Fantasy historique, gore et bit-lit – « La Louve et la Croix » (S.A. Swann)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Amoureux des loups,

Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour le retard avec lequel je publie cette chronique: j’ai eu du travail ce week-end, et mon excursion sur Paris avec mon frère m’a tellement lessivée que je n’avais pas la force d’écrire sur un livre en rentrant…

Mais après une semaine sous le signe de « l’artillerie lourde » avec Dune de Frank Herbert, me voici de retour avec une chronique express pour un livre relativement RÉCENT et aussi pour ma première incursion (est-ce que Twilight, ça compte vraiment?) dans le monde du bit-lit. Eh oui, le bit-lit – une sorte de romance impliquant au moins une créature paranormale. À dire vrai, si j’avais su qu’il s’agissait de cela, j’aurais sans doute négligé l’ouvrage que je vais vous présenter ici, car j’ai, je dois l’admettre, pas mal de préjugés sur le bit-lit (et en plus je n’aime pas le chick-lit, bref, ce qui se termine en lit, quoi…) et je me serais certainement attendu à une histoire un peu gnangnan. Mais il se trouve que j’avais besoin de quelque chose de léger à « me mettre sous la dent », alors que j’essayais me remettre de ma déception de Vortex. Et puis il était question de loups, alors forcément j’ai craqué 🙂 …

J’ai donc manqué à tous mes devoir en lisant un livre hors-PAL emprunté à ma mère… La Louve et la Croix, signé S.A. Swann, décrit comme « la rencontre entre le bit-lit et le médiéval ». Mais trêve de verbiage et de babillage, et venons-en au fait…

  • Le pitch

Nous sommes au XIIIe siècle en Europe de l’Est, alors que les chevaliers teutoniques ont investi la forteresse de Mejdan, rebaptisée Johannisburg, sur les terres des Prusans, peuplade récemment convertie au christianisme. Ceux-ci sont pourtant toujours en butte à la méfiance de leurs maîtres allemands qui les traitent durement… C’est sur ces terres mystérieuse qu’on a dépêché un jour le Landkomtur Erhard von Stendal pour faire entendre la parole de Dieu à ces païens, en se servant d’étranges créatures que lui a légué le frère Seymon von Kassel quelques années auparavant: ceux qu’on appelle les « enfants-loups », qui terrorisent la population locale pour la convaincre de se tourner vers la vraie foi. Alors que toute la portée est morte, il ne lui reste qu’une jeune femme, la plus intelligente d’entre eux, Lily, qu’il fait retenir dans un cachot de Johannisburg pendant une visite à l’évêque Cecilio. Celui-ci voit d’un mauvais oeil l’utilisation de créatures diaboliques au service de Dieu, et ordonne à Erhard d’éliminer par le feu sa protégée. Celui retourne à Johannisburg pour accomplir sa mission, mais il constate en arrivant que la forteresse est sur le pied de guerre: profitant de la naïveté de l’un de ses geôliers, Lilly a massacré douze homme et s’est enfuie…

Non-loin de là, le jeune Udolf, manchot mais habile, découvre au bord de la rivière une très belle jeune fille rousse, nue et atrocement blessée. Il décide de l’aider et la ramène à la ferme de ses parents adoptifs, Gedim et Burthe, un couple de fermiers. La belle rousse est soignée et rapidement adoptée par la Hilde, la plus jeune fille de la famille. À la grande surprise de Burthe, la jolie blessée se remet étonnamment vite de ses blessures et mange d’un appétit féroce. Cependant, le trouble s’installe quand des patrouilles de soldats venus de Johannisburg parcourent la campagne en interrogeant les paysans sur la présence d’une bête odieuse dans les environs. Udolf, quant à lui, nourrit un tendre attachement envers sa jolie rousse. Mais il est de plus en plus assailli par des cauchemars, et par les réminiscences de cette nuit où il a perdu son bras et où toute sa famille, les anciens chefs de la forteresse de Mejdan, a été massacrée.

  • Entre violence et douceur
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Couverture de La Louve et la Croix

Quoi de mieux pour se détendre qu’une petite plongée « exotique » dans les sombres forêts d’Europe centrale et orientale, qui allaient faire partie du « monde germanique », l’un de mes dadas? 🙂 Quoi de mieux que de revenir sur ces terres qui ont vu émerger bien des légendes pour s’évader? 🙂 N’oubliez pas que je ne peux, du fait de mes écrits, qu’adhérer à ce parti pris, et ce malgré les quelques faiblesses du livre.

