SEMAINE THÉMATIQUE: FRANKENSTEIN – Le classique de Mary Shelley (1818)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Ma lecture du moment... Pas le temps d'avancer...

Comme annoncé ce vendredi, me voici cette semaine avec un thème qui ne fait pas très Noël… Frankenstein. En effet, très curieuse des classiques de l’imaginaire et fan du film de Kenneth Branagh, et suite à un échange avec Madame Lit qui m’a inspiré cette thématique, j’ai fini par sauter le pas il y a quelques temps.

Malgré l’épaisseur de ma PAL, j’ai fait l’acquisition de Frankenstein ou le Prométhée moderne lors d’une petite sortie à l’espace culturel du patelin où habitent mes parents. J’ai donc lu ce classique qui n’est pas, mais alors pas du tout ce à quoi on pourrait s’attendre…

  •  Un savant qui s’égare

À la fin du XVIIIe siècle, un certain R. Walton, en expédition vers le Grand Nord, fait avec son équipage une étrange rencontre au milieu du désert de glace. Il trouve un homme épuisé, aux portes de la mort, qu’il recueille à bord de son navire. Alors que le vaisseau est piégé par les glaces et que son mystérieux invité reprend des forces, Walton en apprend plus sur lui.

Il s’agit du docteur Victor Frankenstein. Celui-ci, originaire de Suisse, a passé une enfance heureuse au sein d’une famille unie, mais a très tôt nourri une grande curiosité pour les sciences naturelles. Parti étudier à Ingolstadt en Allemagne, il se passionne pour la chimie et la physique. Affamé et bientôt ivre de savoir, le jeune savant met en oeuvre un projet qu’il caresse depuis des années: il recrée, à partir de morceaux de cadavres, un être vivant et pensant. Mais horrifié par sa propre création, il la rejette et celle-ci s’enfuit. Après une longue maladie nerveuse suite à cette expérience, Frankenstein rentre enfin dans sa famille à Genève pour y apprendre une véritable tragédie. Devinant que sa créature est l’artisan de son malheur, incapable de trouver le repos, le savant se lance à sa recherche pour l’empêcher de nuire à nouveau…

  • Le postulat de départ: l’homme imbu de ses connaissances

Je connaissais plus ou moins la « petite histoire » selon laquelle Mary Shelley, alors en vacances en Suisse avec quelques proches, fait le pari d’écrire une histoire d’horreur pour passer le temps à cause d’une météo défavorable. S’étant prise au jeu, elle décide de rédiger son récit jusqu’au bout alors que ses amis partent se balader dans les environs. Il en résulte un roman publié en 1818, au succès immédiat alors que le gothique et le fantastique sont en plein déclin. Il est intéressant du fait qu’il fait écho non-seulement au courant gothique avec son amour pour le surnaturel, le merveilleux et l’irrationnel, ainsi qu’à l’intérêt pour les sciences naturelles et la rationalité des Lumières. Car Frankenstein n’est pas une histoire de fantôme ou de pacte démoniaque, mais peut-être bien ce qui peut s’apparenter à de la science-fiction, une « fiction » spéculative basée sur la science, qui répond à la question suivante: que se passerait-il si l’humain se prenait pour un dieu et utilisait ses connaissances pour créer une figure vivante?

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Frontispice de l’édition de 1831 – Source: Wikipedia

Car c’est le principal thème abordé dans le récit de Mary Shelley, ce que nous appellerions aujourd’hui la « science sans conscience ». Le sous-titre est d’ailleurs très éloquent: « le Prométhée moderne »! Si vous ignorez qui est Prométhée dans la mythologie grecque, celui-ci est un Titan, qui, selon certaines versions du mythe, a créé les hommes à partir de terre et d’eau, avec l’aide de la déesse Athéna. Cherchant par la ruse à favoriser les hommes par rapports aux dieux, en leur apportant la nourriture et le feu volé à l’Olympe, il est puni par les dieux: enchaîné à un rocher ou une colonne dans le Caucase, il est condamné à avoir le foie picoré par un vautour ou un aigle, avant d’être délivré par Héraklès des siècles plus tard.

Ce qui rapproche Victor Frankenstein de l’ami Prométhée (sûrement l’une de mes figures mythologiques favorites pour sa rébellion contre la toute-puissance divine!), outre cette volonté de créer et d’insuffler la vie, c’est de favoriser sa créature par sa haute stature, sa force et son intelligence. Car cet être, malgré sa laideur, est rapide et physiquement forte, et contrairement à l’être zombifié un brin débile dépeinte par certaines adaptations cinématographiques, et parvient à s’éduquer tout seul, par l’observation de l’attitude humaine et par la lecture. Bien que le « monstre » paraisse inachevé, il apparaît que son créateur l’a doté de capacités intellectuelles plus que respectables, et l’on ne peut admirer, même si le lecteur rationnel croit moyennement à une  le chemin parcouru en quelques mois seulement par un être incapable de parler et d’identifier ses émotions.

