Jean – ce type siffle ses boissons à une vitesse phénoménale – est allé seul au bar pour reprendre un verre. Ensuite, ce sont Lukas, Niejdan, Zoé et moi qui nous sommes dévoués pour aller chercher de nouveaux cocktails. C’est là que les trois filles ont abordé Lukas… Beate, la jolie blonde… »

Il fit une légère pause, avant de reprendre :

« Et ses copines Sandra et Vicki – si je me souviens bien… Comme vous l’imaginez, elles ont été très aimables avec moi, mais c’était surtout Lukas qui les intéressait… J’ai préféré parler un peu avec Niejdan et Zoé en attendant, plutôt que de faire tapisserie. Quand nous sommes retournés avec les autres, les trois filles nous ont suivis et se sont jointes à nous… La conversation a bien sûr tourné autour des loups – une soirée à thème prévue par le club, et un cours d’égyptologie de la part de Viktor au sujet d’un dieu-loup égyptien. Viktor est égyptologue, mais vous le savez peut-être déjà… Bref, nous avons porté un toast, et Lukas est allé danser avec Beate… »

Il soupira.

« Viktor et Niejdan sont partis vers le bar avec les deux autres filles, j’ai discuté avec Zoé qui était assise près de moi. Jean et Tristana sont allés à l’extérieur pour appeler un taxi – et sûrement pour fumer une clope aussi, j’imagine. Quand ils sont revenus, Zoé s’est levée pour aller payer l’addition avec eux. Il faisait chaud, alors j’ai décidé de les suivre dehors, pendant qu’ils attendaient le taxi. Viktor nous a rejoints. Lukas et la blonde sont sortis également. Viktor est rentré quand Jean et Zoé sont partis, et mon cousin, la fille et moi avons dû retourner à l’intérieur environ un quart d’heure plus tard, quand Tristana est repartie… »

La suite intéressait un peu plus l’inspecteur :

« Je suis retourné avec Clara et Karl. Niejdan et Viktor étaient encore au bar avec les deux filles. Lukas dansait toujours avec Beate qui me semblait plutôt… bien disposée, si vous voyez ce que je veux dire. Après Lukas dit rarement non, il faut bien l’admettre. J’ai vu qu’à un moment, un peu avant la prise de service de Clara, Niejdan, Viktor et les deux filles sont partis. Quant à Beate, elle est partie aux toilettes un moment, tandis que Karl et Clara se préparaient à prendre leur poste… Et Lukas et moi avons quitté le Roter Engel, en même temps que Beate.

− Votre cousin ne l’a pas revue ?

− Non, pas du tout, ils n’ont même pas échangé leur numéro de téléphone, ni rien. Nous sommes partis chacun de notre côté, et j’ai passé la fin de soirée dans ma chambre. J’ai entendu Lukas répéter ses textes jusqu’à ce que je m’endorme… C’est tout… » conclut-il.

Pour le moment, tout paraissait correct à Georg, si l’on prenait en compte les différentes versions de l’histoire. Cependant, il avait quelques questions de plus dans sa manche. Jetant des regards autour de lui, il poursuivit :

« Puis-je vous demander comment vous et votre cousin avez… pris cette affreuse nouvelle ?

− Pour lui, je ne sais pas, je ne l’ai pas vu de la journée, mais j’imagine qu’il ne l’a pas mieux prise que moi…

− Vous avez pourtant gardé un ton égal au téléphone quand je vous l’ai annoncée…

− J’étais au bureau, répliqua un peu vivement Jan, avec des collègues et Markus qui pouvait débouler à tout moment. Comme je vous l’ai dit, il est à cran…

− Vous pensiez à la réaction de votre oncle alors que je vous disais qu’une fille que vous aviez vue était morte dans des circonstances et certainement des douleurs atroces…

− Ne croyez pas que je n’ai pas de cœur parce que je suis issu d’une famille aisée et que je suis dans les affaires, inspecteur. Vous seriez surpris. Je cherche à ménager mon oncle et mon cousin, c’est tout. »

Jan fixait Terwull droit dans les yeux. Il avait croisé les bras devant lui, visiblement méfiant, reculant sur son siège. Derrière lui, Georg vit la silhouette de Wagner se profiler à l’entrée du bureau, sa longue chevelure blonde brillant dans la lumière blanchâtre des plafonniers. D’où venait à Monsieur Loup son intérêt pour ces êtres humains en particulier ?

