Un appel du fond des âges – Le Mythe de Cthulhu (H.P. Lovecraft)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, même si je n’ai guère pris le temps d’écrire un petit billet de soutien à nos amis belges, je sais qu’il est certains abonnés de ce blog à Bruxelles, et je tiens à leur dire que je suis de tout cœur avec eux, que j’espère qu’eux et leurs proches n’ont rien et se portent bien.

J’ai bien conscience que les attentats du 13 Novembre à Paris ont eu des répercussions à Bruxelles et que l’ambiance devait y être étrange depuis un moment déjà. Pour avoir vécu l’ambiance post-attentat dans le XIe, je sais que les jours qui vont suivre vont être assez difficiles, émotionnellement éprouvants, pour nos amis bruxellois. J’aimerais vous dire que nous sommes tous avec vous, mais je parle avant tout en mon nom en vous disant que ce qui vous arrive me touche beaucoup, et que ça me met vraiment trop en pétard pour l’évoquer calmement.

61VbNIwx-ULAussi j’espère que cette chronique, malgré la noirceur de son sujet, vous distraira de ces actualités mornes et révoltantes. Me voici donc de retour avec un petit article dédié à l’œuvre d’un auteur dont le nom vous rappellera certainement quelque chose si vous êtes férus de mondes de l’imaginaire: Howard Phillips Lovecraft (1890-1937), qui nous gratifia il y a déjà longtemps de L’Appel de Cthulhu. Cthulhu, un mot que je trouve plutôt rigolo à prononcer, dont j’ai pour la première fois entendu parler dans… South Park.

L’ouvrage que je vous présenterai ici est un petit recueil de récit intitulé Le Mythe de Cthulhu, sans doute un condensé ou un abrégé d’éditions beaucoup plus complètes consacrées à l’auteur. Il comprend six récits empreints de mystère – L’Appel de Cyhulhu, Par-delà le mur du sommeil, La Tourbière hantée, La Peur qui rôde, La Couleur tombée du Ciel, Celui qui chuchotait dans les Ténèbres – que je vous présenterai ici, avant de donner succinctement mon avis sur la chose…

  • Présentation des récits

Le recueil s’ouvre sur une nouvelle qui donne son titre à cette petite anthologie: L’Appel de Cthulhu. Après la mort du professeur Angell, son neveu ne s’explique pas le décès de celui-ci, car malgré son âge, il était toujours vaillant et actif. C’est en enquêtant sur ses recherches avant sa mort qu’il découvre un culte ancien, celui d’une créature répugnante venue d’outre espace, une sorte de poulpe géant nommé Cthulhu, appelé à revenir sur Terre. Notre narrateur recoupe différentes informations – notes de son oncle au sujet d’un artiste ayant sculpté une effigie de Cthulhu, l’inspecteur Legrasse qui a enquêté sur les rites d’une secte vaudou et le lieutenant Johansen qui au hasard d’un voyage en mer a trouvé d’étranges vestiges… Il en ressort que la plupart n’ont pas survécu, et que notre narrateur pense de moins en moins à une mort naturelle concernant son oncle, craignant lui aussi pour sa vie au fur et à mesure qu’il en apprend plus…

Par-delà les murs du sommeil nous emmène dans un asile d’aliéné où un jeune médecin s’occupe du cas de Slaader, un montagnard un peu arriéré qui, pendant qu’il dort, semble possédé par une étrange entité.

Dans La Tourbière Hantée, le narrateur se rend dans le domaine de l’un de ses amis, en Irlande, qui entreprend des travaux pour assécher une tourbière sur ses terres. Or la nuit, depuis la fenêtre de sa chambre, il entend de la musique et assiste à un phénomène paranormal dans les tourbières…

La Peur qui rôde relate les aventures d’un narrateur qui décide d’explorer la demeure de la famille Martense, abandonnée depuis longtemps, au beau milieu de la forêt. L’endroit est l’objet de rumeurs effrayantes, mais il voudrait en avoir le cœur net. Après la mort de ses accompagnateurs durant l’expédition, il décide de continuer son exploration des environs et des fondations de la maison, jusqu’à la folie, pour y débusquer l’abomination qui s’y terre.

