Explorer Mars – De la S.F. à la réalité

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, je tiens à m’excuser des perturbations récentes qui auront des répercussions encore quelques temps sur mes chroniques. À dire vrai, j’ai consacré un peu de temps à mes écrits, quelque chose que j’aimerais partager avec vous d’ici peu, et j’avoue avoir eu un peu de mal avec le recueil de nouvelles de Lovecraft que je suis en train de lire. Aussi, plutôt que de forcer les choses, je vais lire quelque chose de léger pour rédiger une chronique livre sympa la semaine prochaine (j’ai trouver un petit bouquin qui m’a l’air bien drôle!), et à la place d’une chronique bâclée, je vous propose aujourd’hui un article à thème. 🙂 Une sorte d’écrit de fond pour vous faire passer le week-end!

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Vue sur la planète Mars – Source: Wikipedia

Comme vous l’avez appris il y a quelques mois, lorsque j’ai posté ma description de la Lune de Sang, l’espace, c’est un peu mon dada! 🙂 Je suis même abonnée aux alertes de vol d’Arianespace et je reçois toutes les notifications de succès, de retard ou de décalage de décollage d’Ariane, Soyouz ou Vega. Je ne saurais vous dire si l’espace m’a fascinée avant la S.F., si la S.F. m’a intéressée avant, ou si les deux phénomènes se sont alimentés.

Certains d’entre vous, férus de S.F. ou simplement curieux de l’actualité spatiale, ont dû constater un fait: l’intérêt porté à Mars par les agences spatiales du monde entier, que des programmes d’exploration sont régulièrement lancés, tout comme des sondes et des rovers en direction de la planète rouge, qui nous envoient des photographies de désert à couper le souffle. Et si ce n’était que ça: Mars est également présente dans la culture populaire, notamment par le biais de la S.F. …

Mais quels sont aujourd’hui les enjeux d’une telle exploration? La réalité va-t-elle rattraper la S.F.? Et autre question, plus amusante: quels facteurs prendre en compte pour écrire un Mars opera crédible de nos jours? Cet article ne se veut bien sûr pas scientifique, mais je souhaite qu’il vous donne envie d’approfondir le sujet, qu’il s’agisse de connaissance pure, ou de S.F.!

  • À la recherche de la vie sur Mars

Il faut savoir que Mars, en tant qu’astre, fascine l’humanité depuis bien longtemps, pour la bonne et simple raison que la planète est particulièrement brillante, visible à l’œil nu et reconnaissable à sa couleur orangée. J’ai eu l’occasion de la voir ainsi pendant des vacances dans le midi quand j’étais ado. C’était magnifique! Dans l’Antiquité, c’était cette coloration qui l’a associée aux divinités de la guerre, comme Horus chez les Égyptiens, ou Arès/Mars chez les Grecs et les Romains. Et dès le commencement de la course à l’espace et son point culminant dans les années 1960, il a toujours été question, aussi bien pour les Soviétiques que pour les Américains, d’atteindre et d’assurer leur présence sur des corps célestes pour des raisons de prestige: la Lune et Mars en étaient les destinations privilégiées, où étaient régulièrement envoyées des sondes.

L’un des grands buts de cette exploration était également de trouver la vie sur cette planète. En effet, lorsque les observations ont gagné en précision au XIXe siècle, grâce à des instruments plus sophistiqués, les astronomes ont découvert les « lunes » (en fait des astéroïdes en orbite) comme Deimos et Phoibos, ainsi que des structures connues sous la désignation de « canaux de Mars ». Un certain Giovanni Schiaparelli (1835-1910) de Milan a observé, durant une configuration du ciel exceptionnelle, ce qu’il a pris pour des structures artificielles, des lignes droites qu’il nomma « canaux ». Cette découverte a déclenché un véritable engouement pour Mars parmi les savants. Certains excentriques ont même été jusqu’à dépenser des sommes folles pour construire des observatoires dédiés à la planète rouge!