En outre, tout comme Prométhée, le moins que l’on puisse dire est que le destin de Victor Frankenstein n’est pas des plus heureux. Car il paie cher son « orgueil » par la vengeance de sa création qu’il a repoussée et abandonnée à son sort, qui, décrétant que son créateur n’a pas droit à l’amour dont elle a été privée, fait de sa vie un enfer. Ainsi, l’un des enjeux de l’histoire, qui associe mythologie et motif biblique de la création, est la rédemption de Frankenstein qui n’aura de cesse d’empêcher sa créature de nuire, et de réparer ce qu’il a commis, au prix de sa propre tranquillité. C’est peut-être l’aspect le plus sombre du roman.

En tant que lectrice du XXIe siècle, mon empathie est allée vers les deux protagonistes principaux. Le créateur, Victor Frankenstein, qui se repent de ses aspiration scientifiques égoïstes qui l’ont mené à créer un meurtrier, et qui doit garder ce secret vis-à-vis de ses proches – son propre père, son ami Clerval, sa cousine et fiancée Elizabeth – et voir des innocents souffrir à cause de cela. Mais aussi la « créature » qui n’a absolument pas demandé à naître mais qui montre une capacité impressionnante à apprendre et à ressentir, qui recherche auprès du genre humain une affection qui lui est sans arrêt refusée, qui a dû tout apprendre par elle-même et qui malgré ses efforts, ne trouvera jamais sa place en ce monde.
Et j’en arrive à un point qui me dérange: Frankenstein conçoit un moment de l’empathie pour sa créature, après une longue conversation avec elle, il décrète par la suite qu’elle est fondamentalement vicieuse et malfaisante. J’ai du mal à distinguer le point de vue du personnage et de l’auteur sur cet élément très important… Mary Shelley était-elle convaincue que cette créature était foncièrement démoniaque?

  • Une grande surprise…

Le roman a eu une telle influence sur la culture populaire qu’à travers ses nombreuses adaptations, la plupart d’entre nous a l’impression de connaître l’histoire. Je ne faisais pas exception à la règle, et laissez-moi vous dire que j’ai été très surprise! Oubliez donc les chateaux sombres et les atmosphères confinées, car nos personnages principaux évoluent au milieu des grands espaces et de l’air pur de la Suisse. Frankenstein ne vit pas dans un manoir, il ne s’amuse pas à ses expériences dans son donjon, et bien des parties du récit évoquent un roman de voyage.
Qu’il s’agisse de la Suisse, des rives du Rhin en Allemagne, de l’Angleterre et de l’Ecosse lorsque Frankenstein part en voyage avec son ami Clerval. Certaines scènes empreintes de pittoresque dignes des passages campagnards des Souffrances du Jeune Werther (il y est d’ailleurs fait allusion, car c’est un des livres lus par la créature lors de ses mois passés dans une grande à observer une famille), et l’auteur fait la part belle aux descriptions de son propre pays – Londres et Oxford notamment. Donc, hormis la chaumière sur une île battue par les vents au large de l’Écosse dans le dernier tiers du livre, rien ne saurait se rattacher à ces poncifs de l’horreur gothique!

Autre aspect qui m’a beaucoup surprise: on ne sait absolument rien du procédé mis en place par Frankenstein pour insuffler la vie à son « monstre » fait de morceaux de cadavres assemblés. Cela m’a un peu déçue, je dois l’admettre, car c’est ce qui donne du « piment » aux films! Donc pas de scène spectaculaire avec ce cri de triomphe « It’s alive! », cela m’a un peu manqué. 🙂 Tout au plus sait-on qu’une nuit, Frankenstein a suscité une créature hideuse dont la vue lui fait immédiatement regretter son acte, et qu’il a rejetée. Jusqu’à ce qu’il l’aperçoive, du moins sa silhouette, lors de son retour à Genève des mois plus tard, on ne voit plus du tout la créature, et l’on ne sait rien de ses pérégrinations à travers l’Allemagne et la Suisse jusqu’au poignant récit qu’elle en fait à Frankenstein, dans la solitude d’une hutte de montagne dans la vallée de Chamonix.

Enfin, autre aspect qui pourrait surprendre un lecteur du XXIe siècle, la forme de la narration… En effet, comme plusieurs romans du XVIIIe et du XIXe siècle, Frankenstein est livré sous la forme d’un récit rapporté. Il s’agissait d’un procédé courant pour donner une apparence de réalité, ou du moins de crédibilité à une fiction. J’ai lu plusieurs livres anciens, et j’y suis habituée, mais je dois avouer que j’ai parfois été surprise. L’histoire s’ouvre avec les lettres de Walton envoyées à sa soeur depuis son expédition, ainsi que le manuscrit contenant le récit à la première personne dicté par Frankenstein. Récit qui lui-même contient, sur plusieurs chapitres le discours rapporté de la créature, ainsi que l’histoire de la famille qu’elle a observée depuis des mois.

