Un classique de l’uchronie – Le Maître du Haut Château (Philip K. Dick)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

515Yrn4zciLJe reviens, une fois n’est pas coutume, avec une seconde chronique livre pour cette semaine. À croire que Les Mondes de Blanche vont finir par devenir un vrai blog littéraire! 😉 Car, ironie du sort, alors que j’avais finalement programmé la chronique sur La Nouvelle Conquête spatiale ce mercreci, il se trouve que ce même jour, j’ai terminé Le Maître du Haut Château dans le train. Premier grand chef d’œuvre de l’auteur américain Philip K. Dick, c’est aussi mon premier livre du larron. 🙂

À dire vrai, je connaissais le titre depuis longtemps, et il m’intriguait assez. De toutes les façons, dès que j’entends parler de château, moi… 😉 Bref, j’ignorais toujours de quoi il s’agissait quand mon frère m’a fait visionner il y a quelques mois le pilote de la série The Man In the Hight Castle – bien que (spoiler alert), j’ai eu l’imagination assez tordue pour deviner ce que voyait la fille sur la fameuse bande… 😉 Bref, comme le thème m’accrochait assez, j’ai décidé de jeter un œil au livre qui depuis l’automne dernier dormait dans ma PAL. Histoire de passer le temps  entre deux volumes du Cycle de Pendragon, je me suis alors plongée dans Le Maître du Haut Château., une uchronie qui nous emmène dans des Etats-Unis scindés en deux, entre les occupants allemands et japonais vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale….

  • Les États-Unis occupés

Nous sommes à la fin des années 50. Depuis que les forces de l’Axe ont gagné la Seconde Guerre mondiale en 1948, les États-Unis sont occupés et gérés par les Nazi à l’Est, et par les Japonais à l’Ouest. On y suit les destins croisés de Robert Childan, antiquaire spécialisé en artéfacts américains anciens très prisés par les riches japonais, de M. Tagomi, cadre de la mission commérciale japonaise à San Francisco, très intéressé par ces objets chargés d’histoire, et de Baynes un soi-disant industriel suédois dont la rencontre avec Tagomi et un mystérieux général à la retraite de l’armée impériale se passe sous haute tension. On y rencontre Frank Frink, Juif qui a fui la côte Est qui décide de monter sa propre entreprise de bijouterie créative à San Francisco, ainsi que Juliana, son ex-femme, lancée sur les routes des Rocheuses avec un inconnu particulièrement attirant.

Pratiquement tous consultent le Yi-King, ou « Livre des Transformations », une sorte d’Oracle qui leur permet de prendre des décisions, et qui dès le début de l’ouvrage, laisse pressentir de grands bouleversements… En parallèle de cet ouvrage de sagesse, un autre livre circule sous le manteau, une œuvre dont le succès gêne beaucoup plus les Nazis que les Japonais: Le Poids de la sauterelle, d’un certain Abendsen, qui y décrit un monde où les Alliés auraient gagné la guerre. Celui-ci vivrait isolé dans une sorte de château fortifié…

  • Une uchronie dans l’uchronie

Le Maître du Haut Château, publié pour la première fois en 1962, a reçu le prix Hugo en 1963, et est devenu le premier grand succès de Philip K. Dick. Comme je suis assez friande d’uchronies, quand bien même la perspective des Nazis ayant gagné la Seconde Guerre mondiale est particulièrement flippante, je ne pouvais passer à côté d’un classique du genre. En soit, le contexte de l’histoire, s’il n’est pas réjouissant, n’en est pas moins intéressant et étrangement fascinant. Je crois que c’est plus la complexité des relations entre des protagonistes américains comme Childan et des Japonais, des occupants férus d’exotisme amériacin comme Tagomi qui m’a intéressée.

Parlons maintenant de l’Histoire en toile de fond. Connaissant plus ou moins les horreurs commises par l’armée japonaise pendant la guerre et la façon dont cela grève encore les relations de l’Archipel avec ses voisins asiatiques, j’ai trouvé très perturbants que les Japonais soient présentés d’une manière presque… sympathique. Ce sont des occupants raffinés, plus réservés mais plus empathiques que les Allemands… voire carrément humanistes. Si, si. Quant aux Allemands, on apprend qu’ils sont parvenus pendant la Guerre à détruire le système radar britannique et à vaincre l’Angleterre, avant de filer droit vers l’Afrique à travers la Méditerranée qu’ils ont asséchée… ainsi que vers la Lune et Mars à bord de véritables fusées, pour peupler les astres de beaux colons blonds. Ils ont tout gagné, même au niveau technologique: outre le spatial, ils maitrisent également la bombe H, à la grande terreur des Japonais. De plus, au moment où Le Maître du Haut Château commence,  les partisans de Goebbels et de l’effrayant Heydrich se battent autour de la dépouille de Bormann, qui avait déjà succédé à Hitler et qui vient de mourir. Glaçant… Philip K. Dick s’est beaucoup documenté, et a notamment lu Le Troisième Reich des Origines à la Chutes de William R. Shirer – un ouvrage de référence que je vous conseille également si vous vous intéressez à la question. (Mes grand-parents m’en ont offert leur exemplaire quand je suis rentrée en fac d’allemand: il est très complet, toujours d’actualité et se lit très bien, même si évidemment, le sujet hérisse le poil).

