SEMAINE THÉMATIQUE – Adaptation d’un classique S.-F. – Dune (David Lynch, 1984)

Titre: Dune
Année de production: 1984
Réalisation: David Lynch
Origine: Etats-Unis
Durée: 2h10
Distribution: Kyle MacLachlan, Francesca Annis, Sean Young, Max von Sydow, Jürgen Prochnov, Sting, Patrick Stewart…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

La semaine thématique consacrée à Dune continue et bat son plein! Je rédigeais il y a peu un article consacré au documentaire sur le projet pharaonique d’adaptation par Alejandro Jodorowsky. Projet passé à la trappe, par manque de financement. Mais qu’à cela ne tienne: c’est David Lynch qui, dans la première moitié des années 80, adapte finalement l’oeuvre herbertienne dans un film intitulé, comme le roman éponyme, Dune. C’est donc à cet opus que j’ai vu pour la première fois à six ans, que je consacrerai la présente chronique cinématographique…

  • Le Pitch

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Affiche du film – Source: Wikipedia

Le film reprend le premier volume de la saga. Nous sommes en 10191, sous le règne de l’empereur Padishah Shaddam IV (José Ferrer). L’économie de l’univers repose sur une substance très précieuse, l’Epice, une drogue qui rallonge la vie et décuple les capacités de l’esprit humain. Celle-ci n’est produite que sur une seule planète, un astre désertique: Arrakis, que l’on appelle également Dune. Lorsqu’il la reçoit en fief, le duc Leto Atréides (Jürgen Prochnov) s’y installe avec sa concubine Jessica (Francesca Annis) et leur fils Paul (Kyle MacLachlan). Une fois sur place, ils tentent de gagner la sympathie des Fremen, un mystérieux et farouche peuple du désert. Mais bientôt, l’ennemi juré des Atréides, le baron Harkonnen (Kenneth McMillan), allié à l’empereur, les attaque. Le duc est tué, mais Paul et sa mère parviennent à fuir dans le désert.

Leur errance les amène vers la tribu du chef Fremen Stilgar (Everett McGill), où Paul fait la connaissance de son grand amour qu’il voyait en rêve, Chani (Sean Young). Son arrivée correspondant à une prophétie messianique Fremen, Paul va tout faire pour s’intégrer auprès de ses protecteurs et devenir leur meneur, afin de venger son père et d’écarter la menace Harkonnen d’Arrakis…

  • Un film qui ne fait pas l’unanimité

Initialement prévu pour Ridley Scott qui a préféré se concentrer sur Blade Runner, le moins que l’on puisse dire est que l’accueil de Dune a été pour le moins mitigé, et le film a été un véritable échec commercial. Alejandro Jodorowsky, dévasté en apprenant qu’un autre réalisateur que lui adapterait le roman de Frank Herbert, a déclaré s’être consolé en constatant à quel point le film était mauvais. Décrié par les uns et adoré par les autres, Dune a été nominé pour plusieurs récompenses et en a obtenu deux: le Saturn Award des meilleurs costumes, et… le Stinkers Bad Movies Award pour la pire image!

dune 1983 rŽal : David Lynch Kyle Maclachlan Jurgen Prochnow collection christophel
Paul et son père, le duc Léto Atréides – Source: Allociné.fr

C’est donc à l’image de ce que l’on dit encore du film aujourd’hui et de ce qui se passe chez moi: mon père, qui a lu tous les livres (c’est d’ailleurs dans sa bibliothèque que j’ai emprunté les fameux volumes, une très belle édition en faux cuir argenté), n’adhère pas, mais ma mère adore. C‘est aussi un film culte qui comprend son lot de répliques pour les aficionados Ma mère et ma plus jeune tante avaient un véritable « délire Dune ». Quand j’étais petite, elles tripaient en particulier sur la réplique de Leto Atréides: « Le dormeur doit se réveiller. » Pour mon frère et moi, quand nous étions ados, c’était celle du docteur Yueh (Dean Stockwell) installant un plombage empoisonné au bon duc: « N’oubliez pas la dent… » Et ce gros plan sur sa bouche répétant: « La dent… La dent… La dent… » d’un ton emphatique.

Les critiques y voient donc tour à tour un film à la très grande beauté formelle, un ratage complet ou un opus ringard et kitsch, très marqué… Et l’on accuse parfois la réalisation d’avoir trahi l’oeuvre de Frank Herbert… Mais qu’en est-il au juste?