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Carte de Mars établie par Schiaparelli – Source: Wikipedia

Un certain Percival Lowell (1855-1916), un astronome amateur fortuné des États-Unis, a ainsi popularisé l’idée de canaux d’irrigation: des êtres intelligents auraient donc habités Mars, et se seraient battus contre une désertification sévère afin de protéger leur agriculture et leur civilisation… Une vue romantique largement relayée par divers journaux et revues du XIXe siècle, et alimentant de nombreux ouvrages de science-fiction du début du XXe siècle. C’est le cas d’un roman publié en 1912, dont vous avez peut-être entendu parler: Une Princesse de Mars d’Edgar Rice Burroughs que j’ai chroniqué l’an dernier. Vous avez aussi sans doute entendu parler des Chroniques martiennes de Ray Bradbury, que je n’ai pas encore lues, ou de différentes BDs ou films relatant des attaques de Martiens sur la Terre… Parfois sur le ton de la comédie comme drôlissime Mars attacks! de Tim Buron. Ainsi, trouver de la vie sur Mars est à la fois un vieux rêve et une crainte. Car s’il est rassurant de ne pas être seuls dans le système solaire, et dans l’immensité de l’univers, qui nous dit que nos voisins ne sont pas hostiles? (D’autant plus que dans les années 50 et 60, les Martiens des films sont une métaphore d’une autre menace « rouge », à savoir les Communistes!)

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Le « visage » martien photographié en 1976 – Source: Wikipedia

Mais dans les années 1970, les sondes martiennes ont révélé des images bien différentes que celles imaginées par Lowell et Rice Burroughs. Très loin d’être une planète chaude, Mars est un désert classé, dont l’atmosphère très mince est riche en carbone et dont l’absence de champ magnétique ne protège pas des radiations cosmiques. La Planète Rouge a donc un environnement hostile, impropre à la vie et à l’installation humaine. Quand bien même certaines structures naturelles rappelaient étrangement des constructions artificielle, comme ce « visage » observé par Viking 1 en 1976, qui s’est finalement révélé être une simple montagne par la suite, quand des clichés de plus haute définition en ont été pris. Donc, à moins que celle-ci ne soit vraiment bien, très bien cachée, il semble que nous n’ayons aujourd’hui plus aucune chance de trouver des traces de civilisation sur Mars. Cela signifie-t-il pour autant que toute forme de vie y est absolument impossible?

La réponse est beaucoup plus nuancée qu’on le pense. Selon certaines analyses géologiques, il y a quelques millions ou milliards d’années, une vie aurait pu se développer à l’échelle microscopique dans les océans de Mars. Rien de tout cela n’est confirmé, mais n’oublié pas qu’à une époque très lointaine où l’atmosphère terrestre, irrespirable, ne se prêtait pas au développement de la vie en surface, à vu l’émergence d’organismes unicellulaires, puis plus complexes, dans l’eau. Mais concernant Mars, dont l’histoire géologique est relativement bien connue des spécialistes, il est très possible qu’une période « humide » ait vu se développer des formes de vie simples, qui n’ont absolument rien à voir avec des petits hommes verts ou gris (oui, comme l’agent Mulder, je tiens aussi à ce qu’ils soient gris!), ou avec les petits êtres à tête de mort du film de Tim Burton. Il pourrait s’agir de bactéries, de moisissures… mais pas d’humanoïdes contre qui nous battre. Évidemment, tous ces renseignements sont à prendre avec d’infinies précautions, quand bien même certains échantillons prélevés par la sonde Mariner pendant les années 1960 étaient pour certains la preuve irréfutable de l’existence de bactéries sur Mars. Je suppose qu’il y a là-dedans des chercheurs de bonne foi, comme des intérêts de visibilité: imaginez l’impact médiatique si la vie était effectivement découverte sur Mars!

Nous devons également prendre en compte que les missions robotiques  sur la surface de Mars cherchent toujours la vie. Comme Curiosity qui a atterri en 2012 pendant que je rédigeais mon mémoire de fin d’étude (l’activité spatiale était très riche à ce moment-là, je ne vous explique même pas le casse-tête pour remettre à jour ce que j’écrivais au fur et à mesure, j’ai cru que je ne finirais jamais!). C’est également le cas de la mission euro-russe (il est conduit par l’European Space Agency et par Roskosmos, l’agence russe, qui fournit du matériel ainsi que le lanceur Proton) ExoMars, qui fait partie de l’ambitieux programme Aurora, qui doit préparer l’exploration habitée de Mars. Le premier volet de la mission devrait partir pour Mars ce mois-si. Pour tous les chercheurs et ingénieurs qui ont bûché pendant des années, croisons donc les doigts pour un succès! 🙂 (Et par pur chauvinisme, cela me ferait un peu mal que les Américains soient les seuls à avoir des rovers en état de marche sur Mars!)

