Libérés, délivrés de Disney – La Reine des Neiges et autres contes (Hans Christian Andersen)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Dites donc, les p’tits loups, ça commence à faire un petit moment que les Aventures de Kyla dans Effacée et les contes squattent la chronique livre!… Mais ne vous en faites pas car bientôt…

… Vous serez LIBÉRÉÉÉÉÉÉÉÉS, DÉLIVRÉÉÉÉÉÉÉÉS… Car oui, en ce jour férié, je vais conclure mon exploration du monde des contes d’Andersen avec le recueil contenant La Reine des Neiges, histoire qu’on ne présente plus depuis le succès de Disney, adaptation de l’histoire éponyme parue au XIXe siècle – et certainement inspirée de récits folkloriques bien plus anciens. Mais en vous présentant cette histoire, je ne vous délivrerai pas seulement de l’univers des contes, mais aussi de cette soupe infâme en laquelle Disney a transformé ce récit à renfort de grosses ficelles tout sauf subtiles! 🙂 L’objet ne sera pas de cracher sur un dessin animé que vous avez peut-être aimé, mais de vous montrer un peu à quel point l’original est différent.

Je reviendrai également sur les autres récits qui émaillent le recueil, à savoir La Petite Poucette, La Cloche, Les Fleurs de la petite Ida et Les Cygnes sauvages, pour votre plus grand plaisir, je l’espère!

  • Les récits

Qui ne connaît pas l’histoire de la jolie Petite Poucette, aussi petite qu’un pouce, très librement adaptée par Don Bluth avec Poucelina? Une fermière qui souhaitait avoir un enfant plante un jour dans un pot une graine magique que lui a remis une sorcière. Une très belle fleur sort de terre avec une toute petite bonne femme à l’intérieur qui, de par sa taille, reçoit le sobriquet de Poucette. Choyée par sa mère et par les animaux de la ferme, la belle Poucette est tour à tour enlevée par un vilain crapaud et par un hanneton qui veulent l’épouser, avant de se retrouver seule, sans ressource et quasiment forcée de se marier avec une vieille taupe pour vivre sous terre. Elle va finalement s’enfuir et trouver l’amour avec un prince du peuple des fleurs, aussi petit qu’elle.

Dans La Cloche, les habitants d’une petite ville sont intrigués par un étrange tintement venant des bois. Si diverses explications sont trouvés, elles s’avèrent toutes fausses ou invraisemblables. Aussi un jour, des enfants sortant de leur cérémonie de confirmation, partent-ils en exploration dans la forêt pour trouver la provenance de ce son si mélodieux. Au fur et à mesure que les autres abandonnent, ne restent plus qu’un enfant pauvre et un fils de roi, qui par des chemins séparés rejoignent la même destination, une falaise donnant sur la mer au soleil couchant, et qui, éblouis par la beauté du spectacle, comprennent que ce qu’ils prenaient pour une cloche était en fait le bruit du ressac.

Les Fleurs de la Petite Ida nous raconte l’histoire d’Ida, une enfant amoureuse des fleurs et avide des contes merveilleux que lui narre un étudiant logé chez elle, parlant de fleurs qui organisent des bals pendant la nuit. Or si son entourage n’y voit que des sornettes, Ida y croit et souhaite surprendre les fleurs qui dansent… Aussi un soir, lorsque toute la maisonnée est couchée, se lève-t-elle en silence pour rejoindre le salon… Elle y assiste alors au spectacle le plus merveilleux et le plus étonnant qu’il lui ait été donné de voir… Car non-seulement les fleurs, mais aussi les objets prennent vie quand ils croient que les humains ne les voient pas…

Les Cygnes sauvage suit le destin de la jeune princesse Elisa et de ses onze frères aînés. Leur royal père a épousé en secondes noces une femme détestable qui a pris sa progéniture en horreur. Elle envoie la jeune fille chez des paysans et chassent les princes qui se changent en cygnes sauvages et s’envolent de par le monde. Lorsqu’à quinze ans Elisa rentre au château, c’est pour en être jetée dehors par sa marâtre jalouse de sa grande beauté. La princesse part alors à la recherche de ses frères, jusqu’au bord de la mer où atterrissent les onze cygnes, qui reprennent l’apparence des princes. Ils lui expliquent que victimes d’un sort, ils redeviennent humain dès que le soleil se couche et doivent pour cela trouver un endroit où se poser la nuit. Ils emmènent leur sœur par-delà la mer dans un pays magnifique, et l’installe dans une grotte. Une nuit, Elisa rêve de la fée Morgane qui lui révèle un moyen de délivrer ses frères de la malédiction qui les frappe, efficace, mais très douloureux pour elle.

