Les loups mènent l’enquête au royaume de la fantasy… – Druide (Oliver Peru)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Couverture de Druide

J’ai le plaisir de vous dire que l’auto-challenge que je m’étais lancé concernant la lecture de Druide est bel et bien réussi! Aussi, cette semaine, je vous gratifierai d’une chronique de roman fantasy. Ce n’est pas un genre littéraire très facile à appréhender pour moi (hormis dans les aventures de Conan le Cimmérien, mais ça, j’y reviendrai un jour!), j’ignore d’ailleurs pourquoi car j’ai plutôt tendance à aimer et admirer les efforts d’imagination! Bref, j’ai souhaité m’y remettre tout doucement.

Pour trouver un ouvrage de fantasy propre à mes aspirations, autre que Tolkien auquel je ne parviens pas à accrocher, sans nain et sans elfe, et autre qu’une saga de je ne sais combien de volumes, j’ai fait un tour sur le Forum de la Littérature Fantastique (ça fait un bail que je ne leur ai pas donné de nouvelles, quand j’y pense…). Accro aux légendes arthuriennes, mon regard a été attiré par la catégorie « Fantasy arthurienne », où des lecteurs donnaient de Druide des avis dithyrambiques.

J’ai donc pensé que cela pouvait me plaire. Aussi, dès que je l’ai pu, ai-je acquis cet ouvrage pour me faire mon propre avis. Préparez-vous à entrer dans un monde où la rationalité des druides va se heurter à une sauvagerie et à un mal terrible issus du fond des âges…

  • L’histoire

Depuis des siècles, un conflit dont on ignore l’origine oppose les deux royaumes du Nord: le Trône d’Or du Sonrigar et le Trône de Glace du Rahimir, géographiquement séparé par un gouffre connu sous le nom de la Cicatrice. Aussi des périodes de paix fragile alternent-elles avec des guerres particulièrement meurtrières. Seul havre de paix: la forêt, »la Mer verte », que les rois respectent et dont ils ne peuvent fouler le sol sans l’autorisation des druides. Certains d’entre eux  ont d’ailleurs pour mission de venir en aide aux hommes…

Et de l’aide, les hommes des royaumes du Nord vont en avoir besoin. En effet, un massacre d’une barbarie sans nom est perpétré dans la forteresse de Wishneight, au bord de la Cicatrice sur le territoire du Sonrigar. Une cinquantaine d’homme ont été assassinés et atrocement mutilés dans une salle d’arme, sans que quiconque ait aperçu leurs assassin. Le druide Obrigan, maître issu de l’ordre des loups, est mandaté pour se rendre sur place et enquêter. Avec ses deux apprentis Tobias et Kesher, il découvre des cadavres éviscérés et défigurés, et des traces de ce qui ressemble à des coups de griffes. Épouvanté, comme ses deux jeunes disciples, par cet horrible spectacle, il en vient à voir dans la tuerie des instincts bestiaux animés d’une volonté humaine…

Comble de malchance, ces meurtres ont ravivé les tensions entre les rois des deux royaumes qui se réunissent sur le Toit des Sages. Cela ne peut signifier qu’une chose: une guerre imminente. Obrigan parvient à assister à leur conseil où le jeune et fougueux roi du Sonrigar, Yllias, accuse ouvertement le vieux et rusé roi du Rahimir, Tiriekson, d’avoir fomenté le massacre. Ce à quoi l’arrogant prince héritier Jarekson, sévèrement balafré au visage, qui accompagne son père au Conseil, répond par l’ironie et les provocations. Obrigan décide donc d’intervenir pour les apaiser, et demande au roi Yllias du temps pour prouver l’innocence du royaume voisin et éviter une guerre inutile. Le jeune souverain du Sonrigar lui donne vingt-et-un jour pour résoudre l’enquête, au bout desquels ses armées marcheront sur le Rahimir.

