Roi, enchanteur et prophète – Merlin (Stephen R. Lawhead)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour avoir continuer à suivre ce blog malgré les nombreux loupés de ces dernières semaines. Et enfin nous y arrivons: je vais pouvoir enfin partager cette lecture avec vous après moult rebondissements dans mon emploi du temps de ministre! 🙂

Sans doute vous souvenez-vous, au travers de différentes chroniques dédiées au sujet, de mon intérêt pour la légende arthurienne et ce qui s’y rapporte. J’ai récemment entamé Le Cycle de Pendragon et chroniqué son premier tome, Taliesin, qui suivait le destin de la princesse atlante Charis et du barde breton Taliesin, les parents du célèbre enchanteur Merlin… qui donne son titre au livre.

Je l’ai terminé récemment, après que de nombreux endormissements lors de mes voyages en train quotidien m’aient empêchée d’avancer aussi vite que je l’aurais souhaité! Et pourtant, dès que j’ai été plus en forme, je l’ai dévoré… Ainsi que vous ramène dans « L’Île des Forts », surnom de la Bretagne antique, auprès d’un jeune garçon très particulier…

  • Le parcours initiatique de Merlin

L’histoire nous ramène dans l’île de Bretagne, à la toute fin de l’Empire romain, quelques années après la fin de Taliesin.

Le jeune Merlin a grandi sans son père, Taliesin, assassiné peu après sa naissance. Il est élevé entre plusieurs mondes: celui du Peuple des Fées, surnom donné aux survivants atlantes dont est issue sa mère Charis et son grand-père le roi Avallach, celui du prêtre Dafyd, qui a marié et soutenu ses parents alors que leur amour n’était pas accepté, en charge de son apprentissage de la lecture et de la religion, et celui, celte, de son grand-père Elphin, de sa grand-mère Rohnwynn et du barde Hafgan qui avait déjà éduqué son père. Or celui-ci a décelé chez le jeune Merlin des dons encore supérieurs à celui de son géniteur et décide de le présenter aux autres druides. Or ceux-ci le rejettent, du fait de son adhésion au christianisme et de ses pouvoirs particulièrement puissants…

C’est de retour de ce voyage que le garçon, se perdant en forêt, est enlevé par de mystérieux êtres nordiques, le Peuple des Collines, chez qui il reste plusieurs années avant de revenir vers les siens, forts de son savoir. C’est alors que les choses s’accélèrent pour lui. Car Merlin est multiple. Merlin sera un roi, un hermite, un enchanteur… et finalement un prophète dont les visions annoncent l’arrivée d’un roi censé tirer des ténèbres l’Île des Forts. Il croisera alors les routes de Vortigern, Aurelius et d’Uther dit Pendragon…

  • La mise en place des grandes lignes du mythe

Le moins que l’on puisse dire est que cet opus est assez différent du premier, tout d’abord dans son style narratif. Je vais essayer de vous en dire le plus possible avec un minimum de spoilers, mais ma foi, ce ne sera pas évident. Et dès le prologue et cette première phrase: Ils allaient tuer Arthur. Vous vous rendez compte? Il n’en fallait pas moins pour provoquer chez moi un grand: « Mais nooooooon! » comme à chaque fois qu’il s’agit de mon personnage mythologique favori! Aussi avais-je très envie de connaître la chaîne d’événements qui allait mener à ce fait terrible.

En effet, le récit nous est raconté à la première personne, par Merlin lui-même, avec un certain recul qui donne au début du roman une petite coloration onirique où le lecteur vagabonde d’un souvenir à l’autre. Fort heureusement pour ceux d’entre vous que cela perturbe, l’histoire retrouve son cours linéaire à partir du moment où le jeune Merlin part en voyage avec Hafgan, sa mère Charis et l’ami de celle-ci, Maelwys, roi de Maridunum qui a abrité ses amours avec Taliesin et vu Merlin naitre, pour être présenter aux druides. Il leur fait alors une véritable démonstration de force en soulevant les pierres d’un anneau sacré…

