Gaming et Géopolitique – Tuons les clichés « gaming »!

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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L’ambiance futuriste de la « campagne russe » sur Empire Earth – Source: ForoCoches.com

À une semaine de la Paris Games Week, je reviens avec un article un peu exceptionnel… Comme vous le savez, si vous suivez déjà ce blog depuis un moment, je suis une… gameuse repentie. Je n’ai pratiquement jamais touché de console de ma vie (toujours chez des potes pour jouer au jeu que je déteste le plus sur cette terre, Mario Kart), mais les vieux PCs de mes parents ont tourné à plein régime pendant mon adolescence, et même pendant mes premières années d’adulte. Je suis de cette génération qui regardait Des Souris et des Roms sur Canal J, et qui a vu débarquer quelques grands chef d’oeuvre comme Atlantis: The Lost Tales avec sa B.O. envoûtante, Versailles, Egypte… entre autres joyeusetés. Je voulais même étudier l’animation et l’infographie 3D pour travailler dans le jeu vidéo – ce qui malheureusement, ne s’est jamais fait.

Aussi, comme je vais encore louper la Paris Games Week (comme je loupe les Comic Con’, les Japan Expo, les Manga et Sci-Fi Show – en plus y avait des acteurs de Stargate, merde!) malgré mon intérêt, j’ai souhaité revenir sur un sujet qui me tenait à coeur, et que j’ai traité quand j’officiais comme rédactrice en Angleterre. À l’époque, j’écrivais des articles d’initiation à la géopolitique à destination des jeunes, et je voulais trouver un angle d’attaque intéressant… C’est alors que je me suis souvenue comment j’avais découvert mon attrait pour la géopolitique: les jeux de stratégie, bien sûr! 🙂

Et c’est parti pour le trip gaming de la gameuse repentie…

  • Principes de base
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Capture d’écran d’Age of Mythology, du côté scandinave, ou de l’intérêt d’avoir des dragons de son côté – Source: Hooper.fr

Et c’est parti pour un petit « moment nostalgie »… Car sous ce titre peu glamour de « gaming et géopolitique », il y a une vraie nostalgie, et également beaucoup de découvertes intéressantes de mon côté. Et j’ai très envie de partager ça avec vous! Vous avez peut-être déjà joué à Age of Empires II, pour continuer avec Age of Mythology ou Empire Earth

Vous construisiez une ville, engrangiez des ressources, entraîniez une armée pour vous défendre des agressions et surtout, pour vous mener à la victoire! Vous incarnez le héros et contrôlez différentes unités – habitants ou citoyens qui collectent des ressources et bâtissent les infrastructures, unités guerrières avec fonctions, points forts et points faibles spécifiques – comme vous le souhaitez.

Outre des Le lien avec la géopolitique s’est fait dans mon esprit car ces jeux explorent un enjeu des relations internationales: la guerre. La plupart du temps, celles-ci sont des reconstitutions de batailles passées, et peuvent dans certains cas, prendre une dimension futuriste ou mythologique, mais en substance, les éléments restent les même: des acteurs, des motivations, un environnement – géographique, culturel, historique – spécifiques.

Quelle est la part de ce que l’on retrouve dans le monde réel?

  • Les acteurs

Et oui, c’est ainsi que dans le langage pompeux de la géopolitique, on appelle les participants au conflit. Dans la plupart de ces jeux, vous trouvez différentes civilisations ou factions au sein d’une même civilisations, avec leurs éventuels alliés. Chacune de ces civilisations a sa propre « identité visuelle », si j’ose dire, car c’est ainsi qu’on les différencie dans le jeu, avec une architecture spécifique. Dans le monde réel, il y a bien sûr les caractéristiques visibles – le patrimoine, la culture, les us et coutumes, la conception du monde et des rapports avec ses voisins – dues à une histoire propre. Dans ces jeux, on retrouve ces caractéristiques particulières non-seulement dans l’architecture, mais aussi dans des technologies qu’il est possible de développer ou des troupes d’élites (Samouraïs du Japon, Guerriers Jaguar des Incas ou encore les guerriers celtiques pour les Ecossais dans Age of Empires II) développées dans des infrastructures qui leur correspondent.