« Vous vivez bien chez votre oncle Markus, avec votre cousin Lukas ? Quelles sont vos relations avec lui ?

− Elles sont excellentes, je n’ai pas à m’en plaindre… Il a un caractère assez fort et est plutôt têtu, et nous ne sommes pas toujours d’accord sur tout, comme dans toute relation normale. Mais je ne vous cacherai pas que je me sens très proche de lui.

− Ce n’est tout de même pas trop dur de rester sans arrêt dans l’ombre du parfait cousin acteur qui attire à lui toutes les jeunes femmes ?

− Qu’insinuez-vous par là, inspecteur ?

− Rien du tout, je pose une question…

− Si vous pensez que je ramasse uniquement les restes de Lukas, vous vous trompez. Nous n’avons pas les mêmes goûts.

− Il aime les grandes blondes et vous préférez les petites brunes, par exemple ? Il paraît que vous étiez assis collé-serré avec Zoé sur la banquette.

− Comment ? Zoé ? »

Jan éclata de rire :

« Inspecteur, elle est mon amie ! Une amie très proche, et plutôt mignonne, je vous l’accorde. Je l’aime beaucoup, mais pas comme vous pensez. Plus comme une petite sœur ou une cousine. »

Terwull posa les coudes sur son sous-main.

« Il faudra aller voir votre petite sœur à l’hôpital, alors.

− Quoi ?

− Après son témoignage de cet après-midi, elle a fait une crise cardiaque et est tombée raide, dans cette pièce. »

Jan pâlit et se tut un instant, avant de demander :

« Vous avez des nouvelles ? Vous savez si elle va bien ?

− Ses colocataires ont été contactés. C’est à eux qu’il faudra demander des nouvelles, pas à moi, même si je préfèrerais savoir.

− Oh c’est sûr qu’ils vont accourir à son chevet ! ironisa le jeune homme. Elle pourrait crever la bouche ouverte, ils trouveraient ça drôle !

− Mais peut-être étiez-vous sans le savoir pour quelque chose dans son état de stress d’aujourd’hui. Elle semblait très préoccupée par vous et votre cousin, et inquiète à l’idée que vous puissiez tous les deux figurer en haut de la liste des suspects.

− Et qui lui a fait croire ça ?

− Sa colocataire, justement. Sans doute parce que j’ai posé pas mal de question sur VOUS.

− Et pourquoi spécialement sur nous, monsieur l’inspecteur ? Nous n’étions pas seuls dans ce club… Cela pouvait être n’importe qui… À l’intérieur, ou même à l’extérieur. Beate nous a quittés bien vivante. Lukas vous le confirmera. »

Tiens donc. Le jeune monsieur Finsterwald avenant et affable avait fait place à un garçon troublé et sur la défensive. Était-ce dû à cet interrogatoire ou à l’annonce de l’admission de Zoé aux urgences ? Bien que n’étant pas adepte de telles méthodes, l’inspecteur décida de le titiller un peu. Il héla Sperling pour qu’elle lui montât un café, avant de lâcher, tournant un stylo entre ses doigts d’un air dégagé :

« C’est fou cette passion pour votre cousin… Est-ce de l’admiration sincère ou de la soumission ?

− Je vous interdis ! »

Un éclair particulièrement déplaisant fusa dans les iris verts de Jan. Il s’était légèrement penché en avant, les mains crispées sur le bord du bureau. Il s’efforçait de contenir sa respiration devenue plus forte. Pourvu que celui-là aussi ne tombât pas raide dans le bureau. Deux dans la même journée, c’eût fait désordre.