Durant ces vingt-et-un jours, Obrigan ses apprentis vont appréhender des faits qui dépassent leur entendement, et se mettre en danger en découvrant de terribles secrets qui confronteront le maître druide aux fantômes de son propre passé…

  • Éléments narratifs

Que dire, que dire, que dire? Tout d’abord, quand j’ai acheté le livre, j’ignorais qu’Oliver Peru était également dessinateur et auteur de BD – c’est sans doute ce qui explique l’aspect très « visuel » de certaines scène violentes et gores. 🙂

Il ne s’agit pas d’une série de fantasy, mais le roman reste très dense. J’avoue avoir eu un peu de mal à rentrer dans cette histoire quand j’en ai débuté ma lecture l’été dernier. En effet, je lisais en pointillés et je ne trouvais pas le style très fluide. À ce sujet, je rejoindrais un avis lu sur Amazon qui voit dans l’écriture en elle-même une « plume débutante ». De mon côté, j’ai été très déroutée par la grandiloquence des dialogues – qui correspondent à quelques uns de mes préjugés sur la fantasy 😉 – et des phrases très ampoulées (bon, sur ce point, je suis très mal placée pour critiquer) avec certains moments presque trop simplement formulés. Souvent, on peut mettre ces variations sur le compte de la tension ou de l’intensité dramatique de certains passages, mais je ne suis pas parvenue à faire le lien…

Autre petit point de déception qui n’engage que moi: eh bien comme le livre était classé dans la « fantasy arthurienne » sur le Forum de la Littérature fantastique, j’ai été surprise de ne rien trouver, hormis l’appellation de « druide », qui me rappelle la culture celtique ou du moins la « matière de Bretagne » sur laquelle reposent les récits arthuriens, car tout semble plutôt inspiré, hormis quelques noms sonnant vaguement anglo-saxon, par ce qui est nordique.

Mais une fois ces choses dépassés, et hormis quelques longueurs dans des scènes de bataille et de flashbacks, j’ai trouvé l’histoire assez prenante. Je ne pouvais plus me détacher de ces pages tant j’avais envie de connaître la suite. J’ai suivi avec plaisir les pérégrinations d’Obrigan et de ses deux jeunes accompagnateurs entre la noirceur de la forteresse de Wishneight et celle de la forêt, ainsi que celles du prince Jarekson. J’ai trouvé que pas mal d’idées étaient très sympathiques, et lier des éléments de fantastique et d’enquête (en même temps, ça ne devrait pas vous étonner si vous connaissez mon autre blog!) sur fond de guerre imminente n’était pas la moindre.

L’environnement créé est fouillé, avec ses paysages, ses cités, son histoire lointaine, ses luttes de pouvoir, ses légendes noires. La paix et les sensations de la forêt y côtoient une violence extrême. Je me suis particulièrement intéressée aux subtilités du monde des druides, divisé en quatre ordres: les ombres, les cerfs, les corbeaux et les loups, dont seuls les deux derniers peuvent quitter la forêt pour évoluer auprès des hommes, pour leur venir en aide. Bien évidemment, vous vous doutez que mon cœur va aux loups. 🙂 Autre spécificité intéressante des druides: ceux-ci peuvent s’ouvrir à ce qu’ils appellent le « don », une ouverture d’esprit qui leur permet de capter les perceptions des animaux de la forêt, de communiquer avec l’esprit des défunts… Mais si puissant chez certains qu’ils peuvent dénaturer les animaux en les pliant à la volonté des « hommes de sève », ou faire perdre la raison à ceux qui l’utilisent. Mais quand vient l’adversité, quand le danger devient trop pressant, Obrigan et ses disciples vont devoir passer outre ces principes… Entre autres règles touchant à des rites bien plus morbides, dont je ne dirai rien ici afin de ne pas vous gâcher la surprise. 🙂

J’ai en revanche regretté qu’une partie de l’ouvrage se focalise trop sur les druides et l’action d’Obrigan au sein de la Cité-Racine, la demeure des druides où il devra retourner pour les besoins de son enquête, et que les actions d’autres personnages comme Tobias ou Jarekson – le prince du Rahimir va en effet prendre une importance que l’on attend pas au début – ne soit que rapportées plus tard. J’aurais aimé connaître les perception des différents protagonistes à ce moment-là, d’autant plus que les personnages sont le grand atout de cette histoire.