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Capture d’écran d’Age of Empires III – Source: Gamekult

Là encore, comme dans le vrai monde, avoir un allié est intéressant en termes d’échanges de ressources, mais aussi de technologies – celles-ci permettant de renforcer les armures et de rendre les soldats plus résistants. Je pense notamment à Age of Empires III, qui offre la possibilité, après l’arrivée dans le Nouveau Monde, de bénéficier des connaissances des tribus amérindiennes en établissant un comptoir commercial (connaissances du terrain, remèdes…) Dans le cas d’Age of Mythology, on peut pendant un temps limité profiter d’un genre de « superpouvoir » d’un camp allié, ou le faire profiter du notre, ce qui est très utile sur un champ de bataille si vous arrivez à diriger une pluie de météorites contre votre ennemi! 🙂

Maintenant que nous avons vu les acteurs en eux-mêmes, regardons-de plus près les raisons de se faire la guerre…

  • Vos motivations et celles de vos adversaires

J’admets que s’il est une différence notable entre la réalité et les jeux (quoique parfois on se demande). Le moins que l’on puisse dire est que les motivations des adversaires ne sont pas toujours des plus subtiles. Dans Age of Mythology, vous affrontez un pur méchant mégalomaniaque qui veut diriger le monde, et vous – vous incarnez le héros atlante Arkantos, aidé de célèbres héros de la mythologie grecque – devez sauver le monde de son emprise démoniaque! En général, dans ces jeux, c’est vous qui défendez une « juste » cause, quand dans les méandres de la scène internationale, il est de nos jours très difficile de savoir ce qui est juste ou ce qui n’est qu’un prétexte. Tout ça pour dire que si vous incarnez Jeanne d’Arc dans la campagne française d’Age of Empires II, c’est pour bouter les cruels « Anglois hors de France »… Bien sûr, aujourd’hui, quand des chefs d’Etat veulent déclencher ou prendre part à un conflit, ils doivent en général trouver un argument moral imparable pour justifier des dépenses considérables et l’envoi de troupe sur place… Donc les jeux de stratégie vous laissent la conscience propre, puisque vous défendez forcément le bien et les héros de l’histoire – William Wallace, Jeanne d’Arc, Saladin, Gengis Khan, Eric le Rouge… – y sont parés de grandes qualités qui ne peuvent que vous les rendre sympathiques.

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Age of Empires II – The Conquerors vous emmène dans l’Amérique précolombienne où vous menez au combat vos guerriers-jaguars… (des gars en peau de bête, hein, pas en voiture de sport!) – Source: Never Lan

Parmi ces deux, seul Empire Earth a quelque peu cassé ces codes… Personnellement ça m’a tellement posé problème que j’ai eu du mal à terminer la « campagne allemande »: les premières missions, très sympathiques, vous permettaient d’effectuer des missions commando et de prendre part aux premiers combats aériens de la Première Guerre Mondiale, au côté de Manfred von Richthofen, grand as allemand dit « le Baron Rouge » (ah moi, dès que ça vole!). En revanche la suite de la campagne, qui se situe à la fin des années 30 et vous fait incarner Goering pour envahir la France et la Pologne… Euh comment dire?… 🙂 Je ne me retrouvais pas trop dans les motivations du gouvernement allemand de cette époque! Cela dit, la « campagne russe » du jeu était passionnante, puisqu’elle nous emmenait dans un futur proche où, au côté d’un sauveur de la Russie, nous faisions de ce pays la plus grande puissance du XXIe siècle.