  • Conclusion – Une redécouverte complète!

Ma foi, Frankenstein n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais, et il a pu me laisser une impression assez mitigée – mais je mettrai cela sur le compte de ma fatigue, et du fait que j’étais souffrante quand j’ai achevé le livre. Je pense que la culture populaire, en s’en emparant, l’a adapté aux goûts des publics visés, en particulier avec l’essor du cinéma au XXe siècle, alors que la narration ne pouvait se faire à l’écran comme sur des pages. En revanche, il est très dense et l’histoire en elle-même ne dépasse pas 250 pages. Vous l’aurez donc très vite lu! Mais au moins pour la comparaison avec le septième art, ainsi que pour découvrir le récit originel, ainsi que les émotions très violentes des personnages (n’oubliez pas que le romantisme est passé par là et que le sentiment est très présent dans les fictions de cette époque!) je vous le recommande chaudement. Je pense que si vous ne l’avez pas encore lu, l’ambiance tout sauf confinée des grands espaces suisses vous étonnera très certainement!

La réflexion qu’on y devine au sujet de la science est également intéressante, car elle reste d’actualité. Si la « morale » de l’histoire, avec les mises en garde répétées de Frankenstein quant à l’orgueil lié au savoir, peut paraître quelque peu vieux jeu – après tout, la curiosité peut être un très beau défaut – je pense qu’il s’agit surtout de ce que le savoir fait à l’individu, comment il influence sa personnalité, comment elle peut faire « prendre le melon ». Il est ici question de sciences naturelles, où Frankenstein a frayé avec le mystère de la vie, une prérogative divine…
Mais cela peut-être vrai avec toute forme de savoir, et pour avoir fréquenté l’université en langues étrangères et en humanités, j’ai vu bien des gens imbus de leurs connaissances, qui les utilisaient plus pour assoir leur autorité sur ceux qui n’avaient pas eu leur instruction, et qui restent sur des positions quasi-dogmatiques très discutables, qu’ils ne remettent jamais en question. Ce que je trouve d’autant plus irresponsables que de par leur savoir, ils acquièrent une sorte d’aura qui fait que leurs étudiants ou auditeurs prennent ce qu’ils disent, même les simplifications les plus caricaturales, comme parole d’évangile! Ce que pour ma part, je trouve assez détestable.
Quant à Frankenstein, il a cru que son savoir lui permettait de jouer avec la vie et de décider du destin d’un être vivant et doué de penser, et a par son action provoqué beaucoup de souffrance autour de lui. Ainsi, s’il y avait une leçon à retenir de Frankenstein pour le lecteur contemporain, ce serait de faire rimer savoir et attitude responsable.

Cette semaine thématique se poursuivra avec deux posts consacrés à des adaptations cinématographiques notables, qui ont fait passer Frankenstein dans la case du divertissement. En revanche, il se peut que les publications soient légèrement perturbées… Il y a, cette semaine, des soirs où je rentrerai plus tard du travail, car j’aurai des choses à régler et que ma foi, mon stage se termine vendredi! Cela va forcément avoir un impact sur mon rythme d’écriture, et je m’en excuse d’avance! En attendant, je vous souhaite à tous une bonne découverte de ce classique, ainsi qu’une bonne lecture!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Frankenstein
Auteur: Mary Shelley
Editions: Pocket
Collection: Classique
358 p.
Parution: Avril 2009
Prix: 4,20 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

9 réflexions au sujet de “SEMAINE THÉMATIQUE: FRANKENSTEIN – Le classique de Mary Shelley (1818)”

  1. Du coup ca ne va pas du tout te servir pour ton roman, vu qu’elle ne dit pas du tout comment Frankenstein s’y est pris pour donner vie a sa creature…
    Mais ton billet est super interessant, je ne connaissais pas non plus l’histoire originelle, et je dois dire que je suis bien surprise! Le style de narration nme fait pense a Dracula.

    Aimé par 1 personne

      1. Ben je pensais avoir compris que Frankenstein pourrait t’aider pour le bidouillage homme/loup, tu vois!
        Pour tout ce qui est technique (Ok on a les grandes cuves en verre et l’odeur de Javel, mais on n’en sait pas trop plus, pour le moment).

        Aimé par 1 personne

  2. C’est un billet très intéressant que tu viens de nous offrir! Merci! Et oui, l’égo de l’homme restera toujours un sujet d’actualité… Dans ce récit, il a défié les Dieux en volant ou en créant la vie… Quel sort cette fois-ci? Je lève mon chapeau au talent de l’écrivaine qui a osé publier un tel livre avec un concept éthique fort puissant…

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour le commentaire! 🙂 Je dois avouer que je suis encore un peu sous le coup de la surprise suite à cette lecture. Je voyais l’ambiance un peu plus… Je ne sais pas, un peu plus « fantastique »! 🙂

      Aimé par 1 personne

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