Mais s’il est parfois question de personnages historiques, le lecteur croise surtout des individus plus ou moins marqués par le contexte – par exemple Frank Frink sait que si des Allemands lui tombent dessus par hasard, il sera expédié vers l’Europe pour y être envoyé dans un camp d’extermination – qui, inquiets et aux prises avec leurs propres démons, voient un moyen de se rassurer ou de se faire encore plus peur dans le Yi King et ses révélations. Il est bon de savoir que cet ouvrage existe vraiment et a captivé Philip K. Dick qui en a lu une traduction: il s’agit d’un très ancien traité chinois censé prédire les évolutions du monde. Ce « Livre des Transformations » est omniprésent tout au long du Maître du Haut Château. Il est une véritable addiction pour Tagomi, pour Frank Frink, pour Juliana qui y cherchent la réponse à leurs tourments. Qu’il s’agisse d’affaires personnelles ou de questions métaphysiques. Il est assez amusant de voir que des Occidentaux qui se seraient moqué de ce genre de « superstition » s’y adonnent avec autant d’enthousiasme et d’appréhension. Dans un monde qui s’est beaucoup occidentalisé depuis un siècle et demi, par le biais de la colonisation notamment, ce livre inverse complètement les perspectives en nous montrant une tradition « orientale » s’imposer en Occident. Ironique, quand on y pense…

Et c’est bien ce qui fait l’intérêt du roman: la distorsion de la réalité telle qu’on la connaît, renforcée par ce jeu de miroir entre le monde du livre de Philip K. Dick et celui de son personnage, Abendsen, l’auteur du Poids de la sauterelle, qui raconte une victoire des Alliés aux retombées complètements différentes de celles qu’on nous a apprises en Histoire. Là, les protagonistes du Maître du Haut Château découvre une réalité où le monde est sous domination britannique. C’est assez étourdissant, car le lecteur se trouve balloté entre deux réalités parallèles, élaborées à partir d’événements qu’il connaît, mais qui ne suivent pas la même trajectoire que dans notre monde! D’où une interrogation constante sur la réalité de l’environnement des héros: qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui ne l’est pas? et si vraiment les Allemands et les Japonais n’avaient pas gagné la guerre en fin de compte? qu’est-ce qui est artificiel et qu’est-ce qui ne l’est pas?

Ce contexte tout comme les parcours des différents protagonistes dont je ne peux vous parler sans trop en révéler de l’intrigue (d’où la brièveté de la chronique), m’ont beaucoup intéressée… En revanche, j’ai été un peu déçue par le final qui retombe comme un soufflet et m’a laissée un peu sur ma faim, en mode: « Hein? Quoi?… C’est déjà fini?… Mais non, je n’ai pas toutes les réponses! ». Mais je pense que c’est un parti pris de Philip K. Dick qui ne fait que retranscrire le choc et la déception de ses propres personnages.

  • Conclusion

Je suis d’autant plus nuancée quant à cette fin que l’auteur avait commencé à rédiger une suite au roman! 🙂 Les deux premiers chapitres en sont ajoutés à l’édition du Maître du Haut Château que je vous présente ici, et dont vous trouverez les références en fin d’article. Le moins que l’on puisse dire est que cela était très prometteur, et j’aimais ce début, j’aimais beaucoup! Vous n’avez pas idée de ce qui me trotte dans la tête depuis que j’ai lu ces deux malheureux chapitres! À tel point que je me demande si je ne vais pas écrire une ou deux nouvelles en mode fan fiction pour raconter ce qui, je pense doit arriver ensuite… Ça me titille vraiment beaucoup. 🙂

Même si le roman m’a plu et que l’exercice intellectuel de K. Dick m’a passionnée, je n’en reste pas moins frustrée de tout ce qui restait à découvrir dans cet univers. Je pense cependant que les fans d’uchronie, ou simplement ceux qui veulent parfaire leur connaissance des classiques S.F. devraient le lire, surtout s’ils comptent regarder la série qui en découle. Je n’ai vu que le pilote mais The Man in the High Castle est très différent. Entre nous je ne dirais pas qu’il s’agit d’une mauvaise chose car la narration du roman ne se prêtait pas vraiment, à mon avis, au format série. Mais qui sait si, dans un futur proche, je ne pourrais pas m’y coller et livrer une chronique série pour effectuer une petite comparaison? 🙂

En tout cas, ce que j’ai pu entendre sur les écrits de Philip K. Dick me laisse entrevoir la richesse de ses univers. Aussi il est possible qu’un jour, quand ma PAL sera moins haute, j’en relise un jour. N’hésitez pas à me faire des suggestions et à me dire lequel de ses romans ou nouvelles vous avez particulièrement aimé! J’espère en tout cas que cette chronique n’a pas été moins inspirée que les autres, et qu’elle vous aura donné envie d’en savoir un peu plus sur Le Maître du Haut Château, plus riche qu’il n’y parait. Je vous souhaite donc une bonne lecture, et je vous dis à bientôt… peut-être pour des articles dédiés à mon rapport à la lecture, et pourquoi pas, à l’écriture? 🙂

En attendant mes prochaines chroniques vous pouvez toujours jeter un œil aux anciens articles que j’ai posté sur différentes Uchronies, telles La Trilogie de la Lune, Fatherland, Zeppelin’s War et Space Reich… Bonne découverte!

À très vite!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Le Maître du Haut Château
Auteur: Philip K. Dick
Éditions: Editions 84
Collection: J’ai Lu Science-Fiction
380 p.
Parution: Novembre 2013
Prix: 7,60 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

3 réflexions au sujet de “Un classique de l’uchronie – Le Maître du Haut Château (Philip K. Dick)”

    1. C’est justement pour ça que ma frustration est plus mesurée: on sent que c’est un parti pris, d’autant plus qu’une suite était prévue (et prometteuse, qui plus est!), et que ce n’était pas bâclé.

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