La virée en Enfer d’une ado morte – Damnés (Chuck Palahniuk)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

61FqR4bvN+LÇa y est, vous direz-vous: « Enfin une chronique livre sur ce blog! » 🙂 Et boudiou, comme disaient les Inconnus, c’est pas Pardaillou qu’est d’retour, mais Blanchouille la Fripouille avec un nouvel ouvrage! Et pour couronner le tout, j’écris cette chronique alors que j’avais décidé de commencer par Merlin, mais cette chronique-là nécessitant quelques recherches, je vais commencer par un article un peu plus bref. 🙂 Merlin viendra ensuite. 🙂 (N.B.: Au passage, j’ai enfin terminé mon fameux devoir de graphisme! Youhouh!)

Je reviens donc avec Damnés, de Chuck Palahniuk – à qui l’on doit Fight Club, un livre que je n’ai pas encore lu mais dont j’ai adoré l’adaptation filmée avec Edward Norton et Brad Pitt très en forme. Le livre présenté ici raconte une histoire insolite qui vous emmènera littéralement en Enfer…

  • Vie et mort de Madison Spencer

La jeune Madison, grassouillette et mal dans sa peau, treize ans, est morte. Elle se réveille en Enfer, mais n’a aucune idée de ce pourquoi elle s’est retrouvée là.  Enfermée dans une cellule crasseuse au sol jonché de pop-corn moisi, au milieu d’autres âmes damnées torturées par des dieux antiques déchus et des démons sortis de la Bible, elle fait la connaissance de Babette, une jeune bimbo aimant les articles de luxe de contrefaçon, Patterson, un footballer baraqué, Léonard, un jeune intello fan d’échecs et Archer, un punk à la crête bleue aussi rebelle que sympa. D’abord méfiante au milieu de ces autres défunts, elle va découvrir en Enfer un monde étrange, une vie après la vie qui, si par certains aspects elle ressemble à celle des vivants, s’avère riche en rebondissements, et en aventures aussi glauques qu’insolites avec sa nouvelle bande…

Mais bien souvent, Madison repense aussi à son existence dans le monde des vivants. Elle y était la fille d’une star hollywoodienne et d’un producteur de cinéma. Elle fréquentait des pensionnats suisses mais aussi des soirées arrosées au milieu du gratin d’Hollywood, voyageait en jet privé pour rallier les différentes demeures de ses parents autour du monde… Mais surtout, elle y était très seule…

  • Satire sociale…

S’il est une chose qui frappe dès les premières pages, c’est le regard désabusé de cette adolescente pourtant privilégiée sur sa propre condition, sur les grands principes de ses parents et sur le monde qui l’entoure en général. Ce récit à la première personne alterne des scènes en Enfer avec les souvenirs de la jeune fille, pour le plus grand plaisir des amateurs d’humour noir. Ce langage cash et sans concession, ainsi que l’absurdité de certaines situations n’ont pas été sans me rappeler les termes « fleuris » et les aventures rocambolesques des enfants de South Park, qui tire à boulets rouges sur les travers de la société américaine, voire de la société d’aujourd’hui en général – j’avoue que je suis parfois très border-line et que l’irrévérence de cette série plus que vulgaire, mais pas si bête, me vaut quelques fou-rire libérateurs (sauf Cartman, cet ignoble enfant me dégoûte par sa méchanceté). En un sens, je dirais que Madison, surnommée Maddy, a sur le monde qui l’entoure le regard caustique et horriblement lucide des gens qui sont rejetés car ne correspondant pas aux standards de la beauté et du reste. Car Madison est, si l’on peut dire, une « petite grosse », que sa mère, Camille Spencer, une grande vedette d’Hollywood, ne met jamais en avant par peur de ternir son image de marque. Assez odieux, quand j’y pense.