  • Fidèle au livre ou non?
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Feyd-Rautha, le neveu du baron Harkonnen, dans sa tenue d’été vert scarabée – Source: Allociné.fr

D’aucun disent que le film de Lynch prend des libertés avec l’histoire originale. Certes. Mais c’est souvent le cas avec les adaptations, certains faits sont simplifiés, voire inventés – certains faits de Paul pour faire plier l’empereur, l’existence de cet art guerrier  ou encore le très beau et optimiste final du film (mais là, je ne spoilerai pas!). L’exercice est d’autant plus périlleux avec une oeuvre aussi consistante que Dune, et il aurait été difficile de retranscrire toute la complexité du récit en seulement deux heures.

Et pourtant, on retrouve certains points correspondant au livre, dans le schéma et le style de narration. Je parlais d’omniscience dans le roman où Herbert nous emmène dans les pensées de chacun de ses protagonistes. Or c’est ce qui se passe dans le film, un peu à l’image des animes japonais quand on entre dans la tête du personnage: on entend alors sa voix comme dans un monologue intérieur. Dans le film, il peut s’agit des pensées mélancoliques de Jessica, de Paul aux aguets lorsqu’il détecte un « chercheur-tueur » dans sa chambre d’Arrakeen, la capitale d’Arrakis ou de Harkonnen lui-même rêvant aux tortures qu’il veut faire subir au duc Leto et à sa famille.

Toujours dans cet ordre d’idée, Dune est un roman qui se veut comme reposant sur des sources « historiques » – les nombreux appendices en fin d’ouvrage montrent au lecteur des cartes d’Arrakis, des notices biographiques, un glossaire des termes employés dans le livre. Et chaque chapitre débute par un extrait de la vie de Paul Muad’Dib (son nom de guerrier Fremen) rédigée par Irulan, la fille de l’empereur qui dans l’oeuvre de Frank Herbert est passionnée d’histoire et a des velléités littéraires. Or dans le film de Lynch, c’est bien la voix-off de la princesse (Virginia Madsen) qui raconte l’histoire de Paul. C’est d’ailleurs sur le visage d’Irulan que s’ouvre le film, lorsqu’elle expose au spectateur la situation de l’univers tel qu’elle le connaît. Donc en ce point, on peut dire que David Lynch semble être s’attacher à une certaine fidélité par rapport à l’oeuvre originale.

  • L’ambiance

Mais à mon humble avis, ce film, plus que pour la fidélité (ou pas) par rapport au roman, vaut surtout pour son ambiance si spécifique. Je reconnais volontiers que l’image, assez sombre en général, ainsi que les effets spéciaux ont plutôt mal vieilli. Quant à certains effets sonores, comme l’utilisation de la « Voix » par les femmes du Bene Gesserit, ils prêtent carrément à sourire.

En revanche, les paysages désertiques du Mexique où a été tourné Dune, sont d’une beauté saisissante. Comme l’est le désert… Pour ma part, la première fois que j’ai vu le désert pour de vrai, j’ai cru me retrouver au coeur d’un paysage en image de synthèse tant de loin les dunes semblent lisses et très contrastées à la lumière du soleil rasant. Et les apparitions de vers des sables géants sont peut-être, avec le mouvement de sable qui les accompagne, une des grandes réussites de ce film. Donc malgré ses défauts, Dune nous embarque dans une aventure captivante dans un milieu hostile et dangereusement beau.

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Voyage spatial – Source: Allociné.fr

Et s’il n’y avait que les paysages… Les décors intérieurs, bien que très sombres et soit très baroques du côté impérial, spartiates et élégants côté Atréides, brut et glauque côté Harkonnen, sobres et anguleux chez les Fremen, sont très recherchés. Le visuel permet également, comme dans une pièce de théâtre, de faire la différence entre les « gentils » Atréides, posés, calmes, attachés les uns aux autres et propres sur eux, avec des fidèles qui non-seulement les respectent mais les aiment, et les « méchants » comme les Harkonnen, tous rouquins (?), bardés de tenues vert scarabée, qui semblent les caparaçonner, toujours fendus d’un sourire sadique… Quant au baron lui-même, c’est une sorte d’hybride de Jabba le Hutt puissance 10 avec le visage couvert de pustules qu’il fait entretenir par les vils flatteurs (forcément des flatteurs, comment peut-on aimer un être aussi abject intérieurement et extérieuremen?) qui lui servent de toubib. Il nous ferait presque rire s’il ne se dégageait pas quelque chose d’huileux et malsain de ce monstre difforme obligé d’utiliser des suspenseurs pour se déplacer…

