Un vieux coucou de la S.F., kitsch et sombre – Planète interdite (Fred M. Wilcox, 1956)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du film – Source: Wikipedia

Comme promis, je vous accorde cette semaine, et même un peu en avance (qui sait si je ne prendrai pas le temps de vous gratifier d’un petit bonus en fin de semaine?), une chronique cinéma, contrairement à la semaine dernière. C’est que je prévois d’avoir pas mal à faire aujourd’hui, surtout qu’encore une fois, je bloque un peu en graphisme 😥 entre autres choses. Enfin, bref…

Pour ceux d’entre vous qui suivent le blog depuis ses débuts, 🙂 vous devez vous souvenir que j’ai chroniqué quelques vieux machins comme L’Âge de Cristal, Le Jour où la Terre prit feu, ou deux oeuvres soviétiques kitschissimes comme je les affectionne, je reviens avec un film de science-fiction assez ancien, un classique du genre: Planète interdite, sorti en 1956.

Je l’ai vu pour la première fois quand j’avais neuf ans, alors que le mardi soir, mes parents me laissaient me coucher plus tard parce que je n’avais pas école le lendemain. Le film m’avait, je m’en souviens, fait assez froid dans le dos à ce moment-là, et m’avait valu quelques cauchemars, alors qu’en général, je n’étais pas très impressionnable. Pour cause: il avait fait travailler à cent à l’heure ma petite imagination! Quand je l’ai revu, une fois adulte, je l’ai perçu autrement.

Je me devais donc de partager ce classique avec vous…

  • Étrange rencontre sur Altaïr IV

L’histoire se situe au XXIIIe siècle, alors que l’humanité vit sous l’égide des Planètes Unies et est capable de se déplacer dans des vaisseaux voyageant à la vitesse de la lumière. Envoyé à la recherche de l’équipage du Bellérophon dont plus personne n’a de nouvelles depuis dix-neuf ans, le commandant John Adams (Leslie Nielsen)et ses lieutenants Jerry Farman (Jack Kelly) et « Doc » Ostrow (Warren Stevens) se dirigent vers la planète Altaïr IV. À leur grande surprise, à l’approche de la planète, un certain professeur Edward Morbius (Walter Pidgeon) un ancien membre de l’expédition perdue, les contacte pour leur déclarer qu’il n’a pas besoin d’aide mais qu’il ne pourra garantir la sécurité des arrivants s’ils venaient à se poser. Malgré cette mise en garde, Adams décide d’atterrir.

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Le professeur Morbius et Robby – Source: Imdb.com

Les trois hommes quittent leur vaisseaux et le laissent sous la responsabilité des ingénieurs. Au sol, ils sont accueillis par un robot, Robby, qui les mène jusqu’à la demeure de Morbius. Il apprend à ses visiteurs qu’une vingtaine d’années auparavant, une force mystérieuse et invisible a tué tous les passager du Bellérophon, n’épargnant que lui-même, son épouse décédée depuis lors, et leur toute jeune fille Altaïra (Anne Francis) qui vit à présent seule avec son père et Robby. Le professeur, loin d’être enchanté de la visite de ces hommes venus de la Terre, au contraire de sa fille, fascinée par la présence d’Adams et de Farman tombés sous son charme, continue de les mettre en garde du danger qui rôde en ces lieux.

Adams décide néanmoins de contacter la Terre, mais durant la nuit, une sorte de « présence » détruit le matériel de transmission de son vaisseau. Désireux d’en apprendre plus sur cette dangereuse entité dont lui a parlé le professeur, il retourne chez le professeur pour l’interroger. Celui-ci lui apprend l’existence d’une ancienne civilisation sur Altaïr IV, les Krells, à la technologie très avancée, mais disparus brutalement quelques 200 000 ans auparavant. Il montre  aux explorateurs des vestiges de leur technologies, en particulier une centrale énergétique toujours en fonctionnement et directement reliée au noyau de la planète, ainsi qu’une machine censée améliorer les capacités intellectuelles, qu’il a déjà utilisée sur lui-même et qui lui a permis de construire Robby et d’étudier les archives des Krells. Désireux de mettre la main sur ces technologies, Adams est en butte au refus de Morbius.

