Ghetto alien au pays de l’Apartheid – « District 9 » (Neill Blomkamp, 2009)

Titre: District 9
Année de production: 2009
Réalisation: Neill Blomkamp
Origine: Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud
Durée: 1h53
Distribution: Charlto Copley, Jason Cope, Nathalie Bollt…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Logo du film – Source: Wikipedia

Tout d’abord, je tiens à vous présenter encore une fois mes plus plates excuses pour les décalages de cette semaine qui a été bizarre pour nombre d’entre nous, et je ferai en sorte de me recaler dans la semaine qui viens.

Mais je reviens tout de même avec un opus vu pour la première fois il y a peu de temps: District 9. Mon frère avait déjà tenté de me le montrer un soir où malheureusement, j’étais si fatiguée que j’ai sombré dans le sommeil au bout d’une vingtaine de minutes. 🙂 J’ai finalement remis le couvert, peu après avoir visionné Chappie du même réalisateur, qui m’avait bien plu.

Encore une fois, Neill Blomkamp nous amène à Johannesburg, dans une réalité alternative plus que troublée…

  • Les aliens à Johannesburg

Vingt-huit ans ont passé depuis l’atterrissage d’un vaisseau extraterrestre en 1982: les humains y découvrent un équipage et des voyageurs malades et épuisés, bientôt surnommés les « crevettes », à qui l’on attribue des noms humains pour leur recensement. Les Nations-Unis, ne sachant qu’en faire, les a parqués dans une sorte de ghetto appelé le District 9 en Afrique du Sud. Elle transfère bientôt la gestion du dossier à la Multi-National United (MNU), une société de sécurité privée intéressée par la technologie alien. Or, celle-ci ne peut être activée que par l’ADN des « crevettes », ce qui la rend inutilisable par les humains.

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Un vaisseau-mère extraterrestre – Source: Allônciné

Alors que la tension monte entre humains et aliens, le MNU décide d’évacuer les extraterrestres du District 9 et de les reloger dans un nouveau camp. Un cadre dirigeant de la MNU, Piet Smit (Louis Minaar), envoie son gendre Wikus van der Merwe (Charlto Copley), un simple bureaucrate, sur le terrain avec des hommes armés. Alors qu’il se rend chez un extraterrestre connu sous le nom de Christopher Johnson (Jason Cope), il remarque un tube métallique dont il tente de s’emparer. S’en échappe un fluide sombre qui lui gicle en plein visage. Wikus ne s’en inquiète pas outre-mesure, et rentre chez lui fêter son anniversaire, il se rend compte qu’il est en train de tomber malade. Pour cause: le fluide avec lequel il est entré en contact au District 9 est en train de faire muter son ADN pour en faire un hybride d’humain et d’alien. Son beau-père le fait alors arrêter et détenir dans les laboratoires du MNU. Sur le point de subir une vivisection, Wikus parvient à s’enfuir.

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Image à la fois familière et choquante, avec ce petit « détail extraterrestre » incongru – Source: Allôciné

Comprenant l’intérêt de sa mutation pour utiliser la technologie « crevette », Pier Smit envoie à ses trousses les agents de la MNU. Repoussé par tous, peu à peu isolé avec un bras extraterrestre à la place de celui qu’il avait avant, Wikus ne voit plus qu’une solution: chercher de l’aide dans le District 9, auprès des extraterrestres. Il y retrouve Christopher Johnson, l’alien qu’il rencontre au début du film. Mais c’est sans compter sur la ténacité de ses poursuivants et sur celle d’Obesandjo (Eugene Khumbanyiwa), un trafiquant local terriblement superstitieux, qui, non-content d’exploiter et de maltraiter les « crevettes », souhaite consommer le bras mutant de Wikus pour s’emparer de sa force…

