Un remake qui « fait mouche » – La Mouche (David Cronenberg, 1986)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du film – Source: Imdb.com

Après le merveilleux de l’univers disneyen la semaine dernière, je change complètement de registre pour vous emmener voir quelque chose de beaucoup, beaucoup plus sombre.

Je l’avais un jour évoqué, et comme promis, je reviens avec une chronique dédiée à un film culte qui nous a à tous donné des cauchemars, un millésime sorti l’année de ma naissance: La Mouche, un impressionnant film d’horreur signé David Cronenberg, remake du classique La Mouche noire de Kurt Neumann (1958) déjà chroniqué sur ce blog. Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé d’horreur sur Les Mondes de Blanche. Enfant, j’avais déjà vu quelques extraits ou bandes-annonces, où l’on apercevait  le jeune et fringuant ❤️ Jeff Goldbum ❤️ marcher au plafond à quatre pattes avec une facilité déconcertante sous le regard médusé de Geena Davis…

Et j’ai fini par le visionner en entier lors de vacances en Angleterre, quand mon frère et moi, ado et jeune adulte, sommes tombés dessus tard le soir sur une chaîne câblée, alors que toute la famille dormait. Le moins que l’on puisse dire est que cet opus m’a laissé une impression durable!

Je vous en dis plus par ici…

  • Une expérience ratée

Seth Brundle (Jeff Goldblum) est un jeune et brillant scientifique, qui s’adonne seul à ses expériences dans le hangar qui lui sert de demeure et de laboratoire. Il fait la rencontre de Veronica Quaife (Geena Davis), une charmante journaliste scientifique, à qui il présente sa toute nouvelle trouvaille: ses capsules de téléportation. Il lui promet l’exclusivité de son histoire en échange de son silence sur son projet. Elle commence donc à le fréquenter pour prendre des notes sur son travail. Or, notre savant traverse quelques difficultés. En effet, si la téléportation marche avec des objets inanimés, le singe sur lequel Brundle teste sa capsule ne s’en sort pas aussi bien et termine en une sorte de purée organique. Quant à Veronica, bientôt séduite par le charisme et l’enthousiasme de Seth, elle entame avec lui une relation plus intime.

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Seth Brundle et son cobaye – Source: AlloCiné.fr

D’abord inspiré par cet idylle qui lui permet de régler quelques problèmes sur sa machine, le scientifique éprouve bientôt une certaine jalousie pour le rédacteur et ex de sa dulcinée, Sathis Borans (John Getz), à cause de qui elle doit écourter un rendez-vous romantique. Il s’imagine que Veronica souhaite reprendre cette liaison. Alors qu’elle doit en réalité faire face aux menaces de son patron, lui aussi jaloux, qui la tanne pour publier très vite un papier sur les travaux de son bon ami Seth… Seth qui, seul et ivre, décide de tester sur lui le dispositif de téléportation. Mais il n’a pas vu qu’une mouche s’était invitée dans sa capsule!

Dès lors, des changements s’opèrent en lui. Il devient physiquement plus fort, sexuellement plus stimulé, et se sent comme renaître tandis que Veronica, elle, s’inquiète beaucoup quand apparaissent des modifications physiques incongrues. Ce n’est que le début d’une effrayante transformation physique et mentale. Seth Brundle ne sera plus jamais le même…

  • Un remake culte
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Veronica et Seth (Geena Davis et Jeff Goldblum), couple vedette de cette science-fiction horrifique – Source: AlloCiné.fr

Dès le début des années 1980 est évoquée l’idée de tourner une variation de ce classique de l’horreur. Après plusieurs changements de scénariste et de réalisateur, c’est finalement David Cronenberg qui est approché, mais qui, occupé à la production de Total Recall, refuse tout d’abord. C’est finalement le deuil du réal pressenti, Robert Bierman, qui va remettre Cronnenberg sur le devant de la scène, alors que le projet Total Recall capote – avant de reprendre avec le succès qu’on lui connait sous la houlette de Paul Verhoeven (je me demande d’ailleurs comment Verhoeven s’en serait sorti avec La Mouche…).

Bref. Cronenberg va retravailler le scénario initialement écrit, proche du film ancien et de la nouvelle (encore une chose que j’apprends!) qui l’avait inspiré, pour remettre l’histoire au goût du jour, avant de choisir ❤️ Jeff Goldblum ❤️ (eh, je fantasme comme je peux, je n’ai pas eu de Saint-Valentin, moi!) et la ravissante Geena Davis dans les rôles principaux.

