Amour sur fond d’apocalypse – « Le Diable l’Emporte » (R. Barjavel)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Couverture – Source: Amazon.fr

Tout d’abord, je tiens à vous adresser un grand merci à tous, car aucun mois, depuis la création de ce blog en janvier, n’a aussi bien démarré que celui-ci. Ça commence très fort, les vues augmentent, et vos petits likes et commentaires, un peu plus nombreux, me font toujours immensément plaisir. Donc, encore merci pour ces échanges et cet intérêt pour mon travail… car mine de rien, c’est du boulot! 🙂

Je reviens avec un peu de retard cette semaine pour vous parler d’un auteur qui a bercé mes années d’adolescente et de jeune adulte… j’ai nommé René Barjavel. Si la plupart de mes camarades qui en ont lu ne juraient que par Ravage ou La Nuit des Temps (que j’aime également beaucoup), j’ai tendance à choisir  Le Diable l’Emporte comme référence.

Si j’avais découvert l’oeuvre de Barjavel quelques années avant avec La Nuit des Temps, une sorte d’investigation archéologique de science-fiction teintée d’amour et d’érotisme (facteur qui avait décidé certains gars de ma connaissance à lire du Barjavel), mes parents m’ont offert un imposant volume regroupant plusieurs romans. Ce qui m’a permis, un été, de faire plus ample connaissance avec les autres récits de l’auteur, et de découvrir Le Diable l’Emporte.

Paru en 1948, il préfigure déjà les thèmes abordés dans ses histoires futures…

  • Une histoire de famille et des histoires d’amour

Dans cet opus, nous suivons le destin de la famille Collignot dans un futur fantasmé – les années 1960 – alors qu’en quelques années à peine, l’humanité oscille entre grands élans de fraternité et conflits mondiaux particulièrement meurtriers…

Apparaît Monsieur Gé, un milliardaire brillant aux motivations mystérieuses, qui décide de bâtir une Arche destinée à sauver quelques représentants de l’espèce humaine en cas d’apocalypse, avec l’aide de Hono, un scientifique accariâtre et misogyne, pourtant très brillant. Mais quand après la fin d’une brève guerre nucléaire, les humains décident de s’unir et de bâtir la cité de Moontown, Gé songe que son arche est devenue inutile et libère les hommes et les femmes sélectionnés, dont Irène, la fille aînée des Collignot. Celle-ci a, contre toute attente et par son calme toute épreuve, éveillé la fascination, puis les sentiments les plus passionnés de Hono. La jeune femme rejoint sa famille qui part en visite à Moontown où travaille leur plus jeune fille Aline, ainsi que leur fils adoptif Paul, travaillent dans une ferme atomique.

La paix n’est cependant que de courte durée, car les dirigeants, ainsi que quelques scientifiques fous, inventent toujours de nouvelles armes qui tuent par l’étouffement, par le son, par le froid. Gé reprend donc le programme de l’Arche, et décide d’y faire rentrer la famille Collignot, avec une famille de paysans. Gardée dans l’Arche, une fusée devrait servir à garder un couple en orbite au-dessus de la Terre au cas où l’abri ne suffirait pas. Les candidats ne sont autre que le fils aîné des paysans, et Aline, la plus jeune et la plus jolie des fille Collignot, ce qui contrarie ses amours avec Paul…

  • Amour et guerre

Le Diable l’Emporte est souvent vu comme un des livres dénonçant l’absurdité de la guerre, au nom d’enjeux qui dépassent les individus eux-mêmes, mais qui affectent considérablement leur quotidien. Aussi l’histoire est-elle le plus souvent racontée à travers le regard des Collignot, une famille de « Français moyens » qui incarnent, même si je n’aime pas cette expression, le « bon sens populaire ». Ce sont des gens unis, attachés les uns aux autres et courageux dans l’adversité, menant une vie simple et sans aucun lustre, qui ressentent les grands élans de leur temps. Le fait est qu’ils sont foncièrement bons – leur adoption du jeune Paul n’en est-elle pas la preuve?

La seule chose que je leur reproche est qu’honnêtement, ils ne sont quand même pas bien malins, se laissent porter sans révolte face à la bêtise de leurs propres dirigeants qui larguent des missiles nucléaires contre des envahisseurs qui ne se révèlent pas être autre chose que… des manchots sur la banquise. Barjavel traite ici tout par l’absurde. Ses personnages un peu benêts, qu’un lecteur contemporain pourrait voir comme ridicules, sans doute volontairement. Tout est distordu, grossi, caricaturé, qu’il s’agisse de la haine ou de l’élan de fraternité menant à la construction de Moontown. Ceci bien sûr, pour le plus grand plaisir du lecteur. En effet, certains passages prêtent à sourire et j’avoue avoir beaucoup ri avec la « poule atomique » – un animal à la croissance hors de contrôle, échappé d’une ferme de Moontown alors qu’Aline et Paul devaient veiller sur elle.