  • Des personnages humains avant tout

Et oui, si ce livre m’a tenue, c’est grâce aux personnages que j’ai trouvé très attachants. Si le roman est si dense, c’est aussi parce qu’outre une action dans un temps limité, on en apprend beaucoup sur chaque protagoniste, en particulier sur Obrigan, Tobias, Kesher, et les deux grands rivaux que sont Yllias et Jarekson.

J’ai beaucoup aimé découvrir la proximité qui existe entre Obrigan et ses disciples, Tobias et Kesher, qui sont sa seule famille et qu’il aime comme des fils. Ce n’est pas pour rien qu’il les appelle « ses » garçons, et les deux adolescents, s’ils l’admirent aiment aussi à le taquiner.

J’ai été particulièrement attendrie par eux, par cette affection qu’ils partagent, par ces moments où ils se soutiennent, se confient l’un à l’autre et s’encouragent. Ils sont très différents l’un de l’autre: Tobias, frêle, plutôt intellectuel et travailleur, a du mal à s’ouvrir au don, tandis que Kesher, exceptionnellement beau un peu plus détendu, apprécie l’action et a une aptitude naturelle au don, particulièrement fort en lui, au point de le mettre en danger. Les événements vont les confronter à une noirceur qu’ils ne pouvaient imaginer, à la fois les endurcir et les fragiliser, mais aussi révéler leurs qualités et leur courage. Le petit Tobias, surtout, qui va évoluer auprès des grands de ce monde, comme le jeune roi Yllias avec qui il noue des relations amicales, gagne plus de confiance en lui-même et devient plus apte à l’action.

Quant à Obrigan, sous sa rigidité toute druidique, se révèle aussi vulnérable que ses apprentis qu’il aime tant. On découvre un homme qui, bien qu’aguerri, va découvrir des choses qu’il pensait ne pas pouvoir exister et connaître une terreur toute primitive face à des tueurs sanguinaires et apparemment invincibles. Plus on avance dans l’histoire, plus on en apprend sur lui et son passé, sur le terrible drame qui a rendu ses yeux blancs et sur les chagrins qu’il a dû affronter dans sa jeunesse de druide, et qu’il affronte encore du fait de ses découvertes. J’ai tout de même apprécié que, malgré son respect pour les lois druidiques, il pète parfois un plomb et se fasse menaçant dès qu’il s’agit de défendre « ses garçons »! 🙂 Un vrai papa poule – enfin, un « papa loup », plutôt.

Mention spéciale aux personnages d’Yllias, le roi du Sonrigar et de Jarekson, héritier du Rahimir. Outre la raison de la haine terrible qu’ils se vouent, ils se révèlent être eux aussi des êtres humains sensibles et doués de sentiments, qui ont été déformés par le pouvoir. Yllias est devenu un homme trop jeune, alors qu’il n’était pas destiné à régner, tandis que Jarekson, le « prince sans visage » du fait des cicatrices qui empêchent de déchiffrer ses expressions, a développé une méfiance envers son prochain qui en a fait un être sans scrupule. Celui-ci ne va reculer devant rien pour prouver l’innocence de son royaume, jusqu’à coller aux basques et nouer une amitié compliquée avec Obrigan. Je ne vous cacherai pas que cette sympathique ordure est l’un de mes personnages favoris du roman. 🙂

Bien sûr, vous trouverez toute une galerie de personnages secondaires intéressants parmi les druides et les hommes des différents rois, sans compter ceux que je ne peux mentionner sans vous en dire trop sur le dénouement de l’histoire. Je préfère vous laisser découvrir par vous-même la druidesse Arkantia et Freneon, l’ancien maître d’Obrigan… 🙂

  • Conclusion

Ma foi, je dois avouer que cet ouvrage a à la fois infirmé et confirmé certains préjugés que j’avais sur la fantasy.