Avant de visionner La Mouche Noire il y a quelques années (toujours avec mon frère), j’ignorais que le film culte de Cronenberg était un remake. L’histoire est remise au goût du jour, avec sa petite plongée dans le journalisme scientifique. J’aime le fait que la science n’y est pas dépeinte comme l’occupation d’humanistes prêts à éclairer le monde, alors que la recherche est un milieu où l’on se tire pas mal dans les pattes. Cette intrigue, qui constitue aussi une incursion dans la folie humaine « fait mouche », si j’ose dire. Ainsi, le scénario, s’il s’éloigne du film original, fonctionne tout de même très bien. En même temps, on n’attend pas la même chose d’un vieux film en noir et blanc des années 1950 et d’une production des années 1980s en termes de storytelling, et de mise en scène. Cronenberg signe un opus à l’image et à la violence un peu plus crue, qui impressionne  le spectateur en même temps qu’il pose la question de la responsabilité de ceux qui font les découvertes, et également de ceux qui les relaient: que faire d’une découverte aussi énorme que celle de Brundle? vaut-elle le coup qu’il se mette en danger de la sorte? et surtout, peut on la laisser entre les mains de quelqu’un d’aussi instable que lui? et du côté des journalistes scientifiques, peuvent-ils vraiment traiter ce type d’actualité comme des scoops?

Depuis lors, La Mouche est devenu le film culte que l’on connait aujourd’hui. C’est un véritable succès commercial. Et malgré le côté très gore que l’on attendait pas d’un remake de classique des années 1950, les critiques sont pour la plupart positives, en particulier concernant les effets spéciaux et la  performance de Jeff Goldblum. Le film figure d’ailleurs parmi différents tops consacrés au cinéma d’horreur, de science-fiction… et même de cinéma en général. Le film a même donné lieu à une suite réalisé par Chris Wallas, l’homme derrière les créatures effrayantes de La Mouche. Suite, que je n’ai pas vue… mais qui bizarrement, ne me tente pas.

La Mouche a également gagné plusieurs récompenses, dont un Oscar pour les meilleurs maquillages, et trois Saturn Awards: le meilleur film d’horreur, le meilleur acteur pour Jeff Goldblum et le meilleur maquillage pour Chris Wallas. Car s’il est une chose qui fait la force de ce film… c’est son visuel saisissant.

  • La dégradation de l’être
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AH! Mais pourquoi nous infliger un tel spectacle! – Source: AlloCiné.fr

Dans la chronique que j’avais dédié à La Mouche Noire l’été dernier, j’avais écrit que le malaise du spectateur venait surtout de la perte des facultés du savant André Delambre, qui devient incapable de parler, d’écrire et de communiquer avec son épouse qu’il aime tant. Dans le film de Cronenberg, c’est la dégradation mentale et surtout physique du personnage principal qui dérange.

Soyons franc, comme vous l’avez deviné à la lecture de cette critique, j’avais dans mon adolescence un gros faible pour Jeff Goldblum qui en plus d’avoir beaucoup d’allure, avait un sourire à me faire remonter la Seine en dos crawlé. Et le voir enlaidir ainsi… ça fait mal! D’ailleurs, je pense qu’à ce stade de décrépitude, j’aurai été attristée par cette même transformation sur un interprète beaucoup moins sexy. En visionnant un épisode de Crossed (une série d’émissions diffusées sur internet traitant de l’univers des jeux vidéos au cinéma, présentée par Karim Debbache) dédiée à Existenz, aussi signé Cronenberg, j’ai appris que ce réalisateur était originairement un adepte du body horror – des films axés sur la dégradation physique, qui joue sur une de nos peurs les plus primaires, celle de voir notre apparence s’altérer de façon horrible, et des terribles souffrances liées. Animal, instinctif… et forcément irraisonné. Au final, plus que de se désoler parce qu’on voit Goldblum devenir atrocement laid à l’écran, on a MAL, physiquement MAL pour lui. Et pour ceux qui subissent sa colère.

Le « père » de l’impressionnant hybride entre Goldblum et la mouche, Chris Wallas, est parvenu à instiller une sorte de malaise progressif, avec une dégradation qui n’a rien d’aussi soudaine et radicale que celle d’André Delambre qui apparaît un beau matin avec une patte et une tête de mouche (dont les yeux ont l’air d’avoir été faits avec une passoire). Cela commence d’abord subtilement, avec de légères décolorations cutanées, des poils çà et là, avant de se poursuivre avec des ongles et des dents qui tombent, entre autres morceaux.

Cela va de pair avec la folie du personnage. Et c’est là la force du jeu de Goldblum, avant qu’il nous habitude à jouer des frimeurs sympas et des gentils garçons un peu gauches: avant même de se transformer complètement, il arrive à transmettre un vague sentiment de menace.