Après, je me permettrais une question pour conclure cette première partie: que savons-nous vraiment du développement de la vie? Ne peut-il pas exister, dans l’immensité du cosmos, d’autres modèles? L’eau et les climats tempérés sont-ils absolument nécessaires? Je ne suis pas biologiste et ma compétence dans le spatial s’arrête aux enjeux géopolitiques, mais j’ai été marquée par un cours de biologie du lycée, où il était questions de bactéries (terriennes) vivant aux alentours de volcans sous-marins, dans un environnement plein de cendre et de souffre. Pourquoi une entité vivante ne pourrait-elle pas se développer en étant capable de respirer autre chose que de l’oxygène ou de résister aux radiations? D’autant plus que nous n’avons pas encore exploré tous les recoins, tous les canyons profonds de plus d’un kilomètre sur la surface martienne. Quelle découverte surprenante pouvons-nous encore y faire?

  •  Pourquoi explorer Mars?

Ainsi Mars est l’une des « cibles » principales de l’exploration interplanétaire, et ce même durant la guerre froide. Faire flotter le drapeau américain sur la Lune, ça en jetait sévère. Mais l’exploration de Mars et même de Vénus (au regard de la science-fiction soviétique, et des sondes Venera, on sait que l’URSS nourrissait une certaine passion pour Vénus).

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L’astronaute américain Buzz Aldrin (mon papa l’a rencontré!) sur la Lune en 1960, photographié par le regretté Neil Armstrong – Source: Wikipedia

La science et le goût de la découverte n’étaient pas les seules motivations du voyage interplanétaire. Car l’exploration spatiale, c’est aussi du politique et même de la géopolitique. Dans les décennies troublées qui ont succédé à la Seconde Guerre mondiale, les programmes spatiaux se sont développés à partir des recherches balistiques des savants allemands et leurs missiles V-2 en particuliers, plus ou moins réquisitionnés par les puissances victorieuses – États-Unis, Royaume-Uni, France, Italie et URSS. Alors que les relations entre les « States » et l’URSS s’envenimaient, les recherches balistiques et spatiales sont devenus un symbole de pouvoir, de supériorité intellectuelle des pays impliqués, de l’efficacité d’un système économique et politique, de l’engagement et du soutien d’une population entière à son gouvernement. N’oublions pas qu’envoyer un satellite en orbite, ou bien des êtres humains dans l’espace demande des moyens technologiques et financiers colossaux, pour ne pas dire astronomiques. La recherche, la construction des engins, la sécurité des êtres envoyés dans l’espace, tout cela coûte très cher, et tous les pays ne peuvent se le permettre dans les années 1960.

La présence humaine dans l’espace reflète ainsi l’équilibre des pouvoirs en place sur Terre, et l’exploration spatiale devient une question de prestige sur la scène internationale. Ces dernières années, avec les changements rapides en cours dans le monde et la montées de puissances émergentes, outre l’Europe, les États-Unis et la Russie, nous voyons la Chine annoncer et se lancer dans des projets ambitieux – lancements de vols habités, bases spatiales, exploration et construction d’une base lunaire pour une occupation humaine de l’espace sur la longue durée… (Après, je ne suis pas certaine qu’un État seul, aussi puissant qu’il soit, puisse accomplir une telle prouesse. J’y reviendrai…) C’est une façon d’exprimer ses ambitions, son importance, sa volonté politique. Et ça, des pays comme la Russie et la Chine en ont à revendre.

Mais retournons à MARS. Je me rappelle, à peu près à la période où j’écrivais mon mémoire, avoir visionné un documentaire sur La Chaîne Histoire lors d’un cycle consacré à l’histoire du spatial: Comment devenir un extraterrestre? qui retraçait l’histoire des vols habités. D’après ce que j’y ai appris, l’URSS planifiait déjà dans les années 1960-70 des programmes d’exploration martienne et est parvenue à recruter des milliers de volontaires pour ce voyage censé être sans retour!

