Découverte dans les Abysses – The Wake (Scott Snyder, Sean Murphy)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Couverture – Source: Amazon

Je reviens aujourd’hui avec ma première chronique livre depuis un moment, la première après Noël… En effet, ces jours ayant été chargés, je me suis contentée d’un petit bilan des acquisitions et cadeaux. 🙂 C’est d’ailleurs de l’un de mes cadeaux de Noël qu’il s’agit ici, puisque je vais vous présenter de façon assez succincte le comic The Wake, signée Scott Snyder au scénario et Sean Murphy à l’illustration.

À dire vrai, je suis tombée par hasard dessus à la Fnac, à côté de la pile de Watchmen (que je rêve également de lire!). Je n’avais encore jamais entendu parler de The Wake, mais la couverture et le résumé m’ont immédiatement attirée. D’une part, j’adore les baleines, de deux, vous savez de par mes chroniques, en particulier celle consacrée à 20,000 lieues sous les mers, que j’aime beaucoup ce qui se rapporte à la vie marine. Mes parents m’ayant vue captivée, ils m’ont donc fait la surprise de cette très intéressante bande dessinée que j’ai trouvée au pied du sapin.

(Je me rends soudain compte qu’écrire ça à mon âge, ça craint un peu… « J’ai vingt-neuf ans et mes parents m’offrent des comics! » 🙂 Ne nage-t-on pas en plein cliché, par hasard?)

Qu’à cela ne tienne, je vais vous dire de quoi il s’agit… avec bien sûr, le moins de spoilers possible.

  • Expédition au fond des mers
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Les destins croisés de Lee Archer et de Leeward – Source: Vertigo Comics

Époque 1 – De nos jours.
Lee Archer est une biologiste marine qui a perdu son job à la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) et la garde de son fils Parker. Elle sillonne les mers à bord de son chalutier pour observer et analyser le comportement des baleines. Or quelle n’est pas sa surprise le jour où elle tombe nez à nez avec l’agent spécial Cruz de la Sécurité Intérieure. Celui-ci lui fait écouter un étrange enregistrement qui parait être un cri ou un chant, et lui propose de rejoindre une expédition secrète en Alaska, qui lui permettrait de réintégrer la NOAA et peut-être de récupérer son fils. D’abord réticente, puisqu’elle a auparavant protesté contre le projet gouvernemental d’onde sous-marine S-Net, Lee finit par se laisser gagner par la curiosité et rejoint en Alaska une étrange équipe: le docteur Marin, spécialiste de mythologie et folklore lié aux créatures marines,  Meeks, un criminel chasseur de cétacés chargé de maitriser un pensionnaire un peu spécial, et le capitaine Macklemay, une militaire au caractère bien trempé responsable de la sécurité de la base.
Lee découvre alors, à 300 pieds de profondeur et bien caché sous la calotte glaciaire, « l’invité » de la base: une étrange chimère humaine aux cris perçants, apparemment le dernier représentant de l’espèce des sirènes… C’est le début de découvertes et de surprises en séries, mais aussi l’annonciateur de grands dangers…

Époque 2 – 200 ans plus tard.
Dans un monde où le front de mer de cesse de remonter suite à la réapparition des Sirois, on retrouve Leeward, une aventurière solitaire, avec son dauphin apprivoisé Dash, qui trafique les têtes de chimères humaine pour vendre leurs sécrétions lacrymales, un puissant hallucinogène. Dans cet état remplaçant ceux d’Amérique du Nord sous la férule de Vivienne, une gouvernante à l’autorité incontestable, elle fait figure de hors-la-loi non-seulement à cause de ses « affaires », mais aussi à cause de son « hobby »: depuis son enfance et les récits de ses parents quant à d’étranges messages venus du passé, Leeward épie les signaux radio.
Mais le jour où elle entend enfin ce qu’elle attendait, à savoir un message d’une certaine Lee Archer vivant deux siècles plus tôt, elle doit fuir pour trouver de l’aide dans sa quête du salut de l’humanité. C’est alors que Vivienne envoie l’impitoyable Général Marlow à ses trousses… Commence alors une folle aventure à travers les mers…

  • Une histoire pleine de surprises
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La base sous-marine ou officie Lee Archer – Source: Vertigo Comics

À l’origine, The Wake (dont le titre signifie à la fois « veillée funèbre », « deuil » et « éveil ») est une mini-série publiée en dix comic books entre juin 2013 et juillet 2014, parue en France en janvier 2015. Elle a gagné le prix Eisner de la meilleure mini-série en 2014. Mais moi, qu’en ai-je pensé? À dire vrai, je l’ai dévorée ce vendredi alors que je venais de la recevoir. Il faut dire que cette bande dessinée avait éveillée ma curiosité… En effet, et très certainement par ignorance, j’assimile le plus souvent le comic aux histoires de super-héros (n’oubliez pas que c’est grâce à Batman que je redécouvre cet univers) ou aux créatures mutantes. Donc, The Wake m’a intriguée car malgré la présence de « sirènes » – donc des créatures fantastiques – le sujet et l’histoire me paraissaient briser quelques uns de mes schémas.

La série est conçue de telle façon qu’elle se divise en deux époques distinctes, celle de Lee Archer, et celle de Leeward, la seconde étant la conséquence de ce qui se passe dans la première. On retrouve des échos de ces époques dans l’autre, ainsi que d’un passé lointain dans certains flashbacks mettant en scène les hommes des cavernes ainsi que ces chimères connues par Leeward sous le nom de Sirois.
Ainsi, le lecteur se voit dès le début intrigué par des questions qui ne sont pas directement posées mais qu’il devine: quel lien y a-t-il entre les Sirois et les humains? quelle est leur parenté? qu’essaient les Sirois, à travers leurs cris perçants, de dire à Lee Archer, à Leeward et à l’humanité entière? quelle est, également, l’origine des humains? Autant de questions auxquelles on souhaite trouver une réponse au fur et à mesure de l’histoire, alors que Lee Archer perce peu à peu les secrets de ces chimères humaines qui attaquent la base où elle effectue ses recherches.

