Psychanalyse par la mort – L’Expérience interdite (Joel Schumacher, 1990)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Affiche du film - Source: Imdb.com
Affiche du film – Source: Imdb.com

Comme cela faisait longtemps que je n’avais pas traité d’un film fantastique à proprement parler depuis La Mouche, j’ai cherché dans ma mémoire un opus qui m’avait marquée. Encore une fois, il s’agit d’un film qui n’est pas tout récent, puisque je me suis rappelée avoir revu L’Expérience interdite de Joel Schumacher il y a quelques temps.

Je l’avais visionné pour la première fois quand j’étais enfant, lors de l’une des proverbiales sessions vidéo de mes parents un vendredi ou samedi soir (nous ne pouvions pas partir en vacances, mais mes parents aimant le cinéma, ils remplissaient notre vidéothèque! 😉 ). De temps en temps, ils nous laissaient, mon frère et moi, nous coucher en même qu’eux pour regarder un deuxième film jusque tard dans la nuit. Ce fut le cas avec L’Expérience interdite qui, à l’époque, m’avait beaucoup impressionnée.

Maintenant que je l’ai revu avec des yeux d’adulte, je vous livre ici mes impressions…

  • Un petit délire entre jeunes toubibs

Tout commence sur un campus américain, quand Nelson Wright (Kiefer Sutherland), interne en médecine, convainc ses camarades Joe Hurley (William Baldwin), Randall Steckle (Oliver Platt), David Labraccio (Kevin Bacon) et Rachel Magnus (Julia Roberts) de tenter une expérience pour le moins insolite: explorer l’au-delà, en provoquant l’arrêt cardiaque momentanée d’un volontaire, avant de le ramener à lui par électrochoc. Ainsi Nelson se propose comme premier cobaye, alors que lui et les autre autres étudiants se réunissent dans un local désaffecté avec tout l’équipement nécessaire.

Après le succès de cette première expérience, Joe, David et Rachel se prêtent également au jeu, repoussant toujours plus loin les limites de durée de leur incursion au royaume des morts. Mais bientôt, nos quatre pionniers de la mort se trouvent poursuivis par d’étranges visions qui ont des répercussions importantes dans leurs vies… Entre tensions et disputes, ils vont, chacun à leur manière, tenter de trouver une solution à ces cauchemars et souvenirs douloureux qui les assaillent…

  • Ambiance visuelle
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Nelson dans un vieux bâtiment abandonné, tel un étrange messager de la mort – Source: Imdb.com

L’Expérience interdite est, à sa sortie, un véritable succès commercial, et si la critique est mitigée, elle est, ici en France, assez correcte.

Il faut dire que le propos est sensationnel: qui ne s’est jamais posé la question de ce qu’il y a « après »? Toutes les peuplades du globe, quelles que soient leurs croyances, ont tenté d’y répondre, ou d’expliquer aux êtres humains ce qui les attendaient. On trouve déjà dans la mythologie grecque, des héros descendus et revenus des Enfers (Hercule, Ulysse, Orphée), et quelques années après la sortie du film paraissait Les Thanatonautes de Bernard Werber (je ne l’ai pas lu, mais en revanche, j’ai lu L’Empire des Anges, la suite qui revient souvent sur les événements du premier opus, et les deux premiers tomes de Nous, les dieux – je ne suis pas fan du tout). Aussi le scénario reprend-il un motif classique, celui de l’aller-retour entre le monde des vivants et celui des morts, dans un contexte remis au goût du jour où, comme dans Frankenstein, l’apprenti-sorcier est un savant. Ici, il s’agit d’une équipe de savants, de jeunes et audacieux médecins, dont une fille (enfin!) incarnée par l’impeccable Julia Roberts.

Le réalisateur, Joel Schumacher n’est pas connu que pour des chef d’œuvre – on se souvient souvent de luxueuses séries B au visuel chamarré comme Batman Forever, Batman & Robin ou Le Fantôme de l’Opéra, adapté de la comédie musicale éponyme d’Andrew Lloyd Webber.