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Paysage martien photographié par Curiosity – Source: Wikipedia

On imagine bien évidemment que les savants du monde entier doivent accueillir la nouvelle d’un programme d’exploration avec grand enthousiasme, ne serait-ce que pour leurs recherches. Mars, c’est le Graal et l’une des priorités de la recherche spatiale! En termes pratiques, elle est assez proche de nous – du moins plus que Jupiter ou Saturne, ou que d’autres exoplanètes dans les systèmes stellaires voisins. De plus, son sol rocheux et solide, l’existence d’un permafrost et la présence d’eau en fait une planète assez similaire à la Terre dans sa structure. Son exploration pourrait nous permettre de mieux comprendre notre propre histoire géologique et climatique, les mécanismes de développement de la vie… et également celle du système solaire dans son entier. Mars est donc une précieuse source de données brutes pour les sciences de la Terre et de l’Univers.

Plusieurs tentatives d’atteindre Mars ont eu lieu durant les années 1960 et 1970, par des sondes américaines et soviétiques. Outre les échantillons, ce sont les images envoyées depuis la Planète Rouge qui marquent les esprits. Nous savons maintenant que le ciel martien n’est pas orange vif comme dans les films de S.F. mais légèrement rosé, que le soleil a l’air légèrement plus petit que sur Terre… Ses paysages désertiques ne peuvent que captiver le public, et exciter son imagination.

Bien évidemment, certains diront que l’argent pourrait être mieux utilisé que pour la vanité de quelques cerveaux et dirigeants, qu’il importe peu de connaître la couleur du ciel de Mars, ou encore que les programmes spatiaux en eux-mêmes ne « servent à rien ». (Combien de fois l’ai-je entendu? Entre nous, s’il n’y avait pas eu de programme spatial, je me demande comment sans satellites, nous nous débrouillerions avec Internet, si les Smartphones fonctionneraient de manière aussi efficaces ou s’ils existeraient…) Mais ce serait certainement mentir que de dire que nous avons jamais, au moins une fois dans notre vie, regardé une fusée décoller à la télévision, et attendu avec curiosité la diffusion d’images venues du Mars… Il n’y a pas de honte à admettre que Mars, c’est aussi une part de rêve en nous – je pense que les amateurs de S.F. ou les curieux qui suivent ce blog s’y retrouveront! 🙂 Ne nous sommes-nous jamais dit que, comme nos parents ont vu les images d’Apollo 11 se posant sur la Lune, nous aimerions voir des humains poser le pied sur le sol martien? Car si les sondes sont plus pratiques, moins coûteuses et moins risquées que l’envoi d’astronautes, elles ne peuvent pas encore remplacer la sagacité et la curiosité humaine, ainsi que la capacité d’analyse. Des détails qui attireraient l’attention d’un homme ou d’une femme présent sur Mars peuvent leur échapper.

Ainsi, écrire de la S.F. ou réaliser des films consacrés à l’exploration humaine sur Mars fait toujours sens. Il subsiste quand même des obstacles, et non des moindres, à réaliser le rêve de vols habités vers la Planète Rouge…

  • Les difficultés de l’exploration humaine sur Mars

Les premières difficultés sont principalement politiques et financières. Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, les programmes spatiaux sont de vrais gouffres financiers. Seul un gouvernement stable et fort, ou une association d’Etats comme l’ESA (European Space Agency) peut mobiliser assez de moyens et dépenser des millions d’euros nécessaires au financement de la recherche ou au développement de lanceurs. Depuis quelques années, en particulier aux États-Unis et en Europe, les dépenses liées aux programmes spatiaux doivent être justifiés en termes de retombées économiques auprès d’un public durement éprouvé par la crise. Dans les pays en développement, comme la Chine, ou dans en Russie qui a mis longtemps à se remettre de la fin de la Guerre Froide, il s’agit de mettre en avant les possibilités induites par l’utilisation de technologies basées sur l’utilisation des satellites dans la vie quotidienne. Les politiques spatiales se concentrent donc principalement sur les « applications » (observations météorologique, télédétection télécommunications et technologies de l’information, défense…). L’exploration y a toujours sa place, mais elle demande tant de moyens et induit tant de risques que les dirigeants semblent, à quelques exceptions près, avoir perdu toute volonté d’y prendre part. Lorsque vous décidez d’envoyer une sonde vers Mars, ce sont des travaux de longue haleine, avec le risque de tout perdre en cas de problème au lancement ou à l’atterrissage.Fin 2011, c’est la perte de la sonde russe Phobos-Grunt suite à une erreur au sol, qui représente une véritable déception pour la communauté spatiale russe.

