Alunissage psychédélique – Moonwalkers (Antoine Bardou-Jacquet, 2015)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du film, pour vous mettre dans l’ambiance… Source: Wikipedia

Je reviens aujourd’hui avec une chronique un peu exceptionnelle, parce que d’une part, je vous présente l’article ciné avant celui dédié au livre, et d’autre parce parce que le film que je vais vous présenter aujourd’hui n’est ni un film fantastique, ni un film d’horreur, ni un film de S.F. à proprement parler. Mais je le traite ici car il traite indirectement le thème de la science-fiction, sous l’angle de la comédie.

Il s’agit de Moonwalkers, « basé sur une théorie du complot réelle » (based on a true conspiracy theory) réalisé par Antoine Bardou-Jacquet, avec Ron Pearlman et Rupert Grint dans les rôles principaux, sorti récemment en salles.

J’ai pu le voir grâce à mon frère qui connaît mon intérêt pour l’histoire de la conquête spatiale et du programme Apollo, et qui pensait que le sujet du film, ainsi que son casting, pourrait me plaire. C’est donc en famille que j’ai visionné cette comédie spatiale déjantée, sur fond de complot, d’espionnage et de rock psychédélique.

  • Un agent de la C.I.A. à la recherche de Stanley Kubrick

Nous sommes en 1969, en pleine vague psychédélique, alors que la guerre fait rage au Vietnam et que les Etats-Unis et l’URSS se livrent à une course à l’espace sans merci. La mission Apollo 11 doit être envoyée vers la Lune durant l’été. La CIA décide de mettre en scène un alunissage et de le faire filmer, afin de le diffuser en tant que propagande anti-soviétique et de dissimuler un éventuel échec du vol spatial. Un seul homme est capable de les aider dans cet entreprise: le réalisateur Stanley Kubrick, qui a merveilleusement fait ses preuves dans le spatial avec 2001: L’Odyssée de l’Espace sorti l’année précédente. Aussi Tom Kidman (Ron Perlman), agent et vétéran du Vietnam aux méthodes très musclées, est-il envoyé à Londres pour convaincre le réalisateur de travailler pour l’agence.

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Leon, qui ressemble plus à l’enfant caché d’un Blues Brother et d’un fermier hamish qu’à Stanley Kubrick et Jonny au comble de l’élégance dans sa chemise à motif croco – Source: AlloCiné

Dans la capitale anglaise, Jonny (Rupert Grint), un jeune agent artistique sans le sou et vaguement véreux, a du mal à tenir son groupe qui, après être montés sur scène raide défoncés et à moitié ivre-morts, doit fuir une salle de spectacle, le laissant dans un terrible embarras financier. En effet, il doit de l’argent à des individus peu recommandables, et son agence artistique ne lui permet pas de prendre en charge d’autres « talents ». Mais au détour d’un couloir, il croise Kidman et comprend que celui-ci est à la recherche de Stanley Kubrick pour un contrat juteux. Ayant besoin de fonds rapidement sous peine de subir les foudres de ses créanciers, Jonny prend rendez-vous avec Kidman et fait passer son colocataire Leon (Robert Sheehan), un jeune homme un peu dans la lune adepte de substances suspectes, pour Stanley Kubrick. Ils comptent s’emparer de la mallette pleine d’argent que leur donne  l’agent, régler leurs dettes et ne plus jamais contacter le larron.

Mais Kidman, réalisant le tour qu’on lui a joué, arrive à temps pour les tirer d’un mauvais pas. Jonny et Leon, conscients que ni eux, ni Kidman, ne pourront mettre la main sur Kubrick, proposent finalement leur aide à Kidman, et l’emmène dans l’antre reculée d’un réalisateur au style… très expérimental. Entre action, situations rocambolesques et substances illicites, nos trois compères vont devoir se préparer pour un autre type de voyage astral…

  • Postulat de départ: une théorie du complot

Au niveau des infos sur le film ou son réalisateur, je n’ai pas trouvé grand-chose au cours de mes recherches, aussi je me contenterai du minimum.

