Une véritable légende du Comic – « Batman – Année Un » (F. Miller, D. Mazzuchelli, 1986)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Photographie de mon exemplaire personnel, fraichement offert par mon jeune frère

Me voici de retour cette semaine avec une « chronique livresque » très importante pour moi bien qu’express, car je la consacre à l’un de mes personnages – que dis-je, l’un de mes héros – favoris depuis mon enfance: Batman. En effet, je n’avais encore jamais lu les comics et mon frère, très inspiré, a eu la bonne idée de m’offrir pour mon anniversaire le fameux Batman – Année Un que j’ai dévoré d’une traite…

La BD est à l’origine parue en 1986, bien que le personnage existe alors depuis plusieurs décennies et des adaptations ont été tournées, dont la fameuse série des années 1960, kitsch et tout en couleurs et collants gris mettant l’acteur Adam West en vedette. DC Comics cherche à cette période à moderniser quelque peu l’image de son héros et à approfondir la psychologie des personnages du comic

  • Les origines de Batman
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Intérieur de mon exemplaire personnel – Le petit Bruce devant le corps de ses parents assassinés…

Batman – Année Un nous emmène dans un Gotham pourri par le crime, avec un maire permissif qui fait copain-copain avec la pègre, et une police gangrénée par la corruption. Au milieu de ce marasme, un petit nouveau fait son apparition: le lieutenant James Gordon. Celui-ci a du mal à s’adapter aux méthodes de ses collègues qui lui mettent vite des bâtons dans les roues, mais il parvient à se faire respecter… En parallèle, l’héritier le plus convoité – mais aussi le plus tourmenté – de Gotham fait son grand retour: Bruce Wayne. Celui-ci prépare sa revanche sur le monde du crime depuis la mort de ses parents assassinés sous ses yeux, en traînant ses guêtres dans les quartiers chauds de la ville.

Mais un soir, après avoir été blessé, il a le déclic. Il trouve son symbole, un symbole fort… et commence son oeuvre. Alors qu’il se fait connaître, les avis à son encontre diverge. Si la plupart des policiers le considèrent comme un criminel et tentent de l’arrêté, Gordon est fasciné et tente de le comprendre…

  • Retour aux sources

Depuis ma plus tendre enfance, je me suis toujours fait une idée particulière de Batman: quelque chose de grandiose, avec ces lignes de gratte-ciels néo-gothiques et ces ruelles sombres qui font Gotham. Je voyais un peu les aventures de Batman comme un genre de grand « film noir » – avant de savoir ce qu’était un film noir, d’ailleurs, mais plus j’y pense, plus je me dis que c’est ça qui m’a séduite dans la série animée que je regardais enfant, dans les adaptations de Tim Burton et même dans la trilogie signée Christopher Nolan.

Graphiquement, l’histoire de la rencontre – car il s’agit bien de ça – entre notre flic qui tente d’être intègre dans un monde de pourris et notre chauve-souris rageuse se traduit par un dessin aux lignes nerveuses et expressives de David Mazzuchelli, tout en clair-obscur dans le plus pur esprit du film noir et en contrastes violents, à l’image de cette histoire. La figure de Batman n’y est qu’une ombre se confondant avec les ténèbres dans lesquelles elle évolue.

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Batman et Gordon

Du coup, cet opus constitue un véritable retour aux sources, puisqu’on y retrouve la trame narrative, ainsi que des noms de protagonistes du Batman de Burton et de Batman: Begins de Christopher Nolan, notamment la fin. On y retrouve Frank Miller (Sin City, 300) au scénario, qui nous emmène dans les esprits tourmentés de Bruce Wayne/Batman et de Gordon, un flic désabusé mais intègre, dont on sent qu’ils seront amenés à se rencontrer tôt ou tard, tant leurs solitudes sont grandes et leurs buts communs.

  • La rencontre de deux héros

Ils tentent, chacun à leur manière, d’endiguer le crime. Pour Gordon, c’est en obéissant à la loi… Pour Batman, c’est en allant directement botter le cul aux malfrats.  Je suis assez séduite par ces deux héros, qui incarnent des valeurs comme la justice et le courage, un peu à l’image de la chevalerie. D’ailleurs, Batman n’est-il pas une sorte de chevalier en armure, avec son masque pour heaume, et sa cape? Il sera bien appelé le « Chevalier Noir », après tout! Et il ne tue pas…

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Batman fait sa fête à un trafiquant…

Quant à leur traitement, ils ne sont pas unidimensionnels comme certains personnages de cartoons ou de comics qui font plus figure d’archétype qu’autre chose… c’est ce que je pourrais reprocher aux flics véreux et à l’élite de Gotham. Et ce pourrait être une faiblesse de l’histoire: des méchants pas assez complexes.