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Coucher de soleil sur Mars photographié par Spirit en 2005 – Source: Wikipedia

Mais certains États ont trouvé la parade à cette prise de risque: le partage. Ainsi, les dirigeants américains, russes et européens ont plusieurs fois déclaré que le vol spatial habité, voire l’exploration en général, ne pouvait aboutir que dans le cadre d’une coopération internationale afin de minimiser pour chacun les risques et les dépenses. Cela se fait déjà en Europe avec l’ESA qui regroupe plusieurs pays et initie des projets internationaux en vue d’explorer le système solaire, auxquels les pays sont libres ou non de participer en fonction de leurs moyens et de leurs objectifs. La coopération internationale n’est pas fiable à cent pour cent, car le retrait d’un participant.

Il y a quelques années, le projet ExoMars que je mentionnais plus haut, a manqué d’être annulé quand les Etats-Unis ont annoncé ne plus pouvoir fournir la fusée pour expédier le matériel d’observation vers Mars, par manque de fonds, pour se consacrer à d’autres projets spatiaux plus importants pour eux. Ainsi, les Etats-membres de l’ESA impliqués dans ExoMars ont dû chercher d’autres partenaires pour ne pas prendre plus de retard sur le lancement: l’agence spatiale russe Roskosmos s’est montrée dès le début très intéressée par ce partenariat, et un accord a été signé au printemps 2013. Ainsi, la Russie fournit quelques instruments, ainsi que le lanceur Proton qui devra expédier ExoMars dans l’espace ce mois-ci. En réalité, ces partenariats sont plus compliqués qu’il y paraît, notamment parce que le spatial fait partie des technologies stratégiques pour leur lien avec leur domaine de la défense, et les différentes parties prenantes ne sont pas prêtes à tout partager, aussi « proches » qu’elles soient les unes des autres. Et disons-le, la Russie et la Chine sont des partenaires qui éveillent la suspicion… Ce qui n’est, à mon avis, pas toujours justifié.

Dernier petit problème géopolitique: selon les Traités de l’Espace signés dans les années 1960 et 1970, les corps célestes appartiennent à toute l’humanité et ne peuvent être la propriété d’un Etat. Mars est concerné, aussi l’envoi d’un équipage international paraît être, outre l’option la plus réaliste, la plus sage pour ne pas heurter les susceptibilités et aussi, à mon sens, la plus juste. Oubliez donc cette image issue de Mission to Mars de Brian de Palma nous montrant le drapeau américain flottant sur le sol martien, car si tel devait être le cas, il ne serait qu’un parmi d’autres, ceux des pays d’origines de tous les participants. Et encore si l’on prend le texte du traité à la lettre, un drapeau lié à un Etat ne fait pas sens, et il vaudrait mieux créer un drapeau pour la mission elle-même, un symbole fort au-delà des intérêts nationaux.

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L’atmosphère martienne prise en photo par Viking en 1976 – Source: Wikipedia

Sachant les moyens financiers colossaux mis en œuvre pour l’envoi d’une simple sonde, imaginez un vol habité! La dépense peut se chiffrer en milliards! Car la sécurité des astronautes nécessite le développement de technologies et de matériaux appropriés. Sans compter qu’une mission devrait durer environ deux ans: six mois de trajet en direction de la Planète Rouge, six à douze mois sur son sol, et six autres mois pour rentrer sur Terre. Il s’agit de respecter des fenêtres de tir (ah désolée pour le jargon!), car certains moments, dépendant de la position de Mars et de la Terre l’une par rapport à l’autre, sont plus favorables au voyage. Durant celui-ci, nos participants seront exposés au rayonnement cosmique – à des radiations, quoi! – et subiront la même chose sur Mars, à cause de l’absence de champ magnétique capable de renvoyer certaines particules dangereuses vers l’espace, et de la minceur de l’atmosphère. Comment résoudre ce problème si nos explorateurs passent une année entière à la surface de la planète?

