Big Brother Loves You – 1984 (George Orwell)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

1984Me revoici en ce lundi de Pâques, un peu en retard par rapport à l’heure habituelle, car si je me suis un petit peu reposé sur mes lauriers, j’ai surtout eu une nouvelle assez contrariante hier, qui m’a vraiment fait beaucoup de peine (ne vous en faites pas, je n’ai perdu personne, mais avec mon émotivité actuelle, ç’a été un vrai coup de grâce). Mais qu’à cela ne tienne, vous aurez votre chronique aujourd’hui!

Vous connaissez sans doute Eric Arthur Blair, sous son nom de plume, qu’il emprunta à un fleuve anglais sur les berges duquel j’ai pu me promener quand je vivais à Ipswich: l’Orwell. Car oui, aujourd’hui, je vous présenterai un classique publié en 1949 qui figure parmi le top 100 des meilleurs ouvrages anglais de tous les temps: 1984 de George Orwell. Je l’ai lu il y a très longtemps, quand j’étais lycéenne, dans le cadre d’une fiche de lecture. Pour rédiger celle-ci, nous devions sélectionner un livre dans une liste proposée par notre professeur de lettres, et cet ouvrage en particulier me faisait de l’œil…

Je vous embarque donc avec moi dans un monde dystopique à souhait, où « Big Brother vous regarde… »

  • La révolte d’un agent du système

Winston Smith vit à Londres, en Océania, en 1984. Membre du Parti Extérieur de l’Angsoc (« Socialisme Anglais » en novlangue), il travaille au Ministère de la Vérité – ou Miniver – au moment où éclate une guerre avec l’Estasia. Lui et ses collègues ont pour mission d’élaborer une vérité officielle, en quelque sorte de ré-écrire l’histoire pour gommer toute trace de l’existence de l’ancienne alliance avec l’Estasia. Winston participe ainsi au programme d’amnésie programmée de la population. Cependant, lui n’arrive pas à oublier ce que l’on cherche à cacher, et développe une opinion qui n’est pas en phase avec l’orthodoxie du Parti.

Susceptible d’être repéré par la police secrète, il profite d’une particularité architecturale de son appartement, où il se cache pour échapper à la surveillance du télécran, présent dans tous les foyers océaniens pour diffuser la propagande et surveiller les citoyens. Il commence à tenir un journal où s’exprime sa haine pour Big Brother, une incarnation « bienveillante » du Parti censée veiller sur les masses. C’est alors qu’il fait la rencontre de Julia, lors du rituel des Deux Minutes de la Haine. Celle-ci, membre du commissariat aux romans, en charge de la littérature officielle et acceptée par le système, plutôt attirante physiquement, lui paraît haïssable et complètement acquise à la cause de l’Angsoc. Aussi un jour est-il surpris lorsqu’elle l’aborde en lui glissant un mot: « Je vous aime. » Ils entament alors une liaison et se cachent dans une mansarde du quartier prolétarien pour faire l’amour.

Se sachant condamnés tôt ou tard dans cette société qui en plus de la liberté, nie toute forme d’amour ou de sensualité, ils croient au mythe d’une Fraternité qui œuvrerait dans l’ombre contre l’Angsoc, et décident de prendre contact avec elle… Mais à qui se fier?

  • Un plaidoyer contre le totalitarisme

Nous nous trouvons bien évidemment dans une société dystopique où les totalitarismes tels qu’ils existaient à l’époque d’Orwell – Italie fasciste, Allemagne nazie, URSS… Qu’est-ce que le totalitarisme? Pour simplifier, il s’agit de la volonté d’un système politique, souvent monopartite, de contrôler dans leur totalité tous les aspects de la vie de leurs citoyens dans un esprit d’endoctrinement. Outre une police secrète en charge de surveiller la population et de s’assurer de sa mise au pas, tout en punissant les réfractaires, il s’agit de mettre en place des structures qui assurent un endoctrinement dès le plus jeune âges par des organisations officielles pour la jeunesse, des organisations pour les hommes et les femmes, des privilèges accordés aux membres du parti, la mainmise sur le culturel afin de décider ce qui participe ou non à l’édification des masses dans le sens voulu par les gouvernants…

Nous retrouvons cette mécanique très bien huilée et poussée à son extrême dans 1984. En effet, George Orwell, journaliste et homme de gauche convaincu ayant participé comme volontaire à la Guerre d’Espagne dans les années 1930, a également connu l’atmosphère viciée de la Guerre Froide après le second conflit mondial. Il a ainsi créé un monde découlant d’une victoire du socialisme à la soviétique en Europe occidentale, avec tout ce qui va avec. Tout d’abord, au niveau international existent plusieurs blocs: l’Estasia (Chine, Tibet, Mongolie, Japon), l’Eurasia (Union soviétique, Europe occidentale…), l’Océania (îles anglo-celtes dont la Grande-Bretagne, Amériques du Nord et du Sud, Australie et une partie du sud de l’Afrique), et une sorte de territoire neutre courant sur l’Asie mineure, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sur lequel les trois grands blocs souhaitent étendre leur influence.