Il va sans dire que le sujet de L’Expérience interdite est bien plus sombre, mais comme vous pouvez le voir sur certains visuels de cet article, on retrouve quelques éléments de réalisation assez baroques, probablement influencées par le monde de la mode où Schumacher a travaillé avant d’entamer sa carrière de réalisateur. La plupart du temps, ils s’intègrent dans des scènes à forte intensité dramatique: des décors massifs et très chargés de vague inspiration Art Déco dans le local où officient nos jeunes médecins, un éclairage coloré très marqués entre un bleu très froid et des orangés chaleureux d’abord visibles dans les scènes de l’au-delà, avant de déborder dans la « vie réelle » de nos explorateurs. Ils correspondent aux visions plus ou moins sombres des différents protagonistes (le bleu pour Nelson, le rouge pour Rachel, plus empathique) de l’histoire et distillent une ambiance qui fait, à mon avis, de L’Expérience interdite le digne successeur de certaines productions fantastiques des années 1980. Aussi l’ambiance visuelle du film, avec ce campus en pleine lumière automnale chaude et rasante, ces vieux bâtiments et ces visions par-delà la mort empreintes d’onirisme exercent-elles un certain attrait sur la spectatrice que je suis.

Mais si ce visuel est l’un des atouts de cette réalisation, elle en compte d’autres que je vais citer dans la partie suivante.

  • La recherche du pardon
L'équipe de nos "thanatonautes" au complet:
L’équipe de nos « thanatonautes » au complet: Joe, Randall, David (sur la table), Rachel et Nelson, en pleine expérience – Source: Imdb.com

L’autre attrait de L’Expérience interdite, ce sont ses protagonistes, dont les personnalités sont servies par de très bons acteurs comme Kiefer Sutherland, Kevin Bacon et Julia Roberts. On peut dire que ces trois-là ne m’ont jamais déçus. Ils incarnent des personnages aux caractères bien trempés, tous très différents des autres: Nelson est le jeune savant audacieux un brin mégalo, David la tête brûlée qui est en fait un excellent médecin, Randall le bon pote qui assiste sans participer, Rachel l’empathique et la curieuse, Joe le playboy qui collectionne les conquêtes sur le campus quand sa fiancée est au loin.

Plus l’histoire avance, plus on plonge dans la psychologie et les démons intérieurs de chacun d’entre eux, après la confrontation avec leur propre mort. Chacun semble d’abord connaître une certaine sérénité avant, au fur et à mesure que l’expérience se prolonge, leur introspection s’accentue, comme si cette mort artificielle leur rappelait: « Dis donc, toi, il y a des choses que tu n’as pas réglées! ». Aussi Joe, s’il est d’abord habité par l’ivresse de visions paradisiaques peuplées de femmes, il est poursuivi par les ombres des femmes avec qui il a couché et qu’il a filmées à leur insu pendant l’acte. David revoit la petite fille qu’il martyrisait à l’école et Rachel revit le jour du suicide de son père, tandis que Nelson se retrouve confronté à des secrets beaucoup plus sombres.

Nelson et David en pleine conversation, à la recherche de leur rédemption. - Source: Imdb.com
Nelson et David en pleine conversation, à la recherche de leur rédemption. – Source: Imdb.com

Ainsi, chacun à sa manière tente comme il ou elle le peut, de régler ces problèmes qui les affectent dans leur vie, ce qui les rend très humains et, à défaut d’être attachants (en tant qu’ancienne victime de harcèlement scolaire, j’ai plusieurs fois souhaité à mes bourreaux de subir ce qu’ils m’avaient fait, ou du moins d’en avoir honte et de me présenter des excuses, donc le cas de David, ma foi… bien fait pour sa gueule! 😉 ) crédibles. Une certaine empathie naît chez le spectateur, quand bien même mon point de vue est biaisé pour certains personnages. Alors que chacun risque sa vie dans cette expérience dont il pourrait ne jamais revenir, c’est à elle ou lui de décider ce qu’il convient de faire pour se pardonner, trouver le pardon de sa victime ou accepter la punition pour les fautes commises. Loin de moi l’idée de penser qu’il s’agit d’un film moralisateur, mais comme dans toute production hollywoodienne qui se respecte, il semble que les « méchants » doivent payer… Aussi tous parviennent à nous toucher d’une certaine façon, en particulier Rachel, qui s’accuse de quelque chose dont elle n’est absolument pas responsable.