C’est une variation très intéressante sur le thème du savant fou, prêt à faire tomber avec lui et à entraîner dans son délire ceux qui l’aiment.Car sa dégradation touche aussi sa copine, Veronica, qui ne parvient plus à lui faire confiance et est tourmentée par des cauchemars particulièrement horribles – petit spoiler, celui où elle accouche d’une larve est particulièrement perturbant.

Aussi je déconseille aux âmes sensibles certains passages. Car au cours de sa transformation Seth Brundle prend également des aptitudes de la mouche. Si l’escalade du mur de sa maison est un exercice amusant et peut prêter à sourire, sa soudaine force physique qui en fait un vainqueur de bras de fer, ou ses crachats acides qui donnent lieu à l’une des scène les plus gores que j’aie vues de ma vie. C’est peut-être ce qui en fait ce film culte hantant encore nos cauchemars. Car une fois visionnées, certaines images très dures restent gravées dans notre mémoire à jamais.

  • Conclusion
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On lui avait pourtant dit qu’à sortir avec un savant fou elle aurait des ennuis… – Source: AlloCiné.fr

Film culte assez répugnant, il n’en reste pas moins que j’aime beaucoup ce que Cronenberg a fait de cette histoire en la remettant au goût du jour – certes un goût du jours très eighties, mais qui fonctionne encore, et ce malgré ses effets très gores. En même temps, je trouve que les années 1980 ont vu des réalisations particulièrement marquantes en ce qui concerne l’horreur ou la S.F., qui restent efficaces malgré un visuel esthétiquement marqué par la période de tournage – ce sont le cas de films comme un Terminator, par exemple, qui arrive encore à me faire dresser les cheveux sur la tête. De plus, le casting fait rêver, avec les excellents Jeff Goldblum dont on apprécie en la plastique dans la première partie du film (sourire lubrique), et Geena Davis qui a par la suite interprété des rôles encore plus marquants.

La Mouche hante encore mes cauchemars, mais j’aime beaucoup cette intrigue bien ficelée. Elle nous confronte de manière assez sombre à notre propre peur de la déchéance physique, et nous montre à quel point la frontière entre le génie et la folie peut être ténue. Elle pose, comme le vieux film de Neumann, la question de l’éthique en sciences, et nous dépeint l’impuissance d’une femme amoureuse qui voit peu à peu celui qu’elle aime et admire sombrer dans la démence. C’est un peu la « mégalomanie du savoir », en somme! 🙂 Ce sont, en plus des effets spéciaux et de cet amour qui lie certains protagonistes, ces enjeux qui font toute la force du film, car ce sont des ingrédients classiques et intemporels, puisqu’en appuyant sur nos peurs profondes, le réalisateur est capable de nous toucher pour un bout de temps.

Je vous conseille donc, si vous n’avez pas la rétine trop sensible, de redécouvrir ce film culte, ou de découvrir, si vous ne le connaissez pas, cet opus aussi terrifiant que fascinant. C’est qu’avec la Saint-Valentin qui est passée, je me disais qu’un petit film d’horreur blottie contre un corps chaud pour ne pas trop flipper, c’était un plan sympathique à étudier… Je vous laisse avec sa bande-annonce, et vous laisse décider si vous vous en servirez pour une soirée d’horreur, seul ou accompagné/e! 🙂

À très bientôt pour de nouvelles chroniques et créations!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: La Mouche (The Fly)
Année de sortie: 1986
Réalisation: David Cronenberg
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h36
Distribution: Jeff Goldblum, Geena Davis, John Getz, Leslie Carlson…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

5 réflexions au sujet de « Un remake qui « fait mouche » – La Mouche (David Cronenberg, 1986) »

    1. Pour sûr, on peut dire que « La Mouche » m’a vraiment marquée. Il faudra donc que j’ajoute à ma liste de film « Le festin nu »… 🙂
      Ceci dit, je pense qu’avec « La Mouche », Cronenberg est aussi dans l’air du temps. C’est du moins l’impression que j’ai de nombres de films d’horreur et de S.F. des années 80 qui ne rechignent pas à montrer l’horreur et la violence toutes crues.

      Aimé par 1 personne

  1. Je ne sais pas si tu connais le film « Le festin nu » de Cronenberg, adaptation du roman éponyme, mais je te le conseille du point de vue de l’univers assez anxiogène, certaines scènes sont assez impressionnantes, et de par le sujet qui devrait te plaire, celui d’un écrivain à la recherche de sa prose.

    Aimé par 2 people

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