Mais là où la satire est la plus grinçante, c’est lorsqu’elle écorne l’image d’artistes soi-disant engagés et humanistes. Car les parents de Maddy sont, comme ils le disent dans leurs interviews, des gens « ouverts », « libérés » et écologistes convaincus. Et oui, ils envoient leur progéniture dans des camps écolos des Fidji pendant l’été – en jet qui consomme de l’essence, nous précise la petite Maddy – et adoptent à tour de bras des enfants du monde entier qu’ils font poser avec eux avant de les envoyer loin de leurs propriétés dans des pensionnats huppés. À dire vrai, c’est peut-être cette fausse bonne conscience que l’ado épingle ici, fausse bonne conscience qui peut parfois irriter de la part d’artistes, célébrités, de l’élite en général… Mais il n’est pas besoin d’aller si loin pour voir des personnes qui nous pompent l’air avec leurs grands principes, qu’il s’agisse d’écologie, du respect de l’autre, de l’entr’aide ou autres, qui aiment à avoir un petit coup d’éclat en ce sens, mais dont l’application au quotidien nous pose question. C’est sans doute parce que nous connaissons tous, ou avons connu au moins une personne comme ça, finalement très hypocrite, qui nous a royalement gonflés, que tous ces passages prêtent à sourire. En réalité, ces « bonnes actions » passeraient pour des caprices de personnes obnubilées par leur image, qui ont envie de montrer à tout le monde à quel point ils sont généreux…

Toujours concernant les parents de Maddy, et parce que je suis assez sensible au bien-être des enfants, ce roman m’a également posé la question de la responsabilité de Camille et Antonio Spencer quant à leur fille. Se dépeignant comme des gens libérés et ouverts, ils ne cessent d’encourager la jeune fille à tester toutes sortes de « substances récréatives », et lui laissent même des préservatifs lorsqu’elle est seule avec son frère adoptif Goran, un adolescent venu des Balkans, qui la fascine littéralement. Quelque part, à l’heure où certaines se battent contre l’hypersexualisation des pré-adolescentes, et où la jouissance (qu’elle soit sexuelle, ou artificiellement induite par des substances illicites) est de plus en plus présentée comme une obligation, ce comportement des parents de Maddy m’a mise un peu mal à l’aise, voire carrément révoltée: ils lui donnent des cachets, de la marijuana, des préservatifs Hello Kitty (Haha! Le détail qui tue! 😀 ), mais la laissent complètement livrée à elle-même avec ça, sans plus d’explication. OK, bien. Moi non-plus, je ne suis pas pour priver les enfants de tous les amusements possibles et imaginables, mais quelque part, je pense qu’un minimum de communication quant à ce qu’on leur présente s’impose. Surtout quand il s’agit de drogues potentiellement dangereuses… qui dans les vagues souvenirs que Madison a de sa mort, l’aurait menée à la tombe.

Ce qu’il en ressort, c’est que derrière l’humour et les propos plutôt crus de cette ado quant à ses parents, l’écologie, la sexualité et les « über-connasses » et « über-poufes » (Haha! 🙂 J’adore ce terme!) jalouses de la notoriété de ses parents qui la tyrannisent et se moquent d’elle au pensionnats mais qui se présentent comme ses amis à l’enterrement, on voit une enfant terriblement solitaire. À dire vrai, j’ai été très touchée par cette petite Madison, par sa profonde solitude chez elle ou à l’école, par ses manies et ses coups d’éclat (sa sortie nue sous la neige lorsqu’elle se retrouve seule au pensionnat pendant les Fêtes de Noël), et par cette noirceur qu’elle voit dans le monde. Finalement, elle a été cruellement privée d’affection, et pas une fois elle ne mentionne un geste gentil, un câlin ou un bisou de ses parents. C’est triste, je trouve… 😦 Et petit détail qui devrait réjouir les blogueurs et blogueuses littéraires que nous sommes: Maddy lit beaucoup, et se réfère souvent à ses lectures, particulièrement aux ouvrages des sœurs Brontë.

  • …sur fond de fantastique

L’humour caustique de Madison Spencer n’épargne personne, et surtout pas les archétypes qu’elle retrouve en Enfer. J’ai particulièrement aimé la comparaison entre la petite bande qui se forme autour d’elle et les joyeux lurons du film Breakfast Club (un classique du film teenager des années 80 que je vous conseille, avec une B.O. inoubliable!): elle est Alyson Reynolds la « détraquée », Léonard est Brian Ralph Johnson le « cerveau », Patterson est Andy Clark le « sportif », Babette est Claire Standish la « reine de promo » et Archer est John Bender le « rebelle ». À y repenser, la comparaison tient la route, car ces jeunes défunts si différents les uns des autres finissent par s’entr’aider et s’émuler alors qu’ils ne se seraient jamais donné la peine de s’intéresser les uns aux autres dans des circonstances normales, tout comme il a fallu un samedi en colle pour que les protagonistes du film deviennent potes.