« Permettez que je me pose la question. Les relations familiales semblent un peu compliquées chez les Finsterwald. C’est du moins l’impression que m’a donné mon entretien avec votre frère Wolfram…

− Wolfram ? répéta Jan, accusant un brusque mouvement de recul. Wolfram ! Ça ne m’étonne pas que vous doutiez de la sincérité de tout le monde si vous avez parlé à Wolfram ! Il ferait n’importe quoi pour nuire à Markus et à Lukas !

− Quel âge avez-vous, monsieur Finsterwald ?

− Vingt-quatre ans, presque vingt-cinq.

− Si j’en crois votre frère, vous vous êtes installé chez votre oncle il y a dix ans, alors que vous étiez encore mineur. Comment cela se fait-il ? »

Jan fronça les sourcils.

« Je ne vois pas le rapport… gronda-t-il, la voix devenue plus rauque.

− Allons. Le loup saigné au cimetière de Währing, et ces deux jeunes femmes vidées de leur sang… cela ne vous rappelle-t-il pas étrangement l’histoire de votre arrière-grand-père, médecin et surtout membre du parti nazi, assassiné il y a soixante ans ? Votre frère connaissait l’histoire, il serait étonnant que vous l’ignoriez…

− Je ne l’ignore pas… Toute la famille la connaît.

− Un mode opératoire similaire et des Finsterwald dans le secteur… Avouez que c’est troublant…

− Et c’est tout ce que vous avez ? Une coïncidence ? Des présomptions parce que mon arrière-grand-père… C’est insensé ! »

Le jeune homme se renfonça dans son siège, une moue méprisante aux lèvres, les yeux baissés, tandis que Sperling revenait avec le café de l’inspecteur. Georg trempa les lèvres dans son gobelet, considérant son interlocuteur avec curiosité, intrigué par son changement de comportement à l’évocation de l’histoire de famille. Quant à ce côté protecteur envers son cousin et cette hostilité vis-à-vis de son propre frère… Autant tabler là-dessus et mettre le paquet…

« De plus, votre autre frère, Odon Finsterwald, responsable d’agressions très violentes et évadé de la clinique de Blauberg il y a plus d’un an, souffrant de lycanthropie clinique, est sur la liste des suspects. Saviez-vous seulement qu’il avait agressé Wolfram après son évasion ?

− Je n’ai plus rien à faire de ces deux-là, depuis longtemps déjà. »

De nouveau droit sur sa chaise et le visage lisse, à la limite du figé, Jan massait l’intérieur de ses avant-bras à travers sa veste, mécaniquement, peut-être inconsciemment. Wagner, toujours à son poste de guetteur, avait posé le menton entre ses doigts et suivait les mouvements du jeune homme. Terwull n’eut pas le cœur de le renvoyer à sa paperasse, songeant que l’étrange expert en trafic animalier avait bien plus d’une corde à son arc et remarquerait bien quelque détail ayant échappé à sa sagacité.

« Vous n’avez plus de contact avec Odon et Wolfram ?

− Certainement pas !

− Du calme, monsieur Finsterwald, je ne vais pas vous mordre !

− Je crois que mes relations avec mes ‘frères’, ou devrais-je dire, les fils de mes géniteurs, n’intéressent pas votre enquête. Je pense vous en avoir dit suffisamment au sujet de Beate Hassler… J’étais bien là pour ça, n’est-ce pas ? »

Le ton tranchant, le port de tête altier et cette lueur dérangeante dans ses prunelles ne correspondaient plus en rien au garçon adorable et drôle décrit par Tristana. L’inspecteur préféra laisser Jan partir avant que le jeune homme se braquât. Mieux valait que Terwull le ménageât au cas où il eût à nouveau besoin de lui. Mais Georg, mis mal à l’aise par cette adoration envers son cousin célèbre, ne savait trop s’il pouvait lui faire confiance…

« Avez-vous beaucoup d’amis, votre cousin et vous ? se risqua-t-il.

− Nous avons un cercle étendu de connaissances. Quant aux amis, les vrais amis, ma foi, c’est très dur d’en trouver… J’ai Zoé, et qui sait, peut-être votre fille un jour. Puis-je partir à présent ?