Bien que visiblement le fruits d’effets et de montages visuels, les voyages spatiaux sont reconstitués avec une sorte d’onirisme assez hypnotique… D’ailleurs, je préfère vous prévenir que certaines séquences vous feront nager en plein trip – en particulier les rêves et les visions de Paul, décuplés par la présence de l’Epice sur Arrakis. Donc essayez quand même de suivre un peu et de vous poser quand vous vous lancerez dans le visionnage!

Et cerise sur le gâteau, le détail qui me fascinait durant mon enfance: les yeux « bleu sur fond bleu » des Fremen. Aujourd’hui, je me rends bien compte que la coloration sur pellicule est visible, mais la première apparition de Chani, menaçante, avec son fascinant regard d’un bleu lumineux posé sur Paul, est tout à fait surprenante.

Outre par le désert, l’ambiance est également sublimée par une bande originale signée Toto, avec la collaboration de Brian Eno. On est loin de Pink Floyd ou de Magma comme ce que souhaitait faire Jodorowsky, mais sur ce point, le film ne s’en tire pas si mal. Si certains morceaux sont assez marqués années 80, d’autres sont plus planants et collent parfaitement au survol de dunes par les caméras (Prophecy’s Theme par Brian Eno), à une scène d’amour ou encore aux moments « épiques » du film. Le thème principal est quant à lui inoubliable et ma foi, plutôt efficace. En bref, vous risquez de l’avoir dans la tête un certain nombre d’heures – voire, de jours –  après avoir visionné Dune.

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Chani et Paul en tenue de désert – Source: Allociné.fr

Enfin, la réalisation a bénéficié d’un casting grand luxe, avec, outre les acteurs déjà cités, Patrick Stewart dans le rôle de Gurney Halleck, le précepteur de Paul, Sting dans le rôle du cruel Feyd-Rautha (c’est que ce personnage détestable nous donnerait presque envie de baffer Sting, dites donc!), et Max von Sydow, une véritable institution du cinéma (il jouait déjà dans Le Septième Sceau, que diable!) qui incarne Liet Kynes, l’écologiste impérial, qui fait visiter Arrakis au duc et à Paul.

  • Conclusion

Est-ce un chef d’oeuvre? Un film culte? Un foirage intégral? Une « bouse intergalactique » comme le disait l’ami d’Opération Frissons? Pour ma part, il m’est très difficile de me prononcer de manière catégorique quant à Dune. En effet j’ai eu la « chance » de le voir des années avant de lire le livre. Avant même que je comprenne les tenants et les aboutissants de l’histoire, il me fascinait déjà. J’ai même la bande originale dans ma CDthèque, c’est dire. Pendant mon adolescence, il figurait parmi mes films préférés. Bref, c’est assez affectif, si j’ose dire, et je l’ai abordé non comme une adaptation, mais un peu comme… une oeuvre originale. Puisque je ne connaissais rien de l’oeuvre d’Herbert jusqu’à quatorze-quinze ans, âge auquel je me suis lancée dans la lecture des livres. L’un des principaux problèmes de cette version filmée est, je crois, qu’elle paraît trop simple à des connaisseurs de la saga, et un peu biscornue et obscure à ceux qui ne la connaissent pas… Je sais que je l’ai un jour regardé avec des copines qui n’ont absolument RIEN pigé. En même temps, quand on passe le film à papoter, hein… 😉

Les faiblesses du scénario et de l’image ne m’échappent pas. Avoir lu la saga, je comprends tout à fait que des puristes ne l’apprécient pas. Pourtant, d’un point de vue purement formel et visuel, je vois mal, de nos jours, comment le Septième Art s’en sortirait si Dune était de nouveau adapté, et je crains même que la surenchère dans les effets spéciaux « réalistes » ternissent quelque peu la beauté de l’image. Donc à ce jour, ce film « raté » de Lynch reste pour moi un moment de cinéma agréable, avec des visuels qui malgré leur côté suranné, restent somme toute assez beaux, et surtout, d’une étrangeté propre à ce film. J’ai vu dans Dune des choses que je ne n’ai pas vues ailleurs et c’est peut-être pour cette vague bizarrerie sur laquelle je n’arrive pas à mettre le doigt, que je vous le conseillerais. 