  • Un univers violent et riche

Je dois avouer que District 9 m’a, sur le coup, vraiment soufflée. Si j’avais bien aimé Chappie, j’ai ADORÉ ce film-là. Il aborde un thème poignant – et tristement d’actualité – comme l’intolérance et le refus de comprendre l’autre. Le fait d’ailleurs, que les extraterrestres vivent dans un ghetto coupé de la population humaine, et ce en Afrique du Sud, n’est pas sans rappeler l’Apartheid. Les « crevettes » sont méprisées, aussi bien par les classes dominantes blanches, que par les classes pauvres noires, qui ne leur témoignent aucune bienveillance ou empathie. Les trafiquants et les délinquants les « titillent » sur leur penchant pour la nourriture pour chat qu’ils leur vendent extrêmement cher, et les traitent vraiment moins bien que des animaux, comme des êtres débiles inaptes à penser.

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La première rencontre entre Wikus et Christopher dans le District 9 – Source: Allôciné

Par ailleurs, le District 9, bien que surveillé par la MNU qui ne fait pas grand cas du bien-être de ses habitants, est le théâtre de violences entre humains et extraterrestres. L’Afrique du Sud n’est pas, et c’est le moins que l’on puisse dire, réputée pour sa tranquillité. Neill Blomkamp a poussé le réalisme jusqu’à doter ses personnages d’armes locales, et à retranscrire les croyances en cours – chamanisme, animisme… Cette esthétique « exotique » pour les habitués d’action sur fond de grandes métropoles américaines que nous sommes,  n’est pas sans rappeler des films cultes, hors science-fiction, comme La Cité de Dieu (un film culte dont l’action se déroule au Brésil, dans une favella) où l’on voit Ze Pequenho faire appel à la sorcière du coin pour attirer la chance.

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Un extraterrestre, familièrement appelé « crevette »… – Source: Allôciné

On sait que de nos jours, des tensions « raciales » existent encore et éclatent parfois malgré la fin de l’Apartheid. Dans ce film, ce comportement ségrégationniste est transposé aux relations entre l’humanité et ses réfugiés aliens, quand bien même on ne voit pas vraiment de noirs et de blancs ensemble. Le District 9, sis sous un soleil écrasant, est entouré d’un no man’s land, complètement cerclé de barbelés. À l’écran, le visuel est tout à fait impressionnant. Cet isolement, cet enfermement, même, montre qu’aucun effort n’est fait pour comprendre ces extraterrestres qui suscitent la compassion du spectateur malgré leur laideur (et encore, je trouve ça relatif, c’est juste qu’ils n’ont pas la bonne petite tête d’un Paul ou d’un E.T., mais je les trouve moins dégueu qu’une « bestiole en costume d’Edgar ») tant on voit que ce traitement les perturbent et qu’ils ne savent visiblement pas comment y réagir.

Les humains nous apparaissent dans toute leur horreur, et rappellent les moment les plus sombres de leur histoire, quand ils décidaient de cacher, d’enfermer, voire de se débarrasser des individus qu’ils ne jugeaient pas convenables et dignes d’appartenir au genre humain, tout en voulant tirer le maximum d’eux – n’oublions pas que la MNU cherche la clé qui lui donnerait accès à leur technologie, synonyme d’enrichissement. Les humains nous apparaissent, si l’on définit l’humanité comme la capacité à se mettre à la place de l’autre, complètement INHUMAINS et dénués de compassion vis-à-vis de ces créatures qu’ils accueillent. En fait, dire qu’ils les « tolèrent » tout juste serait plus approprié.

C’est ainsi que le personnage principal, Wikus van der Merve, nous apparaît étrangement plus « humain » au fur et à mesure qu’il mute et que son apparence physique se rapproche de celle des aliens. Finalement c’est en devenant une crevette qu’il devient un homme capable de se lier à des créatures que d’abord il méprise…

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Wikus pris à partie par les homme de main d’Obesandjo qui souhaite en faire son « quatre heures » – Source: Allôciné

À dire vrai, avec le recul, je ne pense pas qu’il les méprise vraiment lors de sa première rencontre avec Christopher lors de la tentative d’évacuation, mais qu’il a intégré, pour n’avoir vu que ça, que les « crevettes » valent juste moins que lui, et que cet état de fait est acquis. Il n’a pas cherché plus loin. Plus que de la pure méchanceté, on peut y voir de l’ignorance. Cela ne vaut pas mieux, car le résultat est le même, mais c’est aussi ce qui rend le personnage un peu plus sympathique que ses autres collègues de la MNU, franchement sadiques.