− Bien sûr, je vous raccompagne…

− Ne vous donnez pas cette peine… Je retrouverai mon chemin tout seul.

− J’insiste… »

Jan se leva quelque peu brusquement. Terwull nota que Wagner avait quitté la pièce. Quelle ne fut pas la surprise de l’inspecteur, lorsque, sortant dans le couloir, il tomba pratiquement nez à nez avec Lukas Finsterwald lui-même, patientant sur un siège, le manteau au bras et les lunettes de soleil sur le nez. Même la lumière peu flatteuse des lieux ne parvenait à l’enlaidir… Ça commence à bien faire tous ces beaux jeunes gens, pensa l’inspecteur. Rien que pour ça, on devrait tous les coffrer, ça n’est pas normal… Lukas bondit en reconnaissant son cousin.

« Est-ce que ça va ? s’enquit-il, sans daigner accorder un regard à Terwull.

− Ça va, ça va. T’inquiète… » lui répondit Jan d’un ton las.

Malgré ses verres noirs, Georg devina que le beau blond dévisageait Jan. Il se racla la gorge pour signaler sa présence, mais Lukas ne lui prêta pas la moindre attention. Il fouilla dans la poche de son manteau et en sortit ses clés de voiture – une Audi, à ce que put voir l’inspecteur aux quatre anneaux ornant le porte-clés – qu’il tendit à Jan.

« Je suis garé à quelques mètres. Attends-moi dans la voiture, nous rentrerons tous les deux. »

Très directif, le merdeux ! Connard arrogant. Zoé l’avait parfaitement décrit. Le portrait typique du gosse de riche trop gâté, persuadé que tout lui était dû, et traitant ses proches en conséquence… Jan fit quelques pas en direction de l’escalier, se voûtant au fur et à mesure qu’il s’éloignait. Lukas se lança à sa suite et l’attrapa par l’épaule. Ils échangèrent quelques mots que Georg n’entendit pas, avant que l’abruti revînt vers lui.

« Je suis tout à vous, inspecteur. »

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*

Dans sa mise décontractée – jean, baskets et tee-shirt noir à manches longues flattant sa musculature, Lukas Finsterwald différait complètement de Jan arrivé en costume. Il eut la politesse de retirer ses lunettes et de planter son regard dans celui de Georg lorsqu’ils s’assirent, exactement en même temps, à son bureau, se jaugeant l’un l’autre. Face à ces yeux d’un bleu soutenu, presque céruléen, Terwull se remémora la description de Siegfried faite par son grand-père. Des yeux bleus comme un ciel d’été.

« Souhaitez-vous boire quelque chose ? Un thé ? Un café ? Un verre d’eau ?

− Non merci. Je souhaite en finir au plus vite… Mais avant toute chose… Qu’avez-vous dit à mon cousin ? »

L’inspecteur ne put réprimer un sourire excédé, soufflé par le culot de ce merdeux.

« C’est moi qui pose les questions, si ça ne vous dérange pas…

− Je voulais juste savoir ce qui a bien pu le mettre dans cet état…

− L’affaire en elle-même n’est-elle pas suffisante ? Ou n’avez-vous rien à faire du sort de Beate Hassler, retrouvée complètement saignée et le corps mutilé par des loups ?

− Croyez que cela me peine plus que vous le pensez. »

Horvat, Weber et Ferenczi avaient déserté le bureau, occupés à éplucher les bandes des caméras de sécurité du Roter Engel. Ne restaient que la petite Sperling qui lançait quelques coups d’œil furtifs au beau gosse entre deux remplissages de paperasse, et Gruber, penché sur les témoignages du personnel du night-club pour la nuit de la disparition de Beate Hassler. Le calme n’était rompu que par son pianotage sur le clavier et le ronronnement de son vieux PC. Terwull, bien que détestant jouer sur ce tableau et priant pour que Zoé se rétablît, frappa fort – du moins selon ses propres critères.