Comme je suis assez fatiguée par toutes mes activités, et peine à lire en ce moment (ce qui est dommage, car j’adore ça!), j’ai mis un peu de temps à démarrer cette histoire pourtant simple mais efficace, qui s’ouvre sur la scène d’évasion de Lily, plongeant directement le lecteur au coeur de l’action. J’ai surtout bien accroché à la seconde partie de l’histoire quand les choses se corsent du côté de Johannisburg dont les chefs allemands durcissent la répression vis-à-vis des Prusans, ce qui donne lieu à quelques bonnes scènes d’action. Je peux vous dire que ça déménage, que Lily, ne tue plus pour tuer mais pour défendre ceux qu’elle aime, et qu’Udolf, malgré son bras en moins, se révèle plein de ressources. C’est aussi dans cette seconde partie du roman que l’attachement de Lily – car on se doute dès le début que la rouquine recueillie par le jeune fermier n’est autre que la prisonnière de Johannisburg – et Udolf, de plus en plus évident, nous vaut quelques jolies scènes très douces au milieu de cet environnement dur, fait de machinations politiques qui affectent la vie quotidienne des habitants, mais dont ils ne comprennent pas nécessairement les enjeux. Les chapitres sont entrecoupés de flashbacks (foutredieu, encore un point qui me rappelle mon propre roman non-publié!) qui retracent « l’éducation » de Lily depuis que le frère Seymon von Kassel l’a « offerte » à Erhard. Entre autres choses du passé que je ne peux évoquer sans révéler tout de l’histoire et qui constitue une intrigue secondaire assez prenante.

Outre les manipulations de l’Eglise et de l’Ordre des chevaliers teutoniques qui saignent les paysans locaux à blanc par des taxes nombreuses et des confiscations de terres, il fait froid, la nourriture se fait rare, et l’hémoglobine gicle dans tous les sens. Car la délicate Lily cache une force insoupçonnée qui se libère lorsqu’elle se transforme en une hideuse créature velue entre humain et loup – la plupart du temps pour obéir aux ordres de son maître, mais aussi quand, terrifiée, elle cherche à se protéger. C’est une vraie machine à tuer qui fauche têtes, bras et jambes avec une facilité et une absence d’états d’âme déconcertante. La seule scène que j’aie vraiment détestée est celle où, prise à partie par des soldats qui l’entravent grâce à un collier d’argent – un classique anti-loup-garou, on ne pouvait passer à côté – elle est violée dans un coin de la forêt. (Mais je pense que n’importe qui de normalement constitué déteste ce genre de scène.) Les amateurs de gore en auront donc pour leur argent! Quand bien même ces massacres opérés par Lily sont très impressionnants, ce n’est pas, à mon avis, ce qui prime dans l’histoire.

Car derrière cette machine à tuer, on découvre un être torturé, vulnérable, qui a peur de sa propre nature et des atrocités commises par le passé, une enfant qui a terriblement souffert. C’est peut-être ce qu’il y a de plus intéressant dans cette histoire. La découverte de Lily en tant qu’être humain, en tant qu’individu. Plus que CE QU’ELLE EST, on apprend QUI ELLE EST, à peu près en même temps qu’elle car elle ne s’est jamais ou si peu pour ne pas souffrir de ses actions, posé la question de son humanité. Toujours soumise à des punitions et à des sévices inimaginables pour une petite fille, elle a été habituée à servir, ses réflexions endormies par la volonté de plaire à ses maîtres. Mais de cela je ne peux rien vous dire de plus pour vous laisser la surprise… Toujours est-il qu’on assiste à une véritable tentative de rédemption de la part de notre jolie héroïne qui, apprenant peu à peu ce qu’est la douceur et la bienveillance, aspire de plus en plus à être pardonnée et aimée. Comme la plupart d’entre nous, au final. 🙂

Quant à Udolf, j’ai également trouvé son personnage très touchant. Il semble que lui et Lily soient deux solitudes qui se trouvent. Lui est un jeune homme un peu marginalisé du fait de son handicap, tout en étant traité avec une sorte de distance respectueuse du fait de son ascendance, ce qui en fait quelqu’un de dangereux pour les autorités allemandes. Mais on trouve encore en lui, malgré sa sympathie et son énergie, un enfant apeuré qui a assisté impuissant au bain de sang où ses parents ont perdu la vie, et qui a failli mourir de ses blessures. Il a occulté cette terrible nuit, mais la revit dans ses cauchemars.