Autre défi technique: le transport du matériel. Car si nos voyageurs posent leur valise pendant plusieurs mois sur Mars, il leur faudra bien s’abriter quelque part, et construire des infrastructures dédiées! Le vaisseau fera-t-il partie de l’installation? Certains participants devront-ils rester en orbite en attendant que leurs compagnons construisent leur une demeure? Et comment assurer le retour? Faudra-t-il bâtir une petite usine à carburant ou le transporter en avance? Concernant la nourriture, faudra-t-il emporter le strict minimum et produire sur place comme dans Seul sur Mars?

Enfin, dernière difficulté et pas des moindres: l’isolement et l’éloignement. Pour le moment, les résultats des expériences d’isolement sont mitigés. L’expérience Biosphere qui a eu lieu entre 1991 et 1993 dans le désert de l’Arizona, s’est terminée en désastre: les relations entre les différents participants sont devenues tendues, le taux d’oxygène s’est mis à baisser sous le dôme de vert qui les coupaient du monde tandis que la photosynthèse des plantes ne parvenait pas à le ré-équilibrer, ce qui a eu des effets catastrophique sur l’oxygénation du cerveau et sur le comportement des présents. En revanche, l’expérience Mars 500 a été un succès: dans la banlieue de Moscou entre juin 2009 et et novembre 2011, six hommes ont passé 520 jours dans des conditions d’autonomie complète dans un fac-similé de vaisseau spatial, allant même jusqu’à reproduire les conditions de communication entre Mars et la Terre (20 minutes de transmission pour un message, et 20 minutes encore pour que la réponse parvienne – au minimum 40 minutes pour attendre la réponse). Aucun incident n’a été rapporté. Seul petit détail, ces six messieurs n’ont pas expérimenté l’apesanteur du voyage!

Enfin, les astronautes envoyés vers la Station Spatiale Internationale (ISS) on toujours vue sur la Terre. « De la-haut, ils voient la maison! » Nous avons toujours une vue sur la Terre, que nous ayons le pied dessus ou que nous flottions devant un hublot de l’ISS, tout comme les pionniers de la Lune voient des clairs de Terre. Mais qu’en est-il quand, au fur et à mesure que les voyageurs s’enfoncent dans l’immensité de l’espace, ils voient leur foyer s’éloigner, puis disparaître? Comment supporter d’être laissé livré à soi-même dans ce grand vide et d’attendre au moins quarante minutes une réponse de la Terre? Pour créer l’illusion d’un contact avec l’extérieur, certains spécialistes préconisent l’envoi de deux vaisseaux simultanément, les voyageurs pouvant communiquer entre eux durant le trajet vers Mars. Mais tout de même… Vous imaginez-vous passez six mois dans le confort spartiate d’un vaisseau spatial avec les mêmes quelques personnes, sans possibilité de sortir faire un tour en cas de tension? Comment supporter l’idée que la moindre petite erreur peut vous faire dériver à travers l’espace ou vous tuer? Ce sont des questions sur lesquelles médecins, psychiatres et autres scientifiques vont devoir se pencher en cas de vol habité vers Mars…

  • Conclusion – Quelle S.F. crédible pour Mars?
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La Terre et la Lune depuis l’orbite de Mars – Source: Wikipedia

Ma foi, j’espère que l’article dont je viens de vous gratifier n’est pas trop sec ou jargonnant! D’autant plus que j’ai l’impression que mes derniers articles étaient beaucoup moins inspirés et d’une qualité moindre, ce qui m’a un peu frustrée. Aussi, comme je souhaitais depuis longtemps aborder le sujet de Mars, j’ai sincèrement pensé qu’il pouvait intéresser les amateurs de S.F. spatial qui suivent ce blog, voire éveiller l’intérêt des simples curieux tout en alimentant une rubrique que j’ai créée il y a quelques temps déjà. 🙂

Vous avez donc pu avoir un rapide panorama de l’histoire qui lie l’humanité à notre planète voisine, quelles sont les motivations et les difficultés de l’exploration de l’Astre Rouge. En termes de S.F., même si je pense que tout n’est pas censé être réaliste et que l’on puisse même y ajouter un peu de fantastique, il peut-être intéressant de prendre en compte ces données dans une future histoire se déroulant sur Mars (je ne désespère pas d’écrire un Mars opera et une uchronie quand Le Sang des Wolf sera un best-seller! 😉 ). Rivalités nationales sur fond d’isolement, enjeux politiques, problèmes sur place que  nous n’avons pas encore imaginés, découvertes surprenantes, ou moments hallucinés dus à l’isolement…