« Peut-être la nouvelle du récent incident concernant son amie Zoé l’a-t-elle affecté. »

Wagner choisit ce moment pour réapparaître et s’asseoir silencieusement sur le siège d’Horvat laissé libre.

Se contentant de rechausser ses lunettes noires – comble de l’incorrection – Lukas demanda, un air de profond ennui :

« Et qu’est-il arrivé à cette chère Zoé ?

− Crise cardiaque.

− Vous bluffez.

− Demandez à Wagner ici présent si c’était du bluff quand elle est tombée raide dans cette même pièce, incapable de respirer, et qu’il a fallu appeler les urgences. »

Le jeune homme hocha la tête, mais il était impossible de déchiffrer son expression. Terwull remit de l’ordre dans une pile de papiers devant lui, avant de reprendre :

« Confirmez-vous avoir été avec votre cousin au Roter Engel dans la nuit de mercredi à jeudi la semaine dernière ?

− Oui. D’environ huit à onze heures. Avec Niejdan, Viktor, Jan, Karl, un DJ de l’établissement, Jean, Clara, Tristana et Zoé. Plus Beate et ses deux copines quand elles se sont jointes à nous. Je suis arrivé vers huit heures avec Jan, et Viktor, Niejdan et Karl étaient déjà sur place. Tristana, Zoé et ses deux colocataires sont arrivés juste après… Mais venons-en au fait. Je suis allé au bar avec Jan, Zoé et Niejdan pour reprendre des cocktails, et ces trois filles m’ont abordé. Beate était la plus jolie et la plus entreprenante. Quand nous sommes revenus vers les autres, elles se sont jointes à nous. Beate était à côté de moi… Après avoir trinqué avec toute la bande, nous sommes allés danser tous les deux. Je n’ai pas trop fait attention aux autres, à dire vrai, à peine ai-je vu Jean et Tristana sortir et revenir. Quand Zoé, Jan, Viktor, Jean et Tristana se sont dirigés vers la sortie, j’en ai profité pour prendre l’air avec Beate. Au bout de quelques minutes, le taxi de Jean et Zoé est arrivé. Je suis resté à rouler des pelles à Beate jusqu’à ce que Tristana monte également en taxi. Jan, la fille et moi sommes retournés à l’intérieur. Je suis resté sur la piste de danse avec Beate, et Jan sur la banquette avec Karl et Clara. Vers onze heures, nous sommes repartis, Jan, Beate et moi, juste au moment où Clara et Karl allaient prendre leur service. Beate est partie dans sa direction, Jan et moi dans la notre. Fin de l’histoire. »

SWCH16008Clair, net, concis. Le chieur à lunettes noires, trop pressé d’en finir, ne s’embarrassait pas de fioritures. Georg ne le laisserait pas s’en tirer à si bon compte. Pas quand il savait Zoé aux urgences. Il embraya rapidement :

« Quelles sont vos relations avec votre cousin ?

− Je ne vois pas le rapport…

− Ça peut nous aider à nous faire une idée…

− Si vous insistez. Nous nous entendons très bien.

− Jamais de coups de gueule ?

− Ça nous arrive comme à tout le monde.

− Il semble vous adorer, et vous être totalement dévoué, voire soumis… J’ai vu comme il vous a obéi quand vous êtes arrivé. Sincèrement… n’est-ce pas parfois pesant de faire l’objet d’une telle dévotion ? »

Lukas jeta la tête en arrière et éclata de rire – ironie ou nervosité, l’inspecteur n’en avait aucune idée. Wagner observait toujours le jeune acteur.

« Si vous pensez que Jan m’est soumis de quelque manière que ce soit, vous vous trompez.

− Mais il vous admire beaucoup… »

Et je me demande bien pourquoi, se retint de continuer Terwull, craignant de perdre patience et de gifler cette belle gueule à tour de bras. Le morveux, bien qu’aussi blond que son cousin Wolfram, n’en avait pas la tronche digne d’une affiche de propagande du Troisième Reich, avec son nez particulier, très légèrement busqué, et ses traits plus délicats. C’eût été du gâchis que de lui refaire le portrait à la barbare.

