Le Sang des Wolf – Acte II – Chapitre XII

« Je peux vous confirmer que tout est sa place. On ne nous a rien dérobé du tout. » déclara une voix calme et posée dans le fond de la pièce.

Le ton assuré résonnait étrangement dans la pénombre de la bibliothèque, laissée sans lumière, hormis celle des rayons de lune entrant de l’extérieur. La vieille Skadi scrutait le parc, majestueux sous l’astre nocturne. Son compagnon au capuchon rabattu et au regard de feu follet lui faisait face, bras croisés devant lui. Quatre silhouettes se mouvaient vaguement, hors du carré lumineux dessiné par la fenêtre sur le tapis. On ne voyait d’elles que des paires d’yeux luisant dans l’ombre, tels une constellation d’étoiles.

« Tu es bien sûr de ce que tu affirmes ? demanda l’ombre au capuchon.

− Tout à fait. Tout était à sa place. Aussi, je ne comprends pas ce qui a pu se passer. Il y a peut-être une erreur d’interprétation de la police ou de notre part ?

− Non. Ma source est formelle… »

Skadi fronça les sourcils, comme prise d’un doute.

« Il a bien fallu que quelqu’un ait accès aux archives, sinon, comment ? Dites-le moi… Qui peut les voir parmi nous ?

− Dans cette pièce, nous ne sommes que trois à avoir l’autorisation de les consulter, intervint une femme. Sans compter les trois autres qui ne sont pas présents ce soir, et que nous n’avons pas vus depuis des mois, et qui m’ont assurée au téléphone que rien n’avait bougé. S’ils avaient voulu y vérifier quoi que ce soit, ils nous auraient forcément mis au courant… Et puis ce n’est pas le genre de paperasse qu’on lit comme un magazine. Je soupçonne que personne, pas même vous, Oskar et Skadi, n’y a jeté un œil depuis… – Elle hésita. – Depuis une trentaine d’années au moins.

− Peut-être que nous nous sommes trop relâchés au niveau de la sécurité… avança la première voix, toujours avec calme, coulante et murmurante comme un ruisseau. Rappelez-vous il y a quelques mois. Quand nous avons dû les déplacer et les garder chez nous pendant les travaux dans l’aile Est… »

Un silence pesant accueillit ces paroles. Des coups d’œil brillants et suspicieux furent échangés devant Skadi qui tressaillit. Un raclement de gorge se fit entendre. La seule ombre restée silencieuse s’exprima enfin, grondant plus qu’elle ne parla.

« Qu’est-ce que tu insinues ?

− Je n’insinue rien du tout. À ce moment, n’importe qui aurait pu avoir accès aux documents, c’est tout. Le fait est que n’importe lequel de tes enfants aurait pu, s’il le désirait, entrer chez moi et jeter un coup d’œil. Ils ont passé pas mal de temps avec les garçons récemment… Tout le monde sait qu’ils étaient encore tous ensemble ce vendredi soir. Nous pouvions difficilement passer à côté…

− N’essaie pas de détourner la conversation, s’insurgea une autre voix. Restons-en aux archives… Ils ne savaient rien de tout ce qui se passait à ce moment-là.

− Rappelez-vous, notre ami Hofmeister a été cambriolé à ce moment. Il a assuré que son coffre n’a pas été forcé, mais qui sait, maintenant ? tempéra leur compagne. Ça ne nous aidera pas de rejeter la faute sur les uns et les autres… »

L’homme encapuchonné décroisa les bras et de son doigt ridé, gratta l’intérieur de son poignet – seul geste de nervosité que ses interlocuteurs lui eussent jamais vu. Il se tourna vers eux avec un soupir rauque.

« On ne peut pas écarter cette hypothèse non-plus, bien que cela me peine…

− Bien sûr, qui va croire cela… rétorqua celui qui avait pris la défense des jeunes gens quelques instants auparavant. Je sais très bien ce que tu penses…

− Ce n’est pas le moment ! trancha Skadi. En effet, j’ai mes idées là-dessus. Ce que je dis, c’est que nous ne pouvons écarter aucune piste. Pas même celle d’un traitre dans nos rangs. Et nous avons d’autres problèmes, que tu ne devrais pas négliger… »

Deux des présents soufflèrent bruyamment, agacés. Skadi s’assit sur la banquette près de la fenêtre, dos à la lumière lunaire. Son ombre s’allongea sur le tapis. On ne vit d’elle que ses prunelles jaunes, brûlant comme deux minuscules soleils. Prenant une profonde inspiration, la vieille femme annonça :

« J’ai reçu un appel de Wolfram. La police est sur la piste Finsterwald. Cet inspecteur Terwull, que nous avons mentionné la dernière fois, qui est sur le coup, est passé au bureau de Wolfram pour l’interroger au sujet d’Odon. Apparemment, c’est lui qu’il soupçonne pour le loup saigné de Währing et pour la jeune fille à Mödling. »

Des pouffements étouffés dans le noir. Skadi darda un regard noir sur les deux opportuns calés contre un rayonnage.