Et d’ailleurs, si vous avez déjà lu Dune, n’êtes-vous pas curieux du résultat à l’écran?… Vous aimerez ou non, mais pour ma part, je crois qu’il est toujours intéressant d’avoir une vision de réalisateur sur une oeuvre littéraire, surtout quand celle-ci est CULTE. D’autant plus que Lynch, certes dans un autre registre que Jodorowsky, a lui aussi un univers et une esthétique un peu (beaucoup) barrés. Et n’en déplaise à Jodo, qui nous dit que son film, s’il l’avait réalisé, aurait été le chef d’oeuvre qu’il prédisait et qu’il aurait mieux traversé le temps que l’opus de Davis Lynch? À ce niveau, le mystère reste entier!

C’est ainsi que je vous laisse avec la bande-annonce en français (malheureusement l’image n’est pas top, aussi je vous conseille de dégoter une version DVD ou Blu-Ray), au son de ce fameux thème principal que j’évoquais et qui va vous hanter pour l’après-midi:

Je vous retrouve très vite avec de nouvelles chroniques livresque et cinématographiques, entre autres, car pas mal de matière arrive cet automne sur Les Mondes de Blanche! J’espère avoir piqué votre curiosité, ou du moins vous avoir fait passé un moment plaisant sur cet article, et je vous souhaite un bon visionnage.

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

3 réflexions au sujet de « SEMAINE THÉMATIQUE – Adaptation d’un classique S.-F. – Dune (David Lynch, 1984) »

  1. tu veux me caresser dans le sens du poil avec toute ta série sur Dune !!! je vais rapidement faire un flashback , j’ai lu Dune et toute la saga de Frank Herbert grâce à ce film et surtout grâce à un de mes amis d’enfance qui est dessinateur de BD et n’arrêtait pas à l’époque de visualiser ce film de lire Herbert de faire des esquisses sur liée à ce film pour un de ses projets SF. Pour ma part j’ai adoré cette version , même si clairement elle est très raccourci et amputée de certains moments qui auraient pu en faire une oeuvre magistrale, , je sais que David Lynch ne veut plus qu’on lui parle de ce film tant il a été contrarié de tout ce qu’il a du couper au montage afin de plaire à la production et de coller au budget qu’on lui avait imposé ainsi qu’a Dino de Laurentiis, mais le casting avec Kyle Machlan qui devenait un des acteurs fétiches de Lynch, STING dans un rôle majeur , Patrick Stewart !! bref je l’ai en VHS, en DVD, Blu-ray , en version digitale, j’ai du le voir peut être pas loin d’autant de fois que la saga Star Wars ( heu non peut être pas, mais pas loin)) . Ce film m’a marqué et a marqué à l’époque toute une génération de fan de SF, soit les puristes ont trouvé que c’était une hérésie soit les autres ont trouvé que c’était un bon film ( il y a aussi ceux qui n’ont rien compris au film et trouve que c’est trop compliqué) bref… c’est pour moi à voir ainsi que la série TV baséé sur le même univers ( mais ooops je spoile peut être un de tes prochains articles) mais oui j’adooooooooooooore ce film . Je ne sais pas si la version de Jordowski aurait été mieux, en tout cas celle de Lynch j’adore et s’il avait pu aujourd’hui rajouter tout ses rush et avoir la liberté qu’il a aujourd’hui avec ses films et son aura cela aurait été jouissif et grandiose pour moi.
    Merci encore de ton article et bonne fin de journée !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire et pour tes re-blogs. Pour ma part, ce film est un peu ma madeleine de Proust.
      Connais-tu le « Fossoyeur de films » sur Youtube? Il a fait une chronique très sympa sur le sujet, je ne l’ai vue qu’après avoir rédigé la chronique, mais on a en gros le même point de vue… et on a noté les mêmes détails.
      De mon côté, je suis une fan de la scène finale, quand bien même ça part en vrille par rapport au livre. Je trouve que c’est un beau moment de cinéma et que ça mérite vraiment un détour. 🙂
      Bonne fin de journée également, faut que je retourne bosser! 🙂

      Aimé par 1 personne

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