Je pense ne pas trop m’avancer en disant qu’au final, le thème central du film est plus la cartharsis de chacun que l’expérience de mort en elle-même. Car si la mort est bien présente, elle les fait plus avancer en tant qu’individus qu’en tant que médecins – quoiqu’au final, ils seraient peut-être plus aptes à rassurer des patients en phase terminale… Aussi elle se révèle plus métaphysique que vraiment scientifique…

  • Conclusion

Si L’Expérience interdite ne reste pas dans les annales comme une réalisation majeure (en même temps, vous avez vu beaucoup de chefs d’œuvre sur ce blog? 😉 ), il n’en reste pas moins qu’elle dispose d’atouts non-négligeables comme un casting de premier choix, un visuel agréable à l’œil malgré les looks très début des années 90 des héros (les coupes de cheveux de Sutherland et Bacon en sont le summum!), et une intrigue centrée sur une évolution intéressante de ses protagonistes qui mûrissent. C’est sans doute leur expérience avec leurs propres démons qui constituent l’élément le plus impressionnant du film, comme si la mort les exhortait à d’abord régler ce qui pourrit leur vie ou ce qui leur cause du remords.

Je pense donc sincèrement que la « thérapie de choc » subie par ces personnages sur fond d’expérience de mort imminente peut, avec son charme nineties, sa brochette de bon acteurs et cette intrigue assez simple mais prenante, avec des enjeux somme toute assez impressionnants, vous faire passer un très bon moment. De préférence en soirée et en bonne compagnie, avec M&M’s et popcorn! Je ne parlerais pas de divertissement, car je pense que ce n’était pas le but recherché, mais les frissons qui vous parcourront seront plus agréables que vraiment terrifiants, mais il va sans dire que la réalisation et la direction artistique sont de bonne facture. Juste ce qu’il faut pour ne pas roupiller devant son écran et se laisser porter par l’ambiance! 😉 Enfin du moins si le sujet de la mort ne vous angoisse pas trop! 😉

J’espère en tout cas vous avoir donné envie d’y jeter un œil, si vous ne le connaissez pas déjà, et je m’excuse d’avance pour la piètre qualité de cette bande-annonce – aussi je vous conseille de visionner une version en DVD ou Blu-Ray pour profiter à fond de l’atmosphère. Je le conseille particulièrement pour un doublé avec Hypnose, toujours avec le très bon Kevin Bacon, en seconde partie de soirée pour du vrai frisson! 😉

En vous souhaitant un bon visionnage, je vous dis à bientôt pour d’autres chroniques (j’ai une petite idée pour de vieux films franchement sympas, et je pense que si je manœuvre bien mon frangin, il me montrera enfin Zardoz car pour le coup, j’écrirais bien un petit topo là-dessus!) et créations! C’est que l’inspiration est là pour mon présent devoir de graphisme… Espérons que ce soit la bonne! 😉

Blanche Mt.-Cl.


Titre: L’Expérience interdite (Flatliners)
Année de sortie: 1990
Réalisation: Joel Schumacher
Origine: États-Unis
Durée: 1h54
Distribution: Kiefer Sutherland, Kevin Bacon, William Baldwin, Oliver Platt, Julia Roberts…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

8 réflexions au sujet de “Psychanalyse par la mort – L’Expérience interdite (Joel Schumacher, 1990)”

  1. Vu aussi il y a longtemps ( presque à sa sortie, donc ) et revu il y a peu de temps. Le film n’a pas trop mal vieilli, quand même. Sûrement pas un chef d’oeuvre mais intéressant.
    Oh, il faut que tu voies Zardoz! C’est ….non, je ne dirais rien car très ancré dans les 70’s mais à voir.

    Aimé par 1 personne

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