Je vous renvoie sur ce point au documentaire déjà cité, Comment devenir un extraterrestre? où l’on s’aperçoit que même avec une vue sur la Terre, après plusieurs mois dans l’espace, même un spationaute chevronné peut commencer à sérieusement yoyoter du bulbe! Et vous alors, au vu de ce que vous venez d’apprendre, comment imaginez-vous la S.F. martienne de demain? 🙂

N’hésitez pas à poser des questions en commentaire, je sais que parfois je m’emballe un peu sur le sujet! 🙂 Ou même à partager si vous avez aimé!

Je vous souhaite à tous un excellent week-end et de beaux rêves martiens!

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

20 réflexions au sujet de “Explorer Mars – De la S.F. à la réalité”

  1. Ah, Mars…
    Ce sont « Les chroniques martiennes « de Bradbury qui m’avaient complètement enchantée quand j’étais ado (lues et relues).
    C’est vrai qu’après les « 1ers hommes sur la lune », tout paraissait possible (même si je ne me souviens pas d’Armstrong en 69, je n’avais même pas 2 ans ).Mais ceux de ma génération croyaient dur comme fer que nous irions très vite sur Mars. Ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé. 😉
    Il reste que la part de rêve demeure.

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    1. Je pense que de nos jours, nous ne sommes plus non-plus dans l’optique de la Guerre Froide où tel ou telle puissance a quelque chose à prouver. Enfin si, les gouvernement ont encore des choses à prouver, mais ce n’est pas du même ordre! 🙂
      Donc Mars, oui, pourquoi pas? Mais peut-être plus tard que prévu. En même temps, ce sera une mission à long terme, et il est bien plus sage de ne négliger aucun détail. 🙂 As-tu lu « Spin » de R.C.Wilson?

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      1. Enfin, si, même si la « guerre froide » est bien loin derrière nous, les puissances de ce monde ont toujours quelque chose à prouver…
        Maintenant, ce ne sont peut-être plus celles auxquelles on pensait (US VS ex-URSS) qui ont le budget nécessaire ou le désir d’envoyer les 1ers des personnes sur telle ou telle planète (déjà, parce que lesdites puissances ont d’autres chats à fouetter – pauvres chats, ceci dit ^^). Mais il y en a toujours pour envisager l’espace comme un enjeu (politique et autre) et non comme une avancée (scientifique, humaine, que sais -je encore?).
        Quant à « Spin », je l’ai eu entre les mains à la médiathèque mais je ne l’ai pas emprunté. (…à voir quand le réseau de mes bibliothèques sera un peu plus dégagé ).

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      2. Il ne faut pas non-plus oublier qu’avec les lancements de satellites (internet, circulation des données, télé, téléphonie, GPS/Galileo/Glonass), l’espace est aussi un marché, avec des retombées considérables dans notre vie quotidienne.
        C’est là-dessus que de nombreuses puissances se recentrent à l’heure actuel. Sur l’espace « utile ». 🙂
        Pour « Spin », les critiques sont très bonnes sur le net, mais il m’a un peu déçue – sauf en ce qui concerne le volet martien de l’histoire.

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      3. Tant que tout ce bazar ne nous retombe pas sur la tête au sens littéral du terme!
        (désolée, c’est un gros rhume,^^ , la bonne excuse pour écrire des sottises)
        Enfin, je vois bien un doux délire SF de ce genre …
        Quand je reverrais « Spin », j’y penserais (je me fie + ou – aux critiques). Tiens en parlant de Sf, de Terre, de Mars et autres, as-tu lu « L’éveil du Léviathan » (1er d’une trilogie dont les 2 premiers ont été traduits en français et qui a été – bien – adapté en série sur SyFy sous le titre « The Expanse »)?

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  2. Oh quel bel article ! L’aspirante astronaute qui sommeille toujours en moi (enfin, sommeille… je continue de rêver en regardant les étoiles ;)) adore !
    J’aimerai vraiment qu’un vol habité vers Mars ait lieu, mais vraiment.
    Merci pour cet article qui fait démarrer mon weekend sur les plus beaux auspices : celui de l’espace qui nous fera toujours rêver – et du rêve, on en a bien besoin en ce moment !