On pourrait craindre la même chose de deux héros qui, comme je le disais plus haut portent les couleurs surannées d’un idéal chevaleresque… Mais il n’en est absolument rien. On découvre Gordon comme super policier, mais aussi comme homme avec ses faiblesses – un piètre époux, paumé, capable de tromper son épouse, mais bloqué par ses responsabilités vis-à-vis de leur enfant. Quant à Bruce Wayne, qui se cache derrière une façade « clichesque », celle de l’héritier arrogant et détestable du fait que tout lui soit toujours tombé tout cuit dans le bec, on découvre en fait – et c’est ce que j’aime le plus – un côté écorché vif et immature, celui de cet enfant blessé que sa richesse n’a pas préservé de voir ses parents mourir de la main d’un criminel. Je pousse peut-être un peu loin mes réflexions sur le sujet, c’est sans doute un brin tiré par les cheveux, mais j’ai l’impression que Bruce Wayne tente, en combattant le crime, d’éviter ce genre de souffrance et la naissance d’autres enfants blessés. À travers cette figure de cauchemar qu’est la chauve-souris, il retourne contre eux-même la peur inspirée par ces individus qui nuisent aux autres.

C’est là toute la séduction de Batman. C’est sous ce masque qu’il se révèle tel qu’il est, perdant toute nuance et poussant jusqu’au bout cette dimension du personnage, qu’il sublime l’enfant Bruce Wayne pour en faire un superhéros. Car ce n’est pas qu’une question de gadget et de « bat-compte-en-banque », il faut une sacrée paire de bu**es et une foutue rage pour se consacrer à une telle mission. Personnellement, cela me fascine totalement, quand bien même notre Bruce aurait bien besoin d’un psy…

  • Conclusion

J’admets volontiers que s’agissant de Batman, je suis rarement objective tant le personnage, avec son look qui tue, me fascine, ombre évoluant sur les lignes brisées de l’horizon gothamien. Bien sûr, l’histoire n’est pas très complexe, quand bien même elle est intéressante. Le seul reproche que je pourrais lui faire, c’est que les « méchants » ne sont pas très consistants, ils sont assez ridicules… Mais après, s’agissant de raconter les origines du Chevalier Noir, on pourrait considérer Batman – Année Un comme une grande scène d’exposition qui plante le décor des aventures à venir, aventures plus complexes. Ainsi, j’y ai trouvé une savoureuse mise en bouche qui m’a donné l’envie de lire d’autres volumes des aventures de mon super-héros favori… Je devrais d’ailleurs y revenir à travers mes chroniques film… Mais cela est une autre histoire.

Je pense que ce qui fascine chez Batman, c’est que contrairement aux autres super-héros, il n’a rien d’exceptionnel – pas de super-pouvoir, pas de mutation qui en ferait un être par essence exceptionnel. C’est un être humain, physiquement tout ce qu’il y a de plus banal, qui, outre ses gadgets et son compte en banque, marche à la force de sa rage. Et aussi de son courage. Courage qu’enfants, nous rêvions tous d’avoir et qui par les temps qui courent, nous fait encore rêver.


Titre: Batman – Année Un
Auteur: Frank Miller, David Mazzuchelli
Editions: Urban Comics
Collection: DC Essentiels
144 p.
Parution: Juillet 2012
Prix: 15 €

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de « Une véritable légende du Comic – « Batman – Année Un » (F. Miller, D. Mazzuchelli, 1986) »

    1. En fait j’aime Batman, mais pas Superman. Je trouve ses pouvoirs un peu exagérés! 🙂
      Mais j’admets que le style d’Albator est inimitable, avec sa cape et ses cheveux qui restent en apesanteur quand lui a les pieds sur terre. 😉

      Aimé par 1 personne

  1. L’univers obscur de Batman m’a enchantée adolescente…et il faut le dire, sa maison avait un petit quelque chose :). Mais ce sont ses valeurs qui me touchaient (amitié, courage, justice)…

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    1. L’Antiquité avait ses héros, nous avons les super-héros… 🙂
      Les gens que je connais sont plutôt branchés Marvel, mais pour ma part, Batman me touche car sous son déguisement, c’est un simple humain. Je m’entends toujours répéter que ce qui fait la force de Batman c’est son « bat-compte-en-banque », mais pour ma part je pense que c’est un VRAI héros, courageux et on ne peut plus impliqué. En effet, avec l’argent et le pouvoir qu’il a, il pourrait se contenter de rester s’amuser avec de belles voitures et de corrompre les autorités.
      Donc pour moi, sa vraie force, c’est son courage – la « bat-paire-de-couilles » si je peux me permettre l’expression. 🙂

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