Aussi j’ai trouvé cette romance assez mignonne – sans doute parce que même si je m’en défends j’ai la fibre romantique. J’ai aimé assister à ces scènes très douces, voir les gestes rassurants de ces deux protagonistes l’un pour l’autre, cette façon d’apprivoiser l’autre sans le brusquer, et leurs propres émotions. Mais comme vous vous en doutez, tout n’ira pas aussi facilement que le souhaite le lecteur pour les deux jeunes gens qui auront à affronter bien des épreuves… Bon. 🙂 Trêve de bavardage, car à force de montrer mon romantisme, je vais finir par me griller auprès de vous tous et par passer pour une niaise! 🙂

Finissons avec les quelques faiblesses que j’ai trouvées: bien que l’atmosphère soit assez captivante et la reconstitution médiévale relativement crédible, j’ai parfois eu l’impression que justement l’auteur insistait un peu trop sur les spécificités de l’ordre teutonique et le côté « pittoresque » du monde germanique, à la limite du documentaire. Pour ma part, ce n’était pas ce qu’il y avait de plus captivant, mais j’imagine que quelqu’un qui ne connaît pas l’histoire germanique pourrait y trouver son compte. Deuxième faiblesse: les « méchants », comme l’évêque Cecilio, sont très caricaturaux, l’archétype-même du chrétien (vous avez vu que dans ce genre de récit, « chrétien » pourrait vraiment être interchangeable avec « crétin »? pourquoi diable sont-ils toujours si teigneux dans les fictions?), du prélat grassouillet croulant sous les bijoux, buté et avide de pouvoir. Le seul à ne pas être totalement neuneu n’est autre d’Erhard von Stendal, le maître de Lily, qui doute mais n’ose poser des questions de peur de voir sa fidélité à l’Ordre mise en cause par ses supérieurs…

  • Conclusion – Violence, amour, mémoire et pardon

Je vois certains amateurs de littérature plus « consistante » froncer les sourcils d’un air dédaigneux. Mais la lecture n’est pas là que pour nous faire philosopher et réfléchir, elle doit aussi rester un plaisir, un moment d’évasion et d’émerveillement. Et si c’est une histoire de loup-garou avec une romance… pourquoi pas? 🙂 Quand on voit ce que je poste sur Le Sang des Wolf, je serais vraiment, vraiment très mal placée pour critiquer. D’autant plus que La Louve et la Croix, malgré sa simplicité, m’a séduite et agréablement surprise. J’ai passé un très bon moment entre violence et amour, avec une héroïne à la quête du pardon et un héros à la recherche de ses souvenirs perdus, très humains et fragiles, à qui l’on peut tout à fait s’identifier.

Et puis, je ne dirai plus que le bit-lit c’est craignos, c’est comme tout, il y a des choses recherchées, riches et étoffées dont les enjeux vous passionnent, des histoires simples mais sympas quand même et des choses que l’on aime moins. Et c’est promis, je ne prendrai plus la mouche quand quelqu’un comparera encore mon roman à du bit-lit, il y en a peut-être bien une petite pincée alors je n’ai d’autre choix que de l’assumer, maintenant! 🙂 ( Ceci dit, le chick-lit n’est toujours pas mon truc! 😉 )

Tout ça pour vous dire que si vous cherchez une lecture légère, de l’exotisme et  et du dépaysement, le tout assorti d’un peu de romance et un peu d’histoire – il y a bien un contexte historique mais ça ne fait pas pour autant de La Louve et la Croix un roman historique – vous pourriez passer un agréable moment en compagnie de Lily et Udolf, et suivre leurs aventures avec intérêt. Même si certains ressorts narratifs sont un peu prévisibles, on ne va pas se mentir, ça fait quelques fois beaucoup de bien et c’est très, très distrayant! 🙂 Et vous alors, allez-vous succomber à l’attrait de ces sombres forêts, de ces forteresses imprenables et de ces créatures « maléfiques » moitié-homme moitié-loup?… Si tel est le cas, je vous souhaite une bonne lecture.

Titre: La Louve et la Croix
Auteur: S.A. Swann
Editions: Milady
Collection: Fantasy
416 p.
Parution: Juillet 2015
Prix: 7,90 €

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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