Leprechauns venus de l’espace – Martiens, go home! (Fredric Brown)

« Quelle piaule minable! Est-ce que tous les Terriens vivent là-dedans ou est-ce que c’est ce qu’on appelle un taudis? Et ce mobilier… Par Argeth, c’est d’un miteux! »
Fredric Brown, Martiens, go home!

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

51QCJf+KjSL._SX300_BO1,204,203,200_Je reviens aujourd’hui avec un peu de sang neuf dans mes chroniques. En effet, je prévoyais de terminer le recueil Le Mythe de Cthulhu, mais ces derniers jours j’ai eu beaucoup de mal à poursuivre ces récits (en fait, je m’attendais à autre chose en commençant Lovecraft, et à part le premier récit du recueil consacré à Cthulhu, eh bien j’ai un peu de mal à accrocher!), j’ai voulu souffler avec quelque chose de léger.

Aussi ce vendredi, quand je suis sortie à l’espace culturel du coin à la rechercher d’un ouvrage court et efficace, je suis tombée sur un présentoir dédié à la collection Folio SF, et là… Martiens, go home! m’a tout de suite interpelée. Le titre, déjà, qui sonnait film américain de la Guerre Froide, m’a attirée, et le résumé m’a convaincue. Et puis, avec la Mission ExoMars qui décolle aujourd’hui depuis Baïkonour, c’est le jour idéal pour évoquer la Planète Rouge! (N.B. La transmission commence à 10h, heure de Paris, sur le site du CNES, entre autres!)

Préparez-vous à une rencontre du troisième type avec des envahisseurs que vous n’attendiez pas!

  •  Le monde envahi par des petits farceurs verts

Nous sommes en mars 1964, en Californie. Luke Devereaux, auteur de S.F. en panne d’inspiration, s’est isolé dans le cabanon d’un ami, au fin fond du désert. Divorcé depuis peu, vaguement désespéré et financièrement dans la mouise, il espère profiter de la solitude des lieux pour pondre ce roman qu’il a promis à son éditeur. Mais rien ne lui vient. Il se laisse aller à boire un petit verre quand soudain, on frappe à sa porte. Surpris, Luke ouvre à son mystérieux visiteur et tombe nez à nez avec un tout petit bonhomme vert qui l’apostrophe en ces termes: « Salut Toto! C’est bien la Terre ici? » Celui-ci s’invite sans façon dans la maison, critiquant tout grossièrement et se moquant allègrement du pauvre Terrien.

D’abord incrédule et pensant à une hallucination, l’écrivain comprend bientôt qu’un milliard de Martiens a débarqué sur Terre cette nuit-là, et qu’ils ne valent guère mieux que son visiteur de la nuit. En effet, ces nabots au teint verdâtres sont curieux de tout, entendent tout, voient tout. Avides de cancans et incapables de rester silencieux, ils semblent prendre un malin plaisir à rendre les humains complètement fous en dévoilant leur intimité et en répétant leurs secrets.

Alors que Luke et ceux qui l’entourent sont à bout, comment se débarrasser de ces infâmes petites créatures et les renvoyer sur leur planète?

  • De la S.F. sur le ton de la parodie

L’auteur du livre, Fredric Brown (1906-1972), édité dans des pulps, était connu pour ses romans et nouvelles de S.F. empreints d’humour qui jouaient avec les clichés du genre. Je n’ai encore rien lu d’autre de Brown et je n’ai aucun élément de comparaison, Martiens, go home! ne paraît pas faire exception à cette règle, et comme me l’a écrit une copine à moi qui l’a déjà lu, je me suis « tapé de pures barres ». (La description des Martiens par le régime communiste d’URSS m’a particulièrement amusée!)

Paru en 1955, le roman s’inspire non-seulement de tout un background S.F. existant dans la culture populaire et le cinéma, mais aussi de faits divers rapportés à cette époque, tel la rencontre de Kelly-Hopkinsville, à savoir une attaque extraterrestre sur une ferme du Kentucky dans les années 1950. L’image du « petit homme vert » popularisée par les représentations de l’époque, est le principal cliché sur lequel joue Brown – ça et cette « rencontre » avec le protagoniste principal, de nuit, dans un endroit isolé.

La première surprise vient de la familiarité, à la limite du vulgaire, de ces petits bonshommes que nous attendons toujours être d’une intelligence supérieure. Ils le sont dans le sens où ils se révèlent aptes à maitriser en peu de temps chaque langue humaine, mais leurs préoccupations semblent motivées par la plus grande bassesse, et ces visiteurs se complaisent dans la discorde qu’ils provoquent entre les hommes. Ils me font penser à des lutins, les Leprechauns, à cause de leur couleur verte, mais je les rapproche également de lutins méchants. Dès le premier chapitre, l’alien qui débarque chez Luke ne peut s’empêcher de lui dire que la jeune femme qu’il fréquente n’en a rien à faire de lui car elle couche avec un autre dans son dos, et lors d’une rencontre avec un faux professeur de psychologie, un martien présent le corrige lorsque celui-ci déclare avoir deux enfants: « Trois ». Bref, impossible de cacher aux autres ses secrets honteux…