Et enfin, at last but not least: La Reine des Neiges. Vous verrez que l’histoire originale n’a ABSOLUMENT rien à voir avec la très, très libre adaptation de Disney! On y retrouve deux enfants très amis, la petite Gerda et le jeune Kay, qui partagent absolument tous leurs jeux et qui s’asseyent souvent ensemble près des rosiers plantés par leurs parents en bas de chez eux. Or un jour, Kay reçoit dans l’œil un éclat du miroir du diable, qui déforme ses perceptions et ne le fait voir que ce qu’il y a de mauvais autour de lui. Il devient ainsi amer et ne s’intéresse plus ni aux jeux d’enfants, ni à Gerda… Et ce n’est pas tout: un autre éclat du miroir s’est planté dans son cœur et l’a gelé, rendant le garçon insensible… et attirant la Reine des Neiges. Un jour où Kay s’en va en ville, la Reine des Neiges l’emmène sur son traîneau blanc. Inquiète de ne pas voir revenir son ami, et malgré le mépris dont il a fait preuve à son égard depuis que son cœur s’est fermé, Gerda s’élance à sa recherche… En chemin, elle rencontrera sorcière, princesse et brigands avant de parvenir aux confins de la Laponie au palais de la Reine des Neiges…

  • Analyse

Commençons par un point de vue un peu plus personnel par rapport au précédent recueil: tous ces contes-là se terminent… bien, voire très bien, à la limite du naïf à mon goût! Pour le coup, ce serait presque du Disney! 😉 Plus sérieusement, il ressort de ces cinq récits un certain optimisme et beaucoup d’espoir. Au passage, je remercie Miss Butterfly qui tient le blog LeyArts, pour les liens intéressants qu’elle m’a envoyés au sujet des contes d’Andersen, qui me permettent d’élargir ma grille de lecture, l’œuvre du Danois étant pour moi plus obscure que celle de Grimm ou de Perrault!

Mais comme pour ses homologues allemand et français, on retrouve chez lui une certaine dimension morale à ses récits. On voit souvent ses personnages prier, remettre leur destin entre les mains de Dieu, mais cela va au-delà de la pure religiosité, certains de ses personnages les plus vertueux, en particulier les jeunes filles comme Elisa dans Les Cygnes sauvages, se sacrifiant pour ses frères, à l’image de La Petite Sirène. ou de Gerda qui part courageusement à la recherche de son ami Kay dans La Reine des Neiges. Pour ma part, je trouve que le sacrifice d’Elisa va très loin: la fée Morgane qui lui apparaît en rêve lui expose un remède pour ses frères, à savoir de leur tisser des tuniques avec de l’ortie, ce dont la princesse s’acquitte en secret pour ne pas inquiéter ses frères. Un roi passe un jour par là, tombe amoureux d’elle et l’amène à sa cour pour en faire son épouse, et Elisa continue de se cacher pour tisser ces tuniques, à tel point qu’elle en devient suspecte et est condamnée pour sorcellerie. Elle poursuit sa tâche en cellule, puis sur le chemin du bûcher jusqu’à être sauvée in extremis quand elle jette sur ses frères ces tuniques qui lui ont valu cloques et soupçons terribles. Le roi gagne ainsi de garder auprès de lui son épouse bien-aimée et de connaître ses onze beaux-frères. Ceci dit, même si l’on a du mal à croire que quelqu’un puisse se sacrifier de la sorte, cette mission secrète de la jeune fille ajoute un peu de complexité au récit et l’enrichit beaucoup par rapport au schéma classique du conte. J’irais jusqu’à dire qu’il y aurait un petit suspense… 🙂

De plus, ce sacrifice n’est pas subi, si j’ose dire, puisqu’il s’agit d’un choix délibéré des personnages: Elisa choisit de tisser ces tuniques pour ses frères, Gerda choisit d’aller à la recherche de Kay. Les personnages en chient et se découragent parfois, mais ils serrent les dents et continuent d’avancer parce qu’ils pensent faire ce qui doit être fait. Et pas parce que c’est ce qu’on attend d’eux comme dans les contes de Perrault.