Mais bientôt, le vaisseau d’Adams, malgré un champ de force mis en place après le sabotage du matériel de communication, est attaqué, et trois hommes d’équipages, dont l’ingénieur Quinn (Richard Anderson), sont littéralement massacrés et réduits en charpille. On découvre alors l’emprunte d’un pied monstrueux dans les alentours du vaisseau… Quelle créature effroyable se cache donc derrière ce mystérieux et invisible agresseur?

  • Un film culte
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John Adams et ses deux lieutenant, à bord de leur croiseurs avant leur atterrissage – Source: Wikipedia

Planète interdite aura marqué des générations d’amateurs de S.F. et de cinéphiles. Il est l’un des premiers films de science-fiction à avoir été tourné en cinémascope et en couleurs. De même, la bande originale est à base de sons électroniques, fait rare à l’époque, et signée par Bebe et Louis Barron, un couple de musiciens, qui a créé des engins et différents « instruments » capables de générer les sons qu’ils avaient en tête – des bips, des blurps, des grattements, entre autres sons étranges évoquant la cybernétique et autres circuits électroniques. D’après ce que j’ai pu en lire, ce travail, considéré comme pionnier, a fait connaître au grand public la musique électronique et a participé à son essor aux États-Unis.

Pour ma part, plus que les sons électroniques de la bande originale, j’ai surtout retenu l’histoire et l’ambiance. En effet, les scripts originels rédigés en 1952 situaient l’histoire, non-pas dans un système lointain, mais sur Mercure, dans les années 1970, où le héros allait récupérer un scientifique et sa fille. Le scénario s’inspire largement de La Tempête de William Shakespeare, où un magicien très puissant maitrisant les éléments, est exilé sur une île avec sa fille. Malheureusement, je ne connais pas très bien l’œuvre shakespeariene et je ne peux vous dire quels éléments rappellent le plus la pièce originelle!

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Robby aidant Altaïra à sa toilette – Source: Imdb.com

Évidemment, le film et son esthétique obéissent aux « canons » du cinéma des années 1950, et certains éléments prêtent à sourire. C’est, dans l’ensemble, assez kitsch. À base de vaisseaux en forme de soucoupe volante, paysage exotique, héros en uniformes bleus matelassés, de gros robots bien mastoc et une jeune héroïne, atout charme du film, aux cheveux laqués typiques des fifties, qui se balade jambes nues et qui, à part son papa, a préoccupations extrêmement futiles, surtout dès qu’elle voit des hommes. J’ai souvenir de cette scène où elle demande à se faire synthétiser une robe en saphir ou en diamant! 🙂 Détail amusant, car les films de S.F. de ces époques donnent souvent l’impression que la technologie avancée est symbole d’opulence, et que des matériaux qui semblaient précieux pourraient devenir d’un usage courant… Personnellement, même si l’on crée des gemmes synthétiques, je ne pense pas que la robe en saphir soit pour demain… ni qu’elle soit très confortable!

De même, je me rappelle une scène où les hommes d’Adams font état de leur Q.I. – tous d’au moins 150!… 😀 À croire que dans le futur, nous serons tous des génies! (Sachant que la valeur d’un Q.I. peut évoluer, notamment si l’intellect est stimulé, au vu de l’évolution d’une société qui n’encourage pas le talent, et semble encenser la bêtise… j’avoue que j’ai quand même un doute quand à une « élévation » de nos cerveaux! 🙂 )

Mais ce côté kitsch et ces petits clichés mis à part, l’intrigue distille une certaine sensation d’étouffement et de claustrophobie. En effet, nous sommes dans une sorte d’huis-clos où quelques personnages seulement sont isolés sur une planète lointaine avec le matériel de communication en panne, alors qu’une menace approche. Quand je l’ai vu pour la première fois, à neuf ans, je me souviens avoir fait un cauchemar la nuit suivante, où j’entendais une espèce de monstre invisible s’approcher de moi dans la cage d’escaliers de mon immeuble… C’est la force de Planète interdite, malgré son kitsch: jouer sur l’imagination du spectateur, qui entend, sent le danger, mais ne voit jamais d’où il peut venir. On sait que les hommes d’équipage d’Adams ont été réduits en purée, mais on ne voit pas comment. Le moins que l’on puisse dire est que, jusqu’au dénouement, l’imagination du spectateur fait des loopings!