De plus, on découvre au fur et à mesure des pérégrinations de nos cinq « collés » en Enfer, la géographie, les habitants et les règles de ce lieu si particulier. Et alors là, accrochez-vous, c’est digne des passages les plus trash de Fight Club (Brad Pitt qui se soulage dans la bisque de homard servie dans un resto chic, notamment): entre autres lieux pittoresques, nous trouvons l’Océan du Sperme gâché dont le niveau monte sans discontinuer depuis le porno sur internet, le Lac de Merde – pas besoin de vous faire un dessin, le Marais de vomis… bref, tous les déchets, toutes les sécrétions et odeurs corporelles y passent. Cela semble être un condensé de ce que l’on peut sentir dans les transports tous les matins à la puissance mille, mais il semble que nos protagonistes s’y habituent. Maddy découvre avec un certain effarement que ce que ces parents athées dépeignaient comme des fables est VRAI: l’Enfer existe bel et bien. Elle croise la route et affronte des démons issus de la Bible ou d’anciennes religions (moyen-orientales, celtes, gréco-romaines…), ainsi que des plus grands monstres de l’Histoire. Elle découvre que les bonbons et les barres chocolatées font office de monnaie dès lors qu’il s’agit de graisser la patte des monstres pour avoir accès à l’administration de l’Enfer… tout comme la facilité qu’il y a à être damné/e. Ce passage était tout bonnement hilarant, car si l’on en croit ce qu’il était écrit, nous avons intérêt à surveiller notre langage  et notre comportement au quotidien, car au trois-centième « putain » ou au cinquième crachat parterre, c’est foutu! 🙂 Pour ma part, je mesure moins d’un mètre cinquante-cinq, je suis donc perdue! 😉

Enfin, et je ne vous en dis pas plus sur ce point, vous découvrirez dans Damnés la façon pour le moins insolite qu’a l’Enfer d’influencer le quotidien des vivants!

  • Conclusion – Le récit d’une seconde chance

À dire vrai, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce petit ouvrage assez court, au rythme très enlevé et à la plume très acide. J’ai eu de bon fou-rires face à l’absurdité de certaines situations, tout comme le sort de l’héroïne m’a un peu peinée, et j’ai lu le tout en moins de deux jours. S’il ne passe pas pour le meilleur roman de Chuck Paliahnuk, Damnés est un petit cadeau aux fans d’humour noir et de satire sociale, qui égratignent la façade bien proprette de gens bienpensants, et aura eu le mérite de me convaincre un peu plus que je dois lire Fight Club. Je n’ai pas pris de grosse claque littéraire, mais pour son côté cru, insolite et croustillant, pour ses personnages et leurs aventures, je pense qu’il vaut le coup d’y jeter un œil.

Et ce d’autant plus que malgré l’humour caustique et le regard blasé de Madison, notre jeune héroïne, il est quand même empreint d’une petite touche d’optimisme bien dosé, car cette ado est, comme elle le dit, accro à l’espoir. Si je devais donc trouver un argument pour vous conseiller cette histoire, c’est parce que c’est celle d’une seconde chance, celle de prendre son destin en main… même après la mort.

J’espère donc que cette chronique vous aura plu (ou du moins donné l’envie de découvrir The Breakfast Club ou de re-visionner Fight Club)… et je vous retrouve très bientôt avec d’autres articles et créations. Je suis en long week-end, à présent, je vais sans doute pouvoir me recadrer et vous livrer les choses dans les temps! 🙂

Bonne nuit à vous tous!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Damnés
Auteur: Chuck Palahniuk
Éditions: Points
Collection: Points
300 p.
Parution: Mars 2016
Prix: 7,50 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

11 réflexions au sujet de “La virée en Enfer d’une ado morte – Damnés (Chuck Palahniuk)”

    1. C’est vrai que les couvertures de cette maison d’édition ne m’attirent pas beaucoup en général. Pour cette fois-ci, c’est le nom de l’auteur qui m’a mis la puce à l’oreille! 🙂

      J'aime

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