Le Sang des Wolf – Acte I – Chapitre II

Ernst arpentait les rangées de tombes comme il le faisait pratiquement tous les matins avant l’ouverture au public. Amoureux de cet endroit, il avait participé à sa rénovation et le connaissait comme sa propre maison. Il en prenait soin à présent, pour sa communauté et pour lui-même. Il éteignait sa torche et contemplait les tombes, les mausolées et les arbres se découpant dans la semi-pénombre comme autant d’ombres chinoises. Beaucoup eussent trouvé cette habitude morbide, mais pour lui, ce vieux cimetière tenait plus du jardin romantique que du lieu de mort, peut-être à cause de la proximité avec le parc, mais également à cause de ses ondes. Ici, chaque monument, chaque gravure, chaque pierre, chaque motte de terre, était chargée d’histoire, et avait résisté aux ravages du temps et aux saccages des hommes. Ernst n’avait pas vécu cette période noire, mais on lui avait montré des photographies sordides du sol défoncé, des cercueils à moitié déterrés et des stèles brisées dans la boue après la guerre. Cela semblait si loin…

Ce matin était exceptionnellement froid, et la brume envahissait l’allée centrale sur laquelle s’engageait Ernst. Il sourit pour lui-même. Peut-être sa femme avait-elle raison, peut-être était-il bien un peu morbide pour aimer se balader ainsi dans ce décor de mauvais film d’horreur, en sachant quels fantômes le hantaient.

Un craquement inhabituel le tira de ses pensées. Plus surpris qu’effrayé, Ernst s’immobilisa, aux aguets. Le cimetière bruissa alors de toutes parts, le son semblait serpenter le long de l’allée. Un crissement, comme si quelqu’un courait sur les feuilles mortes.

« Qui est là ? » demanda Ernst, à présent anxieux.

Personne ne lui répondit. Le bruit de course cessa d’un coup, remplacé par un halètement frénétique comme il n’en avait jamais entendu.

« Est-ce que… Est-ce que ça va ? » se risqua-t-il.

Plusieurs halètements, en vérité. Ceux de plusieurs visiteurs… Ernst voulut allumer sa torche, mais ses mains tremblantes la laissèrent tomber avec un choc mou. Il s’agenouilla pour la récupérer. Mais alors qu’il tâtonnait sur le sol de l’allée, son sang se glaça dans ses veines et chaque poil de son corps se hérissa. Un souffle chaud passa sur sa nuque quand on grogna derrière lui. Un concert de grognements sourds montait de toute part, inhumain. Surnaturel. Menaçant. Puis il s’arrêta brusquement. Le silence retomba, assourdissant, sur le cimetière. Ernst exhala un long soupir. Secoué de tremblements qu’il ne pouvait réprimer, il abandonna la recherche de sa lampe et, lentement, se releva pour regarder autour de lui. L’aube n’allait pas tarder, il n’avait plus besoin de lumière artificielle pour distinguer les sculptures sur les tombes. Si quelque chose n’allait pas, il le verrait fatalement…

Et il vit. Des ombres mouvantes se détachaient entre les tombeaux et les stèles. Des ombres massives mais gracieuses, dotées de grands yeux luisants braqués sur Ernst. Il ne réalisa pas immédiatement ce en face de quoi il se trouvait. Ce ne fut que lorsque le plus grand animal tendit le cou pour émettre une longue plainte qui le secoua jusque dans les tripes qu’Ernst, saisi d’une terreur sans nom, tourna les talons pour s’enfuir à toutes jambes. Incapable de penser, il courut comme un dératé, il ne savait pas où. Il ne connaissait plus le cimetière. Il manquait de buter sur des pierres tombales ou foncer droit sur des arbres, tandis que ses poursuivants se rapprochaient dangereusement de lui en grondant de satisfaction, presque grinçants d’ironie…

Sa course s’arrêta brusquement, lorsqu’il heurta de plein fouet une stèle monumentale. Le choc le fit choir. Il crut que sa dernière heure était arrivée et il l’attendit les yeux fermés, tendu comme un arc et les bras enroulés autour du monument responsable de sa chute. Pourtant, rien ne vint… Reprenant son souffle, Ernst réalisa qu’il était toujours en vie. Ses muscles se décontractèrent et il se laissa couler jusqu’au sol. Dieu, que s’était-il passé ? Avait-il rêvé tout éveillé ? Ernst risqua un coup d’œil derrière lui. Rien. Les bêtes s’étaient volatilisées, tandis que le ciel grisant à l’est éclairait les lieux d’une pâle lumière, rassurante et bienfaitrice.

Il ne put cependant jouir bien longtemps de son soulagement. Sur le front qu’il avait collé contre la pierre, il reçut une goutte. Puis une seconde. Levant la tête pour en déceler la source, il réalisa qu’il s’agissait d’un liquide sombre, visqueux. Son cri lui resta bloqué dans la gorge lorsqu’il vit, au-dessus du soleil ornant le sommet de la stèle, de grands yeux jaunes sans vie et deux solides rangées de crocs qui, crispés dans un rictus d’agonie, dégouttaient de sang.

© Blanche Montclair


Si vous avez aimé ce chapitre, je vous invite à jeter un œil au prélude si vous ne l’avez pas encore lu, et à vous reporter à la table des matières, si vous avez pris l’histoire en cours de route! Je vous invite à attendre la suite et, si vous le souhaitez, n’hésitez pas à partager cette page avec vos amis et proches! 🙂 

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

2 réflexions au sujet de « Le Sang des Wolf – Acte I – Chapitre II »

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