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  3. Superbe article, très complet comme toujours… J’avoue avoir lu en deux fois, j’ai commencé hier et j’ai fini ce matin. Un jour nous irons sûrement encore plus facilement que nous allons aujourd’hui dans l’espace. Pourquoi pas ! Tout est possible… Que dire d’autre si ce n’est que ton papa a bien de la chance de rencontrer des gens aussi intéressants. 🙂

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    1. Je me doutais qu’il ne serait pas nécessairement aisé à lire, et j’ai hésité à le diviser en deux parties! 🙂 Mais après c’est tellement fascinant!
      Pour Aldrin, je pense que mon père aurait préféré rencontrer Armstrong, qui avait la réputation d’être plus humble que son compagnon de voyage. 🙂

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  4. Merci beaucoup pour ce superbe article !
    Ça ne va pas te surprendre mais je suis également attiré par l’espace depuis tout petit (bien avant de découvrir mon adoration pour la science fiction d’ailleurs). J’ai pu en imaginer des histoires se passant dans l’espace (que ce soit dans notre galaxie ou ailleurs).
    Comme tu le dis, Mars fascine parce que c’est la planète la plus visible. On a en quelque sorte conquis la Lune donc la prochaine étape c’est Mars. Mais en fait l’astre qui s’apparente le plus à la Terre avec des conditions « proches » (c’est relatif) c’est Titan, le satellite de Saturne, notamment parce qu’il y a une atmosphère. Mais quand on voit les difficultés à atteindre Mars, vouloir aller rejoindre Titan devient un projet encore plus lointain.
    Je me dis parfois que je suis né trop tôt parce que j’aurais pouvoir découvrir l’exploration spatiale. Alors je vis dans mes univers de SF et mes space operas. ^^

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    1. Oui, Titan est fascinant aussi, je me souviens mon étonnement en voyant les photos de la surface. Mais il n’est pas encore imprégné la culture pop! 🙂 Sauf peut-être dans la série « Eurêka »! Sans aller jusqu’à l’orbite de Saturne, la mission Cosmic Vision de l’ESA comprend un volet JUICE (JUpiter ICy moons Explorer – ils ont de ces foutus noms pour leurs missions!), qui doit explorer Ganymède, Callisto et Europe.
      Si j’ai bonne mémoire, Roskosmos est aussi sur le coup, il faudrait que je revérifie. Mais il va de soi qu’un scénar de S.F. crédible ne peut qu’être international! 😉 C’était pas mal rendu dans « Seul sur Mars » – seule petite ombre au tableau, il n’y avait pas de Russe dans l’équipage alors qu’à mon humble avis, une mission d’envergure ne peut se faire sans la Russie.

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      1. N’empêche, c’est l’histoire de base de Star Trek : les prémices de l’exploration spatiale et la rencontre avec des aliens vont faire s’unir tout le peuple terrien dans ce but. (C’est super utopique mais cette vision m’a toujours plu.)
        Je dois avouer ne pas avoir vu Seul sur Mars donc là je ne peux pas me prononcer. Cela dit, même s’il ne parle pas de colonisation de Mars ou d’un autre astre, dans le genre le film Sunshine était vraiment sublime (et ces vues absolument inoubliables).

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      2. Je te conseille « Seul sur Mars », dans la mesure où certains aspects (relations publiques, équipage, pesanteur…). À l’origine, c’est un roman que je n’ai pas encore lu, mais voici ma chronique: https://lesmondesdeblanche.wordpress.com/2015/11/05/sauvetage-delicat-seul-sur-mars-ridley-scott-2015/
        Et même si ce n’est pas de la S.F., je te conseille aussi « Apollo 13 », de Ron Howard si tu ne l’as pas encore vu. Etrangement, je trouve qu’il n’a pas si mal vieilli!

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      3. Je vais tâcher de regarder Seul sur Mars alors. 🙂
        D’ailleurs, ça me fait penser, si tu n’as pas vu Moon, je te le recommande. Il n’a pas fait grand bruit mais c’était vraiment très bien et vraiment très profond.

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