D’autant plus que ces petits Martiens sont présents partout: n’ayant aucune prise avec la matière, ils s’insinuent dans tous les recoins, de la chambre d’un couple en pleine nuit de noce aux sous-sols les plus secrets du Pentagone ou même du Kremlin, et nul ne peut les en déloger à coup de pied aux fesses. Ils se déplacent rapidement, ils « couiment » (un genre de téléportation) d’un endroit à l’autre en une fraction de seconde, et semblent être arrivés sur Terre de cette façon. On pourrait se contenter de les ignorer, mais ces larrons verts ont la fâcheuse tendance à être extrêmement bruyants, à lancer insulte sur insulte, à se moquer, à se dégoûter de tout et à se montrer dix fois plus insultants envers ceux qui leur font un accueil amical. Ainsi, ce ne sont pas des rayons de la mort ou d’autres armes sophistiquées qui sont censés venir à bout du genre humain, mais les farces, le manque d’intimité et le bruit.

Ainsi ces petits envahisseurs verts, aussi irritants que drôle avec leur propension à ne dire que la vérité, constituent-il le principal ressort comique de l’histoire.

  • Des événements sous le signe de l’absurdité

Le monde, qui du fait de la Guerre Froide et de la Course à l’Espace, se trouve déjà dans une situation absurde, voit l’économie des grandes nations s’écrouler et le chômage exploser suite à l’arrivée des Martiens – l’industrie du divertissement, radio et télévision, s’écroule suite aux interruptions des Martiens, celle du pétrole également – et la natalité chute du fait du manque d’intimité, les couples craignant d’un alien les espionne dans leur chambre à coucher. Seules entreprises qui s’en sortent dans ce marasme: les pompes funèbres et les institutions psychiatriques, comme celle où travaille Margie, l’ex-femme de Luke Devereaux, cliché parfait de la pin-up en mode années 50.

Dans la folie ambiante se dessinent des situations cocasses, pleines d’un vrai comique, qui font immanquablement sourire le lecteur – qu’il s’agisse de l’argot utilisé par les Martiens ou des réactions humaines. Si l’action se concentre beaucoup sur Luke Devereaux qui après un passage à vide, voit une possibilité de faire rebondir sa carrière au moment où les lecteurs ne veulent plus entendre parler de science-fiction, et les personnages qui l’entourent, on assiste à des tranches de vie amusantes, celles de voleurs, de simples citoyens, et même de dirigeants du monde qui, de par la révélation des secrets d’État, voient toute guerre devenue inutile.

Au final, le lecteur se rend peu à peu compte qu’il ne connaît rien des motivations des Martiens, qui les gardent pour eux. Elle semblent plutôt ambivalentes: en effet, prennent-ils tant de plaisir que ça à tourmenter les individus, ou cherchent-ils par ce biais à créer envers eux une haine qui unira l’humanité au-delà des querelles géopolitiques de la Guerre Froide?

  • Conclusion – Un charme suranné

Pour certains d’entre nous qui apprécient la S.F., ce livre vous plaira car il vous rappellera immanquablement les images héritées des vieux films hollywoodiens des années 1950, ainsi qu’une part de rêve encore liée aux États-Unis, et à la Californie en particulier. Au début et au cours de l’histoire, on apprend en effet que Luke Devereaux a travaillé à Hollywood, aux studios de la Paramount où il a rencontré la jeune femme qu’il fréquente, ainsi que l’homme avec qui elle le trompe. Luke est donc un personnage ancré dans cette fabrique à rêve, qu’il s’agisse du cinéma ou de la littérature. Pour ma part, cette ambiance toute en essai d’inspiration, en soleil et en grosses voitures américaines (et ça n’arrange pas mon cas, parce que j’ai encore envie de faire un voyage en Californie!), couplée à ce que je disais plus haut sur les situations comiques et absurdes de l’histoire, m’ont fait passer un très bon moment.

La lecture est fluide, rapide, et ces petites raclures de Martiens ajoutent vraiment du piment dans l’histoire. J’adore. Quelque chose en eux me rappelle un peu Roger dans American Dad (avec le côté charnel et vraiment obsédé en moins)! J’ai donc lu un chapitre vendredi soir, puis tout le reste samedi. Je l’ai dévoré! C’est donc une réaction à chaud que je viens de vous livrer dans cette présentation. Aussi, je vous le conseille si vous êtes à la recherche de S.F. qui ne se prend pas au sérieux, qui à travers de ces insupportables petits hommes verts, se moque gentiment des travers humains. Je vous le recommande chaudement!

À très vite pour de nouvelles chroniques!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Martiens, go home!
Auteur: Fredric Brown
Éditions: Gallimard
Collection: Folio SF
224 p.
Parution: Mars 2016
Prix: 5,90 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

7 réflexions au sujet de “Leprechauns venus de l’espace – Martiens, go home! (Fredric Brown)”

  1. Le voilà 🙂
    C’est amusant parce que j’ai connu Brown par le biais du roman policier avant de le lire en SF.
    Quant à Lovecraft, tu ne m’étonnes pas. Une nouvelle par-ci par-là mais on sature assez vite (j’aime bien ce mythe de Cthulhu mais bon…)

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, l’histoire de Cthulhu est pas mal, mais les autres récits du livre me laissent sur ma faim. En plus, je trouve que les ressorts narratifs des autres nouvelles sont un peu datés par rapport à la date de rédaction.

      Aimé par 1 personne

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