Pour les besoins du jeu, et certainement parce qu’il serait très complexe de programmer des jeux avec autant de critères, il vous faudra soi éliminer un leader ennemi pour saper le moral de son armée (guerre psychologique), détruire une infrastructure vitale (un monument, un capitole/forum qui entraîne des unités militaires, un noeud de circulation comme un port, une mine d’or…) ou vous approprier les ressources de vos adversaires par le pillage ou la sécurisation de zones riches en bois, or, fer… qui permettent la construction d’armes de siège, l’entraînement de soldats ou la fabrication d’avion. Car on ne le répètera jamais assez: l’économie, c’est le nerf de la guerre. Pour mener vos missions à bien, vous devez vous assurer qu’à l’arrière, tout est fait, les bonnes ressources rassemblées – nourriture pour la population civile et militaire, métaux, bois de construction, faveurs divines dans Age of Mythology…  – pour s’assurer que vos troupes ne manqueront de rien, en termes d’équipement de de tonus (les point civilisation sur Empire Earth permettent des avancées qui rendent vos unités militaires plus fortes et plus efficaces en augmentant résistance aux armes perçantes, portée de leurs armes, meilleurs au corps à corps etc. …)

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Age of Mythology, du côté égyptien. J’avais un gros faible pour ces crocodiles magiques qui, grâce à cette lentille sur la tête, concentraient la lumière pour incendier bâtiments et navires… – Source: Nervers Lan

Donc, même si l’Histoire et les enjeux sont très simplifiés, il y a quand même pas mal de critères réunis pour rendre les batailles et les motifs de celles-ci relativement – j’appuie sur le « relativement » – réaliste, qui permet d’appréhender des thèmes comme l’économie de guerre, par exemple. Mais la guerre ne dépend pas seulement de vos acteurs, de leurs motivations et de leurs ressources… Car s’il est bon de mettre toutes les chances de son côté, gagner une bataille, ça se joue également sur le terrain!

  • L’environnement

Les plus grands stratèges l’ont compris: toutes les batailles ne se font pas à découvert sur une plaine, au « jugement de Dieu », et les inventeurs de la guérilla ont abondamment écrit sur les bienfaits de la connaissance du terrain… Combien de défaites auraient pu, à travers l’histoire, être évitées s’il y avait eu l’avantage du terrain? Combien de pièges évités parce que l’adversaire connaissait mieux l’environnement? Outre les possibilités de trouver un point en hauteur pour un poste avancé ou une gorge où prendre un ennemi au piège, connaître votre terrain, c’est aussi sécuriser vos infrastructure, et… trouver de nouvelles ressources. À vous les forêts pleines de gibier et d’arbres, les mines d’or et de fer, les baies sauvages… (Et les attaques de loup, comme les jours d’Age of Empires II les connaissent!)

J’avoue qu’un élément de ces jeux me plaisait particulièrement: l’exploration. Je ne sais pas si vous vous souvenez la disposition de l’écran… Sur un tableau de bord, outre vos ressources et caractéristiques des bâtiments et unités sélectionnés, vous pouvez voir un cadran avec une mini-carte… dont une large partie est invisible, plongée dans l’obscurité. Vous pouvez changer cet état de fait en envoyant quelques unités (militaires, de préférence, pour se défendre au cas où…) à l’aventure, d’abord dans les environs directs, puis plus loin… Peu à peu, votre carte se complète, et vous pouvez garder un oeil sur vos points stratégiques avec des postes avancés, des ports, etc. … J’avoue avoir un souvenir ému pour cette fois où, sur Age of Empires II, que je découvrais tout juste, j’ai envoyé un bateau de pêche à l’aventure et découvert une petite île avec des mines d’or! Ou pour cette fois ou dans Empire Earth, j’ai fait remonter la Marne à un Zeppelin, pour le plaisir de voir ma petite carte apparaître en bas… Aaaah que d’heures de découvertes passionnantes…

Sans compter que partout où vous établirez votre présence, votre adversaire aura plus de mal à l’imposer!

  • Géopolitique, mais pas que cela…
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Guerriers sioux dans Age of Empires III – Sources: http://age-of-empires.e-monsite.com

Je viens d’évoquer ce qui fait les éléments principaux d’un conflit, en simplifiant bien sûr. J’ai entretemps étudié la géopolitique, mais j’ai surtout découvert dans ce domaine, plus qu’un véritable intérêt pour le monde, un dogmatisme navrant et des luttes partisanes qui rendent la stratégie beaucoup moins glam’ que dans ces jeux.