La Couleur tombée du Ciel prend place dans les montagnes aux alentours d’Arkham. Le narrateur arrive en vue de la « lande foudroyée », un lieu désolé suite aux « jours étranges ». En effet, une quarantaine d’années auparavant, un météore s’y est écrasé, dans la cours de la ferme des Gardner. Il s’est révélé être un corps mou, d’où émanait une radiance de couleur inconnue, dont les conséquences sur les Gardner et leurs terres ont été catastrophiques…

Le dernier récit, Celui qui chuchotait dans les ténèbres, se déroule dans le Vermont. Wilmarth, un universitaire versé dans le folklore prend part à un débat concernant des corps rosâtres et inconnus observés à la surface de l’eau lors d’une crue: si certains soutiennent qu’il s’agirait de créatures légendaires dont parlaient les Indiens et les fermiers, le savant affirme que cela est impossible. Or bientôt lui parviennent les lettres d’Ackeley, un homme instruit et raffiné habitant un domaine dans le Vernon, qui pense tenir la preuve scientifique de ces créatures aux vagues allures de crustacés géants. Ceux-ci espionneraient les hommes, imitant le langage humain d’une voix étrangement bourdonnante, et surveillant de prêt Ackeley pour que celui-ci ne révèle pas le secret de leur existence…

  • Mon avis

Tout d’abord, je commence par quelques points négatifs.

Je dois vous prévenir, j’ai été quelque peu surprise par les schémas narratifs! C’est vrai, je ne m’attendais pas du tout à ça, et cela a été un point de déception qui m’a rendu la lecture un peu difficile: le récit rapporté et la présence très importante de l’épistolaire et de la citation. En effet, hormis pour La Tourbière Hantée, Par-delà le mur du sommeil et La Peur qui rôde, un peu moins longs que les autres, les principales nouvelles du recueil, plus volumineuses, la structure narrative est la suivante: un narrateur raconte ce qu’il a lu, de nombreux extraits de lettres (L’Appel de Cthulhu, Celui qui chuchotait dans les ténèbres) ou quelques dialogues (enfin plutôt des monologues dans La Couleur tombée du ciel, quand le vieil Ammi relate les « jours étranges » au narrateur).

Ma foi, cela m’a un peu fait penser à du Edgar Poe! 🙂 Je n’ai rien contre Poe, au contraire, j’adore. Mais voilà, cela donne un côté un peu daté à l’écriture de Lovecraft, très XIXs siècle alors que la plupart des récits présentés dans le recueil ont pour la plupart été écrits dans les années 1920. Entre les écrits de Poe et ceux de Lovecraft, les schémas narratifs ont connu de grandes évolutions qui placent le lecteur au cœur de l’action. Je dois avouer que cela m’a beaucoup manqué, et que l’écriture m’a quelque peu empêcher d’apprécier toute la noirceur des atmosphères créées. Ce qui est bien dommage car en soi, les sujets et les ambiances sont très loin d’être ennuyeux!

Si j’ai trouvé des récits comme Par-delà les murs du sommeil et La Tourbière hantée de facture un peu classique et moins marquants que les autres, j’ai commencé à faire une indigestion au niveau de La Peur qui rôde. D’autant plus que je souhaitais voir l’univers de Cthulhu plus développé! J’ai donc arrêté ma lecture et lu Martiens, go home! avant de reprendre avec La Couleur tombée du Ciel qui m’a plus plu, tout comme Celui qui chuchotait dans les ténèbres, où il est fait quelques références au mythe de Cthulhu. YES! 🙂 Donc tout n’est pas négatif dans ces récits de Lovecraft! Je pense seulement que je me serais peut-être mieux retrouvée dans les volumes de Cthylhu, le Mythe publiés chez Bragelone, avec des introductions complètes sur l’univers de Lovecraft et ses influence.

En ce qui concerne les points positifs, ma foi… J’aime le rapport entre la science et l’irrationnel. Nous voyons des personnages enquêtant sur des histoires étranges, raisonnablement et en cherchant des preuves palpables… Cet angle d’attaque un peu sec et daté à mon goût est contrebalancé par une ambiance assez extraordinaire de forêts, de montagnes et de gorges sombres par des nuits d’orage, tandis que des monstres grouillent sous nos pieds. J’ai aussi senti dans le propos de l’auteur une espèce de peur de la dégénérescence, avec ses montagnards isolés, consanguins, arriérés et sa famille complètement tarée dans La Peur qui rôde, assez dégueulasse dans son genre, mais pas autant que dans d’autres récits… Et l’on reste dans le répugnant, le gélatineux, le puant, l’indicible. C’est un concert de sensations, hélas un peu éloigné par les structures du récit rapporté.