« Il y a une différence entre soumission et admiration, je ne l’ai jamais contraint à quoi que ce soit.

− Que pensez-vous de ses amitiés ? Avec Zoé, notamment ?

− Quoi ? s’exlama-t-il. Mais quel est le lien avec…

− Répondez-moi. Ou bien si j’apprends qu’elle est morte, je trouve une raison de vous coffrer. »

Lukas soupira bruyamment et posa les coudes sur le bureau.

« Pour être tout à fait honnête, que du positif. Je suis heureux qu’il ait une amie proche, aussi excentrique que lui.

− Et vous-même, comment percevez-vous cette jeune fille ?

− C’est complètement ridicule…

− J’espère pour vous que son cœur s’est remis à battre correctement.

− Eh bien… Rien de négatif. Elle est très… »

Il suspendit sa phrase et sembla, pour la première fois de l’entretien, réfléchir un instant.

« Spirituelle. Il lui arrive de me faire rire. Mais c’est l’amie de Jan, pas la mienne.

− Sachez qu’elle vous a défendus, Jan et vous. Parce qu’elle croyait que vous étiez les suspects numéro un. »

Lukas Finsterwald ne pipa pas mot, impassible et aussi immobile qu’une statue de marbre. Bien que partagé quant à son attitude – jouait-il la comédie où n’avait-il tout simplement pas de cœur ? – Terwull n’était sûr que d’une chose : ce garçon n’était pas franc du collier.

« Et elle n’a pas tout à fait tort.

− Puisque je vous dis que Beate est repartie vivante, cette nuit-là…

− Vous faites donc logiquement partie des suspects, puisque vous êtes l’un des derniers à l’avoir vue en vie…

− N’importe qui dans les environs…

− Vous descendez du docteur Rudolf Wolf, médecin un peu particulier et membre du parti nazi, mort il y a soixante ans, saigné tout comme les jeunes filles retrouvées à Mödling et Baden – dont votre ‘coup’ du Roter Engel, et comme le loup retrouvé à Währing… Sans compter que votre charmant cousin Odon qui, selon le rapport médical, se prend pour un loup, est également un suspect. Vous avez pas mal d’antécédents familiaux. Avouez, monsieur Finsterwald, que cela, additionné à votre présence au Roter Engel la nuit où Beate a disparu, fait beaucoup de coïncidences. »

Le merdeux ne se départit pas de sa froideur.

« Pouvez-vous dire à votre guignol chevelu de cesser de me fixer comme ça ?

− Vous avez entendu comment il vous appelle, Wagner ?

− Oh que oui.

− Voyons, monsieur Finsterwald ! s’écria Terwull, prenant un ton faussement outré. Vous jouez devant des centaines de personnes, vous n’allez pas vous formaliser pour un seul péquin qui vous regarde avec un peu trop d’insistance !… Craignez-vous d’évoquer le lien entre cette affaire et votre famille ? Ça n’a pas effrayé Wolfram outre mesure, et il n’a fait aucune difficulté pour nous donner accès au dossier d’Odon…

− Wolfram, vous dites ? »

Il poussa une exclamation excédée.

« J’imagine que vous avez dû en parler à Jan ! C’est pour ça qu’il se sentait mal tout à l’heure !… Pour moi, c’est juste de la curiosité malsaine de petits fonctionnaires envers une famille aisée et influente qui a le malheur d’avoir un passé. Remuer tout ça n’apportera rien à votre enquête. Personnellement, j’en ai fini avec vous ce soir. Je ne changerai pas ma version des faits d’un iota. »

Il se leva prestement, sans même donner à Georg le temps de protester, et renfila son manteau. Sortie très théâtrale s’il en était. Sperling suivit des yeux ce beau spécimen jusqu’à ce qu’il passât la porte. Wagner et Terwull restèrent sans bouger pendant quelques secondes, mais avant qu’ils échangeassent le moindre mot, Lukas revint sur ses pas :

« Pourriez-vous m’indiquer dans quel hôpital a été transportée Zoé ? Jan voudra certainement la voir. »

*

Ulrike avait penché la tête en arrière sur son siège de bureau. Terwull et Wagner se tenaient en face d’elle, à moitié suffoqués par l’atmosphère saturée d’encens, et les rétines agressées par la lampe d’ambiance projetant lumière violette sur les meubles froids et sans aucun cachet de la pièce.