Au niveau intérieur, et pour la « paix sociale » (si j’ose m’exprimer ainsi) en Océania, l’Angsoc crée toute une propagande articulée autour d’ennemis communs, comme l’Estasia ou l’Eurasia, dépendant de contre qui une guerre est menée, en s’assurant que le ministère de la Vérité fera entrer dans la tête des citoyens que l’Etat aura toujours été en guerre contre le pays concerné, jusqu’à effacer de la mémoire collective des alliances récents. L’Océanie a aussi ses ennemis intérieurs, conspués chaque jour lors des Deux Minutes de la Haine: le plus grand d’entre eux est Emmanuel Goldstein, dont le portrait est insulté lors de ce phénomène d’hystérie collective. Il représente l’ennemi suprême de l’Angsoc et est censé dirigé une Fraternité visant à déstabiliser le présent gouvernement. Ainsi, le livre qui est, à un moment de l’histoire, remis à Winston et Julia, et qui expose tous les mécanismes mis en place par l’Angsoc pour maîtriser la population océanienne, aurait été rédigé de la main de Goldstein. Dans 1984, la lecture de ce manuel par nos deux protagonistes dans le secret de leur mansarde, constitue en un sens le « moment philosophie politique » du livre où Orwell explique en profondeur ce qui fait la force de la propagande et du totalitarisme.

La ré-écriture de l’histoire n’est pas sans rappeler les purges staliniennes et maoïstes, quand des photos truquées étaient utilisées comme pièces à charge ou que certains personnages étaient retirés des photographiques officielles une fois leurs sentences prononcées. Ainsi, la mémoire de ce qui a existé est gommé, et les actes accomplis par certains individus perdent tout leur sens.

Ainsi, outre la surveillance sans faille de la population par le biais des télécrans (il faut savoir qu’aux débuts de la télévision, les gens craignaient que l’on puisse aussi les surveiller par le biais de cet appareil!), la délation, même par les enfants, est vivement encouragée et Winston se méfie du fils de ses voisins comme de la peste. Le plus effrayant est donc, dans cette société où les libertés individuelles sont bannies, de ne pouvoir compter sur personne quand on doute. C’est peut-être cette solitude de l’être, forcé de tout côté à prendre part aux activités collectives, qui est la plus effrayante dans tout ça.

Enfin, je reviendrai sur une caractéristique assez intéressante de la « culture » angsoc: la création du novlangue. Le terme de « novlangue » est très aimé de certains journalistes politiques quand ils parlent des politiques, ça fait plus chic que de parler de « langue de bois » (et à l’occasion de « langue de pute ») ou de « comm' ». Dans 1984, il s’agit d’un appauvrissement volontaire du vocabulaire afin d’abêtir un peu plus les populations. Entre abréviations hasardeuses et ajouts de particules plutôt que l’emploi d’un antonyme, le résultat est assez déconcertant. Si vous souhaitez vous en faire une idée en V.O., je vous conseille de jeter un œil aux paroles de « Sexcrime (1984) », une chanson d’Eurythmics initialement composée pour l’adaptation de 1984 par Michael Radford, dont certains termes s’inspirent du novlangue.

  • Conclusion – Froid dans le dos

Je dirai donc que George Orwell nous donne à voir en pleine action un véritable rouleau compresseur qui broie les individus pour en faire des machines au service d’un Etat vampirique dont, au final, on comprend mal la raison d’être et l’absurdité. Comme vous vous en doutez, nos héros vont avoir à en souffrir…

Il faut savoir que George Orwell était socialiste par conviction, et croyait que le bien-être matériel devait être accessible à chacun, tout comme les libertés. Il reprochait donc la complaisance de certains partis, socialistes ou communistes, ou de certaines organisations, envers Moscou et la terrible répression qui régnait dans ce « paradis socialiste ». Homme de terrain, attaché à l’humain avant toute chose, il méprisait certains théoriciens et penseurs bourgeois, ceux qu’il appelait des « communistes de salon » (Sartre en faisait partie pour lui, j’avoue que ce petit détail m’amuse beaucoup!).

Pour ma part, j’ai lu 1984 à une époque où je m’intéressais à la politique, sujet qui maintenant me pompe l’air plus qu’autre chose, mais je pense qu’il devrait être dans toutes les bibliothèques, à une heure où des pays dits libres accusent quelques dérives sécuritaires et où avec Internet, nous avons quelque peu renoué avec l’esprit de Big Brother. Pour rester libre, au moins dans vos têtes, je vous invite donc à découvrir ou à redécouvrir ce qui fut et reste l’un des plus grands livres jamais écrits…

Je vous dis donc à bientôt pour de nouvelles chroniques, et surtout… pour deux nouveaux tags! En effet, j’ai encore reçu deux nominations, et comme je ne pense pas avoir le temps d’effectuer les recherches que je voudrais quant à un film que je souhaite traiter, je laisserai cette semaine s’écouler sous le signe de l’auto-satisfaction! 😉 En espérant que tout cela ne va pas finir par vous lasser!

Blanch Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de « Big Brother Loves You – 1984 (George Orwell) »

  1. Voici un roman culte qu’il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie. Il y a plein d’enseignement à en tirer…
    J’espère que ta nouvelle de dimanche n’est pas trop grave…

    Aimé par 1 personne

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