La description de cet être visqueux et tentaculaire dans l’ahurissante et impossible géométrie couverte de vase à R’lyeh dans L’Appel de Cthulhu crée une sorte de confusion, d’ivresse chez le lecteur et fait appel à toute son imagination pour lui permettre de visualiser un tel endroit. Quant à La Couleur tombée du ciel, j’étais aussi horrifiée que fascinée par la végétation anormalement grosse et irradiante poussant sur le sol empoisonnée par le météore, et par les animaux de ferme se décomposant encore vivant jusqu’à tomber en charpie vaguement lumineuse à cause de l’eau du puits habitée par l’entité enchâssée dans la pierre tombée des cieux. Quant aux « hommes-crabes » (désolée pour cette appellation, mais ces créatures m’ont rappelé les « hommes-crabes » de South Park – c’est un peu plus léger, comme registre!) de Celui qui chuchotait dans les ténèbres, un malaise nait de leur aptitude étrange à imiter le langage humain, des traces qu’ils laissent autour de la maison d’Ackeley.

Aussi le recueil se termine-t-il pour moi sur une bonne note, malgré cette indigestion que j’ai failli faire après La Peur qui rôde, avec deux récits qui, si leur schéma me rappelle un peu celui de nouvelles écrites au XIXe siècle, ont capté mon attention et créé chez moi une sorte de fascination qui me donnait envie de connaître la fin.

  • Conclusion

Lovecraft imagine de véritables monstres de cauchemars, des apparitions complètement délirantes dignes d’un tableau de Jérôme Bosch, ce qui, à mon sens, constitue une sorte d’irrationalité salutaire dans notre monde avide de données chiffrées et mesurables sur tout.Pour ma part, je n’ai rien contre une petite dose d’irrationnel qui conserve un peu de mystère et d’inexpliqué dans ce qui nous entoure, qui préserve une petite part de merveilleux et de rêve, même si celui-ci est sombre, car cela ne le sera jamais autant que les horreurs bien palpables qui nous entourent et dont nous avons vent dans l’actualité. C’est peut-être bien ça que j’ai entr’aperçu chez Lovecraft, dont certaines histoires ne m’ont pas déplu malgré des structures de récit un peu difficiles à appréhender.

Aussi, pour avoir lu des ouvrages un peu difficiles d’accès que j’ai pourtant apprécié, je pense que ma perception de l’ouvrage a été quelque peu biaisée par mon humeur du moment, par les attentes que j’en avais et peut-être par deux nouvelles que j’ai moins aimées. Aussi je recommanderais de lire Le Mythe de Cthulhu à tête reposée, et peut-être dans une édition critique avec commentaire permettant de mieux appréhender l’univers de Lovecraft, car il n’est pas dénué de richesse. Car si j’ai relevé des points négatifs et que j’ai eu du mal à me concentrer sur l’ouvrage, je ne regrette pas d’avoir découvert cet auteur.

Je laisse donc la parole à celles et ceux d’entre vous qui ont lu du Lovecraft, qui souhaitent en lire… car j’ai comme l’impression que ses écrits laissent rarement indifférents! 🙂 Aussi je vous souhaite une bonne journée à tous ainsi que de bonnes lectures, et je vous retrouve très vite pour une chronique cinéma dédiée à un très beau classique.

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Le Mythe de Cthulhu
Auteur: H.P. Lovecraft
Éditions: J’aiLu
190 p.
Parution: Décembre 2002
Prix: 4,00 €

Publicités

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

10 réflexions au sujet de « Un appel du fond des âges – Le Mythe de Cthulhu (H.P. Lovecraft) »

  1. Je me suis également attaqué à Lovecraft, récemment, via le tome 1 de « Cthulhu : Le Mythe » chez Bragelonne. J’ai été frappé par le vocabulaire employé, comme « abomination », ou « blasphématoire », qui renvoient au religieux, à une horreur viscérale, alors que souvent les personnages sont dans des démarches d’enquêteurs, de scientifiques.
    Je pense également qu’il vaut mieux éviter de tous les lire à la suite, d’y revenir de temps à autre, pour mieux apprécier le récit. Singulier, mais intéressant !

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai lu aussi cet ouvrage. Ma soeur en a un plus complet, que j’aimerais lire un jour.
    Au contraire, « La peur qui rôde » m’a bien plu, tout comme d’autres récits, mais le récit met clairement mal à l’aise. Aussi, j’ai bien aimé le côté daté et épistolaire de certaines histoires : ça me faisait penser aux récits d’aventures de l’époque 🙂
    Ce qui est certain, c’est qu’il faut lire Lovecraft au moins une fois dans sa vie. Les thèmes, les cauchemars qu’il aborde, ça ne peut laisser personne indifférent.

    Aimé par 1 personne

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s