« Tu n’en fais pas un peu trop, madame la commissaire ?

− Non, non, non… C’était une journée de merde…

− Peut-être, mais on a quelque chose à se mettre sous la dent… Enfin bien sûr, ce serait mieux si la petite brune n’avait pas échoué à l’hôpital… crut bon d’ajouter Wagner. J’avoue qu’elle m’a fait un peu peur. »

Georg se laissa tomber sur une chaise, tandis que Wagner s’appuyait nonchalamment à un bloc de classement particulièrement hideux.

SWCH16009« Accouchez, Wagner, vous qui avez assisté aux interrogatoires. Visiblement, vous mourez d’envie de vous exprimer…

− Aucun d’entre eux n’est parfaitement clair.

− Et c’est vous qui dites ça ? lui lança Ulrike en daignant se redresser. C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité, non ?

− Ce que je veux dire, c’est que ces trois-là ont… des secrets, ou du moins, ils ne se sentent pas à l’aise avec eux-mêmes. Ce n’est peut-être pas bien grave, et ça n’a peut-être aucun rapport avec cette enquête, mais il a bien fallu quelque chose à la petite Française pour la stresser au point de se battre avec ses colocataires, et de lui causer une attaque. Cette fille est stressée, tendue, raide. Surtout quand vous lui parlez des deux cousins. Vous l’avez bien vu, vous aussi.

− Si vous aviez parlé avec cette petite conne de colocataire, vous auriez compris… En même temps, rien n’est vraiment facile pour elle en ce moment : elle est loin de sa famille, dans un pays qui n’est pas le sien, elle a changé de boulot il n’y a pas si longtemps, ses colocataires la font chier…

− Georg, bon sang, tu m’as dit que ça fait deux ans qu’elle est là, si c’était si dur pour elle, elle serait déjà rentrée en France. Tu as un point de vue biaisé, tu es attendri parce qu’elle est l’amie de ta fille… soupira la patronne en se massant les tempes. D’ailleurs, tu devrais peut-être rentrer voir Tristana et lui dire pour Zoé… »

L’inspecteur se préparait mentalement à affronter la colère de Tristana. Encore. Sans doute le rendrait-elle responsable de l’attaque de Zoé… Avec un pincement au cœur, il repensa aux propos de Jan quant aux colocataires de la jeune fille, ainsi qu’à ceux de Clara la veille. Ils ne pouvaient tout de même pas la laisser abandonnée à son sort alors qu’elle avait des soucis de santé et que sa famille ne pouvait rien pour elle ?

« Cette fille est une boule de nerfs. Elle est gracieuse et se maitrise à la perfection, mais je dois avouer que je m’inquiète pour elle…

− Ne soyez pas fleur bleu, Wolfgang ! aboya Ulrike. Ce n’est pas parce que vous lui avez tenu la main en attendant les secours…

− De mon côté, je l’ai trouvée très changée, renchérit Terwull. Il y a encore quelques temps, c’était une jeune fille un peu maladroite dans sa façon de bouger, avec des nattes à la Fifi Brindacier. Hormis la coupe de cheveux, il y a un truc…

− Elle a dû se faire grimper, tout bêtement ! On ne va pas en faire un plat ! s’emporta la commissaire. Avec tous les beaux garçons qui gravitent autour d’elle, ça doit être ça ! Sinon, je ne vois pas comment elle a pu tenir sans exploser ! »

Wagner éclata de rire, mais les élucubrations de Huber n’amusaient que moyennement Georg. Commençant à appréhender les nombreuses compétences et aptitudes de Monsieur Loup, ses inquiétudes ne lui disaient rien qui vaille…

« J’ai bien vu que les trois témoins de cet après-midi vous attirent particulièrement, Wagner… Que vous suiviez chacun de leurs mouvements avec grand intérêt… Vous pensez quoi des deux merdeux Finsterwald après observation dans leur ‘milieu naturel’ ?