Fait intéressant, sur lequel je ne peux pas trop développer sans spoiler, l’histoire aborde également des thèmes comme le double maléfique qui incarne l’inconscient, la force de l’esprit et la part d’ombre que chaque être humain porte en lui. Avec ses pulsions destructrices, parfois dangereuses pour l’entourage, pour peu qu’elles se matérialisent, et c’est peut-être ce qui fait le plus frissonner dans le propos du film. Ce qui, bien sûr n’est pas pour rassurer le spectateur déjà malmené par l’enfermement ressenti sur Altaïr IV, encore plus accentué par la lumière crue des décors en studio qui étouffe quelque peu.

  • Conclusion
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John Adams et Altaïra, qui on s’en doute, sera son love-interest – Source: Wikipedia

J’ai longtemps hésité à parler de ce film sur Les Mondes de Blanche, car cela fait un petit bout de temps que je n’avais pas parlé d’un très vieux film… Et finalement, sachant que ce blog la plupart d’entre vous êtes de grands curieux, quelques uns d’entre vous des geeks en puissance avides de références, eh bien, j’ai cédé à la sirène de ce film culte dont je parlais encore récemment avec… Eh bien, je ne sais plus avec qui. Mais je sais que j’en ai parlé, car il reste à ce jour un film qui m’a beaucoup marqué. 🙂

Par ailleurs, il faut savoir qu’il figure dans différents tops de films S.F. et a eu, de par son esthétique, notamment le design du robot, beaucoup d’influence par la suite. Sans compter que Gene Rodenberry, le créateur de Star Trek en personne, aurait déclaré s’en être inspiré pour certains épisodes de la série culte!… Il est donc, certes kitsch, mais il n’en reste pas moins que l’histoire est pas mal ficelée et va vous emmener dans un huis-clos spatial à vous faire frissonner. Je vous le recommande donc vivement, non seulement pour votre culture générale, mais aussi parce que, mine de rien, le kitsch de ces vieux films fait aussi leur charme. 🙂

J’espère donc vous avoir donné envie d’y regarder de plus près, et je vous laisse savourer cette bande annonce! Je pense que cela va rafraichir la mémoire de certains d’entre vous qui l’auriez déjà vu il y a longtemps, ou moins longtemps… Car il repasse régulièrement sur des chaînes de science-fiction comme CinéFX (ah que cette chaîne me manque, j’y avais dégoté de vraies perles!).

Je vous souhaite un bon visionnage, et vous dis à bientôt avec une prochaine chronique! 🙂 En espérant retrouver vite l’inspiration! 🙂

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Planète interdite (Forbidden Planet)
Année de sortie: 1956
Réalisation: Fred M. Wilcox
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h38
Distribution: Walter Pidgeon, Anne Francis, Leslie Nielsen, Warren Stevens, Jack Kelly, Richard Anderson…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

5 réflexions au sujet de « Un vieux coucou de la S.F., kitsch et sombre – Planète interdite (Fred M. Wilcox, 1956) »

  1. Je l’avais vu une fois, il y a bien longtemps, et je n’en avais plus beaucoup de souvenirs. J’avais d’ailleurs oublié la présence de Leslie Nielsen.
    En tout cas c’est vrai qu’il a marqué son époque et qu’il a servi d’inspirations pour certaines œuvres par la suite.

    Merci d’avoir ramené ce beau souvenir. 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. En effet, c’est ce que je me suis dit quand je l’ai revu avec des yeux d’adulte.
      Mais au final, il y a pas mal de choses comme ça, kitsch, mais qui se tiennent. Comme les films soviétiques que j’ai évoqués qui malgré leurs défauts, sont captivants.

      Aimé par 1 personne

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