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Et oui, c’est comme ça que j’ai aimé lire Druide, sur une table en bois qui fait très « taverne » de fantasy…

Comme je ne souhaitais pas me lancer dans la lecture d’une série de X volumes, j’ai tout à fait trouvé mon compte avec Druide. Certains points m’ont un petit peu déçue et je reste quand même un peu mitigée par des détails qui m’ont laissée sur ma faim. Si je ne pense pas avoir pris de grosse claque littéraire, et à défaut de grosses surprises, j’ai néanmoins passé un excellent moment en compagnie d’Obrigan et consort. J’ai découvert un univers foisonnant et des personnages qu’on aime suivre, avec leurs qualités et leurs défauts. Druide a été pour moi un très bon divertissement livresque. Je suis persuadée que des amateurs de fantasy pourraient s’y retrouver et apprécier ce livre à sa juste valeur. Il n’y a qu’à voir les nombreuses critiques positives que j’ai pu en lire sur le net! 🙂 J’ajouterais même qu’il pourrait plaire à des lecteurs plus jeunes qui n’auraient aucun mal à s’identifier à Tobias et Kesher.

Je ne sais pas encore si je vais devenir une amatrice de fantasy (j’ai ouï dire que La Horde du Contrevent d’Alain Damasio était excellent) ou si je relirai des ouvrages signés Oliver Peru, mais j’avoue être assez admirative de son parcours. Si comme lui, moi qui aime conter des histoires, je pouvais devenir une « auteure qui dessine aussi » ou une « dessinatrice qui écrit aussi » (malgré mon grand âge), ça ne me déplairait pas le moins du monde! 🙂 J’espère donc que cette petite chronique vous aura donné envie d’y regarder de plus près.

Quant à moi, je crois que niveau fantasy, mes prochaines lectures me ramèneront soit aux légendes arthuriennes (j’ai Le Cycle de Pendragon dans ma PAL et Les Dames du Lac dans la bibliothèque de mes parents…), histoire de me replonger en douceur dans le merveilleux, soit aux personnages dopés à la testostérone de Robert E. Howard! 🙂 À voir dans une de mes chroniques à venir, même si pour le moment, je ne sais pas encore avec quel livre je vais enchaîner! 🙂

Je vous dis donc à très vite avec de nouvelles créations ou de nouvelles chroniques!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Druide
Auteur: Oliver Peru
Éditions: Le Éditions 84
Collection: J’ai Lu
602 p.
Parution: Avril 2012
Prix: 8,90 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

6 réflexions au sujet de « Les loups mènent l’enquête au royaume de la fantasy… – Druide (Oliver Peru) »

  1. Oui, oui pour « Les Dames du lac » et pour « La Horde du Contrevent » ! Bien que je ne puisse conseiller ce roman à tout le monde, pour moi ça a été un véritable coup de cœur.
    J’ai aussi « Druide » à lire, mais pas pour tout de suite, je me le réserve pour mars ou avril ^^

    Aimé par 1 personne

    1. J’appréhende un peu les « Dames du Lac », quand même. J’avais essayé quand j’étais ado, mais lâché au bout de 150 pages car j’avais l’impression qu’il ne se passait rien. 🙂 Peut-être que j’aimerais mieux maintenant. 🙂

      J'aime

  2. Belle chronique, comme toujours… Merci de m’ouvrir à un autre univers! J’ai lu « La légende arthurienne il y a si longtemps… « . Il faudrait peut-être que j’y retourne un jour pour revenir aux druides, etc. ! 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Merci pour cette très sympathique chronique.
    Effectivement ce livre a l’air intéressant, ça donne envie en tout cas. Même si on peut regretter les problèmes que tu soulèves, si l’histoire est prenante c’est bien l’essentiel pour passer un bon moment de lecture.

    Et je dois avouer être curieux de voir ce que tu nous raconterais à propos de Conan.

    Aimé par 1 personne

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