Ces histoires explorent d’autres thèmes chers à Andersen, comme l’émotion qui se heurte à la raison. Pour le coup, je ne saurais vous citer de conte en particulier, puisqu’il m’a semblé qu’ils obéissaient tous à cette idée. Si je m’en réfère aux Cygnes sauvages précédemment cité que j’ai trouvé très beau, on ne peut douter de cet attachement, au-delà du raisonnable, d’Elisa pour ses frères puisqu’elle est prête à endurer mille souffrances pour eux… Dans La Petite Poucette, c’est également l’émotion qui pousse l’héroïne à s’enfuir parce qu’elle craint de ne plus jamais revoir la lumière du jour si elle épouse la taupe (et comme je la comprends, ce n’est quand même pas hyper sex’, une taupe…)… et ce pour son plus grand bonheur, puisqu’elle trouve enfin le lieu où elle doit être. Dans La Cloche, c’est un véritable sentiment de grandeur qui lie les deux garçons à la fin de l’histoire, au point de leur faire oublier leur différence sociale. Dans Les Fleurs de la petite Ida, la fillette refuse d’écouter les esprits chagrins qui méprisent les histoires merveilleuses de l’étudiant, lui reprochant de mettre des sornettes dans la tête des enfants, ce qui la conduira à voir des fleurs danser et à entendre les dernières volontés des roses mourantes qui souhaitent être enterrées au jardin pour repousser plus belles.

Enfin, dans La Reine des Neiges, c’est ce « gel » du sentiment, si j’ose dire, et cette volonté de ne s’intéresser qu’au raisonnable du jeune Kay qui vont attirer la Reine des Neiges et le retenir prisonnier du palais de celle-ci, gardé captif par des jeux de patience, dans un état de raison aveugle aussi dévastateur qu’une passion dévorante. Face à cela, c’est l’émotion de Gerda, la chaleur de ses larmes, qui va faire fondre la glace dans le cœur du garçon… Et je ferais une petite parenthèse en ajoutant que ce n’est peut-être pas par hasard si le prénom de cette fille qui écoute son cœur, dévouée à son ami est Gerda, qui signifie « protectrice » en ancienne langue germanique? 🙂

D’un point de vue plus personnel, j’ai trouvé que cette sélection de contes était beaucoup plus optimiste, du moins plus positive, que celle lue dans le précédent volume, qui m’avait parfois révoltée par leur absurdité. Sans doute du fait de mon point de vue de lectrice du XXIe et d’incorrigible shootée à l’espoir par ces temps pas faciles! 😉 Certes les personnages continuent de souffrir, mais quelque part, même quand tout n’est pas parfait, il reste une note d’espoir, comme pour les fleurs de la petite Ida qui meurent, mais repousseront plus belles quand la petite fille les aura replantées. Ainsi, l’enfant n’a pas de peine, la mort n’étant pas présentée comme quelque chose de négatif, une chose qu’il faut craindre, mais comme quelque chose de normal dans le cycle de la vie – quand dans La Petite fille aux allumettes ou dans La Petite sirène, la mort est une délivrance après maints tourments. Outre cette portée assez positive, je trouve ces histoires plus complexes et empreintes de merveilleuses, plus fascinantes à lire – hormis pour La Petite Sirène qui reste magnifique – de par leur richesse.