La seule chose véritablement terrifiante dans le propos de l’auteur est que certains des plus brillants cerveaux de la Terre, mobilisent leur créativité et leurs capacités dans une logique de destruction poussé à son extrême. L’inventivité de ces hommes donne lieu à une véritable course à l’armement, et à la création d’engin et de procédés diversifiés, toujours dans le but d’éliminer son prochain – disparition de l’oxygène, ondes sonores tueuses, « eau drue »… Si vous avez lu du Barjavel, vous vous doutez qu’il n’y a absolument aucune issue, et que l’apothéose finale ne laisse que peu de place à l’espoir. Le Diable l’Emporte, comme son titre l’indique, ne fait pas exception à cette règle, tout comme Ravage, paru quelques années auparavant. Même les personnages capables d’aimer, donc capables de se défaire de cette haine et de cette bêtise qui amènent à la destruction de l’humanité, sont malmenés tout au long du récit, victimes de la cruauté du monde qui les entoure, et même de ceux prétendant les aider. Aussi ne peuvent-ils rien espérer de plus que les autres.

On voit aussi dans cet ouvrage une sacralisation du couple homme-femme, avec une dimension biblique, puisque c’est un couple – tout part toujours d’un couple dans Barjavel – puisqu’il s’agit de re-peupler la Terre, de re-créer un monde nouveau sur les cendres de celui qui a été dévasté. Ce qui pose la question du rôle de la femme dans les romans de cet auteur: c’est en tant qu’amante mais aussi en tant que reproductrice qu’elle est mise en avant, et la part belle est faite aux héroïnes jeunes et jolies, peut-être au détriment de leur esprit. Ce n’est que dans des romans plus tardifs que nous verrons apparaitre des femmes indépendantes, avec un métier… mais toujours incomplètes tant qu’elles ne sont pas aimées follement par un homme. Bref, il reste toujours en elles une grande part d’irrationnel, souvent compensée par un compagnon amoureux, mais avec la tête sur les épaules. Cette vision de la femme comme une sorte de « ventre », seulement bon à l’érotisme et à l’enfantement, me dérange peut-être un peu en tant que jeune adulte du XXIe siècle!

  • Conclusion

Et pourtant, malgré l’évolution des mentalités, je pense que nombreux sont encore ceux d’entre nous qui rêvent de connaître des amours aussi absolus et profonds que ceux éprouvés par les héros et héroïnes de Barjavel. Ainsi pour moi l’oeuvre de Barjavel fait-elle partie de ces oeuvres qui m’ont éveillée au sentiment amoureux, bien plus que la littérature amoureuse plus « traditionnelle » comme Belle du Seigneur (honte à moi, il ne m’a pas touchée autant que je m’y serais attendue, et je n’ai pas vraiment aimé). Il y a certes une dimension traditionnelle dans l’amour pur éprouvé par les plus jeunes héros, mais aussi la part de désir et de plaisir intense pour des personnages comme Hono et Irène. Et ça, ça fait quand même rêver, aussi pour cela, je conseille Le Diable l’Emporte.

Comme je le disais en introduction ce roman est aussi une référence puisqu’il dessine le schéma narratif des romans suivants, avec cette histoire d’amour sur fond de destruction, histoire d’amour censée assurer la pérennité de l’humanité. Doit-on voir dans ces catastrophes l’influence de la Guerre Froide à l’époque de la rédaction des différents ouvrages? Donc s’il n’y avait un à retenir de Barjavel, à mon sens, ce serait celui-ci. Ne serait-ce que pour ce final grandiose entre amour et destruction… Bien sûr de nos jour, il est bien des idées conservatrices défendues dans les romans de cet auteur auxquelles nous n’adhérons absolument pas et qui nous paraissent pour le moins douteuses, mais il n’en reste pas moins qu’il a donné une dimension à la fois sombre, onirique et poétique à la littérature de science-fiction française marquée par le positivisme de Jules Verne.

 

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Le Diable l’Emporte
Auteur: René Barjavel
Editions: Gallimard
Collection: Folio SF
336 p.
Parution: Avril 2001
Prix: 6,40 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

5 réflexions au sujet de « Amour sur fond d’apocalypse – « Le Diable l’Emporte » (R. Barjavel) »

    1. Ce sont plus ou moins des classiques. Outre « Le Diable l’Emporte », je te conseille particulièrement « La Nuit des Temps », quand bien même « Ravage » est considéré comme le plus culte.
      Bon après-midi et bonne lecture!

      Aimé par 1 personne

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