Mais le spectateur, et c’est ce qui finalement donne sa richesse au film, suit avec fascination l’évolution de cet individu qui de prime abord nous semble sans réel intérêt, mais qui se révèle finalement attachant – quand bien même certains déplorent que la dernière partie du film tire plus vers le cinéma d’action avec des scènes de combat un peu plus spectaculaire. Car s’il se rapproche d’abord des extraterrestres par pur intérêt, et passe une sorte de marché avec Christopher avant d’essayer de le berner, il va peu à peu comprendre et développer des relations un peu plus profondes avec ses acolytes aliens.

Enfin, j’ai trouvé les effets spéciaux assez impressionnants. Naturellement, on se doute bien que Blomkamp n’a pas tourné avec de vrais acteurs extraterrestres ou avec de vrais vaisseaux. Cependant, quand bien même on sait que des effets visuels sont créés par ordinateurs. Dans bien des productions on a bien du mal à l’oublier tant, sous couvert de « réalisme » la réalisation en fait des caisses. Ici, ce n’est pas le cas. Je dirais que le plus grand succès de l’équipe des effets spéciaux est justement qu’on l’oublie, car elle a fait un travail d’orfèvre, tout en sobriété, qui fait souvent défaut aux superproductions.

  • Conclusion – Un film de bonne facture
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Wikus van der Werde, en mode badass traqué, s’essayant aux armes extraterrestres – Source: Allôciné

District 9 a été unanimement salué par la critique et a remporté un réel succès au box office.

Pour ma part, j’y ai vu, malgré la simplicité du scénario, une histoire de science-fiction de bonne facture traitant de thèmes graves comme la xénophobie, dans un contexte qui évoque immanquablement des moments peu glorieux de l’histoire humaine. Mais derrière ce contexte violent, on suit l’ouverture progressive d’un être à la différence – d’abord contraint et forcé, puis avec une réelle empathie. En somme, Wikus redécouvre ce qui fait de lui un être humain: la possibilité d’empathie, et même de compassion. J’aime beaucoup ce thème, qui me touche beaucoup en général.

On pourrait lui reprocher une certaine naïveté, surtout après une introduction tournée avec un réalisme quasi-documentaire (un peu trop mise en avant dans la bande-annonce, à mon humble avis), ou une troisième partie qui met en avant l’action et les scènes un peu plus spectaculaires aux dépens de la réflexion, mais pour ma part, j’ai complètement adhéré. D’autre part, je me suis un peu lassée, ces dernières années, de certaines superproductions hollywoodiennes qui mettent beaucoup trop en avant les effets spéciaux et parfois au détriment de la narration – honnêtement, Transformers et Les Tortues Ninjas ne vous ont pas un peu piqué les yeux? – et District 9 m’a changée de ce que j’avais l’habitude de voir jusque là. Pour moi, c’est un peu un mélange efficace entre tensions de bidonville un peu à la Cité de Dieu (un film que j’affectionne particulièrement), enjeux sociétaux (racisme, xénophobie, volonté d’enrichissement sur une technologie dont on ne connaît pas les dangers) et science-fiction.

C’est peut-être bien la principale raison pour laquelle je vous le recommanderais…

Je vous laisse donc avec sa bande annonce pour vous faire une idée de ce qui vous attends, et je vous souhaite un excellent visionnage!

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

3 réflexions au sujet de “Ghetto alien au pays de l’Apartheid – « District 9 » (Neill Blomkamp, 2009)”

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