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Affiche/ Compo promotionnelle qui joue plein pot sur la théorie du complot – Source: AlloCiné

Comme vous le savez si vous vous perdez depuis longtemps dans les méandres de ce blog, vous savez que j’ai parfois un penchant pour les histoires étranges basées sur des théories du complot – comme par exemple la comédie Iron Sky, tout sauf finaude, que j’ai évoquée l’an dernier qui repose sur une rumeur fumeuse quant à la survie des Nazis sur une base lunaire. Que l’on croie on non aux conspirations, il va sans dire qu’elle permettent des histoires assez audacieuses, intéressantes au niveau du contexte ou de la narration.

Moonwalkers part de l’un des canulars les plus connus de ces dernières années, à savoir le faux documentaire Opération Lune (Dark Side of the Moon) réalisé par William Karel en 2002 et co-produit par Arte France. Sous la forme d’une investigation poussée, avec de nombreux témoignages de proches du Kubrick, dont son épouse. Le spectateur y est baladé dans une théorie du complot selon laquelle les images de l’alunissage d’Apollo 11 auraient été tournées en studio, les condition lunaires ne rendant pas possible de filmer la scène. Et le tout aurait été mis en scène par Kubrick, qui était déjà un pro de l’ambiance spatiale grâce à 2001. Au passage, je sais qu’il s’agit d’un sacrilège, mais je ne suis jamais parvenue à visionner ce monument du cinéma dans son intégralité, car je me suis endormie à chaque fois! À croire que la musique classique me berce!

Toujours est-il que mes parents, mon frère et moi avons vu ce faux doc (un mockumentary comme diraient les Anglo-saxons) il y a des années, peu après sa première diffusion, et nous avions adoré. Nous aussi nous étions faits balader, jusqu’au bêtisier final au cours duquel nous nous sommes ri de notre propre crédulité. Il faut dire que les histoires de conspiration ont beaucoup fleuri dans la période post-11 septembre, et beaucoup d’entre nous (à ma décharge, j’étais très jeune! 😉 ) étaient enclins à croire tout ce qu’ils entendaient. D’ailleurs, certains accordent toujours du crédit au fait que les images de l’alunissage ne sont pas authentiques.

Bref, voici ce sur quoi s’appuie l’histoire de Moonwalkers… mais sur le ton de la comédie.

  • Une comédie sur fond d’ambiance années 60
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Tom Kidman, en galère de fringues décentes, et Jonny dans l’Antre d’un artiste psyché complètement barré. Un duo qui fait mouche… – Source: AlloCiné.fr

Je suis assez amatrice de gags et d’humour pas très fin quand il s’agit de passer un bon moment en famille devant un film. Le moins que l’on puisse dire est que Moonwalkers est loin, très loin d’être un film intello, et les critiques sont mitigées, voire, à de rares exceptions près, comme Paris Match qui y voit « Un monument d’humour trash jubilatoire! ». Il n’en reste pas moins que le film a reçu le Prix du Public du Festival des Utopiales 2015 (ah que j’aimerais voir des Utopiales, ce serait top!).

Pour cause. Le propos de départ est, comme je l’ai exposé plus haut, assez intéressant. L’intrigue, simple et efficace, est plutôt bien menée. Les scènes d’action, les gags parfois un peu trash et les situations rocambolesques s’y succèdent à un rythme effréné.

Rien que certaines images que j’ai en tête me donnent envie de rire. Notamment le personnage de Ron Perlman, agent sans état d’âme qui distribue les baffes avec une nonchalence déconcertante, obligé de troquer son costume contre une chemise à motif ET à jabot kitsch à souhait qui lui ôte toute crédibilité. J’ai un faible pour les scènes se déroulant dans la demeure du réalisateur Renatus, un véritable paradis sex, drug and rock’n’roll ou des naïades (et je dis ça lors de la Journée Internationale des Droits de la Femme! Bravo Blanche!) et des éphèbes en petite tenue et consommateurs de LSD, évoluent autour du « gourou » du cinéma d’art et d’essai. Le visionnage de son court-métrage sur l’apesanteur, suivi de ses considérations sur l’art, est absolument hilarant.