Ces questionnements scientifiques et existentiels rejoignent également les interrogations individuelles de nos héroïnes. C’est ce qui nous les rend, au final, assez sympathiques et qui ajoute, si j’ose dire (le contexte s’y prête!), plus de profondeur au récit. Si l’on devine chez Lee Archer une femme triste de ne pas pouvoir voir son fils quand elle le souhaite, amère à la suite de son éviction, et donc vulnérable, il s’avère que ses découvertes vont lui rappeler un pan entier de son passé, sur ses choix de vie et ses obsessions après une étrange rencontre sous l’eau lors d’un accident en haute mer. Si Leeward ne parait pas si vulnérable de prime abord, elle est elle aussi en proie à une obsession pour les messages venus du passé, une obsession héritée de ses parents qu’elle a perdu très jeunes. C’est donc à la fois une quête pour l’humanité, et la redécouverte de soi de ces deux femmes que nous suivons, alors que leurs destins sont appelés à se croiser d’une manière ou d’une autre.

Le mélange des genres est également intéressant, car la première partie de l’histoire n’est pas sans rappeler l’ambiance aquatique d’Abyss (James Cameron, 1989) tandis que la seconde me rappelle un peu Waterworld (Kevin Reynolds, 1995), avec plus de terres, bien sûr. Ainsi, la science-fiction et le fantastique se mêlent à l’aventure, et même au récit de pirate lorsque Leeward trouve refuge auprès de Sainte-Marie et de son équipage à bord d’une carcasse de Sirois aménagée en vaisseau.

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Leeward et Dash tentant d’échapper aux Sirois – Source: Vertigo Comics

Ce rythme et cette narration soutenue qui renvoie à plusieurs périodes pourrait dérouter, et j’en entends plus d’un me dire que ce doit être difficile à suivre, mais en fait… il n’en est rien. Il suffit juste de se laisser porter, si j’ose dire. Pour ma part, j’ai lu cette bande dessinée comme j’aurais regardé un film. Et plus les questions émergent, plus on a envie de savoir comment les héroïnes vont s’en sortir pour trouver la réponse.

Le tout est soutenu par un dessin typé aux lignes très rudes, dont j’ai surtout retenu les silhouettes élancées et musculeuses de Lee Archer, et surtout de Leeward, notre belle aux cheveux verts qui chevauche un dauphin et tranche allègrement les têtes de Sirois. Les autres personnages ont également des traits coupés à la serpe, comme Meeks, Cruz ou encore Marlow, tandis que la plupart – mais je pense que c’est le propre de l’art comic – tirent vers la caricature comme Sainte-Marie ou Vivienne. Les « plans » sont tout à fait étourdissants, qu’il s’agisse de zooms sur le visage de Lee Archer, d’une vue de Crane City, la capitale des Treize Territoires d’Amérique (ce découpage, ça ne vous rappelle pas un peu les Treize Districts de Panem dans Hunger Games?) ou de l’attaque d’une base sous-marine par les Sirois en colère.
La couleur est également pour beaucoup dans la qualité de l’illustration et de la narration, avec des atmosphères très définies et contrastées, selon les lieux, les époques: si les scènes en surface sont très lumineuses avec des couleurs chaudes, ce qui se trouve sous l’eau reste sombre, du vert ou bleu vers le noir, un contraste qui saisit non-seulement sur la couverture, mais aussi sur cette illustration issue de l’une des premières planches où est représentée à la fois Lee sur son zodiaque et une baleine à bosse nageant sous l’eau. La différence dans l’éventail de couleurs est tout à fait frappante. De même sont utilisés pour les paysages glacés de l’Alaska des bleus très froids et des rosés à la chaleur très douce pour les couchers de soleil sur la banquise. L’époque de Leeward est intéressante car si l’on retrouve ces bleus et ces verts pour la glace et l’eau, l’environnement où évolue l’héroïne est plus coloré, hormis les couleurs froides de Crane City qui accentuent le malaise ressenti dans le voisinage de la gouvernante.

  • Conclusion
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Lee Archer – Source: Vertigo Comics

J’ai donc eu une très agréable surprise avec The Wake qui se dévore tant il est passionnant et captivant.

Outre l’histoire, j’ai été séduite par le dessin très expressif et cette mise en couleurs chatoyante et tout en contrastes, cette ambiance aquatique qui m’a fait retrouver cette époque où je me passionnais pour la faune marine, les cétacés en particulier. J’ai trouvé une histoire efficace et bien menée, avec des héroïnes que l’on a envie de suivre, à la recherche de réponse…

Réponse tout aussi fascinante que le reste, que vous ne découvriez qu’à quelques pages de la fin… mais de cela, je préfère ne rien dire de plus!

Je le recommande donc aux curieux et aux fans de récit d’aventure!

À très bientôt pour de prochaines chroniques et pour les souhaits du Nouvel An! (Au passage, j’ai remis à jour ma présentation sur le blog!)

Blanche Mt.-Cl.


Titre: The Wake
Auteur: Scott Snyder (scénario), Sean Murphy (illustrations)
Editions: Urban Comics
Collection: Vertigo Deluxe
240 p.
Parution: Janvier 2015
Prix: 22,50 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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