En regardant un documentaire dédié à Andersen sur Arte (coïncidence amusante, n’est-ce pas? 😉 ), j’ai appris que le monde à travers les yeux de l’enfance est l’une de ses marques de fabrique – dans les cinq contes de l’anthologie que j’ai lue, l’âge des personnages principaux ne va en effet pas au-delà de l’adolescence. La fin de La Reine des Neiges fait d’ailleurs la part belle au « cœur d’enfant » qu’on su garder les deux amis malgré le voyage et les épreuves qui les changent. Aussi l’enfance s’apparente-t-elle à un stade de la vie où l’espoir et la capacité d’émerveillement, d’imagination et l’émotion permettent de sublimer la misère. N’oublions pas que Kay et Gerda sont issus d’un milieu très modeste, et peut-être faut-il y voir le reflet de l’expérience personnelle d’Andersen qui a connu la pauvreté dans son enfance! D’où sans doute la dimension merveilleuse, le quotidien empreint de magie de nos jeunes héros. Si cela peut nous paraître naïf, je trouve tout de même intéressant de voir à quel point l’auteur s’est intéressé aux enfants et à leurs perceptions, sachant que ceux-ci n’ont pas toujours été considérés comme des personnes complètes ou des individus à part entière. D’aucuns ont même prétendu, à certaines époques, qu’ils ne ressentaient rien, vous rendez-vous compte?

Autre point que je soulignais déjà dans ma précédente chronique dédiée à Andersen, la force des personnages féminins. On pourrait y voir de gentilles filles un peu neuneu juste bonnes à se dévouer aux autres, parce qu’elles ne sont pas aussi bad-ass que certaines héroïnes d’aujourd’hui. On découvre pourtant des fillettes et des jeunes filles certes victimes de coups du sort (l’enlèvement de Poucette, la disparition de l’ami de Gerda, la solitude et la découverte de la malédiction lancée sur les frères d’Elisa…), capables de prendre des initiatives et de partir à l’aventure pour trouver ce qu’elles cherchent. Et ceci est tout de même pas mal à l’époque d’Andersen! 🙂

  • Conclusion

Ainsi s’achèvent – pour le moment! 🙂 – mes chroniques dédiées aux contes d’Andersen et aux contes en général. Je ne me désintéresse pas pour autant de ces classiques intemporelles. Je dois avouer que s’ils m’ont d’abord surprise, j’ai beaucoup apprécié les récits de l’auteur danois où les héroïnes ont un peu plus de répondant, d’initiative et ne sont pas de simples victimes comme dans l’univers de Grimm ou de Perrault. Il est bien sur des histoires que j’ai préférées, mais dans l’ensemble, ils sont tous riches et foisonnants, leurs motifs intemporels. Aussi pour cela, je vous conseille vivement de les redécouvrir… Ils sont vraiment beaux, pleins d’une sorte de poésie, et une véritable ode à l’enfance.

Pour ceux d’entre vous qui connaissez déjà ces récits, je serais très curieuse de savoir ce que vous en avez pensé! 🙂

Je vous dis donc à bientôt avec les prochains chapitres du roman, ainsi qu’avec de nouvelles chroniques dédiées aux livres et à la lecture, le temps que je trouve d’autres films à chroniquer, car diable que cela me manque! 🙂

Je vous souhaite une bonne journée à tous.

Blanche Mt.-Cl.


Titre: La Reine des Neiges et autres contes
Auteur: Hans Christian Andersen
Éditions: Éditions 84
Collection: Librio Littérature
96 p.
Parution: Novembre 2013
Prix: 2,00 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de “Libérés, délivrés de Disney – La Reine des Neiges et autres contes (Hans Christian Andersen)”

  1. J’adore redécouvrir les contes dans leurs versions originales, ils sont souvent bien plus porteurs de sens qu’on veut bien s’en souvenir. Je n’ai pas encore jeté mon dévolu sur ce petit recueil mais il me donne bien envie, surtout pour cette Reine des Neiges si divergente du Disney qu’on connaît 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. C’est vrai qu’au final, contrairement au Disney qui développe sur ses tourments et sa personnalité, on voit peu la Reine des Neiges. Elle est plus là comme une menace sous-jascente quand le récit se concentre sur les aventures de Gerda.

      Aimé par 1 personne

    1. J’aime beaucoup les contes également, je leur trouve une très grande richesse. J’ai eu la chance d’étudier ceux de Grimm en fac d’allemand! 🙂 Si tu aimes, j’y ai consacré pas mal de chroniques, dont une semaine thématique dédiée aux adaptions au printemps dernier si le cœur t’en dit. 🙂

      Aimé par 1 personne

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