C’est là que l’histoire démarre et devient réellement captivante, car le jeune Merlin est alors enlevé par une peuplade nordique appelée le Peuple des collines ou les sidhe – il semblerait que l’auteur, Stephen Lawhead, voie dans ces gens de petite taille l’origine des légendes du Petit Peuple ou incarnations de divinités celtiques maléfiques, les Sidhe que l’on croise à une ou deux reprises dans la série Merlin. Il faut dire que dans le livre, ce peuple n’a pas bonne réputation, mais Merlin apprend beaucoup à son contact, comme la maîtrise de son propre pouvoir de divination et la connaissance des plantes médicinales. La première partie du roman se concentre donc sur cette jeunesse riche d’apprentissage, et sur son retour parmi les siens. En chemin il rencontre la très belle princesse Ganieda, fille du roi Custennin, descendant d’autres Atlantes parvenus jusqu’à l’Ile des Fort, et il retrouve ses proches, dont Maelwys avec qui sa mère Charis se remarie après son départ, et qui fait de lui l’héritier de son royaume de Maidunum, plus tard renommé Caer Myrddin, ou la demeure de Merlin en langue celte. On y retrouve également la vénéneuse Morgian, demi-sœur de Charis et

La seconde partie a quelque de vaguement contemplatif et onirique. On y fait un bond dans le temps de plusieurs années, et l’on retrouve Merlin exilé dans une grotte, racontant à la louve qui lui tient compagnie les événements tragiques qui l’ont menés là, qui l’ont détruits alors qu’il était un homme comblé sur bien des points. Or, cet exil ne peut durer encore bien longtemps quand les événements se précipitent sur l’Ile des Fort avec l’avènement du roi Vortigern qui entend régner sur tous les Bretons. C’est alors que Merlin est tiré de sa retraite par les émissaires de celui-ci, puis par son ancien serviteur Pelléas qui n’a eu de cesse de le chercher pendant toutes ces années. Alors que bien des amis à lui sont morts, Merlin reprend le chemin de l’aventure, vers le royaume de Vortigern, puis vers celui de sa mère Charis et de son grand-père Avallach, dont les racines atlantes les préservent du vieillissement rapide des autres humains.

La troisième partie est vraiment celle que j’ai préférée, puisque tout se met en place. Je l’ai dévorée dans le train. En même temps, mieux vaut aimer la dernière partie d’un livre plus que les autres, qu’adorer les deux premières parties et être déçu par la dernière. C’est ce que l’on appelle finir en beauté, non? 🙂 Bref, Merlin y retrouve son lustre d’antan et fait figure de prophète, de par ses visions d’un grand roi venu pour unifier la Bretagne et lui faire connaître un âge d’or. Il voit cette personne en Aurelius, un dignitaire et guerrier romain d’une grande sagesse, épaulé par son demi-frère… Uther, qui se fera bientôt surnommer Pendragon sur les champs de bataille. Et comme c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes, je suis obligée de m’arrêter là. Le rythme de cette partie est plus enlevé, et ne peut manquer de susciter une véritable attente chez celui ou celle qui s’intéresse un tant soit peu à la légende arthurienne et qui attend la suite avec impatience – surtout avec ce terrible Ils allaient tuer Arthur du prologue! 🙂

Sinon, concernant l’écriture, elle est très belle quoique parfois très emphatique. N’oublions pas que Merlin est fils de barde, qu’il est un peu barde lui-même et soumis à des visions qui lui donnent une perception bien à lui du monde qui l’entoure. Bref, plus d’une fois le lecteur a l’impression d’avancer en plein rêve, comme dans une sorte de brouillard qui l’empêche d’en savoir plus que le narrateur. Ce n’est pas mal fait, d’autant plus quand on connaît la légende de Merlin qui semble avoir vécu plusieurs vies. Je comprendrais que ce qui ressemble parfois à une débauche d’effets de style puisse en rebuter plus d’un. Cependant, si cet aspect devait vous chiffonner, je vous conseille tout de même de vous accrocher jusqu’à la dernière partie du roman qui réserve de très intéressantes surprises!