Le duo d’acteurs principaux fonctionne très bien. Leurs personnages sont aussi différents que complémentaires, et se dégrossissent au cours de l’histoire. Nous y voyons Ron Perlman passer de la brute épaisse stricte et procédurière au gars qui se découvre après qu’une jeune femme de l’entourage de Renatus, Ella (Erika Sainte) flashe sur lui et lui fasse tester certaines choses, et Rupert Grint du garçon dépassé par les frasques de son entourage, filou et velléitaire à l’homme d’action. Bref, les deux comédiens confirment leur talent comique ainsi que leur capital sympathie dans cette comédie d’action enlevée.

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Affiche à l’esthétique psychédélique. Ma préférée de toutes pour son côté graphique et coloré! – Source: AlloCiné

Enfin, s’il est un point que j’ai ADORÉ dans Moonwalkers, c’est l’effort sur l’ambiance visuelle et sonore qui nous embarque pour un véritable voyage dans l’univers du psychédélique. Le côté hippie, coloré et libertaire paraît certes très cliché, voire carrément fantasmé, mais participe à l’atmosphère si particulière du film. Visuellement, cela se traduit bien sûr par une reconstitution d’époque foisonnante, entre les tenues des personnages et les décors intérieurs très kitsch, très riche et caractéristique. Bref, j’adore! Cet effort visuel se retrouve jusque dans les affiches du film, très colorées en mode Yellow Submarine, et dont la typographie est un clin d’œil à Stanley Kubrick, puisqu’il s’agit de la même que sur l’affiche d’Orange Mécanique. À mon sens, la bande originale est un point capital dès que l’intrigue se passe dans les années 1960 (je pense notamment à Hotel Woodstock d’Ang Lee). Pari gagné avec Moonwalkers: une sélection assez judicieuse de morceaux des années 1960 vous transporte carrément sur la Lune! 🙂

  • Conclusion – Un très bon moment

Que dire, que dire, que dire?

Ma foi, ce petit opus ne révolutionne pas le genre en soi, mais entre les situations loufoques, l’ambiance et la musique, j’ai passé un très agréable moment. J’ai éprouvé un certain plaisir à suivre une histoire traitant d’une affaire de conspiration sur le ton de la comédie, à voir de vraies scènes d’action, à assister à des moment plus « conceptuels » dans le milieu artistique qui est lui aussi moqué de manière assez décapante. Malgré certains clichés et faiblesses, j’ai trouvé en Moonwalkers un divertissement d’assez bonne qualité. D’autant plus qu’en tête d’affiche figurent deux acteurs que j’apprécie beaucoup (même si pour moi, Ron Perlman restera éternellement Salvatore dans Le Nom de la Rose!).

Outre cet aspect drôle et gentiment cliché, Moonwalkers rend un très bel hommage à cette S.F. à la fois kitsch et avant-gardiste de l’époque, notamment à l’œuvre du maître qu’était Kubrick. Aussi, je vous le conseille si vous aimez l’action et l’humour, si vous aimez Kubrick… ou si vous avez tout simplement envie de vous détendre et de rire un bon coup entre amis. Et qui résisterait à Rupert Grint dans des vestes aux motifs improbables après l’avoir vu des années en toge d’élève de Poudlard? 😉

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Moonwalkers
Année de sortie: 2016
Réalisation: Antoine Bardou-Jacquet
Origine: France
Durée: 1h47
Distribution: Ron Perlman, Rupert Grint, Robert Sheehan, Kevin Bishop, Erika Sainte…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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