« Décidément, il ne faut pas s’étonner de l’attitude de votre progéniture si à plus de cinquante ans vous vous conduisez encore comme des adolescents ! En quoi cela vous amuse-t-il ?

− Ce qui nous amuse, c’est que dès le début de cette histoire, nous savons très bien que chacun d’entre nous a pensé, même furtivement, à Odon.

− Pour une fois que nous sommes d’accord !

− Cela suffit !

− Moi aussi, j’y ai pensé, avoua la femme. N’oublions pas qu’il court toujours et que nous n’avons pas la moindre idée de là où il se trouve…

− Mais il ne peut pas s’être échappé et avoir agi seul, trancha l’homme à la capuche, promenant son regard flamboyant sur l’assistance. Rappelez-vous. Son évasion de Blauberg a eu lieu au moment où, justement, la cousinaille était en vacances dans le Tyrol.

− Je ne te permets pas…

− Arthus, ça suffit ! aboya Skadi. Sois raisonnable et cesse de les surprotéger ! Ils seront surveillés, comme les autres ! Il est hors de question qu’ils attirent un peu plus l’attention, au cas où ce Terwull nous approche de trop près. »

Des grondements menaçants montèrent de deux gorges, et deux paires d’yeux jaunes et emplies de colère fusèrent dans l’ombre, avant de s’évanouir. Les deux hommes retrouvèrent cependant leur contenance très vite. Leur compagnon encapuchonné s’installa auprès de Skadi et posa dignement les mains sur ses genoux.

« Skadi et moi en avons parlé, et nous sommes d’accord. Plus personne à Baden le weekend.

− Comment ça ?

− Nous ne pouvons plus surveiller les activités de vos jeunes dans la forêt. S’ils restent à Vienne, ils vont peut-être se tenir un peu plus tranquilles. Après ce qui s’est passé à Augarten il y a deux jours, les parcs de la capitale sont tellement surveillés qu’ils auront beaucoup moins de marge de manœuvre pour s’adonner à des activités suspectes…

− Si activités suspectes il y a…

− D’un autre côté, réfléchis, ça n’est pas plus mal… Ça leur mettra un peu de plomb dans la tête, et ça nous fera un sujet d’inquiétude en moins.

− Arthus tu es un faux-jeton de première !

− Et toi un inconscient trop protecteur qui passerait le moindre caprice aux garçons ! Il faudra qu’on en reparle toi et moi, parce que… »

Skadi se raidit et foudroya du regard les deux importuns.

« Nous ne vous demandons pas votre avis. Les garçons doivent se tenir à carreaux. Wolfram, aussi arrogant et têtu soit-il, l’a compris. Il a demandé à ce que nous prenions sa mère à Baden pendant quelques temps, afin que les histoires sur Odon ne viennent pas la perturber plus… Vous savez comme elle est fragile…

− Cela va sans dire. Mais j’aimerais qu’on arrête de s’acharner sur eux à tort et à travers. Il y a bien la nombreuse descendance de Blühenthal à surveiller si je ne m’abuse. Les enfants de Justus ne sont pas des saints non-plus. Odon est peut-être un fêlé, mais il serait temps qu’on y regarde aussi de plus près du côté de ce merdeux de Wolfram, avant qu’il…

− Il ne nous a posé aucun problème jusque là, Markus. Mais ne t’en fais pas pour ça, nous le surveillons de très près également,  rassura Skadi. Pour le moment, il nous faut régler les problèmes existants. Et il se trouve que tu en abrites un sous ton toit. »

©Blanche Montclair


L’Acte II se poursuit donc cette semaine… avec une mystérieuse réunion du Wolfsrat, que vous avez découvert au Chapitre VII. Que diable complotent-il? Que savent-ils donc d’Augarten? Quels secrets cachent-ils et en quoi Zoé les intéresse-t-elle?…

Si vous prenez Le Sang des Wolf en cours de route, je vous invite à découvrir son résumé, son prologue (très important!) et à vous reporter à la table des matières! En attendant, je vous souhaite une excellente lecture! 😉 À très vite sur la blogo!

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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