Entre autres détails, cette atmosphère empreinte de magie qui n’est pas sans me rappeler Excalibur, m’a beaucoup parlé. Merlin y est certes dépeint comme un individu aux capacités surprenante, mais aussi comme un homme de chair et de sang, capable d’aimer, de pleurer et de souffrir jusqu’à la folie. En même temps, au vu de ce qu’il subit dans l’histoire, on serait traumatisé pour beaucoup moins que ça, c’est moi qui vous le dis!

Comme je l’évoquais plus haut, Merlin est chrétien. En revanche, ne vous imaginez pas qu’il soit élevé dans un esprit obscurantiste, que nenni. Cette présence du christiannisme est très intéressante du fait qu’elle se couple avec l’Histoire en filigrane, à savoir la chute de l’Empire romain et l’évolution de l’Eglise qui se met doucement en place. A cette époque où tous les dogmes n’étaient pas en place, on croise au milieu des ambitieux qui gravissent les échelons du clergé, des religieux d’une profonde humanité, tel Dafyd, le précepteur de Merlin, voire, même si ce n’est pas développé, des moines mariés vivant en communauté avec leurs épouses. Les chrétiens eux-mêmes, si souvent dépeints comme rigoristes face au naturel des païens, ne sont pas soumis à des restrictions dans leur quotidien, comme on se l’imagine trop souvent (et pour avoir fait un peu d’histoire, laissez-moi vous dire que même après divers conciles qui décidèrent du dogme, les médiévaux sont restés de sacrés petits coquins avides de bien des plaisirs! 😉 ). Aussi, malgré un parti pris narratif différent, on retrouve les éléments « atmosphériques » et historiques qui m’ont fait aimé le premier tome du cycle.

  • Le personnage mythique de Merlin

Je vais tenter d’être aussi brève que possible, aussi je demande d’avance pardon aux puristes pour certaines approximations. C’est que concernant les personnages du mythe arthurien, il y a largement de quoi écrire une thèse. L’histoire a tant de variantes, de personnages-clés, d’issues, d’enjeux, de raisons… Qui n’a pas entendu parlé de Merlin l’Enchanteur, au moins par le biais du dessin animé éponyme de Disney? 🙂 Merlin est un personnage incontournable de la culture occidentale, de par la « matière de Bretagne » – les textes médiévaux et hauts médiévaux rapportant les hauts faits de grands personnages ayant vécu à la fin de l’Empire romain, rois, bardes ou autres magiciens, et par les nombreux romans de chevalerie qui en ont découlé tout au long du Moyen-Âge, avec une dimension plus chrétienne. Je reviendrai dessus lorsqu’il s’agira de parler d’Arthur.

Merlin, alias Myrddin – c’est ainsi que l’appellent son grand-père paternel Elphin et le barde Hafgan, est aussi connu comme étant l’Emrys, une sorte d’élu. En latin, on l’appelle aussi Ambrosius ou Merlinus. L’origine de son nom est incertaine, que cela vienne d’une racine sémantique désignant la mer, ou bien d’une sorte d’oiseau. Le merle, ou un faucon. C’est cette dernière hypothèse que choisit Stephen Lawhead dans son Merlin. En effet, Charis le nomme d’après un oiseau qu’elle domestique dans le premier volume.