Mais au-delà de cela, il y a un réel plaisir de la découverte et de l’élaboration de plans pour contrer des attaques ou s’approprier une ressource à la place du voisin. Je n’ai jamais joué aux Total Wars, malheureusement, mais les heures que j’ai passé devant Age of Empires II et IIIAge of Mythology ou Empire Earth  (dont j’avais aussi les extensions) ont été passionnantes. Je ne voyais pas le temps passer! C’était mon grand truc que d’enrober mon adversaire entre mes tentacules, de laisser mes navires s’aventurer jusqu’au-dessus de ses côtes, ou encore mes avions et dirigeable directement au-dessus de leurs toits, que de mettre au point un plan – que souvent il me fallait changer – pour piéger, contourner un danger…

En revanche, j’ai moins aimé des jeux comme Civilization IV ou Pharaon (je faisais mes devoirs en même temps, tellement c’était mou du genou), qui ne me permettaient pas de contrôler les faits et gestes de toutes mes unités… Je trouvais ça beaucoup moins drôle.

Parlons de l’environnement de jeu. Déjà en 1998-1999, quand je jouais à Age of Empires II non-seulement pour le scénar’, mais aussi pour ses graphismes très sympathiques, qui se sont grandement améliorés avec les opus suivants. J’ai découvert des civilisations exotiques, avec des visuels charmants qui ont renforcé mon goût pour l’histoire et mon envie d’en apprendre plus sur de grandes cultures (et depuis, je lis même le magazine Guerre et Histoire!). Les musiques étaient sympathiques, les univers fouillés… J’étais d’ailleurs fan de la musique « dictatoriale » d’Empire Earth. Ça faisait très mégalo! 🙂 J’ai également beaucoup ri quand certaines situations me paraissaient franchement irréalistes ou gores – le paysan continuant à ramasser tranquillement ses baies quand un loup l’attaquait, un personnage s’écroulant en hurlant dans une flaque de sang, alors qu’il venait de se prendre un jet de feu, les râles d’agonie très « typés » d’Empire Earth… Avec des copains et copines qui y avaient également joué, nous riions beaucoup quand nous en reparlions.

Et ce n’est pas tout. Les mentalités changent: avec l’âge moyen du gamer qui augmente, le profil type est maintenant le trentenaire avec un job qualifié pas trop mal payé (c’est qu’une console, ça coûte bonbon quand même!). Et pourtant dès qu’on apprend qu’une catastrophe telle une fusillade dans un lycée a eu lieu ou que des jeunes commettent des crimes, on accuse la télé et les jeux vidéos « violents ». Mais ne nous montre-t-on pas déjà assez de violence tous les jours aux infos?… Et celle-ci n’est pas fictive, que je sache! Toujours est-il qu’il y a deux ans, je lisais que certains jeux, dont les jeux de stratégie, notamment, développait chez leurs utilisateurs des capacités à réfléchir, à s’adapter et à prendre des décisions rapidement.

Quant aux réflexes – il paraitrait que les gamers développent des réflexes très rapides – je ne sais pas vraiment, n’ayant que très peu tâté des manettes de consoles! 🙂 Mais qui sait, peut-être qu’un jour je le ferai et que je pourrai enfin visiter la Paris Games Week? Cela fait des années que je n’ai même plus joué à un jeu PC, et j’avoue que ces heures de détente me manquent beaucoup!

J’espère en tout cas que ce petit article délire et geek de géopolitique ne vous aura pas ennuyés, et que vous aurez pris plaisir à vous souvenir de certains jeux auxquels vous avez peut-être joués, à les voir sous un nouvel angle… et peut-être à trouver quoi répondre si l’on vous reproche votre hobby!

Bonne soirée à tous, et à demain pour la chronique cinéma!

Blanche Mt.-Cl.

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

2 réflexions au sujet de “Gaming et Géopolitique – Tuons les clichés « gaming »!”

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