− Je me trompe peut-être, mais il semble qu’ils prennent la mouche dès qu’on touche à l’autre. En plus, vous mentionniez récemment des week-ends à Baden. Vous avez vu la population de Baden ? Qu’est-ce que de jeunes gens peuvent faire là-bas ? Je ne vois pas les deux cousins prenant les eaux avec des mémés ou accompagner des vieux beaux au Casino… Quant au qualificatif de merdeux… Je suis partagé. »

L’inspecteur étira ses jambes devant lui.

« Dites-moi tout.

− Je pense ne rien vous apprendre en vous disant qu’ils ne sont pas francs à cent pour cent. Il y a quelque chose en eux, je ne saurais pas vous dire quoi, qui m’intrigue. Concernant la soirée, ils vous ont donné pas mal de détails, j’en suis sûr. Du moins ce qu’ils estiment nécessaire. Mais je crains que les mystères de cette famille ne soient plus profonds que l’appartenance de l’ancêtre au parti nazi. Ils pourraient se révolter, dire qu’ils n’en ont rien à battre et qu’ils ne sont pas responsables… Ce n’est pas le cas.

− Peut-être parce qu’ils adhèrent, tout bêtement ?

− Peut-être. Ou bien ils ne veulent tout simplement pas qu’on vienne fourrer le nez dans leurs histoires, parce qu’ils en ont honte. Et puis Lukas est acteur, imaginez l’impact sur sa notoriété si l’on apprenait pour ses antécédents familiaux… Je pense qu’il n’y a pas que ça. Vous avez vu Jan ? Il était passablement énervé quand vous avez parlé de ses frères, cela ne fait aucun doute. Et il frottait ses poignets. Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais quelque chose l’a perturbé. Odon, Wolfram… S’il ne peut pas blairer ses propres frères, il y a forcément une raison… Quant à son cousin…

− Aussi beau qu’il est con, nous a dit Sperling… laissa échapper Ulrike. N’oubliez pas qu’on n’a rien contre eux tant qu’Horvat, Ferenszi et Weber n’ont pas épluché toutes les images de la sécurité du club… »

Terwull sourit à l’évocation du commentaire de la petite Sperling, revoyant en esprit le dépit sur son visage enfantin. Mais Wagner, comme d’habitude, tint à ménager ses effets en leur assenant la réflexion fatale.

« C’est un très bon acteur et je prédis qu’il arrivera à nous faire chialer dans sa prochaine pièce. Il nous a fait son numéro d’emmerdeur à la perfection, en restant parfaitement calme. Mais aussi bon qu’il soit, il ne maîtrise pas les battements de sa carotide. Je peux vous dire que ça palpitait, là-dedans… Quelque chose l’a énervé ou carrément terrifié. »

©Blanche Montclair


Et voilà, nous y sommes. Terwull a enfin fait la rencontre des deux beaux cousins. Pour votre plus grand plaisir, je l’espère, et il n’est pas au bout de ses peines avec ces deux zigotos-là. Et vous donc, que pensez-vous de l’attitude des deux garçons?… 😉 Avez-vous quelques idées sur l’évolution de la chose? Vous demandez-vous ce qui a amené Jan à s’installer chez son oncle Markus? Et que diable pensez-vous de cette proximité affichée entre lui et Lukas?… 🙂 Vous en saurez bientôt plus, et je vous retrouve très vite avec un nouveau flashback dans le Vienne des années 1950 qui vous fera frissonner!

Si vous prenez Le Sang des Wolf en cours de route, je vous invite à découvrir son résumé, son prologue (très important!) et à vous reporter à la table des matières! En attendant, je vous souhaite une excellente lecture! 😉 À très vite sur la blogo!

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

2 réflexions au sujet de « Le Sang des Wolf – Acte II – Chapitre XVI – 2ème Partie »

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