D’après la légende, Merlin a été enchanteur, prophète, fou. Fils d’une vierge possédée par le démon, il tient ses pouvoirs du côté paternel, mais décide de vouer sa vie au bien, notamment en servant Dieu. Je suppose que cela est un ajout du Moyen-Âge à une période où un héros se devait d’être chrétien, et ce contenu est ré-utilisé par Lawhead, puisque le jeune Merlin a été élevé chrétiennement. Selon le mythe, il détient de nombreux savoirs, souvent innés – astronomie, plantes médicinales, langage animal, etc. … et a régulièrement besoin de renouer avec la vie sauvage en se terrant dans la forêt. Il est connu pour être tomber fou amoureux de sa sœur Ganieda, et de la fée Viviane, qui le piège dans une grotte après lui avoir soutirer de puissants enchantements – ainsi, Merlin, aussi grand soit-il, n’en reste pas moins un homme à la chair faible, et cette humanité est mise en avant dans l’œuvre de Lawhead. Selon certaines versions, ce serait l’enchanteresse Morgane – ici Morgian – qui le piègerait. Dans l’ouvrage ci-présenté, on devine la profonde rivalité qui va opposer Merlin et sa tante Morgian, une femme puissante et vénéneuse, tandis qu’il s’éprend de Ganieda, comme lui d’ascendante atlante.

Mais plus que ses déboires avec la gent féminine, c’est comme faiseur de rois que l’on se souvient de Merlin, notamment avec l’épisode de la cour de Vortigern (le roi Vertigier dans certaines versions francisées du mythe) où le roi lui demande de résoudre le problème suivant: à savoir vaincre les dragons qui se battent sous terre, l’empêchant d’ériger une tour qui ne cesse de s’écrouler. Merlin aurait également permis à Uther Pendragon de se faufiler dans la chambre d’Ygerne, épouse de son allié Gorlois, en prenant l’apparence de son ami, et c’est lors de cette nuit torride qu’Arthur aurait été conçu. L’enfant étant en danger quant au doute planant sur la paternité, il est enlevé à sa mère pour être mis à l’abri, protégé par Merlin jusqu’à ce qu’il soit capable de retirer l’épée surnaturelle d’Uther de la pierre où celui-ci l’a fichée en mourant. Cette partie de l’histoire est très librement ré-interprétée par l’auteur du Cycle de Pendragon, Ygerna n’étant que la fille de Gorlas, promise à Aurelius le frère d’Uther. Mais de cela je ne peux plus parler sans trop vous en dire! 🙂

S’il en est besoin, je développerai plus sur Merlin en tant que protagoniste du mythe dans les chroniques dédiées aux prochains volumes du cycle.

  • Conclusion

Et voilà, encore une fois, j’ai aimé un ouvrage de fantasy alors que ce n’est pas un genre que j’affectionne en temps normal, qu’il s’agisse de l’atmosphère et du personnage principal – la seule qui m’irrite un peu de par sa perfection est Charis, la mère de Merlin, que je préférais en chieuse dans le premier volume. 😉

Après, le mythe arthurien est une histoire aussi riche que sublime, qui peut être ré-interprétée de bien des manières tout en restant passionnante et cohérente, et sa dimension légendaire fait que l’on peut prendre bien des libertés, puisqu’il n’y a aucune vérité historique (bien qu’Arthur puisse avoir existé, mais pas tel qu’on l’imagine dans la geste de Bretagne) à respecter à la lettre. Aussi, à l’aune de ce second volume, je peux dire que Le Cycle de Pendragon me plait toujours autant, et  je persiste à vous recommander cette très belle saga.

Seulement, j’ai maintenant hâte de me coller au prochain volume, qui entre ENFIN dans le vif du sujet… Arthur. Oh oui, j’ai hâte de savoir ce que Stephen Lawhead a fait de mon personnage mythologique préféré, et quel va être ce roi censé inaugurer un âge d’or en Bretagne. Si c’est un héros en puissance, si c’est une foutue saloperie qui va finalement faire le bien… Je suis très curieuse. 🙂 Mais cela, nous le verrons dans le tome III du Cycle!

Je vous dis donc à bientôt pour de prochaines chroniques et créations sur Les Mondes de Blanche, en espérant vous avoir donné envie de découvrir Le Cycle de Pendragon! 🙂 Je reviendrai assez vite avec une chronique livre, car je viens encore d’en terminer un! 🙂

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Cycle de Pendradon, tome 2 – Merlin
Auteur: Stephen R. Lawhead
Éditions: Livre de Poche
Collection: Livre de Poche
574 p.
Parution: Janvier 2007
Prix: 7,60 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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